PREMIERE ATTAQUE DE ROME
« Romains! L'honneur est sauvé. Dieu et nos fusils fe- isio ront le reste. Énergie et ordre. Soyez dignes de vos pères. ^ ""'•
^ . ' j j ni, Froclaœalion
Que pas une voix ne répande des nouvelles alarmantes; j,, Triumvirat que pas un coup de fusil ne soit tiré dans l'intérieur. Que p*n.i3ni lecombai. chaque coup soit réservé pour l'ennemi ; qu'un seul cri se fasse entendre : Vive la République! Rome, ce 30 avril 18ii9. Une heure après-midi.
« Les Triumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »
i8i9 LE CITOYEN PRÉSIDENT. « J'appelle à la tribune M. Jules
. !„'"*'■. , Favre, qui a demandé la parole pour adresser au Gou-
Assemblucnatiroiiale ' * i-
de l'rance. - Pré- vemement des interpellations sur les affaires d Italie. » sidcnce d'Armand Lg CITOYEN JULES FAVRE. « Messleurs, j'ai besoiu de soUi- ' citer l'indulgence de l'Assemblée ; je suis souffrant depuis uics Favrc. plusleuTs jouTs, et c'cst là le seul mot par lequel je fasse appel à son indulgence.
« J'avais cru que le Gouvernement viendrait, au début de cette séance, s'expliquer sur les événements qui tiennent l'Assemblée dans une légitime anxiété ; j'ai eu l'honneur de demander à M. le ministre des affaires étrangères quelle était son intention à cet égard. M. le ministre m'ayant répondu que les nouvelles qui lui étaient parvenues n'étaient point assez précises pour qu'il les fît connaître à cette tribune, j'ai cru qu'un devoir impérieux m'y appelait. Je ne puis en effet oublier, messieurs, que j'ai été membre et rapporteur de la commission chargée par vous d'examiner la question d'urgence sur le décret voté dans la nuit du 17 au 18 avril, que peut être ma parole, le rapport que j'ai eu l'honneur de présenter à l'Assemblée, n'a pas été sans influence sur quelques votes dans cette déplorable affaire. (C'est vrai ! c'est vrai!)
« J'ai donc le droit, messieurs, j'ai le devoir de décharger, autant qu'il sera possible, ma responsabilité, de dire la vérité tout entière, et de dire aussi à l'Assemblée quel est le parti qui, dans ma pensée, doit être immédiatement, sur l'heure, pris par elle.
« Vous le savez, messieurs, lorsque le décret du 17 avril vous a été proposé, la haute Italie venait d'être le théâtre d'un échec considérable subi par le Piémont. Nous avions, dans une circonstance antérieure, et de peu de jours antérieure, proposé à l'Assemblée un ordre du jour par lequel l'Assemblée invitait le ministre à prendre vis-à-vis des puissances étrangères une attitude plus décisive, plus résolue, plus conforme à nos principes républicains que celle qu'il avait montrée jusque-là. Le ministère, vous le
savez, se contenta de négocier, puis il vint, le 17 avril, vous proposer un projet de décret qui avait pour but d'obtenir de vous le crédit nécessaire à l'expédition d'une armée à Civita-Vecchia. Quelles furent à cette époque les explications données par le ministère ? Le ministère vous dit qu'il était indispensable de sauvegarder en Italie la liberté qui se trouvait compromise ; que cette liberté y était menacée par les armes de l'Autriche et de Naples combinées ; qu'il était impossible que la France laissât s'accomplir, sans montrer son drapeau et son épée, les événements qui pouvaient être irrémédiables pour son influence dans la Péninsule. Une commission fut nommée. Elle eut pour mission d'examiner la question d'urgence. Mais, bien entendu, dans une affaire aussi importante, il fallait que votre commission examinât la question au fond; c'est ce qu'elle fit. Deux de MM. les ministres furent appelés par elle, et, en présence de tous les membres de la commission, je fais ici un appel solennel à leurs souvenirs, il fut dit que l'expédition française ne pouvait avoir pour objet de protéger une forme de gouvernement qui serait repoussée par la population romaine. {Une voix. C'est vrai !) Il fut parfaitement convenu, comme principe, entre ces deux ministres et nous, qu'une pareille prétention et sa mise à exécution serait un attentat contre l'humanité, tout autant que contre la liberté. (Très-bien ! très-bien !)
« Telle fut, en substance, la parole d honneur qui nous fut donnée ; c'est en conséquence de cette parole d'honneur que le rapport, dont j'ai été le rédacteur, qui a été approuvé par la commission, fut apporté à cette tribune. Quelle fut, en présence de ce rapport significatif, vous le savez, et dans lequel je prenais le soin de dire que la France se couvrirait de déshonneur si elle allait accomplir en Italie le rôle qu'elle veut réserver à l'Autriche, quelle fut l'attitude du ministère? M. le président du conseil ne voulait pas prendre la parole, c'est-à-dire qu'il s'associait
complètement au langage tenu dans le rapport. Une interpellation l'appela ici, et, à cette interpellation, il répondit qu'il était heureux des sentiments qui s'étaient manifestés au sein delà commission, et que ces sentiments étaient l'expression de sa pensée, et, pour que mes souvenirs ne puissent être taxés d'infidélité, j'ai ici le Moniteur, sur lequel je reviendrai tout à l'heure, car j'ai hâte d'en venir au fait décisif et douloureux de cette discussion. Le crédit fut voté, l'expédition partit, avec quelles instructions? nous l'ignorons encore; votre commission n'exigea pas que ces instructions lui fussent soumises. Elle eut confiance dans la parole qui lui fut donnée... {Voix à gauche. Elle a eu tort.) (Bruit.) Elle eut confiance dans la parole qui lui fut donnée par M. le ministre des affaires étrangères et par M. le ministre de la justice ; l'expédition partit. Vous savez, messieurs, par les actes officiels, par les récits privés, ce qui déjà s'est passé en Italie. Nos troupes n'ont rencontré aucune résistance à Civita-Vecchia. Comment y sont-elles entrées? Avec une proclamation dans laquelle il était dit que nous étions des frères, que nous venions protéger la liberté italienne; la liberté, certes, et l'indépendance probablement aussi.
« Cependant, messieurs, après cette proclamation, au mépris de la parole qui avait été donnée par le chef de l'expédition qu'il ne s'immiscerait en rien dans le gouvernement intérieur du pays qu'il venait ainsi occuper militairement, une partie de la force armée a été désarmée, le préfet de Civita-Vecchia a été suspendu, on a occupé des forteresses, et on a tenu, le lendemain du jour de l'occupation, un langage dans lequel on disait à des populations qui étaient accourues vers nous avec bienveillance, que si Civita-Vecchia avait résisté, on s'en serait emparé de vive force.
« Ce n'est pas tout, messieurs ; de Civita-Vecchia on a commencé à négocier.
« Vous savez, messieurs, qu'elles étaient les paroles de
M. le président du conseil alors qu'il sollicitait l'adoption du décret. 11 vous disait : « Vous parlez de la république a romaine; mais c'est de votre part un anachronisme ; vous « comptez sans la victoire des Autriehiens sur la Sésia, vous ce comptez sans le renversement du gouvernement démo- « cratique de Florence; la république romaine, lorsque nos a voiles seront en vue de Civita-Vecchia , son heure su- « préme aura sonné, et, dès lors, intervenant au nom des « principes de l'humanité et de la liberté, nous viendrons « empêcher les horreurs de la tyrannie réactionnaire. »
« Si M. le président du conseil était dans celle opinion, son lieutenant n'a pas pu y demeurer longtemps ; il a rencontré sur le territoire romain un gouvernement organisé, décidé à défendre la liberté italienne ; et, quant aux ennemis de cette liberté, ils n'étaient pas à l'intérieur; on pouvait les deviner ou sur les Marches romaines, au midi, du côté de la frontière napolitaine, ou, au contraire, du côté du nord, on pouvait les deviner vers Ancône et la frontière toscane. Ces ennemis de la liberté romaine, aux termes de la déclaration solennelle dont vous n'avez pas voulu faire, je pense, vis-à-vis de l'Assemblée, un piège et un guet-apens, c'étaient les ennemis de la France. [A gauche. Très-bien ! très-bien!)
« Eh bien, vous êtes-vous retournés du côté de ces ennemis ? Votre épée a-t-elle été tendue pour empêcher qu'une seule goutte de sang italien ne coulât sous la mitraille des Autrichiens eu des Napolitains? Je le dis, messieurs, avec la douleur dans l'âme, avec la rougeur au front (Approbation à gauche), le sang italien, le sang français, il a coulé ! Que la responsabilité en retombe sur les imprudents qui nous ontjoués, car nous l'avons été. » (Acclamations et applaudissements prolongés à gauche.)
« Voix diverses. Cette responsabilité doit retomber sur le ministère. (Agitation.)
« Nous avons, m.essieurs, demandé des explications amiables à M. le ministre des affaires étrangères; il nous
a répondu qa'une dépêche télégraphique lui était arrivée annonçant que le général français avait été appelé par les vœux de la population romaine ; qu'il s'était porté avec un corps de troupes pour juger lui-même quelle devait être l'efficacité des promesses qui lui avaient été faites ; qu'à une distance que la dépêche ne mentionne pas, dans un lieu qu'elle n'indique pas davantage, il avait rencontré, au lieu de sympathie, une résistance sérieuse devant laquelle il avait dû s'arrêter, prendre position et attendre des renforts.
« Voilà la dépêche télégraphique. M. le ministre ne sait pas autre chose. Cependant ces événements se seraient accomplis le 30 avril ; nous sommes au 7 mai, et des dépêches particulières sont arrivées ; elles ont, malheureusement, un caractère certain ; et de ces dépêches il résulte qu'arrivés aux portes de Rome, nos soldats, nos malheureux soldats, des républicains, les frères des Italiens, ont rencontré des barricades, et ces barricades, on a essayé de les emporter par la force ; le sang a coulé des deux parts ; nous avons été forcés de reculer. Voilà, messieurs, la vérité. »
Un membre à gauche. « La trahison ! » « Voilà donc où nous en sommes, et hier soir le ministère a fait insérer dans la Patrie, c'est là le théâtre de ses communications, et dans le Moniteur de ce matin la note que voici et que je recommande à la dignité de cette Assemblée française :
« D'après une dépêche télégraphique qui est parvenue au Gouvernement, le général Oudinot se serait mis en marche sur Rome, où, suivant tous les renseignements, il élait appelé par les vœux de la population ; mais ayant rencontré... — Ecoutez ceci, messieurs ! Sommes-nous en 1814? Sont-ce les Autrichiens qui ont écrit ce bulletin? — Mais ayant rencontré, de la part des étrangers qui occupent Rome, une résistance plus sérieuse qu'il ne s'attendait à la trouver, il a pris position à quelque disttnce
de la ville, où il attend le reste du corps d'expédition. » « Ainsi tout y est, vous le voyez bien, et vous con.prenez tous, avec votre cœur , la position qu'on vous a faite et dont nous devons sortir immédiatement, coûte que coûte ; nous ne devons pas y rester une heure sans être déshonorés. (Vive approbation à gauche.)
« Vos soldats sont arrivés aux portes de Rome ; ces portes leur ont été fermées ; ils y ont rencontré une résistance sérieuse; et voilà, messieurs, que les Romains, qui refusent de recevoir des étrangers, car nous sommes des étrangers pour eux, les Romains, qui ne veulent pas que nous leur ramenions ce gouvernement sacerdotal que vous traînez après vous, quoi que vous en disiez, les Romains qui résistent, les Romains qui sont prêts à mourir, les Romains qui meurent, ce sont des étrangers, une troupe d'aventuriers, et demain, probablement, dans vos bulletins ce seront des brigands qui n'auront pas voulu que le sol de la patrie fût souillé par des armées étrangères. » (Vive approbation à gauche.)
Un memb)'c. « Nous jouons le rôle de Cosaques! » « Quelle est donc cette cause que vous avez servie? Pour qui a coulé le sang de nos officiers et de nos généreux soldats? Pour qui a coulé le sang italien, le sang de cette noble nation, aussi pour laquelle vous affectiez les plus généreuses sympathies? Il a coulé pour le Pape; il a coulé pour l'absolutisme.
« Voilà, aujourd'hui que le voile est déchiré, ce qu'il est impossible de ne pas savoir. (Dénégations au banc des ministres.)
« Vous dites non! Vous justifierez votre conduite, je pense, et l'Assemblée appréciera. L'Assemblée, j'espère, prendra en main cette déplorable affaire et elle ne vous continuera pas sa confiance, car elle sait ce que vous avez fait par impéritie ou par trahison, je ne sais. [A gauche. C'est par trahison!) Vous avez aventuré les troupes françaises; vous les avez compromises dans une guerre impie ; vous
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avez abaissé, vous avez souillé noire drapeau; vous nous avez placé dans la nécessité ou de nous retirer de cette Italie en étendant la main pour bénir ceux que nous avons massacrés, pour verser des larmes de sang sur ces tombes que nous avons creusées ; ou bien de continuer votre œuvre, d'envoyer de nouvelles troupes, comme vous le dites, de faire la guerre, d'entrer dans Rome de vive force, de faire sauter les monuments publics, de canonner la population, et pour qui?... Quant à moi, je le déclare, je me refuse de continuer au ministère la conduite d'une affaire si déplorablement entreprise, et, je le répète, il faut que la Chambre avise.
« Que doit-elle faire ? Ce qu'elle doit faire de plus sage, de moins douloureusement affectés, d'autres que moi pourraient vous le dire ; les avis sont ouverts ; mais, quant à moi, il me paraît impossible que l'Assemblée ne nomme pas, séance tenante, une commission qui soit chargée de prendre connaissance des instructions qui ont été envoyées aux agents français et de vous faire un rapport sur l'heure.
« Prenez bien garde, messieurs, que les minutes sont ici des siècles. Ne l'oubliez pas, le moment dans lequel nous nous trouvons est suprême : cette Assemblée va finir; c'est de son sein que, sur la voix de celui qui avait si glorieusement tenu le drapeau des affaires étrangères dans le gouvernement provisoire, l'Assemblée tout entière s'est levée pour dire aux peuples: « Je suis votre soutien (c et votre égide, et que mon nom soit effacé de la carte K des nations indépendantes si jamais je tire l'épée en (c faveur de la tyrannie. »
« Et pendant cette année qui a suivi cette déclaration, deux fois le sort de l'Italie a été entre vos mains. Je le dis avec un douloureux regret, deux fois cette main s'est ouverte pour laisser échapper l'occasion libératrice.
« La liberté italienne, écrasée aux champs de Novare, semblait menacée des dernières rigueurs sur les rives du
Tibre. Vous vous êtes émus, vous avez senti que cette vieille solidarité qui vous unissait au peuple ne vous permettait pas de rester au repos, et alors, prodiguant vos hommes et vos trésors, vous avez ouvert vos ports pour laisser partir des voiles qui devaient aller protéger la liberté.
« Voilà ce que vous avez voulu, et maintenant il est arrivé que ces vaisseaux ont fait descendre sur la plage des soldats qui ont fait l'œuvre de l'Autriche, qui ont fait couler le sang italien. Que voulez-vous que dise l'Italie, trahie d'abord par délaissement, trahie aujourd'hui par perfidie militaire, par la violation de tout ce qu'il y a de sacré dans le droit humain et divin? Que voulez-vous qu'elle dise? Elle n'a plus qu'à se jeter une dernière fois, de désespoir, dans les bras des tyrans qui sont à ses portes, pour faire cause communs avec eux et pour grossir cette coalition que peut-être certains mauvais citoyens appellent en France pour y établir ôs qu'on appelle l'ordre, et que j'appelle, moi, la monarchie. (Acclamations et bravos à gauche.)
