‹ La question romaine devant l'histoire 1848 a 1867Chapitre 6 sur 10 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

DE LA PROCLAMATION DE LA REPUBLIQUt: A L'fiiNTREE DES FRANÇAIS DANS ROME

10 FÉVRIER 18/l9 — 3 JUILLET 18^9

Proclamation de la République romaine au Capitole. isio. Les municipalités, sauf quatre, acclament le nouveau lo féTrier.

rr0imp l'roclaiiution

'^S""*^* Je la néf.ubliq. e

« L'Assemblée constituante décrète : 1 . Jusqu'à ce que la "" *'"'" ^' constitution de la République romaine soit décrétée et CréaUun

,,7 t I ' " "" pouvoir

mise en vigueur, 1 Assemblée constituante gouvernera exécmif. l'État au moyen d'un comité exécutif; 2. le comité exécutif sera composé de trois Italiens responsables et amovibles à la volonté de l'Assemblée ; 3. le comité exécutif est composé des citoyens : Armellini, qui a obtenu 139 suffrages; Saliceti, lU, Montecchi, 85. »

ce Citoyens!

« La tranquillité publique est aujourd'hui la loi suprême *- f*""*'du pays. Elle honore le principe républicain qui s'est ^e^pXe^*

élevé sur les ruines du despotisme. Qi'i^'Onqwe ose la troubler, sous quel prétexte que ce soit, est ennemi de la patrie.

« Hier, dans la rue du Corso, il a été commis, contre des domestiques à livrée, des actes que nous réprouvons énergiquement.

« Des mesures sévères vont être prises sur-le-champ, pour que de pareils faits ne puissent plus se renouveler. — Le Préfet de police, Livio Mariani. »

i8i9. Décret qui saisit les biens ecclésiastiques.

13 février, ■*

14 février. Prolestation du Pape contre la proclamation de la Ré- ^"'"'cinTre"'"'" publiquc, lue à Gaëte, devant les représentants des di-

la prociainaiion verscs nations.

de la République.

et La série non interrompue des attentats commis contre la souveraineté temporelle des États de l'Église, attentats préparés par l'aveuglement de plusieurs, et exécutés par ceux dont la malice et la ruse avaient, de longue date, prédisposé la docilité des aveugles, ayant atteint le dernier degré de félonie par un décret de la soi-disant Assemblée constituante romaine, en date du 9 février courant, oh l'on déclare la Papauté déchue de droit et de fait du gouvernement temporel de l'État pontifical, pour ériger un prétendu gouvernement de démocratie pure, sous le nom de République romaine, nous met dans la nécessité d'élever de nouveau la voix contre un acte qui se présente à la face du monde avec les caractères multiples de l'injustice^ de l'ingratitude, de la folie et de l'impiété... »

La .iciieimbiique L'Asscmbléc constituantc, reconnaissant les plus sains principes de moralité et d'intérêt public, décrète que la République romaine déclare la dette publique nationale et inviolable. — Le Président, Galletti. »

Ordonnance « Il a été aujourd'hui placardé un avis adressé aux prê-

de police. jpgg^ Icqucl 3 tous Ics caraclèrcs d'une violence morale

déclarée inviolable

faite à une respectable classe de citoyens. Nous réprouvons hautement cet acte de licence sans frein, et nous sommes décidés à prendre les mesures les plus rigoureuses contre les auteurs, les imprimeurs et les crieurs de pareils écrits : ce sont évidemment des ennemis occultes de la République, et un peuple qui ne les punirait point serait déshonoré. La république n'est pas l'anarchie, la liberté n'est pas la licence. Que les citoyens soient rassurés : le gouvernement de la République saura maintenir les principes d'ordre et de tolérance civile, qui sont le plus beau titre de gloire de notre sainte révolution. — Le Préfet de police, Livio Mariani. »

« Le décret soi-disant fondamental, émané le 9 courant de l'Assemblée constituante romaine, est un acte qui respire en tout la plus noire trahison et la plus- abominable impiété. Il déclare particulièrement la Papauté déchue de fait et de droit du gouvernement temporel de l'État romain, il proclame une République, et un autre décret ordonne la destruction des insignes du Saint- Père...

« Puisque l'Autriche, la France, l'Espagne et le royaume des Deux-Siciles se trouvent, par leur position géographique, en situation de pouvoir promptement concourir, par leurs armes, à rétablir, dans les domaines du Saint- Siège, l'ordre troublé par une horde de sectaires; le Saint-Père, se fiant à l'intérêt religieux de ces puissances, filles de l'Église, demande avec une entière assurance leur interventRn armée pour délivrer principalement l'État du Saint-Siège de la faction des misérables qui y exercent, par toutes sortes de crimes, le plus atroce despotisme.

X De cette manière seule, l'ordre pourra être restauré dans les États de l'Église et le Saint-Père rétabli dans le libre exercice de sa suprême autorité, ainsi que l'exigent impérieusement son auguste et sacré caractère, les inté-

18 février.

Not<! adressée

par Antonelli

à toutes les puissances.

rets de l'Église universelle et la paix des peuples ; c'est ainsi qu'il pourra conserver ce patrimoine qu'il a reçu à son avènement au Pontificat pour le transmettre dans son intégrité à ses successeurs.

« Sa cause est celle de l'ordre et du catholicisme. C'est pourquoi le Saint-Père a la confiance que , tandis que toutes les puissances avec lesquelles il entretient des relations amicales, et qui, dans les diverses phases de la situation oh il a été réduit par un parti factieux , lui ont manifesté le plus vif intérêt, donneront leur appui moral à l'intervention armée que la gravité des circonstances l'oblige à invoquer, les quatre puissances ci-dessus nommées n'hésiteront pas un moment à lui prêter la coopéralion qu'il requiert d'elles, rendant ainsi un immense service à l'ordre public et à la religion.

« Le soussigné , cardinal pro-secrétaire d'État de Sa Sainteté, réclame de Votre Excellence qu'elle ait l'obligeance de porter la présente note, le plus promptement possible, à la connaissance de son gouvernement, et, dans la confiance du bienveillant accueil qui l'attend, il a l'honneur de vous confirmer ses sentiments de considération distinguée. — G. Gard. Antonelli. »

Proclamation d'! la République à Florence. Projet de fusion avec la République romaine , auquel il n'est pas donné suite par les gouvernants toscans.

Le parti piémontais toujours hostile aux républiques. Gioberti, peut-être aussi avec une arrière-pensée d'occupation, propose au grand-duc de faire entrer, pour le rétablir, une armée en Toscane.

Protestation du Pape contre la confiscation des biens ecclésiastiques.

LE CITOYEN LEDRu-ROLLiN. « Citoycns , uu fait Capital, qui laissera une longue trace dans l'histoire, vient de (lArmanTMaVrast. s'accompUr en Italie. La République vient d'y être pro- Ledru^oiiiu, claméc, le pouvoir temporel des papes y a été frappé de

La Itépubliciut; a l'Iortiicc.

19 février.

20 février.

Assemblée consli-

luaiile JeFrance. — Présidence

déchéance. C'est là, pour les amis de la liberté, une bonne nouvelle. (Réclamations à droite.) Je dis que la proclamation de la République à Rome doit être pour les amis de la liberté une heureuse et grande nouvelle (Ouil oui! — Rumeurs à droite), et je m'étonne d'entendre des réclamations si nombreuses de ce côté de l'assemblée (la droite), où, à tant de reprises, on a crié : Vive la République! (Rires d'ironie et bruyante approbation à gauche.)

a Si le gouvernement y avait vu, ainsi que nous, une nouvelle force pour noypiincipes et nos idées, nous aurions entendu celte nouvelle, si heureuse et si inattendue il y a quelques mois encore, annoncée officiellement hier à cette tribune. C'est là un de ces événements qui pèsent tellement dans la politique européenne, que peut-être avions-nous le droit de ne pas l'apprendre par quelques articles de journaux.

« Loin delà cependant, car il circule depuis hier des, bruits sinistres qui émeuvent les républicains sincères (Bruit), et qui par là même faisaient hausser un instant la rente. Je veux parler d'un projet d'intervention. Le Piémont franchirait la Romagne, rétablirait le Pape sur son trône de prince temporel ; en d'autres termes, pour échapper à l'odieux d'une intervention et donner le change à ceux qui n'y regardent que de loin, on tournerait la difficulté par une manœuvre machiavélique, au lieu de l'aborder de face. La République serait étouffée, seulement elle le serait par des mains italiennes. (Mouvement.) Voilà ce que les habiles sont parvenus à trouver comme beau idéal de la grande poHtique. Et, pendant ce temps, que ferait la France? La France aurait une flotte combinée avec celle de l'Angleterre dans les eaux de Civita-Vecchia, pour appuyer, par sa prépondérance morale, les démonstrations du Piémont et l'anéantissement de la liberté en Italie. (Mouvement.) Tous les peuples du littoral apprendraient ainsi que, si le Piémont agit tout seul, il

agit au moins sous le patronage des grandes puissances, de la France et de l'Angleterre, et qu'il n'y a point à lui résister,

« Voilà , je pense, des questions bien nettes, bien précises. Quant à présent, je n'y ajouterai rien. Comme républicain, j'aimerais à croire que les bruits dont je viens d'entretenir l'Assemblée ne sont point vrais, car s'ils étaient vrais, cette intervention détournée, jésuitique, qui n'aurait pas le courage de s'avouer elle-même, déshonorerait à mes yeux le gouvernement français. » (Longue approbation à gauche.) Drouiii de Lhuyj. LE CITOYEN DROuiN DE LHUYS , ministre dcs affaires étrangères. « Citoyens représentants, l'honorable préopinant nous demande, sur la foi de certaine nouvelle, s'il est vrai qu'une intervention soit arrêtée entre Naples et le Piémont. Je ferai observer à l'honorable M. Ledru- RoUin que le Piémont ne confine pas à la Romagne, qu'il y a des États intermédiaires, et que l'opération dont il parle n'est pas aussi simple qu'il peut le croire. (Hilarité. — Agitation prolongée.)

« La question romaine présente de graves difficultés : du double caractère du Souverain Pontife résultent de graves difficultés; mais à la conciliation de ce double caractère s'attache un immense intérêt. Toutes les puissances catholiques, d'autres puissances même, se sont émues à la nouvelle des événements qui ont éclaté à Rome. Au milieu de cette émotion, en face de cette sollicitude, la France devait-elle rester indifférente? Le gouvernement ne l'a pas pensé. En présence du trouble que des événements récents ont jeté dans la catholicité tout entière, le gouvernement a accueilli et accueillera avec une vive sollicitude, il examinera avec une sérieuse attention tous les plans qui lui seront présentés pour atteindre le résultat que nous désirons tous.

« Mais la France ne veut pas mettre sa fortune à la suite de la Constituante italienne, ni de tout mouvement qui

pourrait surgir. La France choisira son jour et son heure, elle consultera son intérêt; et si le Gouvernement adopte une solution qui exige le concours de l'Assemblée nationale, il prendra ici l'initiative, il apportera à cette tribune ses propositions et fera connaître toute la vérité. » (Marques nombreuses d'approbation.)

