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de Wheatté et de progrès. Les peuples ne se lèvent pmnt pour des abstractions. Les symboles pour lesquds ils s'arment en apparence ne valent à leurs yeux que parce qu'ils expriment de leurs aspirations à la ju^ice, au bien-être. Mein Her tmt le Mande * s'isiquiétait peu du s^f-arbitre
opposés à la Yolonté de Dieu, « car c'est une spoliation dos TOUYes et des orphelins. » Qu'ils soient entièrement et à jamais abolis.
« XII. S'il se trouvait qu'un ou plusieurs des articles qui précèdent, fussent en opposition arec FEcriture (ce que nous ne pensons pas), nous y renonçons d'avance. Si, au contraire, l'Ecriture nous en indiquait encore d'autres sur Toppressioa du prochain, nous les réservons et y adhérons également dès à présent. Que la paix de Jésus-Christ soit avec tous. Amen. »
( Cité par M. Michelet dans ses Mémoires de LiUher; tom« I*% ch. III, p. 166-171.)
^ On connaît cette pittoresque expression de Luther. « On doit, écrivait-il, employer les moyens spirituels pour engager les vrais chrétiens à reconnaître leurs péchés. Mais pour les hommes ffrossiers, pour Monsieur tout le Monde (Herr Om* nés), on doit le pousser corporellement et grossièrement à travaUler et à faire sa besogne, de sorte gue, bon gré. mal gré, il soit pieux extérieurement, sous la loi et sous le glaive, comme on lient les bétes sauvages en cage et enchaînées... Il n'y a pas à plaisanter avec Monseigneur Tout le Monde. c'est pourquoi Dieu a constitué les autorités, car il veut qu'il y ait de l'ordre ici-bas... »
Au début du mouvement, il se pose en médiateur; il s'adresse ainsi à la noblesse :
« ... Ne me suls-]e pas employé de tout temps avec zèle et ardeur à recommander au peuple l'obéissance à l'autorité, à la vôtre même, si tyrannique, si intolérable qu'elle fût ? Qui plus que moi a comoattu la sédition ? Aussi les prophètes du meurtre me haïssent-ils autant que vous. Vous persécutiez mon Evangile par tous les moyens qui étaient en vous, pendant que cet EvangUe faisait prier le peuple pour vous et qu'il aidait à soutenir votre autorité chancelante.
« Ensuite, si je voulais me venger, je n'aurais maintenant cpïk rire dans ma barbe et regarder les paysans à l'œuvre ; le pourrais même faire cause commune avec eux et envenimer [a plaie. Dieu me préserve de pareilles pensées I C'est pourquoi, chers seigneurs, amis ou ennemis, ne méprisez pas mon loyal concours, quoique je ne sois qu'un pauvre homme; ne méprisez pas non plus cette sédition, je vous supplie : non pas que je veuille dire par là qu'ils sqieut trop foris
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et de la consubstantiation, mais beaucoup des dîmes à payer, du joug des prêtres et des nobles, A la voix de ses mystiques apôtres, il saluait encore le Christ libérateur.
Erasme sentait comme le peuple, quand il s'attachait moins à la critique ou à la restauration du dogme qu'à la suppression des abus hiératiques.
Le sage s'entend mieux avec le mystique qu'avec le théologien. Le premier, seul, est religieux. Sa conception de l'Etre est vague, mais
contre vous ; ce n*est pas eux que le Youdrais tous fwre craindre, c'est Dieu, c'est le Seigneur irrité
« S'il est encore un conseil à vous donner, chers seigneurs, au nom de Dieu reculez un peu devant la colère que vous voyez déchaînée... On craint et on évite l'homme ivre. Mettez un terme à vos exactions, faites trêve à cette âpre tyrannie... Employez d'abord la douceur... Dans la guerre vous pouvez vous engloutir et vous perdre, corps et Biens... Les paysans ont dressé douze articles dont quelques-uns contiennent des demandes si équitables, qu'elles vous déshonorent devant Dieu et devant les hommes. »
Puis il dit aux paysans :
« Vous invoquez le nom de Dieu, et vous prétendez agir d'après sa parole; n'oubliez donc pas avant tout que Dieu Dunit celui qui invoque son nom en vain. Craignez sa colère. Qu'êtes-vous donc, et qu'est-ce que le monde ? Oubliez-vous qu'il est le Dieu tout-puissant et terrible, le Dieu du Déluge, celui gui a foudroyé Sodome ? Or il est facile de voir que vous ne faites pas honneur à son nom. Dieu ne dit-il pas : qui prend Tépée, périra par l'épée ? Et Saint-Paul ; que toute ame soit soumise à l'autorité en tout respect et honneur? Comment pouvez-vous après ces enseignements, prétendre encore que vous agissez d'après l'Evangile ? Prenez-y garde, un jugement terrible vous attend.
