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CHAPITRE II

Progrès de l'esprit positif. — Lia Métaphysique

Fille de Tantiquité restaurée, de la science entrevoyant avec Copernic les lois du monde doublé par Colomb, la Renaissance était-elle en mesure d'hériter du Catholicisme? Ou bien,rautorité hiératique, devenue oppressive, minée par le scandale et le schisme, verfait-elle s'établir à ses côtés un mysticisme rajeuni? La série théologique était-elle épuisée au seizième siècle? Les faits ont prononcé sur cette alternative. La logique pure prononcerait de même avant tout événement, étant donnés, tels qu'ils existaient à cette époque, les éléments du problème à résoudre.

Quelle était alors, en effet, l'importance relative du point de vue rationnel et du point de vue imaginatif ? Si Ton fait sa part à chacun, le second paraîtra déterminant pour le grand

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nombre, tant que la raison elle-même n*a pas construit une synthèse positive, en réduisant aux hypothèses indispensables les données de l'imagination ; car, dit excellemment M. Littré : m Toujours et partout l'imagination a une part nécessaire, et l'on se méprendrait sur la constitution même de l'esprit humain dont elle constitue un élément essentiel, si on la supposait jamais absente. Dans les sciences même les plus positives du temps présent, elle joue un rôle que rien ne peut remplacer et sans lequel la généralité scientifique ne pourrait se produire. Qu'est-ce présentement que les théories qui nous satisfont le plus, si non des créations de l'imagination, établissant des manières d'être en tout ce qui est reculé loin de nos yeux, en ce qu'aucune démonstration n'atteindra jamais ? Qii'est-ce que l'attraction et qui sait ou saura jamais si des corps s'attirent l'un l'autre? Qu'est-ce que les atomes de la chimie? Qui les a vus ou les verra jamais? Dans tous ces cas, quand l'observation et l'expérience ont fait défaut, et qu'il a fallu cependant combler la lacune, l'imagination est intervenue, mais soumise à une condition, c'est que ce qu'elle allait proposer ne serait en désaccord avec aucun des faits particuliers. Gela accepté, tout ensuite est mythe dans le véritable sens du mot : une conception idéale, mais renfermant une vérité interne qu'on retrouve quand on veut et qui ici est

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le résultat général de rexpérience coordonnée scientifiquement * • »

Ainsi l'esprit scientifique se sépare du Mysticisme, non point parce qu'il le supprime, mais parce qu'il subordonne à la raison un point de départ obligé. Cette distinction, les Grecs, les premiers, l'ont faite. Nos pères, nos maîtres indépassés dans l'art, en posant le sourire sur la lèvre des Dieux, en émancipant des langes hiératiques la Parole, le Son, la Forme, ils ont dépouillé la pensée des bandelettes sacrées qui l'emmaillotaient, détaché du sanctuaire le premier chaînon des spéculations libres. Dans la recherche chimérique, — si noble pourtant, — des certitudes suprêmes, qui a dépassé leurs métaphysiques? Quelle hypothèse laissèrent-ils inexplorée? Il faut le dire : au-delà des limites infranchissables au savoir positif, ces sublimes rêveurs gai*deront leur domaine idéal, la grande patrie de l'absolu. J'y vois passer des ombres élyséennes. En ces régions flottantes, dans Vaura quêta du poète, planent toujours ces enchanteurs, les Platon, les Pythagore, et cet instituteur des âges,

Il maestro di edor che sanmOy

entouré de la pléiade des grands esprits...

Tra fUosophica famiglia

Tutti Vammiran, tutti onor gli fannjo *.

* Vie de Jésus, de Strauss, trad. par M. Littré, tome II, première partie; Introduction du traducteur, p. xxii.

* Dante, Jnfemo, C. lY.