M Quant à moi, je déclare, dans ma conviction profonde, si, à l'instant même en face du pays, en face de Dieu que nous avons outragé par l'effusion impie de ce sang... » (Réclamations à droite.)
A gauche. « Oui! oui! »
LE CITOYEN' JULES FAVRE « ...Oui, que nous avons outragé!... (Rires dubitatifs sur quelques bancs.)
« J'aperçois des membres de cette Assemblée qui ont le courage de laisser effleurer leurs lèvres par le sourire... (Exclamations à gauche.)
A gauche, œ Ce sont les Autricliiens de l'Assemblée ! »
LE CITOYEN JULES FAVRE. « Cette attitude, le sentiment qui l'inspire, je les dénonce au pays !... »
A gauche. « Très-bien! très-bien! »
LE CITOYEN JULES FAVRE. « Commeut ! quând je viens ici raconter celte lamentable histoire d'une armée fran-
çaise envoyée sous le drapeau de la liberté et mettant à mort des populations amies, qui ont bien le droit de vivre probablement sous le soleil italien, vous ne trouvez pas d'autres protestations dans votre cœur ! Vous riez ! eh bien, encore une fois, soyez jugés, je n'en demande pas davantage. {A gauche. Très-bien! très-bien!)
« Quant à moi, messieurs, je termine en vous disant que, dans ma conviction profonde, si cette Assemblée ne proteste pas solennellement, si elle ne prend pas immédiatement un parti de vigueur, c'en est fait de notre influence en Europe. Notre nom sera bafoué, traîné dans la boue et dans le sang ; nous serons plus bas que l'Autriche vis-à-vis de l'Italie ; car l'Autriche, en Italie, est guidée par son intérêt personnel. Elle exproprie ; elle vole ; elle enrichit ses propres populations ; elle dépouille ces malheureux nobles lombards, mais c'est son intérêt personnel.
« Quant à nous, messieurs, sous la monarchie française, sous une monarchie qui n^était pas la vôtre, car c'était une monarchie d'honneur et de dignité pour le nom français, sous la monarchie, la France envoyait ses soldats en Grèce pour y protéger la liberté ; la France, à une époque plus reculée, envoyait ses hommes sur la terre d'Amérique pour s'opposer à la persécution et à la tyrannie anglaise; la France, elle a toujours été, de tout temps, quand elle a été dirigée par des chefs dignes d'elle, le chevalier de la liberté et des idées généreuses et libérales! (Applaudissements à gauche.)
fl Et qu'en faites-vous de la France ? Vous en faites le gendarme de l'absolutisme. »
Une voix. « De la Sainte-Alliance ! »
a LE CITOYEN JULES FAVRE. Avcc des perfidies et des phrases équivoques, vous déterminez un vote, et, de ce vote, vous en usez pour faire que le nom de la France soit maudit. Encore une fois, si vous voulez, messieurs, empêcher que le mal aille au delà, et il est énorme, si vous
voulez empêclier qu'il ne devienne incurable, si vous voulez empêcher que bientôt toutes les nations ne se soulèvent contre nous, les unes par intérêt, les autres par indignation, et les autres par mépris, avisez, messieurs, prenez un parti, prenez un parti vigoureux, patriotique, mais, de grâce prenez-en un; que ce parti émane de vous, et ne le laissez pas accomplir par d'autres. » (Vives et nombreuses approbations.)
LE CITOYEN ODILON BARROT, président du conseil. « Je 0.1i:on Barrol.
croyais que des interpellations adressées au gouvernement avaient pour but, et pour motif constitutionnel, d'éclairer des faits avant de porter un jugement; nous n'avons pas le droit d'exiger de nos adversaires ni tant de justice ni tant de réserve. La condamnation, et la condamnation dans les termes que vous venez d'entendre, précède l'information, la connaissance des faits. Vous osez porter à cette tribune l'imputation adressée à un seul homme, qui n'est pas né d'hier, qui a donné quelques gages au moins de fidélité à sa parole et à ses engagements ; vous osez lui imputer d'avoir surpris le vote de cette Assemblée par un mensonge, par une fraude ; de lui avoir dit à cette tribune que nous intervenions, que nous envoyions notre drapeau, nos soldats, à Civita-Vecchia, parce que là un événement se préparait, événement qui, selon moi, selon mes convictions, et les convictions de la majorité, était infaillible. Dans cette catastrophe imminente, nous avions deux choses à sauvegarder : l'influence de la France et la liberté. Je m'approprie complètement les paroles précises par lesquels l'honorable général de Lamoricière définissait le but de cette expédition : si nous ne sauvons pas la république romaine, sauvons au moins la liberté. » (Mouvement en sens divers.)
Une voix, a Pour la sauver, vous la tuez ! » « Il peut y avoir des opinions différentes sur le parti à prendre dans cette circonstance, lorsque les Napolitains, d'une part, franchissaient ou menaçaient de franchir la
frontière romaine ; lorsque, d'autre part, les Autrichiens, suivant les conséquences de leur victoire, annonçaient hautement qu'ils franchiraient aussi cette frontière, et qu'ils marcheraient aussi sur Bologne... Oh! il j avait un moyen bien simple, plus commode, qui eût sans doute satisfait les ennemis du ministère et le ministère luimême, car il ne présentait alors aucune surface : c'était de laisser les événements s'accomplir ; c'était de se croiser les bras. »
LE CITOYEN MiLLARD. « Cela Valait mieux que ce que vous avez fait. »
LE CITOYEN ODiLON BARROT. « L'absteutiou cu facc des événements qui s'annonçaient, l'abstention de la part de la France n'a pas été dans la pensée de la majorité de cette Assemblée.
« Il fallait prendre un parti, ou bien déclarer la solidarité avec la république romaine, elle restait seule debout, envoyer nos soldats pour maintenir, conserver, défendre, au besoin par les armes, cette forme républicaine, déclarer, par conséquent, la guerre h tous ceux qui d'avance pourraient l'attaquer, établir enfin un pacte offensif et défensif. C'est ce qu'on vous a proposé, c'était la politique de l'honorable M. Ledru-Rollin, c'était la politique des amendements ou des propositions qui ont été successivement apportés à cette tribune. Je ne vous rappellerai pas toutes les paroles éloquentes qui ont été dites à cette occasion.
« Cette politique a-t-elle prévalu dans le sein de l'Assemblée? Avez-vous signifié au nonce du pape de se retirer? Avez-vous imposé au ministère l'obligation de reconnaître la république romaine, et en même temps avezvous ordonné la levée d'une armée pour s'emparer de telle ou telle partie de l'Italie et défendre à outrance, même au prix d'une guerre, la république romaine? L'avez-vous fait? (Mouvements en sens divers.)
« Non, vous ne l'avez pas fait. Vous vous êtes préoccu-
pés avant tout et surtout des véritables intérêts de la France. Eh bien, qu'y avait-il à faire en dehors de cette politique? Ce que vous avez fait, ce que nous avons essayé de réaliser. Il y avait à nous rapprocher du théâtre d'un événement infaillible ; il y avait, par notre présence, au Ueu d'une solution, et je puis me servir de cette expression, elle me dispense de toute périphrase, au lieu d'une solution absolutiste et autrichienne, il y avait une solution libérale en faveur des populations dont les droits étaient stipulés par nous. (Rumeurs ironiques sur plusieurs bancs. — Approbation sur d'autres.)
<f Maintenant, les instructions données ont-elles été contraires à cette pensée de notre politique, à cette déclaration par nous apportée à celte tribune? Oh! si les instructions données ont été contraires, si j'avais eu le malheur de manquer à la foi publique, à ce qu'il y a de plus saint au monde, à un engagement pris du haut de cette tribune, oh! je le déclare moi-même, je me serais rendu coupable du premier crime politique qui puisse être commis dans une nation libre (Très -bien! très-bien!); j'aurais trompé les représentants de mon pays; et, sur la foi d'un mensonge, j'aurais égaré et compromis sa politique, contrairement aux instructious hautement annoncées à cette tribune.
« Mais, quand on accuse un gouvernement d'un pareil crime, quand on lui jette à la face une pareille imputation, et qu'on se souvient plus de ses haines que des sentiments de convenances et de pudeur politique... » (Trèsbien! très-bien!)
LE CITOYEN JULES FAVRE. « Voilà dc la modératiou ! »
LE CITOYEN PRÉSIDENT DO CONSEIL. « On attend, avaut de passionner un débat, dans des circonstances que vous dites critiques, qui ont leur difficulté, et qui, par cela même, au nom de votre patriotisme, imposent une certaine réserve. (Très-bien!)
(S Eh bien, vous, avant toute vérification, vouscommen-
cez par jeter de pareilles accusations, par en faire retentir cette tribune, par les répandre au loin, et en France et dans le monde entier. J'espère que, lorsque vous aurez lu les instructions, que vous les aurez comparées aux paroles que j'ai prononcées à cette tribune, vous éprouverez quelque regret d'avoir hasardé l'accusation que vous y avez portée. » (Très-bien!)
Après avoir déclaré qu'il se borne à demander que la conduite du ministère soit jugée sur pièces, tant pour les instructions données que pour la conduite du général en chef de l'expédition, qu'il ne désavoue pas, le président du conseil termine ainsi :
« Tout ce qui, dans les conclusions formulées à cette tribune, peut tendre à éclairer les faits, à édifier l'Assemblée sur la nature, la portée des actes de l'autorité, quant à moi, non-seulement j'y donne mon complet assentiment, mais je l'appelle avec impatience. (Très-bien!)
« Quant à la partie des conclusions qui tendrait, je ne sais trop à quoi précisément, car je ne puis pas bien définir quelle nature de mesures pourrait être conseillée à l'Assemblée, mais enfin qui tendrait à saisir l'Assemblée directement de l'action gouvernementale et politique; quant à cette partie des conclusions, je ne dirai qu'un mot : je n'entends pas élever de vains et puérils conflits, mais j'ai là profonde conviction que l'Assemblée aura le sentiment du respect pour la constitution : elle peut accuser le pouvoir exécutif, elle ne le déplacera pas. » (Trèsbien! Très-bien!) De Lanioricière. ^^ CITOYEN DE LAMORiciÈRE. « Citoycns représentants, la situation est assez grave pour que je ne cherche pas à passionner le débat, mais à le préciser.
« Permettez-moi de vous lire quelques-unes des paroles de M. le président du conseil alors qu'il a été entendu dans la commission, dont j'avais l'honneur d'être le président et au nom de laquelle j'ai parlé lors de la discussion.
« M. le président du conseil nous disait : « Le minis- « tère ne demande pas un nouveau mandat, il trouve suf- « fisant l'ordre du jour déjà voté ; cet ordre du jour l'a « autorisé à occuper un point sur la côte d'Italie; en préce sence des événements qui se produisent, il vous dece mande, par un crédit, les moyens d'exécution. »
« Que voulait faire le Gouvernement? Occuper un point sur la côte d'Italie. Pourquoi ? Pour être présent aux événements qui, disait-il, allaient s'accomplir, qui s'accomplissaient. Quelle était la situation? L'honorable M. Rarrot nous disait : «c Je reçois à l'instant des dépêches qui m'an- « noncent que la contre-révolution se produit en Toscane, <c qu'elle est accomplie, que la république romaine n'existe a probablement plus à l'heure qu'il est. Il faut éviter que « les événements qui vont se passer dans les États ro- « mains s'accomplissent sans nous; si l'Autriche y assiste « seule avec Naples, vous savez quelles en seront les con- « séquences. »
<r Voilà quelle était la situation : Les Autrichiens vont marcher sur Rome; il faut les prévenir, il faut agir aussi, non pas pour opérer de concert avec eux, mais pour défendre, sinon la république romaine, du moins la liberté de l'Italie que nous seuls pouvons sauver.
« A Dieu ne plaise que je croie que les honorables membres qui siègent sur ces bancs (les bancs des ministres) aient voulu tromper l'Assemblée ! Mais aussi voulezvous que je croie que l'honorable général qui commande cette expédition, voulez-vous que je croie qu'un militaire, homme de devoir, ait pu faire, dans une circonstance aussi grave, le contraire des instructions qu'il avait reçues? Car enfin, de deux choses l'une : ou les instructions étaient différentes de ce qu'on nous a dit, ou le général, se trouvant àCivita-Vecchia, a fait tout le contraire de ce que ses instructions lui disaient de faire.
<c Ce que nous demandons, c'est ceci : 1° que le Gouvernement communique à une commission de l'Assemblée
les instructions qu'il a données; 2° qu'il s'explique devant celte commission sur la question de savoir s'il entend, oui ou non, continuer cette lutte contre la république romaine, qui n'était pas, à ce qu'il paraît, dans une position aussi désespérée qu'on le supposait. » (Très-bien 1 trèsbien! — Aux voix!)
LE CITOYEN FLOCON. « Vous avez cutendu M. le président du conseil vous déclarer que le Gouvernement n'avait reçu encore jusqu'à présent d'autres nouvelles que celle qui lui est parvenue dans une dépêche télégraphique, et que le laconisme de celte dépêche ne lui permet pas de connaître les détails de ce qui s'est passé. Il faut convenir que le Gouvernement français est en ce momentci peut-être le seul qui ne sache pas ce qui s'est passé à Rome.
« Des lettres sont arrivées. En voici une. Elle est datée de jeudi 3 mai, Toulon : « Nous avons entrepris contre la a république romaine une guerre injuste et honteuse, et a nous portons déjà les fruits de notre injustice... » (Rumeurs à droite. — {A gauche. Oui! oui!)
« ... Et d'abord Civila-Vecchia ne nous a pas reçu à « bras ouverts comme l'a dit le général Oudinot. La « preuve, c'est que l'on a été obligé de mettre le gou- « verneur en prison. Ces nouvelles nous sont parvenues « par rOrénoque, frégate à vapeur arrivée ce soir à huit « heures et partie par conséquent hier 2 mai dans la « journée. Le général Oudinot ne s'est emparé de Civita- « Vecchia que parce que le conseil municipal et le gou- « verneur ont bien compris que contre la force il n'y avait « pas de résistance. Le commandant en chef n'a eu pro- « bablement de relations qu'avec les réactionnaires (Rires « à droite) qui seront venus lui offrir leurs services. Il a a cru, sur la foi de ces gens-là, que Rome le recevrait « dans ses murs sans coup férir ; mais il n'en a pas été « ainsi. Notre nom est aujourd'hui détesté à Rome. Le « général Oudinot n'a pas attendu le reste de l'expédi-
« tion, il a marché sur la ville éternelle. Trois compa- « gnies, qui se trouvaient à une assez grande distance en « avant du corps d'armée, loin d'entrer facilement, ont « été repoussées avec perte. Les autres corps sont arrivés « ainsi que l'artillerie. Cinq fois nos troupes ont attaqué « la ville, cinq fois elles ont été repoussées, et toujours « avec une grande perte. On ne donne pas le chiffre a exact de nos pertes; les uns disent 120 morts, d'autres «vont jusqu'à 500. On parle de vingt officiers tués. Le « général, ne pouvant s'emparer de la ville, s'est retiré à « San-Paolo, sur la rive gauche du Tibre, à quatre ou cinq n lieues de ce fleuve. Il a fallu pour cela qu'il passât le « Tibre; on ne sait si c'est avant ou après l'échec. Ce « qu'il y a de certain, c'est que la ville est plus attaquable « de ce côté. Mais aussi, à San-Paolo, les troupes fran- « çaises peuvent avoir leurs communications avec Civita- «c Vecchia coupées par la sortie des Romains. Le général « Oudinot s'est battu bravement. Il a failli être prisonnier. « Son soldat a été pris à ses côtés et son aide de camp a tué près de lui.