<c Mais, dites-vous, l'autorité est mauvaise, intolérable, elle ne veut pas nous laisser l'Evangile, elle nous accable de charges hors de toute mesure, elle nous perd de corps et d'âme. A cela je réponds que la méchanceté et l'injustice de l'autorité n'excusent pas la révolte, car il ne convient pas
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elle l'embrasse tout entier ; c'est une vue du cœur que l'esprit peut rectifier, sans avoir à l'élargir. Des idées vraiment générales ne répugnent pas à des sentiments généreux.
L'autre, — le théologien, — est un sectaire, un abstracteur. Serf haineux d'un Dieu de sa fabrique, à sa mesure au moins, — l'œil sur sa chimère, — il ne voit pas ou damne la nature du Bon Dieu.
C'est ce bon Dieu dont l'initiateur de Judée transmit le culte au grand troupeau des simples, aux pauvres d'esprit, aux cœurs tendres dont Jésus faisait son royaume, qui furent la base vivante de la catholicité, serviteurs de
à tout homme de punir les méchants
SouflfWr. souffrir, la croix, la croix, voilà la loi qu'enseigne le Christ, il n'y en a pas d'autres... Jésus-Christ luimême attaché à la croix, que lait-il ? Ne prie-t-il pas pour les persécuteurs....?
c< Comment s'est-il fait que ni l'Empereur \ ni le Pape n'aient pu rien contre moi ? Plus ils ont fait d'efforts pour arrêter et détruire l'Evangile, plus celui-ci a çagné et pris force ? — Je n'ai point tiré répée, je n'ai point fait de révolte ; j'ai toujours prêché l'obéissance à l'autorité, même à celle oui me persécutait. — Je m'en reposais toujours sur Dieu... C'est pour cela... ju'il m'a non-seulement conservé la vie... mais qu'il a aussi de plus en plus avancé et répandu mon Evangile. »
Par sa théorie du droit divin, parle peu d'importance qu'il attache aux intérêts d'ici-bas, Luther est pour la comervfl^ion. Aussi se porte-t-il aux dernières fureurs, lorsque les paysans en courant aux armes, lui semblent compromettre son Evangile Ht
« Je crois, écrit-il le 30 mai 1525, que tous les paysans doivent périr plutôt que les princes et les magistrats, parce qu'ils prennent l'épée sans l'autorité divine... Nulle miséricorde, nulle tolérance ne leur est due, mais l'indignation de Dieu et des hommes, car ils sont dans le ban de Dieu et de l'Empereur. On peut les traiter comme des chiens enragés. »
(Voir : M. Michelet. — Mémoires de Luther, 1. 1. ch. III. —
Univers pitt— Allemagne , par Ph. Le Bas, 1. 1. p. 200-202)
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l'amour pur, époux de Marie, comme François, amante du Christ, comme Catherine ou Thérèse ! Qu'embrassaientHlls en leur extase, dans ces corps sacrés, dans ces divins morts que vi^fiait, ardente comme la chair, leur spiritualité pas^ sionnée?... Le néant?... Non: pleins d'horreur pour ce monde de luttes concordantes dont Tharmonie est à peine entrevue par le savoir moderne,
— fils, non de l'Orient esclave, mais de la Hbre Grèce aux Dieux humains, de Rome citoyenne,
— qu'ils renient ces mystiques, leur mère et leur aïeule ! Au nom d'un sombre idéal de renon* cernent terrestre et d'humiUté, qu'ils insultent aux rdigions joyeuses et pratiques, aux Déités qui les nourrirent. Dieux des héros et des penseurs ! En dépit d'eux-mêmes, c'est la vie qu'ils adorent en leurs idoles, — la vie éternelle, — ils l'ont dit, — non la mort, — c'est l'Humanité dans THomme-Dieu, et dans la Vierge-Mère, la Femme, plus touchante incarnation. Double idéal de force aimante et de chaste tendresse, qu'en sa nudité sereine laissent voir les symboles brisés.