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Ce n'est pas en vain que rAlighieri salue de ces stances immortelles la royauté scientifique d'Aristote. Le Stagyrite dominera toujours ses sublimes compagnons, parce qu'il représente à son origine le savoir positif dont il inaugura les travaux. Il posa la base logique de la connaissance. Malgré les théories chimériques, développées par ses successeurs de l'antiquité et du Moyen-âge, l'esprit positif, le génie de l'observateur était assis sur un fondement inébranlable. Les erreurs de ces systèmes ne tenant pas au point de vue rationnel, mais à l'incomplète notion ou au rapprochement illusoire des .faits^ on peut dire que la série scientifique fut ouverte par les Grecs. C'est ce que démontre parfaitement M. Emile Lamé ' . 11 établit a qu'il n'y a qu'une science qui est un essai de classification méthodique, éternellement incomplet, mais éternellement en progrès,de tous les faitsdel'univers, et qui a pour but de rendre à l'homme un compte de plus en plus net des corrélations ou lois qui

unissent ces faits Dès que l'esprit

scientifique fut né chez les Grecs, nos pères, en science comme en tout le reste, ils se jetèrent avec une égale ardeur sur toutes les sciences. Profondément convaincus de l'unité du monde, ils commencèrent la classification méthodique

1 Revue des Sciences, dans le Magasin de Librairie , n* d*aYril

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de tous les faits qu'il manifeste. En partant de la division des sciences telle que nous la faisons ici, nous pouvons dire qu'il y eut chez les Grecs des mathématiciens, des physiciens, des physiologues et des ethnologues. Mais leur succès ne fut pas égal dans toutes les directions; ils ne purent obtenir de séries scientifiques que dans trois ordres de faits : les nombres, les figures, les astres. Dans tous les autres, malgré des efforts admirables, ils n'arrivèrent qu'à constater des faits isolés, qui, par conséquent, restèrent sans importance pour eux, bien qu'ils en aient une

immense pour les modernes D'autres fois,

c'est au contraire le trop grand nombre de faits constatés qui a gêné les savants anciens : avec des prodigues d'audace et de sagacité, ils les ramenaient à un seul point, mais les séries qu'ils formaient ne les menaient pas à la découverte des lois, parce qu'ils ne tenaient pas compte de toutes les circonstances qui influent sur un phénomène, en même temps qu'ils testaient compte d'une foule de circonstances qui n'y influent pas. C'est ce qui est arrivé dans la plupart des cas à Aristote, esprit scientifique, s'il en fut jamais.

a Enfin, un autre obstacle s'opposait aux premières classifications de la science, la croyance indélébile à une harmonie entre le macrocosme et le microcosme.... » — Et le savant écrivain

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ajoute qu'il ne faut pas attribuer « la stagnation apparente de la science pendant qua* torze siècles, à l'invasion du-Mysticisme dans le monde. »

Qu'étaient-ils, en effet, ces magiciens opposant les prestiges du Diable aux miracles de Dieu, la Nature à l'Anti-Physis? Des savants, — les plus illustres, du moins, furent tels, depuis Gerbert le pape sorcier, jusqu'à Roger Bacon, ^jusqu'au grand Albert. Satan fut pour eux le symbole de cette Nature inexplicable en son essence, révélatrice avare livrant quelques-uns de ses secrets à rétude obstinée qui l'étreint corps à corpSé Lutte de l'Esprit contre les Forces ! Duels séculaires que Faust résume en lui par ces strophes alternées, du triomphe et du désespoir :

^ Etait-ce un Dieu qui traça ces signes qui apaisent le vertige de mon âme, emplissant de joie mon pauvre cœur, et dans un élan mystérieux dévoilant autour de moi les forces de la Nature? Suis-je un Dieu? Tout me devient clair : je vois la nature active se révéler à mon ânm. Maintenant, pour la première fois^ je reconnais la vérité de cette parole du Sage: M Le monde des Esprits n'est point fermé, )► Ton sens est obtus, ton coeur est mort. Debout; baigne, disciple infatigable, ta poitrine terrestre, dans la pourpre de l'aurore*

LA QUBSnON BBLiaiBUfiC 3S

« Gomme tout se meut pour TcBuvre universelle! Comme toutes les activités travaillait et vivent Tune dans Tautre! Gomme les forces célestes montent et descendent, et se passent de main en main les seaux d'or, et, sur leurs ailes d'où la bénédiction s'exhale, du ciel à la terre incessamment portées, remplissent l'Uni* vers d'harmonie !