LE CITOYEN LEDRu-ROLLiN. « Citoyens, M. le ministre des Ledm-r.oiiin. affaires étrangères, en ne répondant pas explicitement à ma question, n'a malheureusement que trop répondu. H a cherché à confondre ce que personne de nous ne confond : le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Il a essayé de faire comprendre que la prédominance du premier, le pouvoir spirituel, était ce qui préoccupait avant tout le Gouvernement. Je déclare que je m'en étonne au plus haut degré. Sommes-nous dans un synode? dans un concile? n'y a-t-il pas dans cette enceinte des hommes de plusieurs croyances et de plusieurs religions? Comment! le pouvoir temporel et spirituel jusqu'ici indivisibles sur une seule tête ne peuvent pas se diviser! Vous n'avez donc pas voulu lire, ou vous avez donc oublié le décret rendu par la Constituante romaine? (Interruption.) Encore un coup, qu'on respecte, au nom de la liberté de conscience, le chef de l'Église, comme tous les chefs de religion; mais qu'on respecte aussi le jugement porté contre le prince temporel qui a démérité de son peuple. (Interruption.)

« Citoyens, c'est vainement que quelques voix réclament contre l'expression que j'ai employée. Permeltez-moi de vous le dire, aujourd'hui la cause est jugée.

« La première fois que j'adressai, il y a quelques semaines, mes interpellations, que me répondit-on? « C'est une insurrection sans racine dans le peuple, faite par quelques factieux; ce n'est pas une révolution, c'est une émeute dont on aura bientôt raison. » Et je répliquai, moi : « C'est une révolution aussi sainte que la révolution de Février. » L'avenir s'est chargé de justifier mes paroles, car l'avenir vous a appris, par l'organe d'une

assemblée sortie" du peuple tout entier, que la révolution était dans les vœux de la nation, et que la république était l'objet de ses vœux. Oui, malgré toutes les réclamations, 1 a cause est souverainement jugée, et c'est aujourd'hui de l'histoire.

« Ah! oui, je comprends l'embarras du ministère ; il doit être grand, en effet, puisqu'il semble résolu à faire le contraire de ce que veut la France. Ce qu'elle voulait, c'était qu'on portât au besoin la guerre au dehors, dans l'intérêt de la liberté des peuples; et, chose inouïe, c'est contre la liberté des peuples qu'on va la laisser faire; car il n'y a plus à s'y tromper, au travers des réticences du ministère, c'est la guerre qu'on va laisser entreprendre au profit du chef de la religion catholique. Ah! je le déclare, une guerre de religion au dix-neuvième siècle, ce sera quelque chose de monstrueux, et que la postérité ne saurait trop flétrir. (Vive et longue approbation à gauche.) Une guerre de religion! Mais j'aime à croire que, si ce pape que vous défendez si mal^ avait au fond du cœur des sentiments vraiment chrétiens (Vives exclamations à droite.), comme je le crois, il serait le premier à vous dire : Pas de sang, pas de sang pour rétablir mon pouvoir temporel! (Mouvement prolongé.)

« Quelles que soient, grand Dieu I les basses intrigues de la diplomatie, quelles que soient les armées qu'on amoncelle, j'en ai le sentiment, la république romaine triomphera (Dénégations à droite); la question n'est plus aujourd'hui, permettez-moi de le dire une fois pour toutes, la question n'est plus aujourd'hui une question matérielle, mais une question d'idée, et quand l'idée est parvenue à renverser la domination de onze siècles d'adoration presque fanatique, cette idée est plus puissante que vos canons, que vos armées. (Longue approbation à gauche.) Non, non, je ne crains pas pour la république romaine. Il n'y a pour elle de redoutable que les hommes du lendemain, ceux qui, repoussant le peuple la veille, ont ensuite

crié Vive la République! plus haut que tout le monde; les perfides, les peureux, en un mot (A gauche. Trèsbien! très-bien!) ne se mettent tardivement dans le mouvement que pour le comprimer. Oui, puissent mes paroles être entendues sur les bords du Tibre; puissent les vrais républicains, nos frères, n'avoir plus qu'une pensée : marcher sans cesse au delà des événements pour n'en être pas surpris, et être assez audacieux, assez téméraires pour faire rentrer dans le néant, par une inflexible volonté, ceux qui la veille étaient et sont encore au fond les ennemis irréconciliables de la démocratie! (Bravos à gauche. — Agitation prolongée.)

La séance se termine par des discours des citoyens Coquerel et Poujoulat, qui se prononcent pour le pouvoir temporel, et du citoyen Théodore Bac, qui s'en déclare l'adversaire.

« L'Assemblée constituante décrète: «Tous les biens ec- ««i^- « clésiastiques de l'État romain sont déclarés propriété de , -' /«^f'"- « la République. La République romame dotera conve- siastiques déclarés « nablement les ministres du culte. L'application de ce propriéiés « principe sera réglée par une loi à intervenir. '''' * '^'"'"' "*"'

« Le Président, Galletti. »

SuliJarité

« L'Assemblée nationale déclare que la République est avrcFcrrare. solidaire de tout dommage que la noble ville de Ferrare ou toute autre partie du territoire romain pourraient souffrir par le fait de l'invasion de l'Autrichien, oppresseur de la patrie commune.

Décret d'émission de 1,300,000 écus en billets de la banque romaine.

22 février.

<r Italiens, le territoire de la République a été de nouveau Prociam:.! on envahi par les hordes croates ; toute l'Italie doit ressentir ''" s«";erno...pnt

!/•<• -it, • 11 romain a tous

ce nouvel «ffront, dont un implacable ennemi a voulu la les naiicns.

2i février

marquer. Il ne s'agit plus ici de telle ou telle forme de gouvernement, non plus que de transaction ou de conciliation; c'est une question de dignité, de vie ou de mort. Il s'agit pour nous d'être ou de ne pas être, de savoir si nous voulons enfin nous relever au rang des autres peuples, ou rester à jamais misérablement prosternés comme un troupeau d'ilotes.

« Piémontais, vous vous êtes mesurés dans les champs de la Lombardie contre ce même ennemi qui voudrait aujourd'hui nous fouter aux pieds; Génois, vous gardez toujours dans vos cœurs le feu sacré de la liberté que ce Tudesque cherche à étouffer ; Napolitains, Toscans, Vénitiens, Siciliens, Lombards, tous vous abhorrez à l'envi ces hordes d'esclaves qui contristent l'Europe et troublent l'harmonie de la civilisation et des peuples.

« Levez-vous donc tous en masse comme nous, pour rejeter ce fléau loin de l'Italie ; levez-vous tous pour obéir à la voix, non d'un gouvernement, mais à celle si sainte de l'Italie. Italiens, renouvelons les hauts faits de nos frères, et faisons verdir de nouveau l'arbre de la liberté ! Peuples de l'Italie, la République romaine vous fait appel à tous ; que pas un ne soit sourd à la voix immortelle de la patrie commune ! »

Décret qui met en réquisition les cloches pour faire dos canons.

La Moulagne « CltOyenS,

L'itnuTrômaînc! " ^3 démocratlc frauçaisc vient saluer en vous, avec enthousiasme, la République glorieusement fondée sur les bords du Tibre. Honneur au peuple romain ! l'histoire admirera la grandeur de son œuvre.

« Cette proclamation solennelle du droit nouveau dans l'antique Rome sera, certes, un des mémorables événements (les temps modernes. Les amis de la liberté s'en réjouissent d'autant plus que le peuple romain a montré

plus de magnanimité dans l'usage de sa force. Maître de lui-même, calme et ferme, en reconquérant ses titres imprescriptibles, il a respecté la liberté religieuse, il a séparé le pape du prince.

« Rome affranchie, c'est le signal de l'affranchissement de l'Italie entière, c'est le premier pas vers le rétablissement de la nationalité italienne sous la seule forme où elle soit désormais possible : la République.

« Courage, frères I déjà la Toscane est libre , Venise combat, la Lombardie est frémissante, le Piémont s'agite, le sang versé à Naples aura ses vengeurs; bientôt, de tous ces Etats émancipés, sortira resplendissante l'Unité italienne.

« Jusque-là, Romains, veillez sur votre victoire ; ne vous en laissez ravir les fruits par aucune faction rétrograde. Voyez ce qui se passe en France, que celte leçon ne soit pas perdue pour vous. C'est par l'énergie révolutionnaire que l'on sauve les révolutions. Maintenez le peuple en armes, toujours prêt à défendre sa conquête et à foudroyer ses ennemis.

« L'Espagne, Naples et l'Autriche forment, dit-on, une alliance sacrilège pour étouffer le pouvoir populaire à Rome. Ces bruits ne peuvent vous troubler, citoyens, dans l'austère travail de votre constitution ; les vieux tyrans hésiteront avant d'attaquer les Romains fondant leur indépendance. S'ils l'osaient jamais. . . citoyens d'Italie, les sympathies de la démocratie française sont avec vous; ses volontaires, à votre appel, vous viendraient en aide pour chasser les barbares. Vive la République romaine ! Vive la République italienne !

« Les Représentants du peuple. »

(Suivent les signatures des Représentants de la Montagne.)

« L'Assemblée romaine : considérant qu'une adminis- r^ f'^V'"'

..•■,. . , , . Impôl forcé

tration despotique, imprévoyante de tout avenir et n progressif

uniquement occupée d'enrichir une caste privilégiée, a dilapidé la fortune de l'État ; — considérant que si l'amélioration des finances est une certitude, leur réorganisation n'est pas l'œuvre d'un jour ; — considérant que les besoins urgents de l'État et principalement la nécessité de mettre la jeune République en état de défense respectable, obligent à recourir à des moyens expéditifs et extraordinaires, parmi lesquels le plus opportun est l'emprunt forcé ; — considérant que ce moyen doit se proposer; 1° promptitude d'opération; 2" la moindre aggravation possible pour le moment ; 3° certitude d'un remboursement pas trop éloigné et sans perle ; — Décrète : 1 . Il sera perçu un emprunt forcé sur les familles les plus riches, sur les capitalistes et commerçants les plus considérables et sur les sociétés de commerce et industrielles de toute espèce. — 2. Les personnes et les corporations {corpi moralï) de toute espèce seront considérés comme autant de familles. — 3. Plusieurs individus descendant d'une souche commune seront considérés comme une seule famille s'il y a entre eux communion de biens. — Zi. La proportion de l'emprunt est comme ci-après : Toute famille ayant un revenu annuel net, n'importe la source, non au-dessous de 2,000 écus, ni au-dessus de /i,000, sera taxée, une fois seulement, du cinquième d'une année de revenu. — Le revenu non au-dessous de /i,000, ni au-dessus de 6,000, sera taxé d'un quart, — Le revenu non au-dessous de 6,000 écus, ni au-dessus de 8^000, sera taxé d'un /ï'ers. — Le revenu non au-dessous de 8,000 écus, ni au-dessus de 12,000, sera taxé de la moitié. — Le revenu au-dessus de 12,000 écus, sera taxé ôlq deux tiers. — 5. Le payement devra être fait, etc. — Le Président, Galletti. » sécubiisation « L'Asscmbléo constituante décrète : La juridiction des (le renseif,nemeni. gvêques sur Ics Universltés et sur tout" établissement d'enseignement de la République, à l'exception des séminaires épiscopaux, est et demeure abolie. — L'enseigne-

ment de l'État est mis sous la dépendance immédiate du Pouvoir exécutif. — Le Président, Galletti. -o

« Considérant que la réunion de plusieurs emplois en une «swseule personne est contraire aux principes d'une bonne 26 fevri. r.

j . r . Prohibition

admimstration ; du eunmi

« L'Assemblée constituante décrète : **" reprfoenuuu

« Art. 1"'. Nul représentant du peuple ne peut recevoir double salaire.

