ANTONELLI
au soir : vous admirez le comédien qui brave son public. Mais lorsqu’il s’arrête dans un salon auprès d’une jolie femme, lorsqu’il lui parle de tout près, effleurant ses épaules et plongeant les yeux dans son corsage, vous reconnaissez l’homme des bois et vous songez en frémissant aux chaises de poste culbutées au bord d’un chemin.
11 loge au Vatican, sur la tête du pape. Les Romains demandent, en manière de calembour, lequel est le plus haut, du pape ou d’Antonelli.
Toutes les classes de la société le haïssent également. Concini lui-même ne fut pas mieux détesté. 11 est le seul homme sur qui tout le peuple tombe d’accord.
Un prince romain me communiquait l’état approximatif des revenus de la noblesse. En me remettant la liste, il me dit : « Vous remarquerez deux familles dont la richesse est indiquée par des points : c’est l’infini. L’une est la famille Torlonia, l’autre est la famille Antonclli. L’une et l’autre ont fait fortune en peu d’années, la première par la spéculation, la deuxième par le pouvoir. »
Les cardinaux Altieri et Antonelli discutaient une question devant le saint-père. Ils en vinrent à se donner quelques démentis. Le pape inclinait vers son ministre. Le noble Altieri s’écria : « Puisque Votre Sainteté accorde plus de créance à un chôchar (à un homme qui a porté les chôches) qu’à un prince romain, je n’ai plus qu’à me retirer. »
Les apôtres eux- mêmes sont animés d’un certain mécontentement contre le secrétaire d’État. La dernière fois que le pape rentra solennellement dans sa capitale (c’était, je pense, après son voyage de Bologne), la porte du Peuple et le Cours étaient tendus suivant l’usage, et les vieilles statues de saint Pierre et de saint Paul avaient disparu sous les draperies. Le peuple trouva le dialogue suivant écrit au coin d’un mur.
Pierre a Paul. « Dis-moi, camarade, m’est avis que céans on nous délaisse un peu.
Paul. — Que veux-tu ? nous ne sommes plus rien. Il n’y a que Jacques au monde. »
Je sais que la haine ne prouve rien, même la haine des apôtres. La nation française, qui se pique de justice, a insulté le convoi funèbre de Louis XIV. Elle a détesté par moments Henri IV pour ses économies et Napoléon pour ses victoires. Un homme d’État ne doit pas être jugé sur les dépositions de ses ennemis. Les seules preuves que nous devions admettre pour et contre lui sont ses actes publics; les seuls témoins à entendre sont la grandeur et la prospérité du pays qu’il gouverne.
Mais il est à craindre qu’une telle enquête ne soit accablante pour Antonelli. La nation lui reproche tous les maux qu’elle a soufferts en dix ans. La misère et l’ignorance publique, la décadence de tous les arts, la violation de tous les droits, l’oppression de toutes les libertés et le Qéau nermanent de l’occupation