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CHAPITRE III

La Réforme

On ne saurait trop le redire, la philosophie échouera toujours dans ces tentatives, non que les croyances populaires ne s'affaibUssent, que le progrès de la raison n'arrache au joug de la foi un nombre sans cesse croissant d'intelligences ; mais cet affranchissement s'opère bien plutôt au profit de l'esprit positif que des dogmes vagues et sans base que la métaphysique offre à la place des antiques superstitions. Celles-ci remplissent autrement la conscience humaine quand elle n'est pas assez affermie pour s'arrêter, sans chercher à la résoudre, devant l'inconnue que le mysticisme se vante d'avoir dégagée. Pour l'âme qui se contemple isolée, indestructible, en face de cette insaisissable entité, jamais les rêves d'un Platon ne remplace-

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ront les assurances qu'apportent les messagers divins.

Aussi la faculté religieuse, la puissance créatrice des mythes semble-t-elle innée en notre espèce. A côté du savoir raisonné , nous avons prouvé que la foi doit garder son empire. Mais si ces indispensables éléments de croyance, d'où part toute synthèse, ne suffisent pas au grand nombre , s'il ne peut renoncer aux affirmations du sentiment sur l'être et la raison des choses, la source du mysticisme n'est pas tarie. Résigné à mourir à ses illusions , l'homme ne goûterait donc plus qu'aux fruits du savoir?

Le sage se trouble à cette pensée ; mais s'il doute un moment de l'avenir, un espoir le rassure. La vieille foi d'atrophie se morcelle. Les organisations qui la règlent et la propagent se pétrifient. Elles tendent à se dissoudre sous l'action de la liberté.

Sans l'autorité hiératique qui lui donne corps, le mysticisme, en effet, s'émiette en doctrines individuelles. Au gté des courants les plus divers, les sectes s'entremêlent ou se nient sur le fond commun de la conscience religieuse : la vague notion des causes premières, des fins de l'espèce et de l'individu.

Tel est le résultat où mène, vérifiée par l'histoire , l'analyse des facultés humaines. On y retrouve, dépouillés de tout alliage, le mysti-

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cisme, ki métaphysique et la scienœ, éléments sur lesquels Tesprit pratique asseoit ses constructions successives : sacerdotales, militaires, industrielles. L'action politique s'étaie à Tceuvre du philosophe et du révélateur. Bien que le triple idéal de l'imagination, de la raison, du génie pratique, se réaUse simultanément dans la conscience générale , chacuo de ces termes n'y progresse pas également. La faculté religieuse est en décadence, même quand, par une crise salutaire, elle semble se rajeunir. Le hiératisme surtout, ou l'esprit d'autorité, s'em* parant des produits du mysticisme pour les fixer en institutions, le souffle inspirateur des sacerdoces, n'est-il pas épuisé par sa tentative dernière ? Déjà moins complète que les anciennes théocraties, l'œuvre d'Hildebrand et d'Innocent III parait être le suprême effort du génie politique pour dominer le sentiment religieux.

Qu'on ne se méprenne pas sur des restaurations passagères. Après la Renaissance et la Révolution, malgré des pertes irréparables, l'organisation ecclésiastique s'est retrouvée plus forte à quelques égards. Mais le concile de Trente et le Concordat signalent moins une régénération qu'une métamorphose de l'organisme clérical.

Dominée de jour en jour par l'intérêt temporel , l'autorité hiératique pactise avec la puissance rivale ; elle se fait instrument politique. Organe

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(te ta ooiuMrvatioii socrâte » ûWe iMtqM kMte^ initiatîTe dans l'ordre vraim^M rel^eto. Mais cet asservissem»t du principe theoerafkpie à rélément séculier da pouvoir, prépare ta Ithrâ mpansioa d^ forces morties, qit'me mtiixéâea qui s'impose s'est plus apAe à ÂscipHner. L'iai»^ tinetrdyigieQx» le géiîe indépradaïnt du m^tii»* (âsme, désertmt de plus en plus, depub la BIsh forme^ Fsèri séculaire qui les contenait.