0 Art. 2. Les représentants, qui ont un emploi du Gouvernement, auquel est attaché un salaire, devront, dans le délai de cinq jours, opter entre ce même salaire et l'indemnité acquise à la qualité de représentant du peuple. — Le vice-président, Charles Bonaparte. »

<t Un peuple nouveau vous demande et vous offre bien- 2 mars, veillance, respect et fraternité. Le peuple qui fut jadis le AJf''*s':''e'A"e.u-

^ ^ ir i- 1 j l,lgg romaine

plus illustre de la terre se présente au milieu de vous i lous ics pcpies. comme im peuple nouveau. Entre son ancienne grandeur et sa résurrection nouvelle il y a eu dix siècles de Papauté.

« Peuples de l'Europe ! nous nous sommes connus quand le nom du peuple romain inspirait la terreur. Vous pouvez détester le souvenir de cet âge de domination et de violence ; mais vous ne pouvez pas nous condamner à mériter pour toujours la pitié du monde. Qui, parmi vous, préférerait être un objet de compassion?

« Le peuple des États romains a voulu réformer son association politique et a proclamé la République : devant ce grand acte de la souveraineté imprescriptible du peuple, tout le passé se consume et s'évanouit. Le peuple a voulu. Qui sera au-dessus du peuple ? Il n'y a que Dieu, et Dieu a créé les peuples pour la liberté.

« Le peuple a voulu, et sa volonté n'a nul besoin de demander une justification au passé. Son droit est antérieur à tout fait humain. Mais si pourtant nous voulons regarder en arrière, nous pouvons tranquillement contempler les

ruines de la Papauté, bien plus tranquillement que ne pouvait le faire la Papauté lorsqu'elle s'implantait sur les ruines de noire ancienne grandeur politique.

« L'histoire de l'Italie était pleine de larmes, et l'histoire accusait la Papauté d'en être la cause principale. Et cependant, lorsque la Papauté fit un pas en avant et mit la croix au haut de la hampe du drapeau national, le monde a été témoin que les Italiens étaient prêts à oublier ses torts. L'Italie a commencé sa révolution au nom d'un Pape. Mais là justement est la pierre de touche de ce que la Papauté pouvait et de ce qu'elle ne pouvait pas. Les prédécesseurs du dernier Pontife avaient été trop prudents pour oser tenter l'épreuve, et leur puissance ne se mesura qu'à la grandeur des malheurs qui accablaient les peuples. Le dernier Pontife osa le premier se mettre à l'œuvre, et voulut se retirer aussitôt qu'une terrible vérité lui fut révélée, savoir l'impuissance de la royauté sacerdotale à rendre libre, indépendante et glorieuse la nation italienne. Il voulut interrompre l'œuvre commencée ; c'était trop tard. La Papauté s'était jugée elle-même. Voilà pourquoi la décadence de la Papauté a été si proche de sa gloire : la gloire de la Papauté était comme l'aurore boréale qui précède les ténèbres.

« Nous voulûmes pourtant espérer encore; mais un système de réaction fut la réponse que nous donna la Papauté. La réaction tomba, la Papauté dissimula quelque temps, et puis, lorsqu'elle eut vu le calme du peuple, elle s'enfuit, et tout en fuyant elle emporta la certitude d'exciter la guerre civile ; elle a violé la Constitution politique ; elle nous a laissés sans gouvernement ; elle a repoussé les messages du peuple ; elle s'est jetée dans les bras du plus féroce ennemi de l'Italie ; enfin elle a excommunié le peuple.

« Ces faits ont suffisamment prouvé que la royauté sacerdotale ne voulait ni ne pouvait se modifier d'elle-même. Il ne restait qu'à la subir ou à la renverser. Elle fut renversée.

« Parce que la libéralité des rois ou la tolérance des peuples avaient permis que la Papauté se fixât un jour dans la cité des Scipions et des Césars, plutôt qu'au centre de la France, sur les rives du Danube ou de la Tamise, les Italiens devront donc perdre les droits communs à tous les peuples, la liberté et la patrie ? Et s'il est vrai que la possession d'une souveraineté temporelle soit nécessaire au pouvoir spirituel des Papes, quoique ce ne soit pas à cette condition que Jésus-Christ ait promis l'immortalilc à son Église, c'était donc la destinée de Rome de devenir le patrimoine de la Papauté et de l'être à jamais? Rome, patrimoine d'une souveraineté qui avait besoin d'opprimer pour exister, et devait périr pour être glorieuse? Et puisque Rome était le patrimoine du pays, elle devait nécessairement être la cause permanente de la ruine de l'Italie. Rome, dont les traditions, le nom et jusqu'à ses ruines parlent si fort de liberté et de patrie !

1 Abandonnés à nous-mêmes et provoqués dans notre dignité, nous avons fait une révolution sans répandre une goutte de sang; nous avons reconstruit l'édifice sans qu'on ait entendu le bruit de sa démolition ; nous avons déraciné la souveraineté de la Papauté, ^près tant de siècles de malheur, non par hains de la Papauté, mais par amour de la patrie. Quand on a su accomplir une révolution avec cette moralité de pensée et de moyens, on est parvenu à prouver à la fois que ce peuple ne méritait pas de servir à la Papauté, mais il était digne de commander à lui-même. Il est donc digne d'entrer dans la grande famille des nations et d'obtenir votre estime et votre amitié.

0 La République romaine conservera le cachet de son origine : elle mettra un peuple libre à la défense de l'indépendance religieuse du Pontife, pour lequel la religion d'un peuple républicain aura bien plus de valeur que quelques pieds de terrain. La Répubhque romaine se prépare à traduire les lois de moralité et de clrarité uni-

verselle dans la conduite qu'elle se propooe de tenir et dans le développement de sa vie politique. »

i8i9 Considérant que tous les citoyens sont égaux devant la

3 mars. loi ct quc toute juridiction privilégiée viole ouvertement buDa'cx ecciési'as- cettc même égalité , le Comité exécutif porte à la connaistiques eicepuonneu sance du public que l'Assemblée constituante a provisoirement décrété ce qui suit :

« Art. 1 . Tout privilège du clergé séculier et régulier pour la juridiction ecclésiastique aussi bien que pour l'application des lois exceptionnelles, est et demeure aboli.

— Art. 2. Il n'y a pas d'innovation en ce qui concerne les matières purement spirituelles. — Art. 3. L'obligation de requérir l'apérition de bouche [aperizione di bocca), ainsi dite, pour les anciens rescripts souverains est abrogée. —

■ Art. h. Les tribunaux de l'État, dans les causes de leur compétence, jugent de leur validité ou de leur nullité d'après les lois existantes. — Art. 5. Nul ne peut continuer à être juge, ni être nommé tel, par privilège d'ordre.»

— Suivent les dispositions organiques, etc., etc.

« Le Comité exécutif, Armelltni, Saliceti, Montecchi. »

4 mars. « L'Assemblée constituante : considérant que si la presse peut être soumise à des mesures répressives, lorsqu'il y a délit, elle ne peut jamais subir une mesure préventive ; considérant que le délit est censé avoir son action au moment de la diffusion de l'imprimé prohibé ;

« Décrète :

« Art. 1. Tout bureau de censure, établi soit à la douane, soit ailleurs, pour tout genre d'imprimés, de gravures ou de figures, est et demeure aboli. — Art. 2. L'action pénale demeure cependant réservée pour les mêmes imprimés, gravures ou figures, une fois qu'ils ont été débités, si la loi en a défendu la publication.

« Le Comité exécutifs Armellini, Saliceti, Montecgui. »

Abolition de la censure.

« L'Assemblée constituante, tout en acceptant avec en- i8*9 Mars, thousiasme le vœu des peuples toscans de ^'unir avec la ^4l°iâ''n°p!b'uqn" République romaine au nom des peuples qu'elle repré- toscane, sente, donne au ministre des affaires étrangères la faculté de mener à terme les négociations pour l'union politique et économique des deux États.

« Le Comité exécutif, Armelliki, Saliceti, Montecchi. »

« L'Assemblée constituante, sur la proposition du mi- subsides nistre des affaires étrangères : considérant que Venise i'"'"' "^'«"'s"soutient une lutte héroïque pour la cause de l'indépendance de l'Italie ; considérant qu'il est du devoir de tout État italien de venir en aide à cette noble cité,

« Décrète :

« 11 sera envoyé à Venise un subside de 100,000 écus en bons du Trésor. Cette somme est un don que la République romaine offre à VeniLC.

« Le Comité exécutif, Armellini, Saliceti, Montecchi. »

Mazzini, déclaré citoyen romain, est présenté à l'As- g mars, semblée et accueilli avec enthousiasmie : Assemblée consii-

«c Les applaudissements et les marques d'affection que "^" DiTcours"^ ~ je reçois de vous, ô mes collègues, c'est vous qui devriez de Mazzini. les recevoir de moi; car le peu de bien que j'ai, non pas fait, mais tenté de faire, c'est de Rome que j'en ai reçu l'inspiration. Rome fut toujours pour moi une sorte de talisman; tout jeune j'étudiais l'histoire d'Italie, et je trouvais que, tandis que, dans toutes les autres histoires, les. nations naissaient, croissaient, jouaient un rôle dans le monde, et tombaient pour ne plus remonter à leur premier degré de puissance, une seule cité avait reçu de Dieu le privilège de mourir et de ressusciter plus grande pour accomplir dans le monde une mission plus haute que la première. Je voyais d'abord la Rome des empereurs surgir et s'étendre par la conquête des confins de

l'Afrique aux confins de l'Asie; je voyais Rome tomber sous les coups des barbares ; je la voyais se relever, et après les avoir chassés, rapporter vivant du fond de son sépulcre le germe de la civilisation ; et, plus grande, conquérante non plus par les armes, mais par la parole, elle venait, par l'organe des papes, renouveler sa haute mission. Et je disais en mon cœur : 11 est impossible qu'une cité, qui seule au monde a eu deux grandes existences, et la seconde plus grande que la première, n'en ait pas une troisième. Après la Rome qui agit sur le monde par la force des armes, après la Rome qui agit par la puissance de la parole, viendra, me disais-je, la Rome qui agira par la vertu de l'exemple : après la Rome des empereurs, après la Rome des papes, viendra la Rome du peuple. Ne me saluez pas d'applaudissements; réjouissons-nous ensemble. Je ne puis vous rien promettre en ce qui me concerne, si ce n'est mon concours dans tout ce que vous ferez pour le bien de lltalie et de Rome. Peut-être aurons-nous à traverser de grandes crises; peut-être aurons-nous à livrer une sainte bataille à l'unique ennemi qui nous menace, l'Autriche. Nous la livrerons et nous serons vainqueurs. J'espère, avec l'aide de Dieu, que les étrangers ne pourront plus dire ce qu'aujourd'hui encore, en parlant de ce qui nous touche, répètent beaucoup d'entre eux : que la flamme qui brille à Rome est unïeu ■ follet, une lueur qui erre parmi les tombes ; il faudra que le monde y reconnaisse une lumière éternelle, splendide et pure comme colle des étoiles de notre ciel. » i8i!> LE CITOYEN BuviGNiER dénoncc l'organisation d'une

Asscmbi6e"'consii- "ouvelle sainle-alHance entre la Russie, la Prusse et tuante (le France.— l'Autriche, ct la faiblessB du gouvernement dans sa poli- Présidence jj extéricure, notamment en présence du pillage de

il Arniund Marrast. ^ ,.,. -ni ro

Ferrare par les Autrichiens, et interpelle le gouvernement

Burignier. sur la couduite qu'il tiendrait, au cas d'une intervention à Rome de plusieurs puissances secondaires soutenues par l'Autriche.

LE CITOYEN DROuiN DE LHDTs se bome à répondre que J^^^^ la politique du gouvernement est suffisamment connue et orouin de i.huys consacrée déjà par plusieurs votes de l'Assemblée.