« Deux compagnies, une de tirailleurs, l'autre de vol- « tigeurs du 20* de ligne, ont été abîmées. La seconde « voulait dégager la première, qui s'était engagée dans les « têtes des rues.
« Le général Avezzanna et le général Garibaldi dirigent « les opérations des Romains.
« Les Français résidant à Rome se sont organisés en « légion et ils ont annoncé au général Oudinot qu'ils pro- « testaient contre cette guerre, et qu'ils se verraient « forcés de combattre contre les Français... » (Ah! ah! agitation prolongée.)
« A mesure que les bateaux de l'expédition reviennent, « on les recharge, et ils repartent tout de suite.
« J'ai pensé que ces nouvelles pourraient vous inté- (' resser. »
« Voilà la lettre de Toulon. »
LE CITOYEX MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. « Il y a
autre chose dans la lettre ; il y a que Rome est remplie d'aventuriers étrangers (1).
LE CITOYEN FLOCON, Hsaut. « Rome, en ce moment, re- « gorge d'aventuriers qui vont partout où il y a batt taille, et ces hommes-là pourront bien résister plus « longtemps qu'on ne le croit. » (Exclamations à droite. —Longue agitation.)
« Citoyens, le Gouvernement dit qu'il n'a pas reçu de nouvelles ; je dis que tout le monde en a reçu.
LE CITOYEN MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, a NOUS
n'en avons pas reçu. »
LE CITOYEN FLOCON. « C'est fàcheux ; le Gouvernement est alors fort mal administré, fort mal servi.
« Voici une autre lettre de Marseille, du 4 mai. Cette lettre contient le récit des faits dont je viens d'avoir l'honneur de vous donner connaissance. Mais elle ajoute un fait plus grave, et c'est celui-ci ;
« Les Romains ont, dit-on, érigé sur chaque barricade « un poteau portant cette inscription :
« Art. 5, de la constitution française de 18i8 :
« La République française respecte les nationalités a étrangères, comme elle entend faire respecter la sienne, « n'entreprend aucune guerre dans des vues de conquête, « et n'emploie jamais ses armes contre la liberté d'aucun « peuple. » (Mouvement.) Nomination Après dcs discours des citoyens Drouin de Lhuys et d-unc commission, j^j^g pavre, qui n'apportent pas de faits nouveaux dans la discussion, l'Assemblée décide qu'une commission sera nommée pour examiner les faits relatifs à la discussion qui vient d'avoir lieu; — qu'elle se réunira immédiatement dans ses bureaux pour nommer cette commisssion; — que cette commission fera son rapport le soir même.
(1) « J'ai constaté moi-même que, sur dix blessés, il y avait huit Romains. » — F. de Lesseps.
La séance levée à cinq heures est reprise à neuf heures cinq minutes du soir.
LE CITOYEN PRÉSIDENT. « Je vais donncr connaissance à l'assemblée des noms des commissaires nommés dans les bureaux. Ce sont : MM. Freslon, Grevy, Gouin, le général de Lamoricière, Dupont (de Bussac), LanjuinaiSj Roger (du Loiret), le général Subervie, Chavoix, Coquerel, Dubodan, Schœlcher, Goudchaux, Alem-Rousseau, Senard.
a D'après l'invitation du président, la commission s'est réunie immédiatement ; elle a délibéré sans désemparer ; elle a entendu dans son sein MM. les minisires; elle a reçu communication de toutes les instructions qui avaient été adressées au chef de l'expédition.
« La commission s'est constituée en nommant M. Goudchaux président et M. Chavoix secrétaire.
« Je me suis rendu dans le sein de la commission pour être au courant de ses résolutions et pour les faire connaître à l'assemblée. La commission a déhbéré très-longuement; à l'heure qu'il est elle n'a pas encore nommé son rapporteur, mais elle est convaincue que le rapport pourra être présenté à l'assemblée à dix heures.
« La séance va donc être suspendue jusqu'à ce moment-là. »
(A onze heures moins un quart le citoyen Senard, désigné comme rapporteur de la commission, entre dans la salle et demande la parole.)
LE CITOYEN PRÉSIDENT. « La parolc cst à M. Senard, rapporteur de la commission chargée d'examiner les faits relatifs à l'expédition d'Italie. (Profond silence.)
LE CITOYEN SENARD, rapporUur. « Citoyens représen- se„a,d. rapporteur tants, la commission que vous avez nommée s'est réunie de ii commission, immédiatement, selon votre désir.
« Elle a appelé dans son sein M. le président du conseil, M. le ministre des affaires étrangères et M. le ministre de la guerre.
« Elle a reçu d'eux la communicatiou des instructions données au général commandant l'expédition d'Italie et de toutes les dépêches parvenues jusqu'alors au gouvernement, î
« En même temps, elle s'est reportée aux déclaratious recueillies dans le rapport de la commission qui avait examiné la demande du crédit de 1,200,000 fr,, et aux déclarations faites par les organes du gouvernement à la tribune sur la nature et le but de l'expédition.
« Alors,, on nous présentait la république romaine comme près de succomber, soit devant les attaques de l'Autriche, soit devant la contre-révolution dont elle portait les éléments dans son sein. On nous disait que, selon toute probabilité, la république aurait cessé d'exister avant même que nos soldats eussent touché le sol italien; on s'effrayait à la pensée d'une restauration du Pape faite sous l'influence d'une politique absolutiste, à la pensée de toutes les violences qui pouvaient ensanglanter une réaction; on voulait être là à l'heure qui semblait prochaine du dénoûment pour maintenir et faire prédominer l'influence française dans la solution de la question romaine ; on voulait enfin préserver ce pays des excès dont il était menacé et lui assurer au moins, dans tous les cas, des institutions libérales. Du reste, on n'entendait pas défendre la république romaine qu'on n'avait pas reconnue ; mais on n'entendait pas non plus l'attaquer.
« Quant à la marche de l'expédition, il était bien entendu qu'elle occuperait militairement Civita-Vecchia, lieu choisi pour le débarquement, et qu'elle vaincrait même, pour s'y installer, les résistances qui pourraient lui être opposées. Mais une fois là, nous attendrions les événements, et nous ne marcherions sur Rome que pour la préserver d'une intervention étrangère, ou des excès d'une contre-révolution, en un mot, selon l'expression de M. le président du conseil à la commission, nous
n'irions a Rome que comme protecteurs ou comme arbitres demandés.
« Tout ceci est venu se résumer dans cette phrase du rapport de la commission, acceptée expressément par M . le président du conseil :
■ « Des explications des ministres, il est résulté que la « pensée du gouvernement n'est pas de faire concourir la « France au renversement de la république qui subsiste « actuellement à Rome. »
« Tel était le résumé du rapport; telle a été aussi, selon nous, la pensée de l'Assemblée nationale lorsqu'elle a voté le crédit de 1,200,000 fr.
« Cependant, messieurs, l'expédition a opéré son débarquement à Civita-Vecchia , et bientôt après, sans intervention étrangère, sans contre-révoluliou opérée à Rome; en un mot, sans aucune des causes indiquées par le gouvernement et acceptées par l'Assemblée, et dans un moment où des dépêches précises constatent que tout se préparait à Rome pour une sérieuse résistance, nos troupes se sont mises en marche sur Rome, et ont dirigé contre la république romaine une attaque dont les résultats sont encore inconnus.
a La majorité de votre commission, en comparant les faits révélés par les dépêches avec tout ce qui avait été annoncé à l'assemblée et avec les déclarations qui avaient déterminé son vote, a jugé que la direction donnée à l'expédition n'était pas conforme à la pensée dans laquelle elle avait été conçue et acceptée.
« Les instructions données au général commandant l'expédition nous ont paru s'écarter des déclarations faites à la tribune et des résolutions arrêtées par l'assemblée. Et, en effet, la république romaine, qui ne devait être ni défendue ni attaquée, est attaquée directement aujourd'hui.
« En conséquence votre commission a l'honneur de vous proposer la résolution suivante :
« L'Assemblée nationale invite le gouvernement à pren- « dre sans délai les mesures nécessaires pour que l'expé- « dition d'Italie ne soit pas plus longtemps détournée du « but qui lui était assigné. » (Mouvement.) Drouin de Lhuys. ^E CITOYEN DROuiN DE LHUYS , ministre des affaires étrangères. « Citoyens représentants, le rapport que vous venez d'entendre signale un désaccord entre les instructions envoyées au commandant de l'expédition d'Italie et le but indiqué par l'assemblée, le but annoncé par le gouvernement. Pour que l'assemblée soit mise en mesure d'apprécier ce désaccord , je vais donner lecture des instructions envoyées au général Oudinot. [Voix nombreuses : Très-bien ! très-bien ! )
« Général, je vous ai fait connaître l'objet de l'cxpédi- « tion dont le gouvernement de la république vous a « confié le commandement. Vous savez qu'une réaction « et une intervention étrangère menacent l'existence du « gouvernement actuel de Rome, que nous n'avons ja- « mais reconnu. A l'approche de cette crise désormais « inévitable, le devoir nous prescrit de prendre des me- « sures nécessaires, tant pour maintenir notre part d'in- « fluence dans les affaires de la péninsule italienne, que « pour ménager dans les États romains le rétablissement « d'un ordre de choses régulier sur des bases conformes « aux intérêts et aux droits légitimes des populations.
« Bien que vous n'ayez pas à intervenir dans les négoce dations définitives qui assureront ce résultat, vous êtes « autorisé à recevoir des autorités établies toutes les pro- « positions, et à conclure avec elles tous les arrange- « ments qui vous paraîtront propres à le préparer, en « évitant seulement dans la forme de cet arrangement « tout ce qu'on pourrait interpréter comme la reconnais- « sance du pouvoir d'où émanent ces autorités. » (Vives exclamations sur les bancs de la gauche.)
« Vous trouverez ci-joint le projet de la lettre que vous « devez écrire en arrivant au gouverneur ou au magis-
« Irat supérieur de Civita-Vecchia pour demander votre « admission dans cette ville. L'entrée ne vous en sera sans « doute pas refusée ; toutes les informations qui nous par- « viennent nous donnent lieu de penser que, bien loin a de là, vous serez reçu avec empressement, par les uns « comme un libérateur, par les autres comme un média- « teur contre les dangers d'une réaction... » (Nouvelles exclamations à gauche.)
« Si cependant, contre toute vraisemblance, on pré- « tendait vous interdire l'entrée de Civita-Vecchia, vous « ne devriez pas vous arrêter à la résistance qu'on vous « opposerait au nom d'un gouvernement que personne « en Europe n'a reconnu, et qui ne se maintient à Rome « que contre le vœu de l'immense majorité des popula- « tions... » (Bruyante interruption.]
LE CITOYEN MiLLARD. «Lcs royalistcs disaient la même chose en France, en 181 i et en 18151 »
« Une fois établi sur le territoire des États de l'Église, vous vous empresseriez de vous mettre en relations avec M. d'Harcourt et M. de Rayneval, chargés par le Gouvernement de la République de traiter à Gaëte les intérêts de la mission qui vous est confiée. Vous pourrez dès lors concerter avec eux, et, d'après les informations qu'ils seraient gi mesure de vous transmettre, les dispositions que vous aurez à prendre. Vous enverrez à Rome un de vos officiers avec l'ordre de déclarer aux chefs du Gouvernement la nature de la mission qui vous est confiée, de leur faire entendre bien nettement que vous n'êtes nullement autorisé à soutenir l'ordre de choses dont ils sont les représentants, et de les presser de prêter les mains à des arrangements qui puissent préserver le pays de la crise terrible dont il est menacé.
« Votre marche sur Rome, à la tète de vos troupes, faciliterait sans doute un pareil dénoûment, en donnant courage aux honnêtes gens... » (Vives clameurs à gauche.)
LE CITOYEN MiLLARD. « Il n'y a donc d'honnêtes gens que les royalistes! »
LE CITOYEN MNiSTRE. « Vous jugerez SI les circonstances sont telles que vous puissiez vous y rendre avec la certitude, non-seulement de n'y pas rencontrer de résistance sérieuse, mais d'y être assez bien accueilli pour qu'il soit évident qu'en y entrant vous répondrez à un appel de la population... » (Bruit.)
« Partout où vous vous trouverez, jusqu'au moment oiî un gouvernement régulier aura remplacé celui qui pèse actuellement sur les États de l'Église... » (Vive interruption à gauche.)
LE CITOYEN DAVID (d'angers). « C'est hontcux ! vous êtes des traîtres! » (Bruit général.)
i.E CITOYEN MINISTRE. « Vous pourrcz, seloH quG vous le jugerez nécessaire ou convenable, soit maintenir les autorités civiles, en tant qu'elles consentiront à se restreindre à une action municipale et de police, et qu'elles ne vous susciteront aucun péril ni embarras réels, soit favoriser le rétablissement de celles qui étaient en fonctions, soit même en établir de nouvelles, en évitant, autant que possible, d'intervenir directement dans ces changements et en vous bornant à provoquer, à encourager l'expression des vœux de la partie honnête de la population. (\4Jolenis murmures à gauche.)
« Vous pourrez vous servir, quand vous le jugerez à propos, pour les communications avec ces autorités, de l'intermédiaire du consul de France à Civita-Vecchia, que je mets à votre disposition.
« Telles sont, général, les seules instructions que je puisse vous donner dans ce moment. Votre bon jugement y suppléera suivant les circonstances, et je ne manquerai pas, d'ailleurs, de vous faire parvenir successivement les directions nouvelles qu'elles pourront exiger.
« Je joins à cette dépêche le texte d'une proclamation
que vous voudrez bien publier aussitôt après votre débarquement. » (Bruit.)
« Je supplie l'Assemblée, avant que j'entre dans la discussion, de vouloir bien me permettre d'espérer que mes paroles seront écoutées; il n'est pas possible de suivre un débat au milieu des interruptions nombreuses, constamment répétées que je viens d'entendre.
« Lorsque la question fut portée à cette tribune, le Gouvernement déclara que l'expédition qu'il voulait diriger sur Civita-Vecchia avait un double but : il y avait un intérêt français, une influence française à assurer; il y avait, pour les populations romaines, des garanties à stipuler. Il disait : La République romaine est en face de ce double péril, dont il avait la certitude, d'une part, la réaction intérieure, une dissolution; d'autre part, une intervention étrangère. Contre ces deux éventualités, il avait pensé, il l'a déclaré hautement, que la meilleure garantie lui semblait être la présence et l'action d'une force française dans les États romains.
« Ces éventualités se sont-elles réalisées? Avez-vous entendu parler de dissolution dans les États romains? Avez-vous entendu parler de tentatives de réaction? Avezvous entendu parler de l'imminence d'une intervention? L'intervention, à l'heure qu'il est, l'intervention napolitaine, l'intervention autrichienne marchent sur les États romains »
Voix nombreuses à gauche. « La preuve! la preuve! »
« Je ne comprends pas les interrupteurs qui me disent : Donnez la preuve que les Autrichiens et les Napolitains sont entrés dans les États romains. Ce n'était pas à l'entrée des Napolitains ni des Autrichiens dans les Étals romains qu'était subordonnée la faculté qu'on accordait au Gouvernement ; ce n'était pas pour venir après, c'était pour venir avant que vous nous avez autorisés à faire une expédition.
« Maintenant, quel engagement a pris le Gouverne*
ment? Il y avait ici des personnes qui disaient : Il faut aller soutenir la République romaine. Nous avons répondu à ces personnes : Nous n'avons pas reconnu la République romaine, nous n'avons point de sympathies pour la République romaine... » (Interruptions et rumeurs.)
