LA QUESTION HEUG1EU6E
Pour toutes les religions précédant le christia- , nisme, le royaume de Dieu eut de ce monde, Cosmos- Dieu. Le royaume du Christ n'est pas de ce monde. Pour la première fois apparaît avec le christianisme une séparation du monde en deux ordres : phénoménal et transcendant, terrestre et céleste, matériel et spirituel. Le postulat chrétien est l'union suprême de ces deux ordres : Moi et le Père sommes Un: mais cette union n'est possible qu'après l'accomplissement de la dernière séparalion : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m' as-tu abandonné? L'intégration finale ne peut se faire que si l'on a passé tous les dei^nés de la différenciation.
Le troisième et dernier moment, celui qui s'annonce maintenant, est la révélation de l'Esprit qui unira la révélation du Fiis avec celle du Père.
Les religions antéchrétiennes sont la thèse, le christianisme est l'antithèse, la religion de l'Esprit sera la synthèse.
Le premier Testament est la révélation de Dieu dans le Monde.
Le second Testament, celui du Fils, est la révélation de Dieu dans l'homme, de Dieu-Homme.
Le troisième Testament est la révélation de Dieu dans l'Humanité, de Dieu-Humanilé.
Le Père s'incarne dans le Cosmos.
Le Fils dans le Lop:os.
L'Esprit dans l'union suprême du Lo^^os et du Cosmos, dans l'Etre Un, personnel et universel, Dieu-Humanité.
Le monde doit sortir de la seconde péri(>de, la religion du Fils, pour pouvoir entrer dans la troisième, la religion de l'Esprit.
La thèse et l'antithèse sont deux moitiés opposées de la vérité synthétique suprême. Chacune d'elles a sa part de vérité dans la mesure où elle aspire à s'unir avec l'autre moitié. Mais si l'une, niant l'autre, s'affirme comme la vérité parfaite, elle devient un mensonge. C'est précisément ce qui est arrivé au christianisme.
Le christianisme, tant qu'il demeurait à l'état dynamique, qu'il en était à sa création, à son développement, aspirait vers la révélation suprême, l'Apocalypse, unissant Dieu et le Monde, vers la synthèse ultime : Que tous soient un, comme toi, père, en moi et moi en toi. Mais quand la statique prit le dessus, quand le christianisme s'arrêta, se pétrifia en un dogmatisme mort, il transforma la contradiction non résolue, mais éternellement résolvable des deux principes opposés en une contradiction irréductible, l'antithèse en antinomie. L'expression de celte antinomie est l'ascétisme monacal, le renoncement au monde phénoménal au nom de Dieu transcendant, la mortification de la Chair au nom de l'Esprit, la malédiction de la Terre au nom du Ciel. L'antithèse, au lieu d'aspirer à l'union avec la thèse, l'absorbe et l'anéantit. Une moitié de la vérité, la religion du Fils, niant l'autre, la religion du Père, et s'affirmant comme vérité parfaite, est devenue un mensonge. La première alors subjuguée, mais non vaincue, s'éleva coPi ire l'autre; lathèse mortifiée, mais non anéantie, s'éleva contre l'antithèse, la Terre contre le Ciel, le Monde contre Dieu. Cette révolte, c'est « la Renaissance de l'antiquité païenne », commencée au xv® siècle et continuée jusqu'à nos jours dans notre culture con-
temporaine,anlichrétienne, — dans l'art, la science, la philosophie, dans toute la vie sociale politique révolutionnaire.
L'athéisme apparent du monde contemporain est en réalité la lutte avec Dieu (Théomachie). Dans son sommeil, Jacob combattit avec Dieu et quand Dieu vit qu'il ne pouvait le vaincre, il lui dit : Laisse-moi y car voici V aurore. Mais Jacob répondit: Je ne te laisserai pas, tant que tu ne me béniras pas. Et pour cette sainte lutte, Dieu aima Jacob plus que tous les fils de l'Homme, il l'appelle Israël, lutteur contre Dieu (Théomache). L'humanité contemporaine aussi lutte en songe inconsciemment avec Dieu, cette'fois non plus avec le Père, mais avec le Fils, avec Christ. Et voilà pourquoi, bien que ceci semble étrange, les athées contemporains, les lutteurs avec Christ, sont plus proches du Christ que les chrétiens actuels : sans voir Son visage, sans connaître Son nom, ils leserrentdansla lutte, le touchent et s'unissent à lui. Et Christ ne pouvant vaincre le monde lui dira : Laisse-moi. car voici l'aurore. Et le monde répondra: Je ne te laisserai pas^tantquetu ne me béniras pas. Et Christ bénira le monde dans l'aurore naissante, dans la révélation de l'Esprit, dans le Troisième Testament. Et il donnera à l'humanité ie nom nouveau de Fils de Dieu, de l'Humanité-Dieu.
M. Paul Sabatier
Homme de Lettres.
Les premiers chrétiens furent accusés d'athéisme
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et de même aujourd'hui des hommes que ne satisfait pas le culte traditionnel sont proclamés athées et se croient peut-être ennemis de l'Eg-lise, alors qu'en réalité leur sens religieux s'est affiné, approfondi, intériorisé.
Bien loin d'aller à une dissolution religieuse, nous allons à une glorieuse rénovation. Le christianisme primitif n'a pas été le renversement du judaïsme, il en a été, au contraire, l'épanouissement. Le christianisme actuel n'est que la bégayante préface et le symbole de la religion de demain.
Déjà parmi les prêtres qui, ià-bas^, au fond de la cathédrale, psalmodient la séculaire cantilène, plus d'un s'est senti troublé d'une nostalgie mystérieuse. Son cœur s'est dilaté, sa voix a tremblé d'émotion, car, dans les ombres du soir qui montent, il a perçu le bruissement lointain de l'armée des peuples qui s'agite, et s'apprête à faire de l'idée de catholicité une vivante réalité.
M. R. Mocsary
Ancien député, ancien chef du parti de l'Indépendance
(Hongrie).
A mon avis, il ne pourra jamais être question d'une dissolution, mais seulement de Vévolution de l'idée religieuse et du sentiment religieux. L'humanité pourra peut-être mettre à part l'idée d'un créateur de l'univers, mais elle restera toujours encline à supposer un suprême Législateur de la loi péremptoire de la morale, dictée par la conscience. Dieu