LE CITOYEN LEDRu-ROLLiN relèvo la significatiou du re- LfJ"' r.oiiin. fus du gouvernement de reconnaître la République romaine et d'admettre d'autre représentant de Rome à Paris que le nonce du pape. « Intervenir directement par la force des baïonnettes, intervenir directement par des escadres qui longeront les plages de l'Italie! ou intervenir, au contraire, en prêtant son ascendant moral, en conseillant, en entrant en négociation! » c'est toujours intervenir, et la Constitution, enson article 5, est là avecson texte inflexible. Tout autre était, en 1 831 , la politique de M. Odilon-Barrot. Non-seulement il ne voulait pas d'une politique qui fait les affaires de l'Autriche, il voulait qu'on agît contre elle; « Que, dans notre voisinage, disait-il, aux bords de nos frontières, dans la sphère de notre influence légitime et de nos intérêts réels, une puissance s'arroge le droit de défendre à toute population que peuvent atteindre ses armées, de songer à se créer un autre ordre social que celui sous lequel elle existe ; que cette puissance intervienne à l'instant même avec ses armées et mette le poids de cette intervention, de cette force matérielle et brutale pour arrêter les efforts d'une civilisation naissante, et qu'elle condamne la Péninsule, ce berceau de la civilisation, ce foyer de tous les arts, à rester sous le bon plaisir de quelques petits potentats ou dans les liens de je ne sais quel gouvernement moitié théocratique, moitié despotique; c'est ce que nous ne pouvons pas permettre, sous peine de nous déshonorer. »

LE CITOYEN DE LAMARTINE, aorès aVOir défcndU la poli- Lamani . .

tique étrangère du gouvernement provisoire, et déclaré que, dans la question de Rome, il n'admet ni le point de vue ultra-catholique, qui dit : « Intervenez » ; ni le point de vue radical philosophique, qui dit : « Laissez à ellemême la république née à Rome; vous ne savez encore

quelle situation cette institution nouvelle fera au pontificat, les événements décideront », se prononce pour ce qu'il appelle « le point de vue politique », point de vue qui respecte ces trois choses : le principe de la paix générale, le principe de dénouer par des négociations ce qui ne pourrait autrement être tranché que par le glaive, le principe de l'indépendance religieuse. Son système est celui-ci :

« La France n'interviendra pas, la France déclarera à l'Europe qu'elle ne souffrira pas d'intervention en Italie, mais qu'elle est prête à ouvrir des négociations avec toutes les puissances catholiques ou autres, pour arriver, sans blesser l'indépendance de l'Italie, à une solution pacifique de cette grande et double question de la liberté du peuple romain, et de l'inviolabilité et de l'indépendance non pas du souverain, entendez-moi bien, mais du pontife. (Très-bien! très-bien! — Longue interruption.)

« Et qu'arrivera-t-il, citoyens, pendant ces négociations, et à la suite de cette déclaration de la France ? De deux choses l'une : ou la république romaine, pour laquelle ses premiers actes ne m'ont pas donné plus de sympathie qu'à vous, ou la république romaine n'est qu'une ébullition passagère d'une démagogie qui a mal débuté dans la voie de la liberté (Très-bien!), cette démagogie, cette éruption volcanique s'étouffera d'elle-même dans son propre foyer, et alors la question religieuse sera dégagée de la question poUtique enllaUe (Très-bien!) ; ou bien, au contraire, la république romaine, et je le souhaite, est un mouvement sérieux, un principe de renaissance au centre même de l'Italie, que ce pouvoir temporel sans limites avait jusqu'ici séparée en deux comme pour empêcher ses membres de se concerter pour un effort commun vers l'indépendance et vers la liberté de la péninsule ; et alors vous traiterez dignement, sûrement, à des conditions de sécurité complète avec une république organisée, reconnue et affermie dans le monde.

« Mais si en ce moment vous permettiez à la France d'intervenir pour enchaîner à jamais la population centrale de l'Italie à un pouvoir quelconque, temporel ou spirituel, qu'elle réprouve ; ou si, n'osant pas, ou ne voulant pas, uu ne daignant pas le faire vous-mêmes, vous permettiez qu'on le fît en votre nom, ce serait là, passezmoi l'expression, la grande simonie du siècle, fatale à la fois à la religion et à la liberté; ce serait là quelque chose qui me paraîtrait pire que ce que l'on a si longtemps flétri sous le nom de sainte-alliance, car la sainte-alliance était une alliance défensive des trônes contre les entreprises de la démocratie et de la liberté, et cette alliance nouvelle, que l'on vous ferait signer avec le sang de la France, serait une alliance offensive, une alliance agressive dans laquelle la main de la France apparaîtrait pour contre- signer la mort éternelle, l'interdiction de renaître à l'indépendance, à la liberté dans cette Italie dont elle s'est déclarée et dont elle se déclarera toujours la sœur, l'amie et l'appui. (Approbation.)

e Oh ! alors, je dirai avec vous : Honte à une telle apostasie de nos principes républicains à la face du monde ! (Bravos à gauche.)

c Et que gagnerait la république française à cette répudiation de sa nature et du droit des nations? Ce qu'elle y gagnerait, je vais vous le dire : elle n'y gagnerait pas la faveur des rois et des trônes, ombrageux par leur nature même, pendant les premiers temps, contre le principe démocratique même modéré, si fortement organisé dans trente-six millions d'hommes ; et elle y perdrait à jamais, dès son premier acte, à son premier geste, l'estime , la confiance et la considération des peuples que nos premières paroles lui avaient conquis et que vos résolutions sauront lui maintenir. » (Très-bien ! très-bien! — Vive agitation.)

Charles-Albert, voyant l'Italie échapper à son ambition jsjo

12 mars.

par les progrès de la propagande républicaine, pressé d'ailleurs par son parlement, dénonce l'armistice à Radetzki.

ft L'Assemblée constituante a décrété :

« Que les églises, les corporations religieuses, les établissement ecclésiastiques, et en général ceux de mainmorte, sont déclarés incapables d'acquérir, à quelque titre que ce soit, lucratif ou onéreux, tant par acte entrevifs, que par disposition testamentaire ; sont exceptés les établissements de bienfaisance publique qui auront été spécialement autorisés à cela par le gouvernement. « Le Comité exécutif, Armellini, Saliceti, Montecchi.»

1349 Décret qui organise la garde nationale.

21 mars. « L'Assemblés constituante :

Création de peu- ^^ Consldéraut que tout citoyen doit vouer sa vie à la

siona pour les . ^ • i i • i , » i t

blessés Cl les fa- patrie ; considérant qu il est du devoir de la République milles des citoyens jo ^jg yQXiiT au sccours des familles qui ont perdu leur

tues dans la guerre . .,, ,-,„! -'ii-.

d-in lôpendaDcc. uuique soutien a la guerre ; 2° de pourvoir a la subsistance de ceux qui ayant été mutilés sont rendus incapables de gagner leur vie ; considérant que l'État ne peut pas réparer tous les malheurs, mais seulement en soulager l'effet; décrète : Art. 1. Aux blessés dans la guerre de l'indépendance devenus incapables de travailler, une pension de six écus par mois leur vie durant; — Art. 2. Aux familles pauvres des morts une pension égale, aux conditions, comme ci-après : I. A la veuve du mort pour qu'elle en jouisse, avec ses fils mineurs et ses filles nubiles, aussi longtemps qu'elle n'a pas convolé à de secondes noces; II. Faute d'elle et en cas qu'elle meure ou qu'elle se marie de nouveau, aux fils mineurs et aux filles nubiles, aussi longtemps qu'elles demeurent telles ; III. Au père sexagénaire, lorsque le mort n'a laissé ni veuve ni enfants ; IV. A la mère du décédé, si celui-ci n'a laissé après lui

ni veuve, ni enfants, ni père, ou après la mort du dernier, qui percevait la pension; V. Aux frères mineurs et aux sœurs nubiles du décédé, lorsque, à la mort de celui-ci, il n'existe aucune des quatre catégories précédentes. — Art. 3. Les noms de tous les volontaires qui, avec toute la conscience du sacrifice, ont donné ou donneront leur vie à la patrie, seront gravés sur une grande table de marbre placée dans la grande salle du Capitole, où la Constituante italienne tiendra ses séances. — Art. k. Les blessés incapables au travail pour un temps seulement, auront droit à la pension jusqu'à leur complète guérison. « Le Comité exécutif, Armellixi, Saligeti, Montecchi. »

« Le Comité exécutif : Considérant que s'il est du de- ^^''^ voir du Gouvernement de rendre un compte exact des i e mbutre recettes et des dépenses qu'il fait, il est bon qu'il fasse des finances rendra cela publiquement, et fréquemment, d'autant plus,' dans i*" quiX*^ jours, le temps présent, que la guerre de l'indépendance exige de fortes dépenses et de grands sacrifices ; sur la proposition du ministre des finances, ordonne : Le ministre des finances publiera tous les quinze jours l'état des recettes et des dépenses du gouvernement de la République.

« Le Comité exécutif, Armellini, Saligeti, Montecchi. »

Défaite de Novare. — Abdication de Charles-Albert. 23 mars.

Insurrection républicaine et nationale à Gènes, étouffée ^^^"'^^ '''^ Novare. au bout de douze jours par l'armée piémontaise, commandée par le général La Marmora.

LE GiTOYEx ODiLON^ARROï, ministre de la justice. (Pro- -^ mars, fond silence.] « C'est un devoir pour le Gouvernement de mamëde^France!— donner communication immédiate des deux dépêches qu'il Présidence vient de recevoir. Voici la première : — « Turin, le 25. ''■'^"'^"'' ^' ""'■ « Le ministre de France à iM. le ministre des affaires étran- ~

« gères : L armée a ete rejetee dans les montagnes a Biello « et Borgo-Manero. Les Autrichiens occupent Novare, Ver-

« ceil et Trino. Il paraît certain que le roi a abdiqué et

« s'est réfugié en Suisse. (Sensation.) Le gouvernement « a prié M. Abercroraby et moi de demander un armis- « tice pour couvrir Turin. Nous nous sommes mis à sa « disposition, et nous partirons aussitôt qu'il le désirera. »

c( Une autre dépèche, en date de Toulon, le 28 mars, à cinq heures du matin. — « Nice, le 27. — Le consul de « France à M. le ministre des affaires étrangères : Ciiarles- (c AlbcTt, après avoir abdiqué en faveur du duc de Savoie, (c a traversé Nice, le 26, à onze heures du matin, allant « en France. (Mouvement.) L'armée piémontaise a été « battue à Novare, mais son honneur est sauf. »

« Quelque rapide qu'ait été ce dénotiment, il n'était pas imprévu, et bien que, dans cette circonstance, le gouvernement piémontais ait méconnu les conseils de la France, nous n'en sommes pas moins résolus à sauvegarder, avec l'intégrité du territoire du Piémont, l'intérêt et la dignité de la France. » (iMarques générales d'approbation.)