Voix à gauche. « Ni pour aucune autre. »
« Nous avons dit que nous n'allions pas défendre la République romaine, que nous n'allions la défendre ni contre une réaction, ni contre une intervention étrangère; que la République romaine tomberait sous un de ces deux dangers, sous une de ces deux attaques; mais que nous allions là afin de faire prévaloir, au milieu de celte crise, l'influence française.
« Nous avons dit, de plus, que nous allions, par notre présence et par notre action, assurer aux populations romaines des garanties de liberté et de bonne administration.
« Voilà ce que nous avons dit. Ceux qui ont entendu que nous allions au secours de la République romaine ont eu la tribune ouverte, ils ont pu faire leur proposition. » (Rumeurs à gauche.)
Une voix. « Il ne fallait pas la défendre, mais il ne fallait pas la tuer. »
LE CITOYEN MINISTRE, (c On nc pcut pas discutcF au milieu de ces interruptions qui couvrent la voix ; cela est impossible.
« Il faut être conséquents avec vous-mêmes : si vous regardez la République romaine comme un gouvernement parfaitement régulier, ce que nous avons nié, ce que vous affirmez , il faut dire qu'aucune portion de ce territoire ne peut être touchée par un pied français avant d'avoir obtenu la permission du Gouvernement actuel de Rome.
« Je répète que vous êtes inconséquents ou illogiques. Vous soutiendrez que, si le Gouvernement actuel de Rome est régulier, ce Gouvernement couvre tentes les parties du territoire ; que ce Gouvernement couvre Givita-Vec-
chia, comme il couvre Rome; que, par conséquent, il ne fallait pas faire l'expédition de Civita-Vecchia. »
Un membre. « Certainement. »
« Vous direz qu'il ne fallait entrer à Civita-Vecchia qu'avec la permission du Gouvernement; vous direz une chose contraire à ce qu'a dit l'Assemblée nationale à une immense majorité; vous direz une chose parfaitement contraire à celle qu'a déclarée, à cette tribune, l'honorable général de Lamoricière. Il a été entendu que, quand on partait d'un port de France, quand on partait pour une expédition , on partait pour arriver à tout prix.
« 11 fallait donc arriver à Civita-Vecchia. L'emploi de la force était prévu, l'emploi de la force était autorisé. Donc on avait reconnu ce principe, que vous ne teniez pas comme inviolable le territoire romain ; que vous n'aviez pas besoin, pour poser le pied à Civita-Vecchia, de l'autorisation du Gouvernement de Rome; que, lors même que cette autorisation ne viendrait pas, lorsqu'une opposition vous serait faite , vous forceriez cette opposition. » (Mouvement prolongé.)
Une voix. «. A Civita-Vecchia. » (Agitation.)
« Évidemment, lorsque vous envoyiez 10,000 hommes à Civita-Vecchia, ces hommes n'étaient pas purement et simplement cliargés de porter, quoi? une dépêche au Gouvernement romain pour obtenir la permission d'entrer à Civita-Vecchia. (Rumeurs à gauche.)
« On dit : Vous pouviez entrer à Civita-Vecchia , vous pouviez y entrer de vive force, malgré l'opposition du gouverneur, malgré l'opposition de la République romaine; mais vous ne deviez pas marcher sur Rome. Est-ce là l'objection? (Oui! oui!)
« Quel était le but de l'expédition? J'en appelle à tous vos souvenirs, j'en appelle à toutes les inspirations du bon sens : le but de l'expédition était de mettre un poids dans la balance où. se pesaient les destinées de l'Italie,
afin d'assurer notre influence en Italie, d'assurer aux populations romaines les conditions d'un bon gouvernement, d'une bonne liberté, conditions qui auraient été compromises par la réaction ou par l'intervention étrangère.
« Eh bien, je dis que, pour exercer cette double action, il fallait avoir une forte position dans les États romains. Et vous seriez restés à Civita-Vecchia, vous y seriez restés les bras croisés ! Et vous auriez laissé prendre les devants à des étrangers ! Et vous auriez laissé la réaction s'installer dans Rome ! Et vous, vous seriez restés enfermés dans Civita-Veccliia ! Quelle action auriez-vous donc pu avoir? C'est là un système puéril et dérisoire auquel je n'aurais jamais souscrit. »
A droite. « Très-bien 1 très-bien ! »
« Ce premier point éclairci, je passe au deuxième :
« Ici ce n'est pas ma responsabilité ni celle du Gouvernement qui est engagée, ce serait la responsabilité d'un agent. Je le répète, je ne connais pas de gouvernement sérieux et honorable qui ne couvre complètement ses agents, qni permette qu'on les attaque sans les couvrir de l'égide de sa responsabilité jusqu'à l'examen des faits. Appelez-vous examen des faits, appelez-vous informations complètes les lambeaux de lettres qu'on a apportés à cette tribune.
oc Jusqu'à ce que le Gouvernement ait reçu des renseignements précis, il couvre de sa respcnsabilité le général en chef; le Gouvernement ne peut pas faire entendre une seule parole qui affaiblisse son autorité, sa situation, le Gouvernement ne le peut pas. Et, messieurs, ce n'est pas seulement un devoir du Gouvernement, c'est un devoir imposé à tout bon citoyen. (Très-bien!)
a La conclusion du rapport, si je l'ai bien entendu, est celle-ci : que l'Assemblée émette le vœu que les armes de la République soient ramenées vers le but que l'Assemblée a indiqué à l'expédition de Civita-Vecchia.
« Quel était ce but? Je l'ai rappelé au commencement de ce discours ; ce but était, non pas d'appuyer la république romaine... »
Une voix. « Ni de la renverser. »
LE CITOYEN MINISTRE... « Dc ne pas l'appuyer contre une réaction intérieure et de ne pas l'appuyer contre une intervention étrangère. Le Gouvernement la tenait pour destinée à succomber prochainement sous une réaction ou sous une intervention. »
LE CITOYEN MiLLARD. « Vous l'avcz aidée à mourir. »
LE CITOYEN MINISTRE. « Quaut à uous, nous Bvous l'intime conviction que l'expédition de Civita-Vecchia a été dirigée vers le but qui est le plus conforme aux intérêts de la France, le plus conforme aux paroles que nous avons prononcées à la tribune; à cet égard, nous n'avons rien h changer à notre conduite, rien à rétracter dai)s nos paroles. Je voudrais qu'on fût plus explicite. C'est une chose bien vague que cette invitation à tourner désormais l'expédition vers un but plus conforme au vœu de l'Assemblée nationale. Soyez plus pressants et plus précis. Il n'y a à prendre qu'un de ces deux partis; il faut que vous déclariez que l'Assemblée nationale entend soutenir la république romaine contre ses ennemis intérieurs et extérieurs... »
Yoix à gauche. « Ce n'est pas la question. »
LE CITOYEN MINISTRE, et Ou me dit '. Ce n'est pas la question. Eh bien, posez la question, posez-la à cette tribune, et je répondrai.
« Ou bien on veut que le Gouvernement envoie à l'expédition française l'ordre de rétrograder et de se retrancher dans les murs de Civita-Vecchia. »
A gauche : a Oui ! oui ! »
LE CITOYEN MINISTRE. « Eh bien, non! (Vive approbation à droite).
« Non, ce n'est pas au moment où le Gouvernement a la certitude que l'intervention napolitaine s'exécute, que
l'intervention autrichienne s'exécute... (Exclamations a gauche.)
« Ce n'est pas au moment où le Gouvernement est convaincu qu'une armée autrichienne marche sur les États romains, ce n'est pas dans ce moment... (Interruption à gauche.)
« Ce n'est pas dans ce moment de crise que nous ferons reculer notre armée... »
LE ciTùïEN FLOCON. « Et si l'Assemblée Ic décidc! » LE CITOYEN MINISTRE, œ Que uous ferous, dis-je, reculer notre armée devant l'Autriche et devant Naples. » (Agitation.) Senard. LE ciTOïEN SENARD , rapporteuT. « MessicuTs, je n'ai
pas demandé la parole pour répondre complètement au discours de M. le ministre des affaires étrangères, je l'ai demandée seulement pour préciser la pensée de la commission. Nous ne demandons pas et nous n'avons pas voulu formuler une demande qui aurait pour résultat de dicter au Gouvernement une résolution difficile, impossible peut-être à exécuter dans un état de faits qui , à l'heure présente ne nous est pas connu. Mais la commission a voulu, et je crois qu'elle l'a exprimé très-nettement, que le Gouvernement, quel que soit l'état des faits, rentre à l'heure qu'il est, par toutes les mesures possibles, dans les résolutions que nous avons considérées comme les résolutions de l'Assemblée et que nous avons résumées ainsi : a Votre commission, en comparant les faits révélés par « les dépêches avec tout ce qui avait été annoncé à l'As- « semblée et avec la déclaration qui avait déterminé son « vote, ajugé-quela direction donnée à l'expédition n'é- « tait pas conforme à la pensée dans laquelle elle avait « été conçue et acceptée; les instructions nous ont paru « s'écarter des déclarations faites à la tribune et des réso- « lutions arrêtées par l'Assemblée. » Et, en effet, la république romaine, qui ne devait être ni défendue ni atta-
quée, est directement attaquée aujourd'hui. (C'est cela! c'est cela! — Mouvement prolongé.)
« Voilà la question comme la commission l'a envisagée.
« M. le ministre des affaires étrangères vous a dit qu'il aurait été insensé de diriger une expédition sur Civita- Vecchia avec l'ordre d'attendre les événements et de ne prendre un parti ultérieur que dans le cas où une intervention étrangère ou une contre -révolution intérieure exigerait la marche de nos troupes; mais pourquoi donc M. le ministre des affaires étrangères n'a-t-il pas tenu ce langage quand M. le général de Lamoricière formulait, dans les termes mêmes que M. le ministre vient de rappeler, le but de l'expédition (Très-bien !); quand, dans le sein de la première commission, la majorité dont j'avais fait partie déclarait positivement aux ministres, comme le général de Lamoricière est venu le déclarer à cette tribune, que nous comprenions qu'on allât prendre une position à Civita-Vecchia pour peser sur la question Italienne? (Nouveau mouvement.) Si vous aviez cette pensée vous deviez l'exprimer, car j'ai donné mon vote, et bien d'autres ont voté, comme moi, dans la ferme croyance que vous compreniez l'expédition comme le général de Lamoricière et comme la commission. (Très-bien!) Et vraiment, il est bien tard de venir aujourd'hui nous dire que cela vous paraissait absurde et insensé, après que vous avez obtenu le vote de l'Assemblée. (Nouveau mouvement.)
« Un mot, maintenant, sur les travaux de la commission. A l'heure qu'il est, il y a des faits qui ne sont pas expliqués. Ainsi, par exemple, nous avions compris que le général Oudinot ne devait marcher sur Rome, ne devait quitter la position de Civita-Vecchia que s'il y avait une intervention étrangère ou une contre-révolution. Quand nous avons cherché, dans la correspondance du général Oudinot, pourquoi il avait marché sur Rome, nous avons éprouvé une émotion profonde en trouvant, dans sa dé-
pêche du 27 avril, les motifs que voici du départ des troupes de Civita-Vecchia :
<( Les hommes qui sont parvenus à s'emparer du goutt vernement de Rome paraissent décidés à ne pas résigner « leurs pouvoirs. Leur amour-propre comme leur intérêt « semblent s'unir pour les faire persister ; ils nous jettent a une sorte de défi, nous l'acceptons et nous marchons sur a Rome. » (Nouvelles et plus vives exclamations.)
a Est-ce que cette dépêche ne nous a pas révélé qu'il y avait eu quelques sommations, dans une forme ou dans une autre, faite au gouvernement de la république romaine d'abdiquer? (Mouvement.) Si cela n'était, pas, messieurs, la dépêche serait inintelligible. Une partie des membres de la commission s'est prise à douter si c'étaient les instructions ministérielles qui étaient sorties des termes dans lesquels l'Assemblée avait voulu donner son vote, ou si c'était le général qui avait excédé vos instructions.
« Dans un doute pareil, qu'avons-nous dû regarder? Le point de départ et le résultat : nous avons vu que l'Assemblée nationale avait voulu qu'en aucun cas les forces de la France, et la Constitution le voulait encore plus haut que le vote de l'Assemblée... (Très-bien! très-bien!), ne fussent tournées contre la liberté, qu'en aucun cas elles ne servissent à opprimer les vœux d'une nationalité.
« Et maintenant, voici comment nous sommes arrivés à celte solution de vous rendre, vous, ministres, responsables de l'infraction commise aux volontés de l'Assemblée. Nous avions bien remarqué que, dans les instructions données au général Oudinot, vous finissiez par cette phrase remarquable et qui semblait vous couvrir: « Ne vous « dirigez sur Rome qu'après vous être assuré que vous y «t aurez un accueil tellement bon qu'il sera évident qu'en « y allant vous cédez à l'appel de la population tout en- « tière. » Oui, mais avant celte phrase vous avez écrit : « Sans doute votre expédition sur Rome pourra faciliter
le dénoûment en donnant courage aux honnêtes gens. » (Exclamations ironiques à gauche)
LE CITOYEN JULES FAVRE. « C'est-à-dife Ics Cardinaux! »
LE CITOYEN RAPPORTEUR. « C'est-à.-dire que la présence de nos troupes, leur marche sur Rome, sous la pensée de vos instructions, devaient faire opérer la contre-révolution... (C'est cela même! très-bien!) la contre-révolution qui, pour être légitime, doit sortir du sein même et librement, sans pression étrangère, du sein même de la nation dans laquelle une révolution s'est opérée. (Nouvelle approbation.) Et puis, nous avons remarqué aussi que toutes vos dépêches, toutes vos instructions réitèrent à chaque ligne de ne pas reconnaître le gouvernement républicain! Il est vrai que vous ne l'aviez pas reconnu; mais il suffisait peut-être de le dire une fois; et vraiment, quand un homme accepte le commandement d'une expédition dans des circonstances aussi délicates ; quand à trois, à quatre, à cinq reprises, je crois, dans le cours des instructions, on lui recommande si fort de se bien garder de reconnaître ce gouvernement qui pèse sur les populations; quand on le lui signale d'un bout à l'autre des instructions comme un gouvernement sorti non pas de la volonté nationale, mais de je ne sais quelle volonté étrangère qui s'est imposée, nous avons compris que celui qui recevait de semblables instructions devait arriver facilement, quelle que fût la phrase qui les termine et qui lui dit de ne se mettre en marche que s'il est bien sûr d'être bien accueilli, nous avons compris que le général qui reçoit de semblables instructions doit aisément se laisser entraîner à la détermination qu'il a prise. (Approbation). Et vous concevez maintenant comment, nous aussi, nous avons couvert la responsabilité du général, en rapprochant son instruction de l'étrange dépêche du 30 avril (Mouvement), étrange, en effet, si on la met en regard du vote de l'Assemblée nationale, et dans laquelle on parle de ces
— no —
hommes qui tiennent le pouvoir et qui paraissent vouloir s'y cramponner.
« Non, le général qui commande l'expédition ne s'est pas éloigné des instructions qu'il a reçues ; ce sont les instructions qui se sont écartées de ce qui nous avait été affirmé, des déclarations sur la foi desquelles, nous, dans la commission, vous, Assemblée nationale, vous aviez volé l'expédition ; et nous avons dit : Il ne faut pas s'en prendre au commandant de l'expédition; il faut s'en prendre au ministère... (Très-bien! très-bien! sur plusieurs bancs.) Donc, les instructions ne sont pas conformes à !a véritable pensée des résolutions de l'Assemblée nationale. Voilà les explications que j'avais à vous donner.