Quelle grâce eût mérité ce dogme, sans les trésors qu'il contient. . .• Frui t amer de la Logique, éclos dans la poudre de TEcole, loin de la Nature qui berça du moins le rêve de Platon, eût-il pu se relever de l'anathème ? Qui assure à l'idéal qu'il formula sa part dans le culte des morts?
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Les inspirés, les mystiques qui, comme Fénëlon le fit plus tard, élargirent la théologie par Tamour, éleyant au Christ dans le cœur des simples un temple plus durable que FËglise dont ces apôtres ne désertaient pas tous l'abri. Les Frères Prêcheurs, ces inquisiteurs ferouches protègent l'orthodoxie par le fer et par le feu ; les Franciscains la font aimer. Les Mineurs étaient Tordre populaire, les tribuns chers au carrefour. Champions de la Madone, mieux que les Dominicains, ils accomodaient le catholicisme au tempéramrat des masses, surtout, des foules italiennes. Us le sauvèrent, lorsqu'au mysticisme hérétique, Rome opposa leur mysticisme soumis, mais hbre d'allures. Cette sujétion couvrait d'ailleurs tant de divergences, d'aspirations millénaires mal étouffées! On sait leurs démêlés avec les papes d'Avignon. Leur affiliation d'un tiers-^ordre laïque fut une tentative de république chrétienne, hostile au fond au sacerdoce. Jean de Parme, général de l'Ordre, prédit dans son Evangile étemelj le règne prochain du Saint-Esprit, le culte définitif sans prêtres ni mystères. En vain ce Hvre est brûlé en 1260. Sous une forme ou sous une autre, toujours les songes du Mysticisme, ce courant vulgaire du progrès, côtoient les déductions également progressives de la Raison.
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En Italie surtout, la Nature garda son culte, rhéroïsme aussi et l'amour, l'Idéal humain incarné dans les types mêmes d'un surnaturalisme étroit. Sur ce sol à la glèbe féconde, il s'éveillait peu à peu dans l'âme des artistes, rassérénant le dogme farouche, y versant la largeur et l'indulgence. A Dante, il sourit sur les lèvres de Virgile, il dore son enfer de quelques reflets de TElysée. Par un miracle apocryphe, le poète met Trajan au Paradis. Des ascètes eux-mêmes, des saints communient avec la nature maudite. Dans l'arbre, dans l'oiseau, ils sentent tressaillir Dieu. « hirondelles, ô moissons, mes sœurs ! » crie Saint-François.
Et Dante exalte sur tous l'homme d'Assise, et sa religion, phase neuve qui fut celle du peuple, et comme le type humiUé, scahato] de ses fraternelles aspirations.
A l'issue du Moyen-Age, l'orthodoxie romaine pesait bien plus sur la société qu'elle immobilisait, que sur l'individu dentelle exigeait surtout la soumission au pouvoir clérical. Conciliante en tout ce qui ne touchait pas à l'autorité, l'Eglise fit subir au dogme d'utiles déviations. Elle tempéra dans la question de la grâce la logique d'Augustin. Le purgatoire rendit moins sombre la perspective chrétienne. D'ailleurs, malgré
* Divina Gommedia. Parad,,. Gant. XL,
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Toppression féodale, le prolétaire se sentait membre d'une famille céleste dont il osa parfois placer sur la terre le commun patrimoine,
« Quand Eve filait, quand Adam labourait, où donc étaient les sires? » Ainsi chantaient, trois siècles avant Cromwell, les milices du forgeron Watt-Tyler.
Le protestantisme aussi fut chez les masses allemandes et anglo-saxonnes une revendication de régaUté, large et saine d'abord comme toute grande inspiration du peuple, puis, au contrecoup des réactions, altérée par l'esprit sectaire. L'Evangile eut ses Spartacus, sombres figures de tueurs de rois, écloses de l'Apocalypse dans les brumes de la Meuse et de la Tamise.
Recueil d'hallucinations gigantesques, commenté par Newton et dont s'inspira l'Homère puritain du Paradis perdu ^ la yision de Saint- Jean reste l'épopée des cataclysmes sociaux... Coupes pleines d'un vin de colère, foules hâves, entrevues sous le sillon de l'éclair dans un ciel noir, parmi les débris des mondes, puissances abîmées dans la poudre, ou que fauche, flamboyante et terrible, l'épée des messagers de Dieu ! — toute cette poésie fiévreuse s'adapte merveilleusement au mysticisme niveleur. Lamennais, le prêtre-tribun, y teignit de nos jours ses périodes imagées, fulgurantes comme le glaive de l'ange exterminateur. — Après bien
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des tentatives, depuis la théocratie de Munster jusqu'à la république des Saints dans la Grande- Bretagne, la Révolution mystique semble définitivement réprimée par la victoire de Fanglicanisme politique et religieux. Mais répercutée en Amérique, en Angleterre même, dans les basfonds sociaux, on la retrouve là comme un ferment d'excentricités déiliagogiques, issues en droite ligne du puritanisme.