LE CITOYEN Eixio présente au nom du comité des af-

oO mars. . . , , i /• i •

Assemblée consti- Icures étrangères la resolution suivante : maille de France.— « L'Asscmbléc nafionalc, jalouse d'assurer la conserva- (rArmani'i jurrast. ^^^^ ^^s dcux plus grauds intérêts qui lui soient confiés, la dignité de la France et le maintien de la paix fondée sur

Bxio : proposition le rcspect des nationalités; s'associant au langage tenu, <iu Comité des (jgns la séaucc du 28 mars courant, par M. le président rjDg r.s. ^^ conseil, confiante d'ailleurs dans le Gouvernement du président de la République (Bruits divers), déclare que, si, pour mieux garantir l'intégrité du territoire piémontais et mieux sauvegarder les intérêts et l'honneur delà France,, le pouvoir exécutif croyait devoir prêter à ses négociations l'appui d'une occupation partielle et temporaire en Italie, il trouverait dans l'Assemblée nationale le plus sincère et le plus entier concours. »

Après un discours du citoyen Ledru-Roliin, qui demande que la France soit l'alliée des peuples, le citoyen flocon a la parole :

a Citoyens, il m'est impossible de voter l'ordre du jour qui vous a été présenté au nom de votre comité des affaires étrangères. Je ne le puis, parce que la rédaction de cet ordre du jour implique un sentiment de confiance que je déclare franchement ne pas partager. Mais, d'un autre côté, l'ordre du jour pur et simple pourrait être interprété d'une manière très-défavorable à une cause qui nous est chère, et l'Assemblée semblerait par cet ordre du jour se dégager des résolutions qu'elle a déjà prises et qu'elle a manifestées hautement en face de l'Europe et du monde entier; je vous propose donc une résolution conçue en ces termes : ce L'Assemblée nationale, persistant dans sa ré- (c solution du 2k mai, invite le Gouvernement à prendre « les mesures nécessaires pour garantir l'affranchissement « de l'Italie. » (Interruption.)

(Dans la séance du lendemain, après des discours du citoyen Thiers, qui ne veut pas que la France intervienne en faveur des nationalités; du citoyen Ledru-Rollin, qui demande au contraire l'intervention pour la cause des peuples, l'Assemblée adopte par /i40 voix contre 320 l'ordre du jour du citoyen Bixio.)

« L'Assemblée constituante : considérant que la gra- i^« vite des circonstances actuelles exige la concentration du %"ài"„ pouvoir, sans que pourtant l'Assemblée suspende l'exer- du Triumvirat, cice de son mandat, décrète : Art. 1^'. Le Comité exécutif est dissous, — Art. 2. Un Triumvirat est nommé qui sera chargé du gouvernement de la République. — Art. 3. Il est conféré à ce Triumvirat des pouvoirs illimités pour la guerre de l'indépendance et pour le salut de la Republique. — Le Président, Galletti. »

L'Assemblée nomme les citoyens Mazzini, Saffi et Armellini triumvirs de la République.

Conférences à Gaëte entre les représentants des nations i.r avril, catholiques : Antonelli demande le rétablissement pur et simple du pouvoir temporel.

181!) 2 avril .

Insurrection de Brescia. Malgré une défense héroïque, à laquelle les femmes prennent part, elle est prise d'assaut par Haynau. Pillage, viol, incendie. Les exécutions se prolongent pendant six mois. « On pendait et fusillait encore deux ans après pour faits de siège. » — De la Varenne.

Notification par l'Autriche au gouvernement vénitien des événements de Novare. L'Assemblée décrète : « Venise résistera à tout prix à l'Autriche ; le président Manin est investi à cet effet de pouvoirs illimités. »

Décret de l'Assemblée romaine qui met en réquisition les fusils.

4 avril. Malgré le bombardement de Messine, la Sicile gardait

encore le gouvernement indépendant qu'elle avait proclamé au commencement de 1848. Une expédition napolitaine est dirigée contre elle. Prise de Gatane par Filangieri. Atrocités de répression.

5 avril. Décret qui donne en logement aux familles pauvres les

bâtiments de l'Inquisition.

9 avril. Décret qui met à l'amende les chanoines du Vatican

pour avoir refusé de faire, le jour de Pâques, les cérémonies ordonnées par le Gouvernement.

10 avril. Décret qui crée des bureaux de statistique.

12 avril. Peruzzi, encouragé par les mouvements des Autrichiens

sur Pontremoli et Fivizzano, se met à la tête de la garde civique et opère la contre-révolution à Florence. Rome et Venise restent seules debout.

1* avril.

L-Assembiée « L Asscmblce constituanto romaine : considérant les

romaine jure que demicrs événemeuts d'Italie, déclare : La République

la pairie "^ ^

lora sauvéo.

romaine, asile et boulevard de la liberté italienne, ne

14 Avril.

lumvirs à Ions

cédera ni ne transigera jamais. Les représentants du peuple et les Triumvirs jurent, au nom de Dieu et du peuple : la Po.tr ie sera sauvée l

« Le Président de l'Assemblée : A. Saliceti. »

« Citoyens ! Italiens I

« Le Piémont trahi, Gênes tombée, la Toscane agitée par les tentatives d'une réaction coupable, la vie, la vé- Proci.imation ritable vie italienne se rencontre dans Rome. Que Rome '''^ 7 soit le cœur de l'Italie. Qu'elle s'élève à de généreuses les uaiion pensées et qu'elle accomplisse des actions dignes de ses pères. C'est de Rome que, par la force de l'exemple, la vie doit refluer aux membres épars de la grande famille italienne. Le nom de Rome, de la Rome du peuple, la Rome républicaine, sera béni en Italie, et pour longtemps glorieux en Europe.

« Aux Lombards, aux Génois, aux Toscans, à tous ceux qui sont nos frères par la patrie et par la croyance , Rome ouvre des bras de mère. Les hommes de guerre trouveront ici un camp italien, les faibles, une hospitalité italienne.

« Il n'y a rien de changé pour nous. Forts du mandat qui nous vient de Dieu et du peuple, forts du concours du plus grand nombre, irrévocablement décidés à ne jamais transiger avec notre conscience et sur le principe que nous avons été appelés à représenter, nous maintiendrons pur de toute tache le drapeau de la République, drapeau de vertu, d'ordre, de pouvoir régulier et de victoire. Que les bons nous viennent en aide avec une attitude énergique et tranquille. Que le peuple ait confiance en nous, comme nous nous confions en lui-même, et nous resterons debout. Que l'amour et la bénédiction soient avec ceux qui se serrent autour de notre drapeau républicain 1 malheur à qui oserait y toucher !

« Rome est la ville des choses éternelles. Que la République romaine soit éternelle, sauvegardée par la con-

corde, pour l'honneur de nctre peuple, pour le salut de l'Italie, laquelle n'attend aujourd'hui que de Rome impulsion et consolation. — Les triumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »

^^'♦'^ Abolition de la ferme du sel.

13 avril.

16 avril. Décret sur l'organisation de l'armée.

Assemblée consti- LE CITOYEN ODiLON BÂRROT, président du conscil, s'ap-

luante de France.— , ,, j j • i -, t^- • ^ ' i.

Présidence puyaut sur 1 Ordre du jour du citoyen Bixio vote par 1 as-

d'Aroiand Mairast. semblée le 31 mars, demande l'urgence pour un crédit

- de 1,200,000 fr. pour l'entretien sur le pied de guerre

demande"un"c?éd- P^^d^'^* trols mois d'uu corps d'armée qui occuperait un

de 1,200,000 ir. point du territoire de l'Italie centrale, oh une crise est

pour l'occiipaiion imminente. Il se fonde sur la nécessité de maintenir, en

de i'ita"ie''c°emraie P^ssence des victoircs de l'Autriche et de son influence

croissante, l'influence française en Italie. «Ce que nous

pouvons affirmer dès à présent, dit-il, c'est que du fait

de notre intervention sortiront d'efficaces garanties , et

pour les intérêts de notre pays et pour la cause de la vraie

liberté. » (Rires ironiques à gauche.)

Une voix. « La liberté honnête et modérée! » Commission L'assemblée se retire dans ses bureaux et nomme une o mem ros. cQujjjjjggjQjj ^q quinze mcmbrcs (Lamoricière, Senard, de Laussat, Dufaure, Schœlcher, Pascal Duprat, Aylies, Subervie, Freslon, J, Favre, F. de Lasteyrie, Duvergier de Hauranne, Grévy, Thiers, G. Sarrut), chargée de faire immédiatement son rapport.

(A neuf heures vingt minutes du soir^ le rapporteur, le citoyen Jules Favre et les membres de la commission se présentent dans la salle des délibérations.)

« LE CITOYEN PRÉSIDENT. J'appelle à la tribune M. Jules Favre, rapporteur de la commission chargée d'examiner la question d'urgence soulevée par la communication du Gouvernement.

LE CITOYEN JULES FAVRE , rappoTtcuT. ( Profond si- *8*!^

\ , • • ' -rr , - j, . 10 Avril.

lence.) « La commission q;:e vous avez chargée d exami- j^ie, Favrc ner la question d'urgence soulevée par la demande de rappo.teur. crédit que vous a présentée ce matin M. le président du conseil vous propose à l'unanimité de reconnaître et de déclarer cette urgence. Elle a appelé dans son sein M. le président du conseil et M. le ministre des affaires étrangères. De leurs explications il est résulté que la pensée du Gouvernement n'est pas de faire concourir la France au renversement de la république qui subsiste actuellement à Kome ; qu'il agit dans sa liberté, dégagé de toute solidarité avec d'autres puissances, ne consultant que ses intérêts, son honneur, la part d'influence qui lui appartient nécessairement dans tout grand débat européen.

<f Votre commission a pris acte de ces déclarations positives, elle vous prie de ne point les oublier dans le cours de la délibération qui va s'ouvrir.

« Fille d'une révolution populaire, la République Française ne pourrait, sans s'amoindrir, coopérer à l'asservissement d'une nationalité indépendante. L'Assemblée qui, tant de fois, a manifesté ses sympathies pour la cause italienne, ne peut humilier sa politique en se faisant la complice de l'Autriche.

« Mais c'est précisément parce que le Piémont a succombé, parce que les armées impériales menacent la Toscane et la Romagne en vertu des lois de la guerre et des privilèges de la victoire, c'est parce qu'à leur suite éclateraient nécessairement de cruelles réactions, qu'il importe à la France, sous peine d'abdiquer, de faire flotter son drapeau en Italie, pour qu'à son ombre l'humanité soit respectée, et la liberté au moins partiellement sauvée. Votre commission a compris qu'en autorisant le pouvoir exécutif à occuper un point de l'Italie aujourd'hui menacée, vous lui donneriez pour mission de poser une limite aux prétentions de l'Autriche, et de terminer par un arbitrage que la force de nos armes appuierait au besoin tous les

différends qui divisent encore la péninsule, et que notre intérêt comme notre honneur nous commande de trancher dans le sens le plus favorable possible au développement des institutions démocratiques.

«f Convaincue que, s'associant à cette politique, le Gouvernement ne désertera aucune des graves questions actuellement pendantes, votre commission a l'honneur de vous proposer de déclarer l'urgence et de passer immédiatement à la discussion du projet de loi. » (Trèsbien ! très-bien ! — Aux voix !) Em. Arago. ^p; CITOYEN EMMANUEL ARAGO. « Citoyens, sl je crois nécessaire de prendre la parole après le rapport que vous venez d'entendre, ce n'est pas, vous le comprenez tous, pour combattre formellement les termes mêmes de ce rapport et ce qui nous est proposé par notre commission ; mais je crois que, dans une circonstance aussi solennelle et aussi grave pour la République que celle où nous nous trouvons, il ne peut pas suffire à l'Assemblée nationale que M. le président du Conseil et M. le ministre des affaires étrangères se soient transportés dans le sein de la commission pour, déclarer aux commissaires nommés par l'Assemblée que leur intention n'était en aucune façon de s'unir à l'Autriche dans l'œuvre liberticide entreprise par l'Autriche contre l'Italie tout entière.

(( Lorsqu'on vient nous demander une intervention française en Itahe, il faut qu'à la tribune nationale, l'un de MM. les ministres, le chef du cabinet, déclare formellement quels sont les principes qui serviront de guide à cette intervention. (Bruit.)