« Maintenant, voyez ce que nous proposons : une formule qui vous ramène à ce que l'Assemblée nationale a voulu, et qui vous laisse cependant la liberté dont vous avez besoin pour ménager dans tous les cas ce que la dignité de nos armes, ce que l'honneur de la France exigera pour faire face aux éventualités qui sont encore inconnues. Non, nous ne vous demandons pas de retirer nos troupes de Rome si elles y sont entrées, pour les ramener à Civita-Vecchia.
« Mais quel que soit l'état des choses à l'heure qu'il est, nous vous demandons de vous souvenir que la constitution à laquelle nous obéissons, à laquelle vous devez obéir, ne nous permettait pas plus à vous de demander, qu'à nous de voter que nos troupes servissent à détruire un gouvernement constitué par la force seule de la nationalité qui se l'était donné. Nous vous demandons de vous en souvenir, et nous ne souffrirons pas que vous équivoquiez sur la question de savoir si vous défendriez la république romaine. Sans doute, vous aviez déclaré ici que vous ne la connaissiez pas, que vous ne la défendriez pas. Mais vous nous aviez dit que vous ne l'attaqueriez pas. » ( Très-bien ! Très-bien ! )
— Ùl —
LE CITOYEN JULES FAVKE, « Vûus l'avicz déclaré sur l'honneur. »
LE CITOYEN RAPPORTEUR. « Et dans le fait, aujourd'hu la république romaine est attaquée. L'Assemblée constituante romaine persiste, proclame, proteste, et les troupes françaises marchent contre Rome, contre l'Assemblée constituante! Eh bien, nous ne voulons pas que l'Assemblée constituante de Rome, que la république romaine soit attaquée contrairement à notre Constitution, contrairement à la pensée qui nous a dicté le vote du crédit, soit attaquée par les troupes françaises. (Approbations prolongées.)
« Voilà le sens de la formule que nous avons présentée à l'Assemblée, formule qui répond, selon nous, à la pensée des premiers votes, en même temps qu'elle répond à toutes les nécessités et à toutes les éventualités dans lesquelles vous pouvez vous trouver.
c( La république romaine, qui ne devait être ni défendue ni attaquée, est attaquée directement aujourd'hui. En conséquence, la commission a l'honneur de vous faire la proposition suivante :
« L'Assemblée nationale invite le gouvernement à « prendre sans délai les mesures nécessaires pour que « l'expédition d'Italie ne soit pas plus longtemps détour- « née du but qui lui était assigné. »
A gauche. « Très-bien 1 très-bien 1 — Aux voix! »
Après des observations du citoyen Drouin de Lhuys, et du citoyen Goudchaux qui donne lecture d'une dépêche du consul de Civita-Vecchia, conçue dans ces termes : (( Les nouvelles sont toutes à la résistance ; on travaille aux barricades; on assure que le pont Saint-Ange, le Vatican et divers autres édifices sont minés; les Français les plus exaltés de la colonie ont protesté contre l'occupation, ils ont offert de monter les premiers sur les barricades; les portes de Rome sont fermées, et il est défendu aux voyageurs de sortir de la ville. »
Lï rifoiaUon La résolutioiî est mise aux voix. Elle est adoptée par préparée 328 voix contre 241 .
par la commission
est adoptée. Parmi les noms des représentants qui ont voté pour l'adoption, nous remarquons ceux des citoyens :
Etienne Arago. — Bastiat. — Baune. — Billault. — Bixio. — Napoléon Bonaparte. — Pierre-Napoléon Bonaparte. — Carnot. — Ghauffour. — Considérant. — Corbon. — Crémieux. — David d'Angers. — Davy. — Degeorge. — Didier. — Dupont de Bussac. — Favre. — Fleury. — Flocon. — Garabon. — Glais-Bizoin. — Goudchaux. — Grévy. — Guichard. — Guinard. — Kestner.
— Lafayette Georges. — Lafayette Oscar. — Lamartine.
— Lamoricière. — F. de Lasteyrie. — Ledru-Rollin. — V. Lefranc. — P. Lefranc. — Marie. — Marrast. — Martin Bernard. — Mauguin. — D. Ollivier. — Edg. Quinet.
— Recurt. — Rolland. — Schœlcher. — Senard. — Trélat. — Vaulabelle. — Valdeck -Rousseau.
Parmi les représentants qui ont voté contre, nous remarquons les citoyens :
Baroche. — F. Barrot. — 0. Barrot. — Barthélémy- Saint- Hilaire. — Bedeau. — Berger. — Berryer. — Buffet. — De Corcelle. — Drouin de Lhuys. — DeFalloux. — E. Faucher. — Fortoul. — Fould. — Freslon. — V. Hugo.
— Laboulaye. — J. de Lasteyrie. — De Malleville. — Mathieu Bodet. — Mole. — Lucien Murât. — Pagnerre. — Poujoulat. — De Rémusat. — Sainte-Beuve. — Thiers.
— De Trévenenc. — Valette. — Wolowski.
1849. « Considérant que Rome et le peuple français ne sont pas
7 mai. gt j^g peuvent pas se trouver entre eux en état de guerre;
Les prisonmer* ' ' . , i • i >
français renvoyés quB Romc, cn vertu dc SOU droit et de son devoir, desans condition, fend sont inviolabilité, mais qu elle déplore toute attaque livrée aux deux Républiques comme un crime contre la religion commune; que le Peuple romain ne rend pas les soldats, qui combattirent par obéissance, responsables des actions d'un gouvernement trompé; le Triumvirat
décrète : Art. 1. Les Français, faits prisonniers dans la journée du 30 avril, sont libres, et ils seront envoyés au camp français. — Art. 2. Le peuple romain fera ses adieux fraternels, à midi, aux braves soldats de la République française, notre sœur.
« Les Triumvirs, Armellini, Mazzini, Safpi. »
LE CITOYEN GRÉvY. « Citoyens représentants, l'Assem- ■ *8*^j blée, dans sa séance d'avant-hier, a pris une décision par Asiembiée consiilaquelle elle exprime la pensée que l'expédition d'Italie a tuante de Frmce.— été détournée de son but; elle a invité le gouvernement à d-Arma*na Mmasi. prendre sans délai les mesures nécessaires pour l'y
ramener. c,rk\y.
« Le premier acte du gouvernement qui a suivi cette décision est une lettre publiée hier par le journal la Patrie, non reproduite par le Moniteur, mais ne portant la signature d'aucun ministre; cette lettre, adressée au général Oudinot, est ainsi conçue :
0 Mon cher général,
« La nouvelle télégraphique qui annonce la résistance « imprévue que vous avez rencontrée sous les murs de fl Rome m'a vivement peiné. J'espérais, vous le savez, « que les habitants de Rome, ouvrant les yeux à l'évict dence, recevraient avec empressement une armée qui « venait accomplir chez eux une mission bienveillante et fl désintéressée.
« 11 en a été autrement ; nos soldats ont été reçus en a ennemis : notre honneur militaire est engagé; je ne « souffrirai pas qu'il reçoive aucune atteinte. Les renforts « ne vous manqueront pas. Dites à vos soldats que j'ap- « précie leur bravoure, que je partage leurs peines, et « qu'ils pourront toujours compter sur mon appui et « sur ma reconnaissance.
« Recevez, mon cher général, l'assurance de ma haute « estime. — L.-N. Bonaparte. »
— MxU —
« Je prie l'Assemblée de remarquer que la dépêche télégraphique arrivée au gouvernement, et annonçant la résistance opposée à nos troupes sous les murs de Rome, est à la date du 3 mai, et que ce n'est que cinq jours après, le 8 mai, le lendemain du jour où l'Assemblée a rendu sa décision," qu'a été écrite la lettre dont je viens de donner -âcture.
« Je demande au gouvernement si cette lettre est une correspondance privée ou si c'est un acte officiel? Je lia demande quelle est sa valeur, quelles sont sa signification et sa portée? Je demande au gouvernement s'il entend exécuter la décision prise par l'Assemblée dans sa séance du 7 mai.
« Selon la réponse du gouvernement, j'aurai à proposer à l'Assemblée telles mesures que sa dignité et l'intérêt de la République me paraîtront commander. » (Trèsbien! très-bien!) o.iiK.1. Barroi. LE CITOYEN ODiLON BARROT. « L'honorablo M. Grévy a indiqué d'avance la réponse que j'ai à faire à ses interpellations; il a déterminé le caractère de la lettre sur laquelle il appelle des explications.
a Cette lettre est une lettre de sympathie, d'encouragement, de reconnaissance envers des soldats engagés dans une lutte soutenue pour la France, elle est écrite au général. Je n'y aperçois, quant à moi, rien qui engage la politique, qui établisse et qui ait même l'intention d'établir un conflit entre la résolution de l'Assemblée et l'exécution que doit donner le gouvernement à cette résolution. <c Le Conseil a eu à s'occuper des suites à donner à la résolution de l'Assemblée. Fallait-il, en face des événements qui s'accomplissaient, et qui s'étaient accomplis, fallait-il se retirer de Civita-Vecchia? Fallait-il abandonner même cette médiation offerte? Il n'y a pas eu une seule voix qui se soit élevée pour donner un tel caractère aux résolutions de l'Assemblée. Quant à nous, je le déclare hautement, nous ne nous y serions pas associés ;
— lis —
nous aurions abandonné plutôt le pouvoir que de le faire servir à un pareil acte. Il a été, au contraire, explicitement et catégoriquement déclaré qu'un tel conseil, une telle pensée n'étaient pas renfermés dans la résolution, qu'on laissait au gouvernement toute sa liberté d'action. Le Moniteur est là pour l'attester. La plus complète liberté d'action est laissée au gouvernement, seulement on lui rappelle le but, la tendance de l'expédition.
<»: L'esprit, le but, la tendance de l'expédition étaient d'empêcher une réaction violente à Rome : voilà pour l'humanité. C'était, en outre, d'empêcher la restauration d'un gouvernement devenu impossible avec ses abus : voilà pour la liberté ; voilà ce qui donne à cette entreprise un caractère digne de ce pays, ce qui imprime à cette entreprise ce caractère de libéralité éclairée qui la légitime. Je vous le dirai sans commentaire, je vous déclare que tant que j'aurai dans les mains une partie du pouvoir dans ce pays, les armes de la France n'auront pas servi à restaurer des abus impossibles. (Approbation à droite. — Légères rumeurs à gauche.)
« C'est dans ce sentiment, pour connaître avec précision, en dehors même des dépêches probablement retardées et que nous recevrons demain, mais par le témoignage d'agents désintéressés, la vérité des faits, et c'est, en outre, pour porter sur le théâtre même de l'expédition l'expression fidèle, exacte de la pensée de l'Assemblée et de celle du gouvernement, quant au but, quant au caractère que doit jusqu'au bout et à travers toutes les éventualités conserver l'expédition française; c'est pour cela que, par décision du cabinet, et c'est ici le gouvernement en conseil qui est intervenu, qu'un envoyé qui a toute notre confiance, que vous avez éprouvé dans des circonstances difficiles, qui a toujours servi la cause de la liberté et de l'humanité, M. de Lesseps, a été envoyé. Il est parti avec la recommandation expresse de se mettre immédiatement en communication avec le gouvernement, de le tenfr au cou-
rant, jour par jour, de tous les incidents qui peuvent survenir, et avec l'instruction formelle d'employer tout ce qu'il pouvait avoir d'influence à faire sortir de notre intervention les garanties sérieuses et réelles de liberté pour les Etats romains. » (Rumeurs à l'extrême gauche. — Adhésion à droite.)
LE CITOYEN PRÉSIDENT. « La parolc cst à M. Grevy. »
LE CITOYEN GREVY. « Puisquc M. Ic président du conseil nous annonce des dépêches prochaines, je propose à l'Assemblée de remettre à demain la suite de ce débat. » Lcdru-Roiiin. ^E CITOYEN LEDRu-ROLiN. « Citoycns , maintenant que ce débat est commencé, j'avoue que, pour mon compte, je n'en comprends l'ajournement à demain qu'après une préalable et énergique protestation. On vous dit que peutêtre des dépêches, dont la marche est aujourd'hui entravée, arriveront demain, et que, si elles arrivent, alors on pourra faire des communications et discuter. Arriverontelles d'abord demain? Et en supposant qu'elles arrivent demain, en quoi cela pourrait-il modifier l'exécution du vote que vous avez rendu hier? Vous avez déclaré qu'une politique serait suivie, politique contraire àcelle du ministère. Je le répète, en quoi les faits venus de l'extérieur pourront-ils changer l'ordre du jour que vous avez voté à une grande majorité, et dont Texéculion doit avoir lieu, à peine, il faut le reconnaître, de porter atteinte à votre dignité.
« Deux questions avaient été posées : 1° La lettre qui a été insérée était-elle connue du cabinet? Renferme-t-elle sa politique? 2*^ Le vole de l'Assemblée sera-t-il exécuté par le cabinet, et déjà le cabinet a-t-il donné les ordres nécessaires?
« Le ministère répond en ce qui concerne la lettre. C'est là quelque chose departiculier , de privé : le cabinet ne la connaissait pas; il n'y a pas donné son attache. En conséquence, cette lettre ne renferme pas sa politique. Qu'importe, si elle exprime la politique du président, qui
est responsable au même titre que les ministres? (Mouvement.)
« Et d'abord , qu'il me soit permis de m'étonner qu'on appelle une pareille dépêche quelque chose de privé et de confidentiel. Non, cette lettre n'est point confidentielle; ses termes le prouvent, puisque le signataire dit au général : « Vous direz à vos soldats que j'apprécie leur bravoure, que des renforts leur seront envoyés. » Or, comment un général communique-t-il avec ses soldats? Par un ordre du jour à l'armée. Voici donc que le général en chef mettra à l'ordre du jour la lettre du président de la République, et vous dites que c'est là un acte indifférent, qui n'a pas le caractère officiel des actes contre-signes par le cabinet! Mais vous raisonnez ainsi dans une hypothèse qui est celle du passé, de la monarchie, et qu'on ne saurait admettre sous la République. Je comprenais parfaitement cela sous la royauté, quand il y avait un roi irresponsable et inviolable, quand le cabinet seul était responsable; mais, quand il y a un premier magistrat rosponsable comme vous, qu'on peut poursuivre comme vous, dire qu'un pareil document, en semblables circonstance, n'est pas de la plus haute gravité, quand ce document est envoyé pour être placé à l'ordre du jour de l'armée, c'est dire une chose qui n'est pas raisonnable et que nous ne pouvons accepter. (Vive approbation à gauche.)
« Oui, la lettre est officielle, car la lettre engage la politique malgré vous ; vous avez pu ne pas la connaître, vous pouvez avoir la générosité de la couvrir, la question n'est pas là. Ilest certain, encore un coup, que cette lettre est un document public qui parviendra à nos soldats, qui aura influence sur leur esprit et qui engage, quoi que vous fassiez, le Gouvernement. (Longue approbation à gauche.)
« Maintenant que nous avons constaté l'importance, la publicité de ce document, examinons sa portée politique.
Que lit-on, dans cette lettre du président? En voici l'esprit : « Vous aurez des renforts; persévérez dans votre « conduite, je l'approuve. » Ici je passe par-dessus la tète du cabinet; je m'adresse au premier magistrat de la République, et je lui dis : « Comment! vous écrivez cette « lettre cinq jours après la dépêche télégraphique 1 Quoi ! «c pour féliciter le général, vous attendez cinq éternels « jours, et c'est le lendemain même du vole de l'Assem- « blée, que, venant démentir, effacer ce vole, vous décla- « rez que vous enverrez des renforts ! » (Très-bien ! trèsbien !)
fl Vous voyez que je vais droit au fait. Je fais le moins possible de phrases, je rappelle des faits et je conclus.