Je sais ce que doit le monde à la révolution de t688. Les chefs de la production, associés au pouvoir, la noblesse guerrière et féodale absorbée dans leurs rangs, transformée à leur image par Texercice d'une autorité désormais commune aux deux classes, — pour but, au lieu de conquêtes stériles, l'expansion sur le globe par le commerce, les colonies, — l'esprit mercantile, mobile civilisateur, remplaçant l'initiative militaire dont l'utilité finit en Europe avec la Barbarie, — ces bienfaits, ceux du self-govemment^ la pratique, fût-ce comme privilège, du droit individuel : — il y a là plus qu'il n'en faut pour bénir la sœur aînée, par la date au moins, de notre Révolution.
Ces conséquences étaient dans l'ordre fatal du progrès. Mais l'idéal posé par la Réforme en précipita singulièrement le développement en Angleterre.
Ainsi, la Réforme théologique ne tint pas bien
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la promesse de son apôtre. Reniant tonte idée d'affranchissement temporel^ quand il rompt avec le Mysticisme populaire, Luther répète du royaume divin « qu*il n'es.t pas de ce monde, » mais du monde supérieur. H interprète au sens de la conservation sociale la parole du Messie dont ka docteurs anabaptistes annoncent le règne terrestre et réparateur. « San royaume est mai»^ « tenant de ce monde, » disent- ils, sous Tanathême du défroqué d'Augsboinrg*.*. Cependant, Luther, le premier, au soufQe déjà grondant de U révolte, avait jeté ces brûlantes provocations: a Les peuples comm^^cent à comprendre.....
Bons maîtres et seigneurs, gouva^nez avec modération et justice, car vos peuples ne supporteront pas longtemps votre tyrannie ; ils ne le peuvent ni ne le veulent. Ge monde n'est plus le monde d'autrefois, où vous alliez à la chasse des hommes, comme à celle des bêtes fauves...^ » C'est ainsi qu'il traite ces a grands sot&« ces maudits vauriens » pessim nebulones super terram). En dépit du dogme étroit qu'il restaure, j'aime Luther, je l'avoue, il m'attache par sa fibre sympathique, par la Uberté de son âme, sinon de sa pensée, par ces inccHiséquences généreuses qui le relient à la cause de l'humanité. — Face large et carrée, joviale et rabelaisienne, figure qu'encadre Le
I Luther : Traité de la puissance séculière.
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brumeux horizon de la Saxe ! Parmi les tilleuls ombrageant la taverne,d'où, géant de la Réforme, il secoue le monde « en humant le piot, » patriote naïf, il se compare à Hermann, l'ennemi de Rome, le champion des Germains. Il a les dons de cette race, son culte exalté de l'Idéal, et, sous rétroit parti-pris du sectaire, sous la sève du tribun, cette panthéistique impressionnabilité du caractère, si propice aux abstractions désintéressées de l'esprit.
Le symbolisme propre à l'Allemagne est familier à des gens dont la lymphe engourdit le fluide nerveux. Bureaucrate ou métaphysicien, souvent l'un et l'autre par la régularité des habitudes jointe à l'audace de la pensée, l'Allemand peut-être défini : une imagination dans un automate. Les images de la vie réelle, si nettement perçues par les cerveaux italiens, par exemple, traversent chez le Teuton un milieu plus opaque. Elles perdent ainsi de leur individualité, et d'autant plus aisément se fondent en généralisations au récipient de l'intelligence. Il y a chez l'Allemand une vague seconde vue des choses, mère des plus comiques illusions, mais aussi des plus profonds , des plus larges aperçus Dans sa maîtresse il voit la Femme^ non telle femme.
Elle est pour lui comme une catégorie de sa vie, vers laquelle il se dirige avec une constance de théoricien. Il regarde l'astre symbolique qui,
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des bords les plus lointains, l'unit à sa fiancée dans la même contemplation.