« Il faut que, solennellement, on nous dise à cette tribune qu'on intervient en Italie avec la résolution arrêtée de faire respecter ce dont nous ne pourrions pas souffrir la violation chez nous, à savoir, le principe de la souveraineté du peuple. (Vive approbation à gauche.) Il faut que le cabinet nous dise d'une façon formelle s'il intervient pour combattre en Italie l'influence de l'Autriche, pour

sauvegarder ce principe qui a élé proclamé dans notre constitution, du respect des nationalités, du respect de la souveraineté des peuples. Permettez-moi de \:ous le dire en terminant, si je suis monté à cette tribune, c'est que j'avais cette appréhension, qu'au lieu d'aller poser le drapeau tricolore en face des Autrichiens, on lui infligeât le déshonneur d'aller le mettre à côté du drapeau de l'Autriche et dans le même camp.

« Voilà quelle était ma crainte ; voilà quelles étaient les appréhensions d'un grand nombre de membres de cette Assemblée... Et je demande, à cet égard, à M. le président du conseil une explication formelle, un engagement solennel après lequel il nous sera permis de voter ce qu'il nous demande, mais sans lequel nous devrions lui refuser aujourd'hui le vote de confiance qu'il sollicite de l'Assemblée. » (Approbation à gauche.)

LE CITOYEN ODiLON BARROT, ministre de la justice. « On Odiion Barrot. demande des explications au Gouvernement, ou plutôt on demande qu'il reproduise à la tribune les explications qu'il a déjà données au sein de la commission ; on nous demande particulièrement que nous déclarions si, ou non, nous allons en Italie pour unir notre drapeau à celui d'une autre puissance, de l'Autriche. Nous n'éprouvons aucun embarras à répondre; et je ne sais, en vérité, s'il était nécessaire de provoquer une réponse sur cette question. »

Voix du fond de la salle. « Oui! oui! » (Agitation.)

« Nous n'irons pas en Italie pour imposer un gouvernement aux Italiens, pas plus le gouvernement de la République qu'un autre gouvernement...

« Si nous allions en Italie pour mettre les forces de la France au service d'un gouvernement déterminé , si vous voulez, pour sauver la République romaine d'elle-même, mais ce n'est pas la politique qui est écrite dans le vole de l'Assemblée qui aurait dû prévaloir, c'est celle qui était conseillée à cette tribune même par M. Ledru-Rollin.

Il fallait aller plus franchement, plus directement au but; il fallait reconnaître les envoyés de cette République, il fallait établir une solidarité entre les destinées de cette République et nous. Je me rappelle, en effet, qu'il avait été proposé quelque chose de semblable dans un amendement qui a même été retiré par ses auteurs, et qui n'a pas eu les honneurs d'un vote. Ce n'est pas là notre politique.

« Nous ne pouvons ni ne voulons faire aujourd'hui, en vertu de l'autorisation que vous nous avez donnée et du vote que nous sollicitons de votre sagesse, nous ne pouvons ni ne voulons faire ce qui a été vainement proposé à cette Assemblée; nous ne voulons pas établir de solidarité entre l'existence de la République romaine et celle de la République française. Mais nous ne voulons pas non plus qu'un événement important, qui peut avoir une grande influence pour les destinées de l'Italie, auquel peut se rattacher la légitime influence qui appartient à la France dans ce pays, se consomme par une influence étrangère ; nous ne voulons pas que l'abstention de la France., que l'exclusion de toute influence de sa part porte préjudice à des garanties et à des libertés qui ont toutes nos vieilles sympathies. (Très-bien!) Voilà le but de la présence de notre drapeau sur les rivages de l'Italie...

« Je le répète, je ne retire rien des paroles que j'ai dites au sein de la commission, qui ont été reproduites à cette tribune :1e drapeau de la France ne sera, croyezmoi, engagé que dans l'intérêt français, de son influence légitime, dans toute notre indépendance d'action, et dans l'intérêt de cette vieille cause, qui a toujours nos sympathies... {Une voix. Laquelle?) celle de la liberté sérieuse et des garanties d'un bon gouvernement. » (Très-bien! très-bien! — Aux voix! aux voix!) Ledru-Roiiin. LE CITOYEN LEDRu-ROLLiN : « Citoyeus, le président du conseil vous a dit que dans la situation grave oii se trouve la péninsule italique, il y avait trois partis à prendre : le

premier parti, le parti logique, serait de dire à l'Autriche : Vous n^interviendrez pas, ou si vous intervenez, comme vous violez une nationalité que nous avions juré, nous, dans notre constitution, de défendre, alors nous interviendrons à notre tour, notre armée sera en présence de la vôtre, pour faire respecter la nationalité des peuples. De ce premier parti, on n'en veut pas.

« Il y a un second parti diamétralement opposé, celui de l'abstention absolue; le Gouvernement n'en veut pas non plus. Il dit : Ce parti ne serait pas digne pour la France; il ne peut être permis à un grand pays de laisser des faits considérables s'accomplir dans le monde, changer l'équilibre européen, sans qu'à l'instant il intervienne pour y dire son mot et y jouer son rôle.

« Et alors le Gouvernement de vous dire : C'est le dernier parti que nous adoptons, nous voulons que, si l'Autriche intervient pour restaurer le pape, nous assistions à cette restauration pour empêcher, autant que possible, le retour des événements funestes que nous avons vus s'accomplir lors du sac de Milan, de Brescia et d'autres villes.

et Quant à moi, je ne dirai rien pour le moment du parti de la guerre, je ne parlerai pas du parti diamétralement opposé, je ne dirai qu'un mot du parti adopté par le gouvernement, et je lui demanderai d'abord jusqu'où il ira, oi!i il s'arrêtera, et si le parti qu'il appelle le parti de l'influence n'est pas le parti de la guerre malgré lui.

« Oui, le dernier parti, le parti que vous prenez est le parti de la restauration papale, c'est-à-dire le parti des prétentions religieuses contre la souveraineté des peuples; ou si ce n'est pas cela seulement, c'est la guerre, car, vous le savez, ce que l'Autriche veut, c'est le rétablissement du pape; à Gaëte, depuis trois mois, elle ne joue pas d'autre rôle. Vous consentez donc à la restauration du pape? Ce sera une désertion, une violation de la constitution dans son art. 5. (Oui! oui! — Non! non!)

« Vous avez embrassé une conduite qui, à mes yeux, vous mène (qu'on me permette cette expression, c'est une hypothèse, j'aime à croire encore que ce n'est qu'une hypothèse), vous mène directement a une lâcheté ou à une guerre avec l'Autriche. (Rumeurs à droite,) Oui, aune lâcheté, car si l'Autriche veut vous imposer le pape à des conditions que vous ne voudriez pas , de deux choses l'une : ou il faudra subir les conditions de l'Autriche, et alors vous abaissez l'honneur français; ou, au contraire, vous résisterez à ces conditions, et alors vous ave^ fatalement la guerre. (Mouvement.) Oui, vous avez la guerre! Et dans quels termes, dans quelles conditions avez-vous la guerre? Après avoir violé le principe de votre propre constitution et de votre propre Gouvernement, non pas pour défendre les peuples, mais pour les opprimer, c'està-dire dans les conditions les plus funestes.

a Maintenant vous dites : La guerre avec l'Autriche est redoutable, vous l'avez dit dans une des dernières séances, et cette pensée germe dans vos cœurs, car autrement vous ne craindriez pas la guerre.

« Voici ma réponse : Vous le savez aussi bien que moi, l'Autriche n'a jamais été si faible et si chancelante qu'aujourd'hui. Vous le savez aussi bien que moi, elle éprouve des revers constants, quoi qu'on en dise, dans la Hongrie. 'Ces Hongrois si vaillants, qui se rapprochent chaque jour jusqu'au cœur de ses États et si près de sa capitale, croyez- vous qu'elle ne s'en préoccupe pas? Croyez -vous que ces armées russes, repoussées par le brave Bem, croyez-vous que les armées russes n'y regardent point à deux fois à venir secourir l'Autriche comme vous le prétendez? Or la question est celle-ci : au moment oii vous paraissez redouter l'Autriche, la puissance de l'Autriche, l'Autriche est chancelante, et il suffirait de lui parler le langage de la raison pour qu'elle le comprît sans avoir la guerre.

« Mais, après tout, citoyens, est-ce que ce n'est pas faire

par trop bon marché du droit de ce je ne sais quoi d'éternel qui frappe tous les hommes? Est-ce que quand vous viendrez dire à l'Autriche : Voilà un peuple qui est indépendant, il ne s'agit point en ce moment seulement du duché de Toscane ou des États lombardo-vénitiens, sur lesquels vous avez des prétentions que je ne veux pas encore examiner, je les réserve, il s'agit d'un droit, d'un droit éclatant comme la lumière, du droit d'un peuple qui s'est levé, qui a fait appel à sa souveraineté, qui a prononcé sur son sort, et chez lequel, vous, Autriche, vous ne pouvez pas intervenir, ett-ce que vous croyez que l'Autriche n'y réfléchira pas?

« Quand on est fort du sentiment du droit, du droit éternel, de celte religion qui, pour ainsi dire, survit à toutes les religions, qui tombent, on est puissant, et, dans ce cas, on ne doit pas redouter la guerre, la force matérielle. Lorsqu'on a la raison pour soi, on peut parler le langage de la raison, et essayer de la faire prévaloir.

« Mais ce n'est pas là ce que vous essayez ; vous dites, au contraire : Nos soldats, jetés sur la terre italienne, appelleront toutes les sympathies des peuples à eux, et alors ces peuples se donneront un gouvernement, un gouvernement qui ne sera peut-être pas le gouvernement de la République, mais un gouvernement que nous accepterons, quelle que soit sa forme.

« Voyez-vous d'ici, citoyens, le rôle que vous allez faire jouer à nos armes?

« Comment, voilà ces hommes qui sont les fils des vainqueurs de Rivoli, des vainqueurs de Lodi, les vainqueurs de Castiglione, les voilà qui aujourd'hui vont aller combattre, non pas pour les peuples ou pour leurs libertés, mais combattre contre les peuples, souiller la gloire de leurs pères, devenir, eux, les fils de héros, de soldats de la foi, des soldats du pnpe ! » (Applaudissements à gauche.)

LE CITOYEN ETIENNE ARAGO. « Uiî ciergG et un parapluie.. . voilà de quoi on veut armer nos soldats ! »

LE CITOYEN LEDRu-ROLLiN. « Ail! pcrmettez-moi de vous le dire, il ne faut pas jouer avec de pareils souvenirs et les mettre en présence d'un pareil abaissement. Qui vous dit donc que, sur cette terre italienne, le soldat français, électrisé par les sentiments de liberté qu'il emportera de chez nous, obéira aux ordres de compression qu'on lui aura donnés? Qui vous dit donc que ce soldat, devenu citoyen, réfléchissant, voudra obéir d'une façon aveugle, muette, quand même, à de certains ordres que vous lui aurez donnés? (Murmures à droite. — Exclamations au banc des ministres. — Bravos à gauche.)

« Citoyens, je ne dirai plus qu'un mot ; mais avant de descendre de la tribune je veux jeter cette dernière pensée dans vos esprits : il est grave, mille fois grave pour un gouvernement de marcher à rencontre de ses principes; il est périlleux pour un gouvernement de vouloir étouffer du pied des germes de la même origine que ceux qui l'ont fait naître; oui, cela est dangereux! Rappelezvous le gouvernement sorti de la révolution de Juillet. Tout ce que nous voyons ici n'est pas nouveau; il semble que nous n'ayons changé que les noms, et que la plupart des hommes soient restés les mêmes. Après 1830 il y eut une explosion de liberté partout; et après 1831, que faisait-on dans un moment semblable à celui-ci? Louis- Philippe, son gouvernement, qui avaient promis secours, assistance aux populations, manquaient, pour entrer dans la famille des rois, aux engagements donnés !