« Citoyens, agir ainsi, c'est déchirer votre décision, trahir la République. (Vive approbation à l'extrême gauche et sur divers bancs.)
« Citoyens, je n'abuserai pas de la tribune, les circonstances sont trop graves; je ne veux plus dire que quelques mots, et ceci non plus en réponse au président de la République, mais en réponse au cabinet.
« On vous a dit : « Nous voulons exécuter sincèrement 0 la résolution de l'Assemblée ; nous nous inclinons de- « vant elle, nous avons pour elle un grand respect. »
« On sait ce que valent ces banales protestations, mais on ajoute : « Rentrer à Civita-Veccliia 1 Nous ne nous y « sommes pas engagés ; nous aurions déclaré que nous « n'obéirions pas. Ce que nous avons compris, c'est que « l'échec de l'armée française serait réparé, »
« Président et ministres, sachez-le bien, l'échec des armes françaises, en cette circonstance, n'est pas honteux pour elles, (Non 1 non! — Rumeurs diverses.)
« Non, non, quelques soldats ont beau se récrier ici^ l'échec des armes françaises ne sera pas honteux pour elles... (Non ! non! — Nouvelles rumeurs.)
LE CITOYEN LEBRETON (eure-et-loir). « Ils ne sc récrient pas, ils disent comme vous. » (Bruit,)
LE CITOYEN LEDRU-ROLLiN. « Ce qui est Une lionte dans l'histoire d'un peuple libre, c'est une bataille livrée pour étouffer la liberté et anéantir une république (Applaudissements à gauche). Ce qui est une honte, c'est que, quand un peuple allié, frère, vous appelle à lui, on cherche à exciter des dissensions dans son sein, le patriotisme des honnêtes gens, comme on les appelle, pour extirper le principe du suffrage universel. Voilà ce qui est une honte ineffaçable ! (Approbation à gauche.)
« Non, citoyens, ce n'est point un gouvernement de minorité que celui qui est parvenu à galvaniser ainsi tout un peuple ; non, ce n'est pas un gouvernement de minorité que celui qui a rendu des décrets déclarant que chacun des représentants présiderait à une barricade, et qui n'a pas été démenti par le peuple; non, ce n'est pas un gouvernement de minorité que celui qui a dit : Honneur à la nation française, si elle est libératrice ; mais, si elle vient pour nous opprimer, honte à son gouvernement I que ses soldats soient mis hors la loi ! Répondez, oi^i avezvous recueilli une seule parole, malgré vos provocations à la discorde, oi!i avez-vous entendu une seule voix qui ait protesté contre les décrets de l'Assemblée constituante romaine? Non, ce n'est pas là un peuple d'aventuriers, c'est un noble peuple mûr pour la liberté, qui a conquis le gouvernement qu'il voulait conquérir, le gouvernement de la république qui donne, avec la liberté, l'indomptable courage de la défendre. (Très-bien !)
« Citoyens, concluons. La lettre du président de la République est de la plus haute gravité. Oui, elle infirme votre décision ; oui, la politique qui y est contenue est contraire à celle de votre dernier ordre du jour. Cela reste grave, quoi que fasse et dise le ministère.
« Quant à la conduite du ministère, elle se borne à ces explications : « Nous avons envoyé un agent, et nous « voulons une liberté sage; nous voulons rétablir des « institutions libérales. »
« Misérable équivoque ! Ce qu'il faut dire, c'est que, si la République est le vœu de la nation, vous la respecterez. Voilà ce qu'il faut dire. (Très-bien !)
« Maintenant que j'ai protesté au nom de l'honneur national, au nom de l'humanité, au nom de la solidarité des peuples, attendez à demain, si vous voulez, pour prendre une résolution; mais ce qu'il fallait surtout, c'était s'élever contre cette lettre, qui, jetée à l'heure qu'il est, dans la situation de la France et de l'Italie, est un engagement contraire à votre volonté ; ce qu'il fallait, c'était une protestation vigoureuse, pour faire comprendre au pays que le premier magistrat qu'il a mis à sa tête ne conserve ni son honneur, ni celui de la République. (Vive approbation et applaudissements prolongés sur un grand nombre de bancs de la gauche.)
a LE CITOYEN PRÉSIDENT. La parolc cst à M. le président du conseil, odiion Barrot. lj; CITOYEN PRESIDENT DU CONSEIL. « Il eût été Vraiment dommage et sans doute préjudiciable aux véritables intérêts de notre pays que ce débat conservât jusqu'au bout la gravité qu'il avait conservée jusqu'au moment oii l'orateur auquel je succède est monté à cette tribune. Je ne répondrai qu'un mot à ceux qui se prétendent les amis exclusifs des principes républicains, c'est qu'ils devraient bien commencer par en professer les premières notions, en pratiquer les règles les plus vulgaires. (Exclamations à gauche.)
« Votre droit, et je ne le conteste pas, c'est de commenter les actes du pouvoir, ceux mêmes du président de la République, d'en faire ressortir telles ou telles intentions, de les accuser, de les incriminer, d'en faire la base de telle ou telle proposition ; vous pouvez accuser, vous ne pouvez pas outrager. (Vive approbation à droite.)
'( L'accusation peut être l'accomplifiseraent pénible, rigoureux d'un devoir civique ; l'outrage, savez-vous ce
que c'est? Ce n'est que de la haine et de la conspiration. (Nouvelle et plus vive approbation à droite.)
« Vous nous attribuez le mérite de vouloir couvrir, par générosité, la lettre que vous avez incriminée. Je repousse de toute la force de ma conscience le prétendu mérite que vous nous attribuez. Dieu merci ! nous n'en sommes pas arrivés à être condamnés à excuser les paroles sympathiques et vraies que le président de la République a exprimées pour des soldats qui ont combattu pour notre drapeau. (Applaudissements prolongés à droite.)
« Mais vous vouliez faire sortir de ces paroles de sympathie et d'encouragement une sorte de manifeste politique engageant la politique du cabinet, l'engageant dans des voies contraires à celles qui avaient été indiquées par l'Assemblée. Eh bien, c'est sur ce point, et ce point seulement, entendez-vous bien? que nous avons déclaré, non à titre d'excuse, non à litre de justification, à titre de vérité, que la lettre n'était pas un manifeste politique ; que la lettre n'engageait pas la politique du cabinet; que la lettre était le sentiment sympathique sortant du cœur d'un homme qui, comme président de la République française, avait le droit et le devoir de faire entendre ces paroles au moment où une partie de notre armée est engagée dans une cause qui est celle de la France. »
A droite. «Très-bien! très-bien! » (Marques prolongées d'approbation.)
LE CITOYEN CLÉMENT THOMAS, après avoir lu une partie ciémrm tlod d'un article de la Patrie, commentant la lettre présidentielle, aux insultes duquel « on ne doit répondre que par le mépris, » ajoute : « Je demande ce qu'il faut penser d'un pouvoir qui ne craint pas d'accepter, de soudoyer même de pareils défenseurs.
« Messieurs, cette question est délicate. Je sais quelle est la tolérance que l'on doit à un homme étranger peutêtre à nos mœurs. (Rires à droite.)
LE CITOYEN BARAGUEY d'hilliers. « Il n'est pas étranger à l'honneur de l'armée. »
LE CITOYEN CLÉMENT THOMAS. « Étranger surtout aux exigences de la liberté dans un pays comme le nôtre; mais enfin il y a ici évidemment une de ces usurpations d'autorité qui affichent les allures impériales. (Exclamations à droite. A gauche. Oui! oui!) qui ne peuvent pas être tolérées par vous.
« Eh bien ! pour qu'un pareil fait ne se renouvelle pas, il est essentiel que l'Assemblée fasse connaître directement au Président de la République ce qu'elle en pense ; et, pour mon compte, je demanderai qu'il soit nommé une commission pour rédiger une adresse au président de la République, dans laquelle l'Assemblée émettra son opinion sur la lettre objet d'une discussion. » (Mouvements divers. — Agitation.)
Sur la proposition du citoyen Jules Favre, l'Assemblée remet la continuation du débat au jour oh les dépêches d'Italie auront été remises au président.
i84!i. «c l\Ionsieur le Président,
10 mai. . « 1 1 >
réponse ii'OuJinoi « Je Teçois cu ce moment même la lettre que vous m avez
an présMeui. fgjt l'honueur de m'écrire, et je m'empresse d'en donner
connaissance à l'armée, qui y trouvera une précieuse et
juste récompense de sa fidélité, de sa discipline, de son
courage.
« L'armée française est aux portes de Rome. Si vaste que soit la circonférence de cette ville, elle est néanmoins entièrement investie. Bientôt nos canons de siège seront en batterie. Maîtres du haut et du bas Tibre, à cheval sur la route de Florence, nous avons intercepté toutes comniunications, et nous avons pleine liberté d'action. Dès aujourd'hui, la soumission absolue du parti qui domine à Rome serait infailliblement assurée, si le Moniteur du 8 mai n'apportait de quoi ranimer de funestes espérances. Mais, quoi qu'il puisse advenir, la France sera
bientôt l'arbitre des destins de T Italie centrale. Bientôt votre gouvernement recueillera le fruit de la politique énergique et généreuse qu'il veut suivre et que vous conseillez. — Oudinot de Reggio. »
Départ de M. de Lesseps, porteur des instructions sui- insimciions vantes, à lui remises écrites de la main de M. Drouin de ® * " """'''" Lhuys, ministre des affaires étrangères :
« Monsieur, les faits qui ont marqué le début de l'expédition française dirigée sur Civita-Vecchia , étant de nature à compliquer une question qui se présentait d'abord sous un aspect plus simple, le gouvernement de la République a pensé qu'à côté du chef militaire, chargé de la direction des forces envoyées en Itahe, il convenait de placer un agent diplomatique qui, se consacrant exclusivement aux négociations et aux rapports à établir avec les autorités et les populations romaines, pût y porter toute l'attention, tout le soin nécessaires dans d'aussi graves matières. Votre zèle éprouvé, votre expérience, la fermeté et l'esprit de conciliation dont vous avez eu à faire preuve en plus d'une occasion dans le cours de votre carrière, vous ont désigné, pour cette mission déhcate, au choix du gouvernement. Je vous ai expliqué l'état de la question dans laquelle vous allez avoir à intervenir. Le but que nous nous proposons, c'est tout à la fois de soustraire les États de l'Église à l'anarchie qui les désole, et d'empêcher que le rétablissement d'un pouvoir régulier n'y soit attristé et même compromis dans l'avenir par une aveugle réaction. Tout ce qui, en prévenant le développement de l'intervention exercée par d'autres puissances, animées de sentiments moins modérés, laissera plus de place à notre influence particulière et directe, aura pour effet naturel de rendre plus facile à atteindre le but que je viens de vous indiquer. Vous devrez donc mettre tous vos soins à amener le plus promptement possible un tel résultat , mais dans les
efforts que vous ferez à cet effet, vous aurez à fuir deux écueils que je dois vous signaler. Il faut vous abstenir de tout ce qui pourrait donner lieu aux hommes investis du pouvoir, à Rome, de croire que nous les considérons comme un gouvernement régulier, ce qui leur prêterait une force morale qu'ils n'ont pas... »
1819. Au moment même oh. M. de Lesseps quittait Paris, la
Dépêche dû minis- dépèche télégraphique suivante était expédiée par le mitèie à Oudinut, nistère au général Oudinot :
« Faites dire aux Romains que nous ne voulons pas nous joindre aux Napolitains contre eux. Poursuivez des négociations dans le sens de vos déclarations. On vous envoie des renforts ; attendez-les. Tâchez d'entrer à Rome d'accord avec les habitants, ou, si vous êtes contraint d'attaquer, que ce soit avec le plus de chances de succès possibles. »
Asii'mbiéc consti- Sur l'insistancc répétée des représentants J. Favre et tiiHni^.ieirancc.— j^g^j.^j^Qjj-j^ Ic ministrc dcs affciires étrangères donne
d-Aniiand Marrast. ICCtUre de dépêchCS.
- « Corps expéditionnaire de la Méditerranée. — Au
L.ct.ire de dépèches quartier général de Palo, le h mai 18/i9.
« Monsieur le ministre, ainsi que j'ai eu l'honneur de VOUS l'annoncer, je me suis mis en route pour Rome le 28 avril dernier. Deux puissants motifs m^avaient engagé à prendre cette détermination : 1" Civita-Vecchia est un point sans action sur les États romains. L'accueil amical qui avait été fait à nos troupes resterait en quelque sorte comprimé dans les murs de la ville ; et, en y prolongeant notre séjour, je m'exposais à voir la question romaine vidée sans que la France obtînt dans cette grande question la part qui lui revient; 2° d'après les renseignements recueillis aux sources les plus sûres, j'avais l'espoir d'entrer dans Rome sans employer la force.
« Les choses se sont passées tout autrement^ monsieur
le ministre; nos troupes, arrivées le 30 devant les murs de Rome, ont été reçues par la mitraille ; et j'ai dû, après avoir fait une forte reconnaissance sur la ville, en l'absence d'un matériel nécessaire pour faire un siège en règle, ne pas exposer inutilement nos braves soldats contre des adversaires retranchés derrière d'épaisses murailles.
€ Je viens d'établir mon quartier général à Palo. Les avant-postes sont plus rapprochés de Rome. La troisième brigade débarque en ce moment à Civita-Vecchia ; nous allons reprendre l'offensive, et, sous très-peu de jours, soyez-en certain, les anarchistes qui répandent la terreur dans Rome seront énergiquement châtiés. (Rumeurs à gauche.)
« On ne peut reprocher à nos soldats qu'un excès de bravoure. Toutefois j'ai la ferme résolution de ne pas compromettre leur ardeur dans une guerre de barricades. N'ayez donc aucune inquiétude sur le résultat définitif. »
« Le général commandant, etc., Oudinot de Reggio. »
Dans la deuxième dépêche on remarque ce passage :
or Ce n'était point un siège que nous voulions faire, mais une forte reconnaissance.
« Elle a été exécutée on ne peut plus glorieusement. »
« Soldats de la République française, pour la seconde **'!'• fois, vous êtes poussés, en ennemis, sous les murs de Adresse des THum- Rome, de la ville républicaine qui fut jadis le berceau »'« aux souiau de la liberté et de la grandeur militaire. fran«»i».
<t C'est un fratricide qu'on vous impose.
« Et ce fratricide, si jamais il pouvait se consommer, porterait un coup mortel à la liberté de la France. Les peuples sont solidaires. La République tuée chez nous serait une tache éternelle sur votre drapeau, un allié de moins pour la France en Europe, un jalon de plus ajouté sur la route de la restauration monarchique, vers laquelle
un Gouvernement trompeur ou trompé pousse votre belle et grande patrie.
« Rome combattra donc comme elle a combattu. Elle sait qu'elle combat pour sa liberté et pour la vôtre.
a Soldats de la République Française ! tandis que vous marchez ■ contre notre drapeau tricolore, les Russes, les hommes de 1815, marchent sur la Hongrie et rêvent la France.
« A quelques milles de vous, un corps napolitain, que nous venons d'entamer, lient levé un drapeau de despotisme et d'intolérance.' A quelques lieues de vous, sur votre gauche, une ville républicaine, Livourne, résiste en ce moment à l'invasion autrichienne. Là est votre place.