« Quel spectacle! mais, hélas! rien qu'un spectacle. Où te saisir, ô Nature infinie, et vous, mamelles, où? vous, sources de toute vie, auxquelles se suspendent le ciel et la terre! vers vous le sein flétri se tourne, vous coulez à torrents, vous abreuvez le monde, et moi je me consume en vain*. »

La science a sa légende, mais tout autre que la légende mystique; car elle n'est pas née comme celle-ci de la foi au merveilleux. Le magicien ne croit pas au miracle, à l'arbitraire divin, mais à l'enchaînement des lois cosmiques* Pour lui, dans la nature, tout conspire, tout consent dans un ordre nécessaire. Gette opinion le distingue du théologien son rival. En l'absence d'un système qui hiérarchise dans leurs vrais rapports toutes les séries de phénomènes, il substitue à des rêves enfantins, ses hypothèses naturalistes.

» Faust, trad. par I!. Blaze, ï'« partie, s^. I> P. 166; \ê1.

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« Priez Dieu, dit le prêtre. De son trône dans Tempyrée, il tient, sans les brouiller, les fils de nos destins. Tout sous lui s'agite et tout cède au conducteur invisible. Sur Taile de ses anges vole le miracle, à la voix de Thumble qui prie, ou du prophète qui commande au tonnerre. » — Le magicien, lui, ne prie pas, il conjure... Il croit à des influences occultes, mais naturelles, qui soumettent le ciel à la terre, la terre au ciel.

En dépit des applications erronées qu'il en tire, la science moderne, avoue sa théorie.

Franklin arrache au firmament la foudre. Si une comète n'annonce pas la mort de César, la lune règle les marées. Le phénomène physique est en relation immédiate avec le phénomène vital. Aux digestions d*un tyran la paix du monde est attar chée, et, des lois biologiques, la loi des sociétés dépend.

Ainsi, dès le moyen-âge, l'esprit scientifique se posait en face des doctrines surnaturelles. D'importantes découvertes attestent d'ailleurs que tout n'était pas chimère dans les applications d'une méthode déjà positive. Greffée au contraire sur la Théologie, la Métaphysique abdiqua toute indépendance. Ses meilleures représentants, Abélard lui-même, ne songeaient pas à nier, mais à élargir la thèse chrétienne de la révélation.

Le moyen-âge est un temps laborieux. Sous

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son écorce naïve, ce qu'il hait le plus, c'est le simple et le naturel. S'il m'apparaît sous les traits d'un Ferragus colérique et sanguin, n'est-il pas aussi <( Vescholier » rachitiqueet meurt -defaim de Montagu ? C'est un enfant, mais un enfant pâli sur le livre inutile, loin de l'air et du soleil. Sa gymnastique intellectuelle disloquait les esprits. Ils lui durent peut-être une souplesse utile aux penseurs de la Renaissance, élèves de Janotus de Bragmardo.

Sans méconnaître ces services, on doit, je pense, les réduire à leur vraie mesure. Issue de la métaphysique grecque, la Scolastique, malgré sa sujétion à la Théologie, poursuivit l'œuvre de sa devancière. Il importe donc de rechercher ce que cette œuvre eut de légitime dans l'ordre de la raison, d'utile au progrès intellectuel, ce qu'elle eut, par contre, d'erroné dans le but, ce qu'elle apporta d'obstacles à l'affranchissement de l'esprit. Cette distinction déterminera, je croîs, la valeur exacte d'une étude, justement méconnue, parce qu'elle n'est pas i:éduite à ses légitimes éléments.

Posons quelques principes dont les conséquences veulent être postérieurement développées. Bien qu'anticipées sur l'ordre des temps^ on excusera des explications éclairant les faits qui nous occupent.