« Que disait-on alors? Ce qu'on dit aujourd'hui : Il faut intervenir par des influences. Pourquoi faire? pour préserver les patriotes. Cependant, rappelez-vous le supplice de Menolti; rappelez-vous les engagements pris par la cour papale, pris par des cardinaux, et puis tous les patriotes décimés, exécutés! Voilà le sort qu'on réserve aux républicains du dehors : est-ce pour mieux faire

comprendre que ce sort peut atteindre les républicains du dedans? (Approbation à gauche.)

« Il faut le dire, c'est là une grande responsabilité.

« Vous ne pouvez sortir de cette situation, encore un coup, que par une lâcheté ou par la guerre; oui, par la guerre. Eh bien, la guerre, ferez-vous comprendre à ce peuple de France , ferez-vous comprendre à ces commerçants qu'on puisse la faire après avoir engagé 12,000 hommes? Supposez, en effet, supposez que le sol italien vomisse des défenseurs... (Rires ironiques à droite.)

« Citoyens, je suis étonné de cette interruption. Le volcan vomit des laves et des flammes, et le sol peut vomir des soldats. (Approbation à gauche.)

« Eh bien, je vous le dis, supposez que l'Italie multiplie ses défenseurs; supposez qu'elle résiste; supposez que l'Autriche, d'autre part, vous fasse de dures conditions; qu'est-ce que 12,000 hommes dans une condition semblable? Ce n'est pas 12,000 hommes qu'il faut jeter en Italie (vous ne pouvez pas les faire battre en retraite), c'est une armée, une armée tout entière.

« Et si Vienne venait à faire sa révolution, qu'est-ce que c'est, je le répète, que cette armée de 12,000 hommes! c'est une lâcheté, ou c'est une guerre insensée; et si c'est une guerre entreprise contre les intérêts de la liberté, contre nos intérêts, il est certain que vous faites peser sur vous la plus capitale, la plus grave de toutes les responsabilités.

<t Maintenant, citoyens, un dernier mot (Ah! ah!), oui, un dernier mot.

« Je vous demande de répondre catégoriquement à ceci : Est-ce une restauration du pape que vous voulez? Ayez le courage de le dire; sortez des nuages; rejetez les voihis. Si c'est une restauration du pape, il faut que le pays le sache bien; car, j'en suis convaicu, loin de s'associer à vous, le pays tout entier se soulèverait à une pareille idée. (Exclamations à droite. — Assentiment à gauche.)

« Prenez bien garde à la décision que vous allez prendre; je le répète, ce n'est pas la paix, c'est la guerre peut-être, et la guerre dans les plus détestables conditions, la guerre malgré vous, la guerre malgré votre constitution. Oui, ce sera la guerre, et si ce nest pas la guerre, c'est une trahison. » (Vive approbation à gauche. — Agitation.) i)« Lamoricière. LE CITOYEN DE LAMORiciÈRE. « Citoycns représentants, j'ai voté l'article de la constitution qui dit que les forces de la France ne seront jamais employées à comprimer la liberté des peuples, et cependant je crois ne m'étre point démenti en votant pour le rapport qui vous a été lu au commencement de la séance. Pourquoi? C'est que je crois qu'en allant en Italie, les forces françaises iront là, sinon pour sauver la république romaine, qui ne peut, je le regrette, être sauvée, mais au moins pour sauver la liberté... (Exclamations diverses.)

« Nous avons dans la commission, je le dis devant tous les membres qui sont ici présents, longuement questionné M. le président du conseil et M. le ministre des affaires étrangères sur le congrès qui s'est tenu à Gaëte et sur les conséquences qui en étaient résultées pour la position de la France. Si nous avions cru que la France fût liée, engagée avec l'Autriche, avec l'Espagne, avec Naples, pour intervenir en Italie, croyez-vous que nous serions venus vous proposer le rapport que nous vous avons apporté à la tribune? Jamais. (Très-bien!) Mais c'est parce qu'il est résulté des affirmations positives de gens à la parole desquels nous devons croire, à la parole desquels nous croyons, que la France agirait librement, que nous avons apporté à la tribune le rapport que nous avons apporté. »

LE CITOYEN MINISTRE DE LA JUSTICE. « NOUS SCriODS COU-

pables si nous l'avions proposé. »

LE CITOYEN DE LAMORICIÈRE. « Maintenant, Messieurs, je veux aborder la question de front et la serrer d'aussi près que vous voudrez; car nous l'avons serrée dans la commission de beaucoup plus près qu'à la tribune. Nous

avons demandé aux ministres quelles sont les instructions qui ont été données au général qui commande l'expédition. Nous avons reconnu que ces instructions, quant à ce qui regarde le débarquement à Civita-Vecchia, doivent être précises, absolues; que cette expédition doit être envoyée avec ordre positif d'occuper Civita-Vecchia au nom de la France.

« Maintenant, nous nous sommes dit ceci : Si la république romaine ne devait courir d'autre danger que celui qui résulterait de l'occupation de Civita-Vecchia par une division française, elle n'aurait rien à craindre, vous le savez bien. (Agitation.) [A Vextrême gauche. Non ! nous ne le savons pas.) Les idées que fera naître sur la terre d'Italie l'apparition du drapeau français ne seront pas nuisibles aux institutions républicaines, vous le savez bien.

« Je pense donc, avec la majorité de la commission, qu'il y a lieu d'accorder le crédit demandé, qu'il y a lieu d'autoriser le Gouvernement à occuper Civita-Vecchia : voilà le premier point.

« De plus, ?i, comme tout porte à le croire, d'après les nouvelles qui nous ont été communiquées par le Gouvernement, lorque cette expédition sera débarquée à Civita- Vecchia, on apprend que l'Autriche marche vers Rome pour y détruire la république, y établir le pape à la demande des populations, y sceller son influence, nous pensons qu'il y a lieu d'autoriser le Gouvernement à faire marcher son expédition sur Rome, afin de sauver ce qu'on peut sauver du naufrage, sinon la république romaine, au moins la liberté et l'influence de la France en Italie. » (Vive approbation à droite.)

LE CITOYEN scHOîLCHER. « Je ne vcux poscr qu'une seule sch-eichor question.

« La minorité de la commission a dit au ministère : Si le Gouvernement fait marcher les troupes de la République française sur la république romaine, et que la république

romaine ne veuille pas recevoir les troupes de la République française, que fera le Gouvernement? Rétablirat-il le Pape sur son trône temporel, malgré la volonté du peuple romain ? Eh bien, le Gouvernement a répondu ainsi... » (Vives dénégations au banc de la commission.)

LE CITOYEN JULES FAVRE, rapporteur. « Non , c'est inexact, je demande la parole; vous vous trompez tout à fait. »

LE CITOYEN GERMAIN SARRUT. « Sur cc fait, la majorité et la minorité de la commission n'ont jamais été d'accord. La minorité prétend que le ministère a répondu ainsi, la majorité a prétendu que le ministère avait tergiversé... » (Non! non !)

LE CITOYEN scHOELCHER. (( Le ministère est présent, qu'il nous tire d'embarras, la question est très-simple ; j'ai l'honneur de poser la question au ministère... »

LE CITOYEN GERMAIN SARRUT. « Il cst là qu'il répondc ! »

LE CITOYEN SCHOELCHER. « Si la république romaine ne veut pas recevoir le Pape, que feront les troupes françaises? Voilà ce que je demande. Eh bien, je crois que les troupes françaises, voulant restaurer le Pape à Rome, rencontreront de la résistance, une grande résistance à Rome. (Réclamations à droite.) Là est toute la question. Voilà la question que j'ai l'honneur d'adresser au ministre. (Aux voix! aux voix!)

« Je prie M. le président du conseil de vouloir bien me répondre. (La clôture!)

« Il reste constant que, cette question posée, le ministère refuse d'y répondre. (Oui! oui! — La clôture!) L'Assemblée peut juger quelles sont les intentions du ministère. »

De toutes parts. La clôture ! la clôture !

(L'assemblée, consultée, prononce la clôture de la discussion.)

LE CITOYEN PRESIDENT. « Jc donuc la Iccturo dc l'art. 1" du projet de loi présenté par le Gouvernement.

ff Art. 1*'. Il est ouvert au ministère de la guerre, sur l'exercice 18^9, un crédit extraordinaire de 1,200,000 fr. pour subvenir au surcroît de dépenses qu'exigera l'entretien sur le pied de guerre, pendant trois mois, du corps expéditionnaire de la Méditerranée. Ce crédit extraordinaire est réparti entre les divers chapitres du budget dé la guerre, conformément au tableau annexé à la présente loi. »

Le projet est adopté par 395 voix contre 283. Parmi ces dernières, nous remarquons les noms des représentants F. Arago, E. Arago, Em. Arago, Bac, Bastide, Baune, Pierre Bonaparte, Carnot, Cavaignac, Charras, Considérant, Dupont de Bussac, Dupont de l'Eure, Cambon, Goudchaux, Grévy, Guinard , Lamartine, Lamennais, Ledru-Rollin, Martin-Bernard, Pierre Leroux, Edgar Quinet, Vaulabelle.

« Les représentants du libre peuple romain adressent des «s»» paroles de réclamation et de confiance tout ensemble aux 'Lfessl' gouvernements et aux Parlements des deux nations les plus Je lAsseiLbiée libres et les plus puissantes d'Europe. romaine aux gou-

'^ ^ vernemenU el aux

« Le monde sait que nous avons été durant bien des parlements siècles gouvernés par l'Église dans l'ordre temporel, sui- ^.^ i\l"°''„g vant ces modes spéciaux d'autorité absolue avec lesquels elle dirige les intérêts spirituels.

a Le monde sait que nous avons tenté plusieurs fois de reconquérir notre liberté ; mais l'Europe nous fit expier par une plus dure servitude ces mêmes efforts pour lesquels d'autres peuples étaient glorifiés. Enfin, après de longs martyres, il sembla que le jour de l'affranchissement fût venu pour nous, et nous avions confiance dans l'autorité des idées, dans la puissance des événements et dans la mansuétude du Prince; mais nous voulûmes avant tout être Italiens, et ce fut une faute ; nous nous crûmes libres, et ce fut une illusion. Un jour, le Prince nous aban-

donna, et nous restâmes sans gouvernement. On tenta les voies de conciliation ; ce fut en vain.

« Le monde sait que c'est dans le suffrage universel qu'a pris son origine notre Assemblée, qui, exerçant, par la force même des choses, un droit imprescriptible, déclara l'autorité théocratique abolie pour jamais et proclama la République. Au milieu de l'assentiment public, les dépossédés seuls élevèrent la voix pour se plaindre.

« Et l'Europe semble vouloir écouter cette voix, oublier l'histoire de nos maux, et confondre, elle aussi, ce qui est de l'ordre spirituel avec ce qui est de l'ordre temporel.

« Nous avons confiance que l'Angleterre et la France, si justement jalouses de leur indépendance, ne pourront jamais admettre qu'il puisse y avoir, au cœur même de l'Italie, un peuple neutre à l'égard du reste de la nation, réduit politiquement à la condition de fief du monde catholique, exclu du droit universel des nations, et livré en apanage au clergé. Car le maître de l'Etat romain, c'est le peuple romain.