Qui comptera les perles semées danska flott du Mysticisiûe , en «es courants troublés^ dans ces gouflires vertigîheus;^ .opoi «nportent en ht fascinant les âmes altérées dé ta soif on baHotées par la terreur de Tinfinî? A chacune At ses phases progressives , la religion étend le cercle de la fraternité sociale ; son œuvre se développe paraHèle à Fcauvre de la R^oon, m qaëQ y elle aussi^ die Funité.

Ainsi 9 jusqu'à &9j le Uystiéjsmd préside à toute crise qui améliore la eonditioan du grand nombre. Orphée paeifie les Grecs, Bbudha brise leîotigdes castes. Un moment, l'Église primitive réalise eette agape des ^aux, dont l'idéal survit ches^ des sectaires obscurs pour resplendir au seizièn^ siède dans ta grande révolte des paysans d'AUana^e ; les déshérités d'ici-bas ne pouvaient oublier l'évangélique : Yœ dmtilm$! Mais Paul avait formulé bientôt le christianisme théoiogique. Appuyée sur le bras de

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chair, Tautorité hiératique s'incorpora pour le contenir le mysticisme égalitaire, qui est le fond du sentiment chrétien. L'enseignement social de Tapôtre, c'est la soumission aux puissances , le mépris de la guenille, à bon droit chère à Ghrysale« L'idée.fixe du salut absorbera, s'il se peut, richQ3 et pauvres; la crainte des peines éternelles contiendra les uns, l'espoir des célestes compensations consolera les autres des déboires d'ici-bas.

Exploitée par le clergé , cette idée fixe servit d'abord la civilisation. La démagogie religieuse était une menace d'obscurantisme, la brutalité féodale, d'oppression. L'église maîtrisa l'une et l'autre par le frein des sanctions ultramondaines.

La grossièreté des populations, au moyenâge, justifié cette poUtique plus intelligente que le dogmatisme protestant. L'idée étroite refleurit par Luther. Les théologiens de la Réforme méconnurent et le Catholicisme avec son instinct social, et la Renaissance humaine et rationaliste. Ils comprimèrent, au lieu de les diriger, les libres allures des mystiques allemands, plus indulgents qu'eux-mêmes aux franchises de la pensée, puisqu'au dessus de la Bible ils mettaient l'inspiration directe du Chrétien... Spiritus flat ubi vult était la dévise des Muncer et des Carlstadt. Mûrie par les siècles

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et par les abus, une révolution politique avorta sous Tanathème de Luther! Légitime, pratique, s'il en fut, ce 89 de l'Allemagne ! Il n'y a qu'à lire l'humble programme des paysans écrasés à Mulhausen\

^ Voici les douze articles de ce programme :

« I. En premier lieu, c'est notre humble demande et prière à nous tous, c'est notre Yolonté unanime, que désormais nous ayons le pouvoir et le droit d'élire ou de choisir nous-mêmes un pasteur : que nous ayons aussi le pouvoir de le déposer s'il se conduit comme il ne convient point. Le môme pasteur choisi par nous doit prêcher le saint Ëvangile dans sa pureté, sans aucune addition de précepte ou de commandement humain