Mais, dira-t-on! comment justifier ce terme

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mâme de métaphysique , dont nous nous servons ici? Peut» il exister une étude ou paa Msws M u KATfjAE (rov fKtrà fwh) ? Je traduis litténdement pour ne rien dissimuler de TobjectkHi. Au sens absolu , un tel défini est, sans doute, contradictoire* Mais, sans s'arrêter au mot, si Ton s'attache à ce qu'il peut exprima de vérité, on trouvera peut-être qu'à côté des sciences positives, il y a place pour une étude de ridée pure ou des catégories de rentendement.,. 4(Ëbquoi I réveiltar ces Universaux pour rhonneor desquels des flots d'encre ont coulé dans le diftnofp clos de la vieille SoriM)nne! Laissez dornEMr les entités de l'Ecole! Etiques fantômes, éclos dans le ciel vide de l'Abstraction, je voua préférerai toujours les Dieux vivants du poète. •• Mythe pour mythe, (et la Raison eut les siens^ bien secs, bien arides).

Si Peau d'Ane m'était conté, Tj prendrais nn plaisir extrême. ^

Je sais l'obîection, et qu'elle s'appuie d'argu* ments plus sérieux. Avant de les abwder, faut-il répondre à de superfieieUes attaques dont le culte af&ibli de l'Idée n'est pas la cause unique?

Peu d'esprits s'abreuvent utilement à la ma-» melle de la pensée pure. La philosophie est une nourrice austère. La voix des instituteurs de k raisom n'aurait pas d'écho dans la foule ,

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si Tart ne donnait corps à des conceptions peu saisissables au vulgaire. Le poète anime Tab»traction. Amoureux lui-même des réalites qu'il observe, et qui seules préoccupent les masses actives , il colore au prisme de la vie les généralités inaperçues par un œil distrait. Tout le monde, en un sens, est poète. Un coup foudroyant du sort, joie ou malheur, sur une âme inculte, et 1 image la plus sublime peut teindre un instant la pensée la plus terne, l'idiome le plus bas. La langue populaire abonde en expressions pittoresques , bonnes fortunes d'imagination spontanée.

Mais sur les sommets de la métaphysique, il est des voluptés réservées que peu d'âmes ressentent. De ces hauteurs, le regard embrasse les rapports généraux des choses. En jouissant de la conception qu'il se forme sur l'ensemble des phénomènes, le penseur, assez fort pour s'isoler de toute contemplation concrète, s'enivre d'une poésie sereine ou terrible. C'est l'arôme de la fleur des Alpes, quintessence éthérée des plus suaves parfums. Spinosa, Pascal, sont des poètes.

Ces voluptés supérieures sont un privilège.

Elles ne deviennent accessibles qu'en se matérialisant. La métaphysique se fait plastique, l'algèbre, poésie. Mais sans les conceptions progressives que la philosophie lui livra successivement , écho des étroites généralisations de la

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pensée vulgaire, la Muse occidentale balbutierait encore l'hymne enfantin des sauvages.

Inspirées parles dogmes polythéiste ou déiste, auxquels elles s'assimilent, les mythologies alimentent les croyances des peuples. De rares chefs-d'œuvre résument , idéalisent à leur tour ces croyances. L'épopée, chose sainte, musa Jovis plena. Filles des âges de foi, Vllliade^ la Divine Comédie, conservent tous leurs prestiges. On s'y retrouve avec joie comme en des portraits de jeunesse.

N'en serait-il pas ainsi pour les systèmes dont ces œuvres, ces mythologies, furent les vivantes traductions? A côté de la poésie concrète, l'abstraction a-t-elle son domaine? Tel est, sans doute , le cadre hypothétique où s'épuisent les conceptions sur la cause première , sur la finalité de l'univers, les théories déiste, polythéiste et panthéiste.

Vers cette dernière hypothèse, les esprits philosophiques paraissent entraînés de préférence par le besoin inné de s'expliquer l'être des choses. L'hypothèse d'une substance unique, aux attributs infinis, infiniment modifiés, s'impose par sa logique et son incomparable grandeur ; mais, si l'instinct moral s'insurge contre une donnée où nulle place n'est laissée au libre arbitre, il se rattache à la théorie dont le polythéisme est l'expression vulgaire : l'univers

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s'offre alors comme un ensemble d'unités autonomes, de libertés associées qui réciproquement se limitent.