« Dites à vos chefs qu'ils vous tiennent parole : Rappelez-leur qu'à Marseille et à Toulon ils vous ont promis le combat contre les Croates. Rappelez-leur que le soldat français tient au bout de sa baïonnette l'honneur et la liberté de la France.
a Soldats français î soldats de la liberté ! ne marchez pas contre vos frères. Nos batailles sont les vôtres. Que les deux drapeaux tricolores s'allient et marchent ensemble à l'affranchissement des peuples, et à la destruction des tyrans ! Dieu, la France et l'Italie béniront vos armes.
« Vive la République Française !
« Vive la République romaine l « Les Triumvirs, Armellini; Mazzini, Saffi. »
i8io « Considérant que dans les suprêmes nécessités pu-
11 mai bliques, la patrie n'exige pas le sacrifice forcé du petit
Triuimirat poor nombrc, mais de tous également, le Triumvirat décrète :
indeciuités y^pf \^ Tous ceux dont les propriétés auront été détruites
pour cïpropriaiion ^^ endommagées par ordre du Gouvernement ou par les
milices durant le siège seront indemnisés par le trésor
public. — Art. 2. Une commission est instituée, chargée
de liquider les dommages sur les preuves qui seror.t
présentées par les recouvrants dans le terme péremptoire de cinq jours....
« Les Triumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »
« LE CITOYEN LEDRu-ROLLiN. Gitoyens , depuis hier la isio. question italienne a pris des proporlions nouvelles. Assemblé.
10 mai
consti-
« Un document que je promets à votre étonnement, je tuame de France. —
Picsiilence d'Armand Marrnst.
pourrais presque dire à votre indignation, vous prouvera P>csidence
quel lien étroit existe entre la conduite tenue à Rome et la conduite tenue depuis quelques jours en France. Vous y Ledm-noUin verrez un plan arrêté, un système tout entier de contre révolution. C'est la République qu'on médite d'étouffer au dehors comme au dedans. (Vive approbation à gauche.)
ft Je rappelle rapidement les faits... Ce qu'il y a de sûr, c'est que c'était malgré notre volonté que le général en chef avait légèrement, témérairement poussé son armée jusque sous les murs de Rome.
« Dirai-je le sort réservé, là, à nos malheureux soldats? On prétend qu'on n'a pas reçu de nouvelles; je crois être bien informé en disant qu'hier il en est arrivé au ministère. Mais enfin, si je me trompais, je pourrais prouver, hélas! que les pertes ont été plus considérables qu'on ne l'avait d'abord cru. Ainsi j'ai là une lettre d'un officier de l'armée qui écrit du camp même du général Oudinot, à la date du h mai, et qui, dans un seul régiment, le 20% annonce qu'il y a eu trois officiers de tués, cinq de blessés, trois capitaines, un lieutenant et un sous-lieutenant, onze officiers prisonniers, dont un chef de bataillon et trois capitaines ; vingt-sept soldats tués, cent sept blessés, deux cent soixante-dix-huit prisonniers, (Sensation prolongée.) Je le répète, ces pertes ont été soufferte par un seul régiment, le 20^; jugez des autres. (Nouvelle sensation,)
« Cette lettre m'est confirmée par la lettre d'un autre officier, d'un capitaine du même régiment : la voici (l'orateur tient cette lettre à la main) ; elle atteste les
mêmes faits, et toutes deux ajoutent ce que je disais hier : que les soldats, pour être poussés sur Rome, avaient été trompés. Ces deux officiers, dont je ne veux pas dire les noms, on comprend pourquoi, et cependant ils ont le courage de m'y autoriser, ces deux officiers déclarent qu'on leur avait dit que les Napolitains étaient entrés dans Rome, qu'ils y opprimaient la république, et que nos soldats allaient pour la défendre... (Bruyantes exclamations. — C'est une trahison ! — Agitation prolongée.)
« Je ne lirai qu'une seule phrase pour démontrer dans quelle perplexité on a placé notre armée . « Républicains, « on nous a fait combattre contre des républicains, braves « contre braves, car, il faut le reconnaître, les Italiens se « sont noblement conduits. Voilà le rôle qu'on nous a fait « jouer. Que faire? Abandonner le drapeau français! Non... « cela n'est pas possible ; se faire tuer, c'est ce que la plupart d'entre nous ont fait. » (Vifs applaudissements.)
« Eh bien, citoyens, quand vous avez entrevu, en partie, cette désolante situation, qa'avcz-vous résolu? Vous avez dit : L'expédition sera ramenée à son but primitif : on ne pourra pas l'en détourner plus longtemps.
« Alors qu'est-il advenu? Le ministère a dit : « Déjà « votre résolution, nous l'avons exécutée; nous avons « envoyé des dépêches et un agent, le citoyen de 8 Lesseps. »
« Eh bien , j'ose le dire, pour décider de votre sincérité, il nous faut la communication des dépêches; c'est notre droit. (Oui! oui!) Vous êtes désormais, vis-à-vis de nous , car vous nous avez trompés sur les faits , vous êtes placés à l'état de suspicion. Les dépêches, il nous les faut; autrement nous ne pouvons pas juger. (C'est cela! — Très-bien!)
a Vous avez envoyé un agent : mais que s'est-il passé dans cet intervalle? Vous le savez, une lettre a été jetée dans la circulation, lettre dans laquelle le président de la République a osé dire : « Je partage vos peines, j'approuve
« votre bravoure; des renforts, vous en aurez! » Voyezvous celle lettre arrivant à l'armée avant que votre décision soit connue, et encourageant les soldats au sac de Rome !
« Ou les lois de la logique sont changées, ou il faut conclure que l'on a déversé sur votre résolution le plus profond mépris. Si vous ne savez pas vous donner satisfaction, non, vous n'existez plus : le président de la République est tout. (Très-bien! très-bien! — Agitation prolongée. — Nous verrons cela!)
« Ministre?, si vous avez ignoré cette lettre outrageante pour la majesté de l'Assemblée, donnez votre démission, autrement, vous êtes des complices. (A gauche. Trèsbien !)
a Et tout cela, citoyens, n'était encore que la moitié de la vérité. Le complot contre la République, la conspiration des royalistes contre les patriotes se relève d'une façon bien plus éclatante dans un acte que je ne veux pas qualifier, car une accusation seule, prompte, énergique doit en faire raison. C'est là que vous lirez, à n'en plus douter, le défi jeté à cette Assemblée.
« Ce document, le voici : — Ordre de la brigade. —
« Le général en chef m'écrit ) Ceci est signé par un
des généraux de brigade de Paris ; tous ont reçu une pareille dépêche.) « Mon cher général, vous avez remarqué « dans les journaux la lettre suivante, adressée par le pré- « sident de la République au chef des troupes qui ont « combattu courageusement sous les murs de Rome. » — Suit la lettre du président. — « Le général en chef ajoute : « Faites que cette lettre soit connue de tous les rangs de « la hiérarchie militaire ; elle doit fortifier l'attachement « de l'armée au chef de l'État. (Exclamations prolongées à gauche.) « Et elle contraste heureusement avec le lance gage de ces hommes qui, à des soldats français placés « sous le feu de l'ennemi, voudraient envoyer, pour tout « encouragement, un désaveu. » (Mouvement)
« Citoyens, d'autres pourraient faire ici des phrases oratoires, le texte serait beau ; moi, je vous demanderai simplement ceci : Étes-vous des hommes ? La main sur le cœur, avez-vous le sentiment de votre dignité ; si vous l'avez, répondez à cet insolent défi par un acte d'accusation, ou, comme hommes et comme représentants, disparaissez, car vous avez l'opprobre au front! (Applaudissements à gauche.)
« Quoi 1 voilà l'Assemblée nationale à qui on reproche, dans sa majorité, de jeter un désaveu à nos soldats sous le feu de l'ennemi ! Comment! on vous montre comme les ennemis de l'armée ! on vous désigne à ses baïonnettes, au profit de qui? au profit d'un prétendu chef d'État, c'est-à-dire d'un simulacre impérial ou royal.
« Et que dit-on pour accompagner ce document? Les journaux royalistes disent : Les hommes de l'opposition sont les ennemis de l'armée. *
« Les misérables! à l'époque oti ils se cachaient, quel était donc l'homme qui, en présence de deux cent mille citoyens, a demandé que l'armée rentrât dans Paris, si ce n'est moi? Quel est l'homme qui au Champ de Mars a eu les mains baignées par les larmes des vieux soldats et des jeunes officiers de l'état-major, parce qu'il demandait, au mépris de sa popularité, la rentrée de l'armée dans Paris, si ce n'est moi, ? (C'est vrai ! — Très-bien!)
« Je ne le dis pas pour m'en glorifier, je le dis parce qu'on m'accuse. Oui, je voulais que l'armée passât dans Paris successivement. J'avais le sentiment qu'en s'immergeant dans la population de Paris, elle deviendrait promplement, non par ordre, mais par conviction, profondément républicaine. Un avenir prochain m'a donné raison ; demandez -le plutôt à l'armée ! (Très-bien ! très-bien !)
« Citoyens, j'ai dit que la question italienne avait pris de grandes proportions. Me suis-je trompé ?
« Une lettre du président de la République, contraire à votre volonté et venant la démentir officiellement; une
lettre du général en chef venant exciter l'armée contre vos décisions ! Quoi ! cet empiétement, ce conflit de pouvoir, ce n'est pas là de la contre-révolution ! ce n'est pas essayer d'étouffer la République! Voyez donc! Au dehors, que faisons-nous? Nous nous allions avec les rois, avec les aristocraties contre les peuples ; ah! je le sais bien, sous un vain prétexte de religion. La religion! elle est avec le peuple qui se bat, et qui, pour défendre sa liberté, expose le saint sacrement sur les barricades; c'est là qu'est la vrai religion! Le reste n'est que de l'hypocrisie. (Bravos à gauche.) Oui, au dehors, le gouvernement sert la contre-révolution; car, pendant qu'il va opprimer l'indépendance de l'Italie, les troupes lombardes, devenues libres, se retirent et vont se ranger autour de Vienne pour combattre la liberté qui s'avance avec les Hongrois ; il oublie de demander compte au gouvernement russe de sa menaçante intervention en Transylvanie.
« Dans une situation aussi solennelle, je n'ai plus qu'un mot à dire : ou les ministres sont solidaires de la lettre du président, de la conduite du général Oudinot, et, dans ce cas, président et ministres doivent être mis en accusation, pour violation de la constitution. C'est à quoi je conclus.
« Voilà pour les faits passés, mais pour l'avenir la question italienne est là pendante , laisserons-nous expirer la république romaine? Êtes-vous bien convaincus, vous qui avez voulu si longtemps fermer les yeux, êtesvous bien convaincus que cette république romaine est vivace? êtes-vous bien convaincus que ce n'est pas un ramas d'étrangers? êtes-vous bien convaincus que ceuxlà qui ont fait reculer 7,000 Français doivent être la population tout entière? êies-vous bien convaincus que ces femmes et ces enfants qui aiguisent leurs couteaux, que toutes ces classes qui combattent comme un seul homme, sont un peuple libre comme vous? Si vous en êtes convaincus, il vous reste un devoir à remplir, c'est de faire
à l'Assemblée constituante romaine une adresse où vous lui direz : « Nous reconnaissons la république, nous vou- « Ions la paix; la guerre a été faite malgré nous : désor- « mais soyons frères et cicatrisons nos blessures com- « raunes! » (Vive approbation à gauche.)
Odilon Barrol. lE CITOYEN ODILON BARROT, président du COnSCil. « Ci-
toyens, le moment est trop grave, et les actes comme les paroles emportent une trop grande responsabilé pour que je ne comprime pas même les sentiments légitimes que j'éprouve en ce moment. Lorsqu'on vient nous proposer, à la suite de ce qui s'est passé, du conflit malheureux qui s'est engagé sous les murs de Rome, d'y répondre en reconnaissant le gouvernement romain, je ne débats pas une telle conclusion; il suffit de la présenter à une Assemblée comme celle-ci, pour qu'il en soit fait, à l'instant même, justice. (Vive approbation à droite. — Rumeurs à gauche.)
« Que la question soit posée nettement... [Voix à gauche. Elle l'est 1) Ce n'est sans doute pas dans un simple discours, ce n'est pas dans une simple parole jetée; j'espère qu'une proposition directe, formelle sera soumise à l'Assemblée, et que l'Assemblée aura à la résoudre par un vote solennel.
« Et, en effet, il est bien facile, lorsque les partis extrêmes ont été tant et tant de fois repoussés, de profiter d'un échec qu'on aggrave de toutes les manières, et qu'on aggrave avec une telle insistance, qu'en vérité on révèle peut-être le sentiment qu'il y a au fond de tout ce débat. Oui, c'était en quelque sorte une bonne fortune politique... {Plusieurs membres. A l'ordre! à l'ordre! Violente interruption qui dure plusieurs minutes.)
« Quant au fond même de la question^ l'Assemblée n'attend pas de moi que j'entre dans de très-grands développements, et parce que aucun nouveau document n'est parvenu au Gouvernement qui puisse devenir le sujet ou la base de ces développements, et parce que je
n'aurais qu'à répéter ce que j'ai dit sur le caractère à maintenir à notre expédition.
« Je répète ce que j'ai déjà plusieurs fois dit, et ce qui servira de règle aux efforts que nous avons encore à faire pour accomplir la mission que nous avons entreprise en Italie.
« Nous allons en Italie non pour y constituer un gouvernement ou renverser un gouvernement, nous allons en Italie pour, en face des événements qui se préparent à Rome, être présents et exercer une médiation tout à la fois d'iîumanité et de liberté. » (Très-bien! très-bien! — Rumeurs à gauche.)
LE CITOYEN FLOCON. « Ce n'cstpas ce que vous y faites. »
LE CITOYEN PRÉSIDENT DU CONSEIL. « Je ne revicus pas sur un débat qui a été terminé par un vote de cette Assemblée. Je n'y reviens pas, parce que ma situation serait trop difficile. Je rencontre ce que je respecte le plus au monde, le vote d'une majorité de cette Assemblée, qui a déclaré implicitement, explicitement même, qu'il fallait faire rentrer notre politique dans les conditions qui avaient été assignées à l'expédition en Italie ; d'où naît cette induction que cette politique en aurait dévié, sans expliquer par quels actes et dans quelle mesure. J'ai vu, dans cette décision de l'Assemblée, un avertissement, un rappel. Remettre en question ce qui a amené cet acte de l'Assemblée, ce serait en quelque sorte m'insurger contre celte décision de l'Assemblée. Je ne le veux pas. (Trèsbien I très-bien!)
« Quant à moi, et que l'on me permette ce sentiment de ma conscience et, si l'on veut, de mon orgueil, je sais bien, et je sais bien profondément que ce que j'ai voulu est ce que l'Assemblée a voulu ; ce que je veux encore est ce que l'Assemblée veut. (Très-bien! très-bien!) Ce n'est pas de reconnaître ce gouvernement qui nous a accueillis, quand nous nous présentions en amis, à coups de canons. [Plusieurs membres à gauche. Allons donc! Une voix.
« Gomme nous devrions recevoir les étrangers, s'ils venaient cliez nous.)
« Au reste, la question est posée ; elle sera résolue par un vote.
« On ne peut pas fuir cette question, et je demanderai moi-même expressément qu'elle soit posée. Car, enfin, si nous devions reconnaître ce gouvernement ; si nous devions établir avec lui une solidarité; si nous devions nous associer à sa vie, à sa fortune, à son avenir , cela vaut bien la peine que l'Assemblée le dise par un vote solennel. (C'est cela!) Il n'y aura, du moins, plus d'équivoque pour personne. (Approbation sur plusieurs bancs.) Que ceux qui veulent nous entraîner en dehors de ces voies de modération et de bon sens aient le courage de traduire leur opinion à cette tribune, comme l'a fait M. Ledru-RoUin, et de provoquer un vote formel de cette Assemblée. »
M. le ministre de la justice reçoit les félicitations de beaucoup de représentants.
Après des discours des représentants J. Favre, Le Flô, Dupont de Bussac, l'Assemblée vote l'ordre du jour par 329 voix contre 292.