« Les représentants du peuple romain croiraient faire injure à la sagesse civile des gouvernements et des Parlements de France et d'Angleterre, en admettant qu'ils pussent méconnaître les raisons et les droits sommairement exposés dans la présente note, et aussi les intérêts de l'Europe elle-même, à qui il doit importer d'assurer la tranquillité générale en assurant la fin du gouvernement des prêtres. Quant à nous, nous ne saurions n'en pas repousser la restauration avec la plus énergique résolution et la volonté la plus inébranlable ; et ce n'est pas à nous que l'Europe devrait imputer les catastrophes inouïes qui pourraient résulter de cette résistance, non plus que l'atteinte qu'une restauration sanglante porterait à l'autorité catholique de la Papauté. A éviter ces maux, l'Angleterre et la France nous aideront, nous en sommes certains, de

leur concours et de leurs conseils, de telle façon que se resserrent toujours davantage les liens d'amitié qui doivent désormais unir tous les peuples libres.

Allocution du Pape; long factum rempli d'anathèmes ^ ^^*''. contre les monstres frémissants, c'est-à-dire les idées modernes, et d'invocations dévotes « à l'Immaculée Vierge Marie, mère de Dieu et la Nôtre, la mère de miséricorde ; au bienheureux Pierre, à saint Paul, ainsi qu'à tous les saints. »

En conséquence du vote du 16 avril, un corps expédi- ^i aviu tionnaire s'est embarqué sous la conduite du général Ou- ^^ i^Jidc'drcamp dinot. On débarque à Civita-Vecchia. L'aide de camp du du générai OuJino, général Oudinot fait la déclaration suivante au préside de . '!*!"T*"!-

". . -^ a Civila-Veccniat

Civita-Vecchia :

« Le gouvernement de la République française, toujours animé d'un esprit très-libéral, déclare vouloir respecter le vœu de la majorité des populations romaines, et vient sur leur territoire amicalement, dans le but de maintenir sa légitime influence. Il est de plus bien décidé à ne vouloir imposer à ces populations aucune forme de gouvernement qui ne serait pas choisie par elles. Pour ce qui concerne le gouvernement de Civita-Vecchia, il sera conservé dans toutes ses attributions, et le gouvernement français pourvoira à l'augmentation des dépenses occasionnées par le corps expéditionnaire. Toutes les denrées et toutes les réquisitions qui seront faites pour les besoins des troupes françaises, seront payées en argent comptant. »

« Le chef d'escadron, aide de camp du commandant en chef, EspiVENT. »

Adresse de la municipalité de Civita-Vecchia, répondant niponse en substance qu'on se fie à la loyauté de la France, à son J" civTtalvcccïh*. esprit protecteur de toutes les libertés ; que si, par impos-

sible, cette confiance était trahie, on en appelle au jugement de l'Europe. La municipalité ajoute : « Vous avez ici, général, l'expression de l'opinion de notre populalation, qui vous bénira vous et votre armée si vous êtes pour nous des frères qui nous secourront aux jours de l'adversité.... Recevez l'affectueuse bienvenue que, par notre bouche, vous offre cette population confiante dans la noblesse et l'honneur de la nation française. — Vive la République française, et Dieu sauve la République romaine! »

1840 « Romains, une intervention étrangère menace le ter-

, j^!"''. ritoire de la République. Un noyau de soldats français

Le Triumvirat ,,■,•■ , "

ordonne S est prosentc devant Civita-Veccriia. Quelle que soit son la rôsisiance. intention, le salut du principe librement consenti par le peuple, le droit des nations, l'honneur du nom romain, font une loi à la République de résister. La République résistera. Il faut que le peuple prouve à la France et au monde qu'il n'est pas un peuple d'enfants, mais un peuple d'hommes, et d'hommes qui ont jadis dicté des lois, et qui ont donné la civilisation à l'Europe. Il faut que personne ne puisse dire : les Romains ont voulu, mais ils n'ont pas su être libres. Il faut que la nation française apprenne, par notre résistance, par nos déclarations, par notre attitude, notre inébranlable résolution de ne plus jamais subir le gouvernement abhorré que nous avons renversé.

« Le peuple le prouvera. Celui qui pense autrement déshonore le peuple et trahit la patrie.

« L'Assemblée est en permanence. Le Triumvirat rem.plira, quelque chose qu'il advienne, son mandat.

« Ordre, calme solennel, énergie concentrée. Le gouvernement veille inexorablement sur quiconque tenterait de pousser le pays à l'anarchie ou de s'armer contre la République.

« Citoyens, organisez -vous, serrez-vous autour de nous. Dieu et le peuple, la loi et la force triompheront, flt Les Triumvirs, Mazzini, Armellini, Saffi. »

La proclamation arrive trop tard à Civita-Vecchia : les troupes françaises campaient déjà sur la place de la ville, le service était confié par moitié aux soldats français et romains, et les deux drapeaux flottaient entrelacés. Le général Oudinot s'était en effet ménagé un accueil bienveillant par le moyen de la proclamation suivante :

« Habitants des États romains, un corps d'armée fran- isw

çaise est débarqué sur votre territoire; son but n'est point pro'cUmàiion d'y exercer une influence oppressive, ni de vous imposer d-oiidinoi. un gouvernement qui serait opposé à vos vœux. Il vient vous préserver, au contraire, des plus grands malheurs.

« Les événements politiques de l'Europe rendaient inévitable l'apparition d'un drapeau étranger dans la capitale du monde chrétien. La République française, en y portant le sien avant tout autre, donne un éclatant témoignage de ses sympathies envers la nation ro.maine.

« Accuei.lez-nous en frères, nous justifierons ce titre; nous respecterons vos personnes et vos biens ; nous payerons en argent toutes nos dépenses ; nous nous concerterons avec les autorités existantes pour que notre occupation momentanée ne vous impose aucune gène, nous sauvegarderons l'honneur militaire de vos troupes en les associant partout aux nôtres pour assurer le maintien de l'ordre et delà liberté.

« Romains, mon dévouement personnel vous est acquis. Si vous écoutez ma voix, si vous avez confiance dans ma parole, je me consacrerai sans réserve aux intérêts de votre belle patrie. »

« L'.Assemblée Romaine, émue d'une menace d'invasion 2;j «vrii. du territoire de la République, certaine que cette inva- ^ "^"7 romaine "* sion n'a pas été provoquée par la conduite de la Repu- au générai oudinot blique vis-à-vis de l'étranger, n'a été précédée d'aucune déclaration de la part du Gouvernement français : qu'elle vient exciter l'anarchie dans un pays tranquille, ami de l'ordre, et se reposant sur la conscience de ses droits et sur la concorde des citoyens, et que, par conséquent, elle

27 avril.

Civita-Vecchia

mise en état de siège.

Protestation

du préfet

de OiTita-Vecchia.

Son arrestation.

viole en même temps le droit des gens, les engagements pris par la nation française dans sa Constitution, et les liens de fraternité qui devraient naturellement unir les deux Républiques, proteste au nom de Dieu et du peuple contre cette invasion inattendue, déclare sa ferme résolution de résister, et rend la France responsable de toutes les conséquences.

« Rome, ce 25 avril IS/jO. Fait en séance publique à une heure du matin. Le Président de V Assemblée, Saliceti. »

Au reçu du message de l'Assemblée, le général Oudinot met Civita-Vecchia en état de siège, fait occuper le fort, désarme la garnison, met le séquestre sur 150 caisses de fusils achetées en France, qui allaient être dirigées sur Rome, et interdit de se réunir à la municipalité.

Le préfet de Civita-Vecchia proteste :

« Le gouvernement de Civita-Vecchia, immensément surpris à la nouvelle du désarmement de la garnison et de l'occupation du fort par une partie des troupes françaises, cherche vainement à concilier ces mesures de guerre avec les assurances solennelles d'amitié écrites et proclamées par le commandant de l'expédition en face de l'Europe. 11 cède, mais non volontairement, à la force majeure, et proteste. Manucci. »

Il est arrêté, et jeté au fort de Civita-Vecchia.

A la nouvelle de l'occupation de Civita-Vecchia, les gardes nationales sont appelées sous les armes; une commission des barricades est nommée; la population tout entière construit des parapets, creuse des tranchées, ouvre des meurtrières dans les vieux murs romains. Des ambulances sont organisées et des femmes parmi lesquelles plusieurs portent des noms illustres : la princesse Trivulce Belgiojoso, Henriette Pisacane, JuUe Paolucci, viennent offrir leurs services.

il Rome.

« Ayant foi dans les généreuses vertus du peuple ro- isio main comme dans son courage ; convaincu que , bien pro^afo"' pour décidé à défendre jusqu'à la dernière extrémité contre ics Fonçais toute invasion l'indépendance de la patrie, le peuple de Rome ne rend pas le peuple français responsable des erreurs et des fautes de son gouvernement; se fiant d'une manière illimitée au peuple et à la sainteté du principe républicain; le Triumvirat décrète : Les étrangers et spécialement les Français, qui demeurent pacifiquement dans Rome, sont placés sous la sauvegarde de la nation. Sera considéré comme coupable de lèse-honneur romain quiconque tenterait de faire contre eux le moindre outrage. Le gouvernement veillera à ce que personne ne transgresse les devoirs de l'hospitalité.

« Les Triumvirs, Armellini, Saffi, Mazzini. »

A Monsieur le comte de Colloredo. aoaTrii.

Dépêche aulri-

« Le gouvernement de l'empereur a envoyé au mare- cbienne établissant chai comte Radetzki l'ordre de faire avancer les troupes d-iLirnciTo"'nTdMa tant en Toscane que dans les Légations. France

et En décidant cette mesure, nous n'avons fait que ré- " ^^ ''•*"'"'-■'"'• pondre à la demande qui nous a été adressée à cet effet au nom du grand-duc de Toscane et au nom du Saint- Père, ce dernier ayant en même temps demandé l'intervention armée de la France, de l'Espagne et de Naples. L'objet de notre intervention n'est pas autre que le rétablissement du gouvernement légitime et de l'ordre légal. Quand cet objet aura été obtenu (et grâce à la coopération de la saine partie de la population, nous espérons qu'il le sera promptement), nos troupes se retireront. En ce qui regarde l'intervention dans l'État de l'Église, nous aurions voulu pouvoir attendre les décisions de la conférence de Gaëte, qui, mettant en relief la convention existante entre les puissances dont l'appui avait été spécialement réclamé par le Saint-Père, auraient donné à leurs efforts de l'ensemble et de l'uniformité.

« La France ayant résolu, par l'expédition de Civita- Vecchia, d'anticiper sur les décisions de la conférence, nous n'espérons pas moins que l'objet auquel tendent ces efforts isolés, sera le même que celui que les quatre puissances avaient été appelées à opérer par une action commune. — Pour notre part, nous voulons seulement satisfaire aux vœux du Saint-Père, identiques avec ceux du monde civilisé, en coopérant, dans les limites de nos moyens, à rendre au chef de l'Église universelle sa liberté et son indépendance, que les populations catholiques ne peuvent pas voir d'un œil indifférent détruire au profit d'un parti anarchiste.

a La France, à bien examiner la chose, ne peut pas avoir d'autre but. En conséquence, je crois volontiers que les mesures des deux puissances, tout en paraissant dictées par des inspirations différentes, n'amèneront entre elles aucun conflit, mais au contraire amèneront des résultats aboutissant également au bien-être du peuple de l'Italie centrale, et à la cause de l'ordre général.

« Je vous prie. Monsieur le comte, de faire lire cette dépêche au premier secrétaire d'État.

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