« II. Puisque la dime légitime est établie dans l'Ancien Testament, que le Nouveau a confirmé en tout, nous voulons payer la dlme légitime du grain, toutefois de la manière convenable... Nous sommes désormais dans la volonté que les prud'hommes établis par une commune reçoivent et rassemblent cette dîme ; qu'ils fournissent au pasteur élu par toute une commune de quoi l'entretenir lui et les siens suffisamment et convenablement, après que la commune en aura connu, et ce qui restera, on doit en user pour soulager les pauvres, qui se trouvent dans le même village. S'il restait encore quelque chose, on doit le réserver pour les frais de guerre, d'eécorte et autres choses semblables, afin de délivrer les pauvres gens de l'impôt établi jusqu'ici pour le paiement de ces frais. S'il est arrivé, d'un autre coté, qu'un oii plusieurs villages aient, dans le besoin, vendu leur dîme, ceux qui l'ont achetée, n'auront rien à redouter de nous, nous nous arrangerons avec eux selon les circonstances, afin de les indemniser au fur et à mesure que nous pourrons. Mais quant à ceux qui, au lieu d'avoir acquis la dîme d'un village par . achat, se la sont appropriée de leur propre chef, eux ou leurs ancêtres, nous ne leur devons rien et nous ne leur donnerons rien. Cette dîme sera em[)loyée comme il est dit ci-dessus. Pour ce qui est de la petite dîme et de la dlme du sang (du bétail), nous ne l'acquitterons en aucune façon, car Dieu le Seigneur a créé les animaux pour être librement à l'usage de l'homme. Nous estimons cette dîme une dîme illégitime, inventée par les hommes ; c'est pourquoi nous cesserons de la payer. »

Dans leur III* article, les paysans déclarent ne plus vouloir être traités comme la propriété de leurs seigneurs, « car Jésus-Christ, par son sang précieux, les a rachetés tous sans

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La chimère communiste ne germera (jàe pkig tard, du sang des martyrs.

Telle est, dans son esprit, la Réforme véritable qu'il faut bien distinguer du mouvement théo^ logique. Arrêtée dans ses suites immédiates, elle ne tarda pas cependant à porter des fruits

exception, le pâtre à l'égal de Temperenr. » Ils yenlent être libres, mais seulement selon l'Ecriture, c'est-à-dire sans licence aucune et en reconnaissant l'autorité, car l'ETangule leur enseigne à être humïdes et à obéir aux puissances « e» toutes dioses convenables et chrétiennes. »

« lY. Il est contraire à la justice et à la cliarité, disent^tâ. que les pauvres gens n'aient aucun droit au gibier, aux oûseaux et aux poissons des eaux courantes : de même : qu'il» soient obligés de souffrir, sans rien dire, Ténorme dommai^

Sue font à leurs champs les bêtes des forêts; car, lorsque ieu créa Thomme, il lui donna pouvoir sur tous les animaux indistinctement. » -^ Ils ajoutent qu'ils auront, conformément à l'Evangile, des égards pour ceux d'entre les seigneurs qui

Sonrront prouver, par des titres, qu'ils ont acheté leur droit e pêche, mais que pour les autres ce droit cessera sans indemnité.

« Y. Les bois et forêts anciennement conununaux, qui auront passé en les mûnâ de tiers, autrement que par suite d'une vente équitable, doivent revenir à leur propriétaire originaire, qui est la commune . Chaque habitant doit avoir le boi» qui lui sera nécessaire, au jugement des prud'hommes.

« YI. Ils demandent un allégement dans les services qui leur sont imposés, et qui deviennent de jour en jour plufi accablants. Us veulent servir « comme leurs pères, sdon la parole de Dieu. »

« YII. Que le seigneur ne demande pas au paysan de Caire gratuitement plus de services qu'il n'est dit dans leur pacte mutuel {Vefeinigung)i

« YIIÏ. Beaucoup de terres sont grevées d'un cens trop élevé. Que les seigneurs acceptent l'arbitrage d'hommes irréprochables, et qu'ils diminuent le cens selon l'équité « afin que le paysan ne travaille pas en vain, car tout ouvrier a dron à son salaire. »

«( IX. La justice se rend avec partialité. On établit sans cesse de nouvelles dispositions sur les peines. Qu'on ne favorisepersonne et qu'on s'en tienne aux anciens règlements.

« X. Que les champs et prairies distraits des biens de la commune, autrement que par une vente équitable, retournent à la commune.

« XI. Les droits de décès sont révoltants et ouvertement

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