Quelles que soient ces hypothèses, elles trouveront toujours place au-dessus des solutions du savoir positif; mais la métaphysi(^e n'est pas seulement spéculation sur l'absolu. Étude abstraite des rapports, elle pose la loi du relatif. Aussi positive de ce côté que les sciences concrètes, elle existe au-dessous, au-dessus de celles-ci ; elle en est le fond commun , la base et le couronnement.

L'objet qu'elle embrasse n'a-t-il pas une réalité au moins égale à celle des phénomènes les mieux définis? Science des rapports, des conditions de l'être, elle atteint en chacun de nous l'élément le moins incertain de la connaissance.

Dès qu'il se sent vivre , chacun s'oppose comme sujet au reste de l'univers , objet de sa connaissance, de ses affections et de son activité. Cette double perception du moi et du non moi, de moins en moins instinctive, n'arrive à sa plénitude qu'avec la conscience parfaite du moi^ que peu d'hommes atteignent. Mais tout être vivant à un degré quelconque s'individualise , se se» pare du tout.

Sans chercher à prouver la réalité, soit de notre existence, soit surtout de l'ordre extérieur,

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cet instinct suffit, qui nous rend présents à nous-mêmes , qui distingue le moi de Vautre , pour que l'homme possède une base à ses recherches ultérieures, un intérêt véritable à les poursuivre. Qu'importe ce qu'il en est de l'existence phénoÊénale des choses (nous compris), puisque leur existence idéale est établie à nos yeux par cet instinct , par cet intérêt suprême qui nous disent : Tu es! Il est même impossible de différencier le phénomène (réalité objective) du noumène (réalité représentée dans l'être pensant), ce qui ne veut pas dire que la logique, instrument de perception, n'ait pas besoin de cette distinction primordiale ; seulement, celleci, en descendant dans la substance de Têtre, s'évanouit; car nous ne sommes assurés que de notre faculté perceptive, qui se confond avec notre moi. Quant à l'objet sur lequel elle s'exerce, quant à la séparation établie par nous entre' cet objet et le moi, nous ne les affirmons que comme représentés dans notre censcience. De même, d'ailleurs, nous pouvons étendre à l'égard de nous-mêrae cette séparation, concevoir notre corps comme soumis à une dme, nos jantr bes comme des organismes distincts. Vesprit ne juge-t-il pas le cœur^ et la raison l'imagination? Cette analyse, où le moi est scindé, dédoublé, multiplié à l'infini, estrcUe plus arbitraire que la séparation essentielle établie par chacun,

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entre lui et Tautre, le subjectif et Tobjectif?

Mais qu'importe où s'arrête le moi, où il finit, où il commence, — s'il n'est pas tout, si l'autre existe!... Insondable question, qui nous ramène à la division d'abord posée. Que le noumène se confonde ou non avec le phénomène , il n'est donné, il ne se développe qu*à la condition d'opposer le moi au non moi. D'où la nécessité catégorique de ce dernier, — nécessité de distinction, de rapport, sans laquelle le moi ne se pourrait saisir^ puisqu'il est à lui-même objet de représentation.

La distinction entre l'abstrait et le concret est donc toute relative. La représentation des phénomènes particuliers n'est pcrs donnée plu6 nécessairement que celle des rapports qui les conditionnent et les lient. Où s'arrête d'ailleurs 1« particulier, l'individu? Où comtaence le groupe? Tout n'est-il paô rapport? Lés fecienoed Spéciales font^elles autre ^bose que de former des séries de phénomènes , partant que 6è reoôi^ naître , bien que sans examen , les conditions universelles de la représentation * ? La métaphysique établit ces conditions par l'analyse, la critique générale des concepts fondamentaux du savoir, aussi positive en cette voie qu'elle est Kvrée à l'hypothèse quand, par ses affirmations^ elle prétend suppléer aux rêves du mysticisme.

* Gh. RenouTien Essais ds critique généraUy T. II.

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