Ce Werther sera peut-être un consciencieux teneur de livres, un de ces employés modèles que r Allemagne produit à foison. Son roman est, au génie près, l'odyssée casanière de Kant, l'œil sur l'infini, son seul amour, accomplissant à heure dite, sa promenade quotidienne : les bourgeois voyant sortir le docteur, règlent leur montre. Rien ne le détourne des voies solitaires de l'idée ou de la manie, et dans l'écho des trônes écroulés qui trouble à peine sa méditation, il salue avant tout la réalisation d'une formule.
Si lapôtre wittembergeois n'atteint pas ces hauteurs intellectuelles, il est bien de la race du penseur de Kœnigsberg, par ce qu'il y a de pro-* fond, d'intérieur dans la nature allemande, par la candeur d'une existence que l'Idéal colore, ennoblit d'un reflet d'or. Tels en des cadres de Rembrandt, le peintre des humilités augustes, le logis, les hôtes de Nazareth émanent je ne sais quelle vapeur enveloppante, que coupe sans l'effacer le rayon transfigurateur : chaleur d'intimité tempérant l'auréole divine, élevant à la grandeur épique la paysanne bonhomie de l'Homme-Dieu. Je vois le rude jouteur dans la retraite de Wittemberg bêcher son enclos, caresser les blondes têtes de ses petits : Uanz,
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Lippus et Josl... Ou il leur conte d'adorables histoires du Paradis « ce beau jardin , plein d*enfanls vêtus de robes d'or, qui ramassent sur des arbres de belles poires, des cerises... )►!! aspire les arômes du printemps, les vagues et larges harmonies de la musique aHeinande. La rêverie, ce qu'il y a de plus végétatif dans les manifestations de Tâme, berce cette organisation semi-barbare. Il s'y complaît, il écoute dans ses modes infinis : « le murmure des ruisseaux, les forêts que le vent incline, » l'hymne de la nature. Il se trouble alors, pense à TEden perdu : « Pauvre violette , quel parfum tu exhales!... Mais il serait plus doux encore si Adam n'eût pas péché... »
Le génie de Luther, ce caractère germain si différent de l'anglo-saxon, malgré la parenté originelle, distingue tout d'abord le protestantisme allemand. Autre est la réforme en Angleterre et dans la France de Calvin. Laissez se développer ces germes, et vous en connaîtrez aux fruits la nature opposée.
Luther fut un grand exégète. Par sa traduction de la Bible, point de départ d'une littérature, par ses commentaires du livre saint, il créa une science, l'interprétation des textes sacrés, où l'Allemagne est sans émule. Mais, pour saisir la rationalité, partant pour apprécier les services d'une étude étrangère aux habitudes de l'esprit
français, il faut se rendre compté des conditions au milieu desquelles elle s*est produite. Un 4es libres penseurs qui l'illustrent en explique ainsi Torigine:
« Lorsque les écoles de la sagesse païenne se fermèrent, et que les peuplades incultes de la Germanie se soumirent à l'institution de l'église ; alors le monde, durant les longs siècles du Moyen-Age, vécut satisfait du Christianisme, tant pour la forme que pour le fond ; et toute trace disparut de ces conceptions interprétatives qui supposent une rupture entre la civilisation du peuple et du monde, et la religion. La Réforme porta le premier coup à la prospérité de la croyance de l'Église ; elle fut le premier signe d'existence d'une culture, qui, comme cela s'était vu jadis dans le Paganisme et le Judaïsme, avait désormais pris, au sein même du Christianisme, assez de force et de constance pour réagir contre le sol qui l'avait portée, c'està-dire contre la religion reçue. Cette réaction, tournée d'abord seulement contre l'église dominante, forma le drame noble mais rapidement terminé de la Réforme; plus tard, elle se dirigea vers les documents bibliques, et, se manifestant au début par les arides tentatives révolutionnaires du déïsme, elle est arrivée jusqu'aux temps les plus modernes par des transformations variées.* »
* Strauss. Vie de Jésus. Inirod, pag. 25, 26.
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Mais il s'en faut d'un siècle que le jour soit venu de cette critique indépendante. La base seule en est posée^ le champ purement externe, dans les travaux des théologiens interprétant, fixant les textes. Pour quMls sortent à leur égard d'une adoration paralysante, des tentatives révolutionnaires doivent se produire pour détruire chez quelques-uns, affaiblir chez tous le respect aveugle des traditions que la Réforme a maintenues. Sans cette œuvre que M, Strauss aie tort de dénigrer, sans la Renaissance qui la commença, jamais la Vie de Jésus ne fût sortie de l'exégèse allemande.