Le président donne ensuite lecture de la proposition de mise en accusation du président de la République, signée des représentants Ledru-RoUin, Considérant, Etienne Arago, Chauffeur, Kestner, Gambon, D. OUivier, Martin- Bernard, David d'Angers, Flocon, Lamennais, Schelcher, C. Forel, etc., et conçue dans ces termes: « L'Assemblée nationale, vu l'article 5 de la Constitution, ainsi conçu : « La République française respecte les nationalités étran- « gères, comme elle entend faire respecter la sienne, « n'entreprend aucune guerre dans des vues de conquête, « et n'emploie jamais ses forces contre la liberté d'aucun « peuple. » Considérant que le pouvoir exécutif, ayant obtenu de l'Assemblée nationale l'autorisation d'envoyer une expédition en Italie pour y protéger la liberté, a di-
rigé cette expédition contre une république issue du suffrage universel, et a employé les forces de la France contre la liberté du peuple romain; considérant que cet acte odieux constitue au premier chef une violation flagrante de la lettre et de l'esprit de la Constitution, une trahison flagrante des intérêts de la République française et de la démocratie européenne ; l'Assemblée nationale décrète : « Le citoyen Louis-Napoléon Bonaparte, prési- « dent de la République, les citoyens Odilon-Barrot, Buffet, « Lacrosse, RuUière, de Tracy, Passy, Drouin de Lhuys, « Falloux et Léon Faucher, ses ministres, sont accusés d'aff voir violé la Constitution et décrétés d'accusation. »
L'Assemblée, consultée si elle veut renvoyer cette proposition dans les bureaux, repousse le renvoi par 388 voix contre 138.
Pendant que les Français assiègent Rome, les Aulri- <8», chiens qui viennent de rétablir le duc de Parme, d'occu- Proibmauon per Pise et Lucques, de prendre d'assaut Livourne, occu- Je wiirpfen. peut une partie des Légations. Wimpfen, leur général, adresse aux Romagnes la proclamation suivante :
« En exécutant des ordres supérieurs reçus de S. Exe. le feld-maréchal comte Radetzki, je suis entré sur votre territoire avec les troupes impériales placées sous mes ordres. Je viens rétablir parmi vous, de concert avec le commissaire de Sa Sainteté, le Gouvernement légitime du souverain Pontife Pie IX, renversé par une faction impie, et rétablir la sécurité publique et privée, si gravement compromise jusqu'à ce jour. J'espère que la grande majorité d'entre vous secondera mes efforts et ceux de mes troupes, qui observeront cette discipline sévère dont elles ont donné, dans toutes les circonstances, de si éclatantes preuves. Habitants des Etats romains , je me flatte que, par votre attitude pacifique, vous m'épargnerez le déplaisir de recourir à des mesures de rigueur que j'emploierais contre toute tentative anarchique. »
1849. Malgré les efforts du général Bellini et du professeur
Prise de Bologne. Alcssandrini, après huit jours de siège el de bombardement, les Autrichiens s'emparent de Bologne. — Vers le même temps, la Sicile, héroïquement défendue par Mieroslawski, est soumise par le général royaliste Filangieri. Réaction atroce. Intervention des amiraux Parker et Baudin.
M. (lu Ltsseps « Rome, 16 mai 1849. — Monsieur le ministre, je vous des'airrirl'iTran- ^\ ^^noncé hier, par le télégraphe, qu'après m'étre mis gèr<s, d'accord avec le général Oudinot, je partais pour Rome, accompagné de M. de La Tour d'Auvergne, afin de m'assurer des dispositions réelles de la population romaine et de vous rendre un compte exact de mes informations. Voici ce que j'écrivais ensuite de Rome dans la même journée au général en chef : « Dans la situation d'attente oij nous nous trouvons, il me paraît extrêmement important d'éviter, dans ce moment, toute espèce d'engagement. Je vois une ville entière en armes. Habitué à juger des cités en révolution, je trouve ici, au premier abord, l'aspect d'une population décidée à la résistance, et, rejetant tout les calculs exagérés, on peut compter au moins sur vingt-cinq mille combattants sérieux. Si nous entrions de vive force dans Rome, non-seulement nous passerions sur le corps des aventuriers étrangers, mais nous laisserions sur le carreau des bourgeois^ des boutiquiers, des jeunes gens de famille, toutes les classes enfin qui défendent l'ordre et la société à Paris. Que cet état de choses n'ait pas existé, il y a qunize jours, à l'époque même où nos troupes se sont présentées pour la première fois devant Rome, il est certain que, par telle ou telle cause, ancienne ou nouvelle, il existe aujourd'hui : il faut donc que nous en tenions compte, que nous ne précipitions rien, que nous n'engagions pas notre Gouvernement contrairement au but qu'il a manifesté au commencement de l'expédition , dont il vient encore de renouveler la déclara-
tion, et en définitive contrairement au vœu de l'Assemblée nationale. Ainsi , je croirais engager très-gravement ma responsabilité si je ne faisais pas tous mes efforts pour vous amener à suspendre tous actes d'hostilité et toutes démonstrations susceptibles d'en produire, jusqu'au moment Gi!i je vous aurai vu et où je vous aurai rendu compte de l'état des choses tel que je l'aurai constaté. Vous êtes d'ailleurs, dans les mêmes sentiments que moi. Je déclarerai de toute façon que nos soldats ne reculeront pas d'une semelle. Votre attitude, vos bonnes dispositions ne peuvent que favoriser une conciliation honorable. Nous sommes forts, attendons. — M. de La Tour d'Auvergne, sur le compte duquel je n'ai pas tardé à avoir la même opinion que vous m'avez exprimée, partage tout à fait les idées que j'émets dans ce billet. M. de Gérando, homme de sens et dont on m'a fait l'éloge au ministère avant mon départ de Paris, m'a confirmé dans ma conviction d'une résistance à peu près générale. En voiis parlant de résistance, ce n'est pas que je ne sois persuadé que nos braves soldats en viendraient à bout, mais le sang coulerait abondamment de part et d'autre. C'est ce que nous ne voulons ni vous, ni moi... »
« P. S. — J'ai visité, en compagnie de M. de La Tour d'Auvergne, dans deux hôpitaux, des soldats français de notre corps d'expédition, blessés dans l'affaire du 30 avril. Us sont au nombre de vingt-six. Je leur ai promis de leur faire rejoindre leurs camarades aussitôt qu'ils seraient guéris. Nulle part ils ne pourraient être mieux soignés. Des dames romaines des premiè.'^es familles leur donnent jour et nuit l'assistance la plus touchante, et ont établi leur domicile dans les hôpitaux. La princesse Belgiojoso est à leur tête. — J. de Lesseps. »
« Monsieur, vous nous demandez quelques notes sur '^9l'état actuel de la République romaine. Je vais vous les ut^'ài fournir avec cette franchise qui a été, pour moi, dans ^ m. de ussep
vingt années de vie politique, une règle inviolable. Nous n'avons rien à cacher, rien à déguiser. Nous avons été, en ces derniers temps, étrangement calomniés en Europe; mais nous avons toujours dit à ceux auprès desquels on nous calomniait : Venez et voyez. — Vous êtes maintenant ici, monsieur, pour vérifier la réalité des accusations : faites-le. Votre mission peut s'accomplir avec une liberté pleine et entière. Tous l'ont saluée avec joie : car elle est notre garantie.
a La France ne nous conteste sans doute pas le droit de nous gouverner comme nous l'entendons, le droit de tirer, pour ainsi dire, des entrailles du pays la pensée qui règle sa vie et d'en faire la base de nos institutions. La France ne peut que nous dire : « En reconnaissant votre indépendance, c'est le vœu libre et spontané de la majorité que je veux reconnaître. Liée aux puissances européennes et cherchant la paix, s'il était vrai qu'une minorité s'imposât chez vous aux tendances nationales, s'il était vrai que la forme actuelle de votre Gouvernement ne fût que la pensée capricieuse d'une faction substituée à la pensée commune, je ne pourrais pas voir avec indifférence que la paix de l'Europe fût mise continuellement en danger par les emportements et l'anarchie qui doivent nécessairement caractériser le règne d'une faction. »
« Nous reconnaissons ce droit à la France, car nous croyons à la solidarité des nations pour le bien. Mais nous disons que si jamais il y eut un gouvernement issu du vœu de la majorité, et maintenu par elle, ce gouvernement c'est le nôtre.
« La République s'est implantée chez nous parla volonté d'une Assemblée issue du suffrage universel ; elle a été acceptée partout avec enthousiasme ; elle n'a rencontré d'opposition nulle part. Et remarquez bien, monsieur, que jamais l'opposition ne fut plus facile, si peu dangereuse, je dirai même si provoquée, non par ses actes, mais par les circonstances exceptionnellement défavo-
râbles danslesquelles elle s'est trouvée placée àson début.
« Le pays sortait d'une longue anarchie de pouvoirs, inhérente à l'organisation intime du gouvernement déchu. Les agitations inséparables de toute grande transformation, et fomentées en même temps par les crises de la question italienne et par les efforts du parti rétrograde, l'avaient jeté dans une excitation fébrile qui le rendait accessible à toute tentative hardie, à tout appel aux intérêts et aux passions. Nous n'avions pas d'armée, pas de puissance répressive; conséquence des dilapidations antérieures, nos finances étaient appauvries, épuisées. La question religieuse, maniée par des mains habiles et intéressées, pouvait servir de prétexte auprès d'une population douée d'instincts et d'aspirations magnifiques , mais peu éclairée. — Et cependant, aussitôt le principe républicain proclamé, un premier fait incontestable se produisit : l'ordre. L'histoire du Gouvernement papal se détaille par ses émeutes ; il n'y a pas eu une seule émeute sous la RépubUque. L'assassinat de M. Rossi, fait déplorable, mais isolé, excès individuel repoussé, condamné par tout le monde, provoqué peut-être par une conduite imprudente, et dont la source est restée ignorée, fut suivi de l'ordre le plus complet.
« La crise financière atteignit son apogée, il y eut un instant dans lequel le papier de la République ne put, par suite de manœuvres indignes, s'escompter qu'à 41 ou 62 p. °/„. L'attitude des gouvernements italiens et européens devint de plus en plus hostile. Difficultés matérielles et isolement politique, le peuple supporta tout avec calme. Il avait foi dans l'avenir qui sortirait du nouveau principe proclamé.
« Aujourd'hui, au milieu de la crise, en face de l'invasion française, autrichienne et napolitaine, nos finances se sont améliorées, notre crédit se refait; notre papier s'escompte à 12 p. 0/0 ; notre armée grossit chaque jour, et les populations entières sont prêtes à se soulever der-
rière elle. Vous voyez Rome, monsieur, et vous connaissez la lutte héroïque que soutient Bologne. J'écris seul, au milieu du calme le plus profond, La garnison a quitté la ville hier soir, et avant l'arrivée de nouvelles troupes, à minuit, nos portes, nos murailles et nos barricades étaient, sur un simple mot passé de bouche en bouche, garnies, sans bruit, sans forfanterie, par le peuple en armes. — Il y a au fond du cœur de ce peuple une décision bien arrêtée; la déchéance du pouvoir temporel investi dans le pape; la haine du gouvernement des prêtres, sous quelque forme, mitigée, détournée, qu'il puisse se présenter. Je dis la haine non des hommes, mais du gouvernement. Envers les individus, notre peuple s'est toujours, Dieu merci, depuis l'avènement de la République, montré généreux; mais l'idée seule du gouvernement clérical du roi-pontife le fait frémir. Il luttera avec acharnement contre tout projet de restauration. Il se jettera dans le schisme plutôt que de la subir.
« Par suite de menaces obscures, mais surtout du manque d'habitudes politiques, un certain nombre d'électeurs n'avaient pas contribué à la formation de l'Assemblée. Et ce fait paraissait affaiblir l'expressiou du vœu général. Un second fait caractéristique, vital, vint répondre d'une manière irréfutable aux doutes qui auraient pu prévaloir. Il y eut, peu de temps avant l'installation du Triumvirat, réélection des municipalités. Tout le monde vota. Partout et toujours, l'élément municipal représenta l'élément conservateur de l'Etat. Chez nous, on redouta un instant qu'il ne représentât un élément rétrograde. Eh bien! l'orage avait éclaté, l'intervention avait commencée; on aurait dit que la République n'avait plus que quelques jours à vivre; et ce fut ce moment que les municipalités choisirent pour faire acte d'adhésion spontanée à la forme choisie. Fendant la première quinzaine de ce mois, aux adresses des cercles et des commandements de la garde nationale, vinrent se joindre, deux ou trois exceptées,
celles de toutes les municipalités. J'ai eu l'honneur, monsieur,, de vous en transmettre h liste. Elles proclamèrent toutes un dévouement explicite à la République, et une profonde conviction que les deux pouvoirs réunis sur une seule tète sont incompatibles. Ceci, je le répète, constitue un fait décisif. C'est une seconde épreuve légale complétant la première de la manière la plus absolue et constatant notre droit.
« Lorsque les deux questions se posèrent devant l'Assemblée, il se trouva quelques membres timides qui jugèrent la proclamation de la forme républicaine prématurée, dangereuse vis-à-vis de l'organisation européenne actuelle : pas un seul pour voter contre la déchéance; droite et gauche se confondirent. Il n'y eut qu'une seule voix pour crier : le pouvoir temporel de la papauté est à jamais aboli. Avec un tel peuple, q;;e faire? Ya-t-il un gouvernement libre qui puisse s'arroger sans crime et contradiction le droit de lui imposer un retour au passé? Le retour au passé, songez-y bien, monsieur, c'est le désordre organisé; c'est la lutte des sociétés secrètes à recommencer; c'est l'anarchie jetée au sein de l'Italie; c'est la réaction, la vengeance inoculée au cœur d'un peuple qui ne demande qu'à oublier : c'est un brandon de guerre en permanence au cœur de l'Europe. Ce n'est pas la France qui peut vouloir cela; ce n'est pas un neveu de Napoléon. Ce n'est pas surtout, en présence du double envahissement des Napolitains et des Autricfiiens; il y aurait aujourd'hui, dans la poursuite d'un dessein hostile, quelque chose qui rappellerait le concert de 1772 contre la Pologne. Il y aurait, au reste, impossibilité de réalisation ; car ce ne serait que sur des monceaux de cadavres, et sur les ruines de nos villes que le drapeau tombé, par la volonté du peuple, pourrait se relever.
« J'aurai l'honneur de vous présenter, monsieur, quelques autres considérations sur la question demain ou après-demain. Rome, ce 16 mai 18^9. — Mazzini. »
1849 « Les hostilités entre la République romaine et la France
sont suspendues. Les Triumvirs^ Armellini, Mazzini, Saffi. »
17 mai.
armistice
virât.
Proposition « Art. 1 . Lcs États romains réclament la protection fra-
de M. de Lesseps. temeilB dc la République française. — Art. 2. Les populations romaines ont le droit de se prononcer librement sur la forme de leur gouvernement. — Art. 3. Rome accueillera l'armée française comme une armée de frères. Le service militaire de la ville se fera conjointement avec les troupes romaines, et les autorités civiles et militaires romaines fonctionneront suivant leurs attributions légales. — Ferd. de Lesseps. »
19 mai. « ie Triumvirat à M. de Lesseps. — Rome, 19 mai 1849.
Réponse da Tnum- ^ j^^^g avous l'houneur de vous transmettre la décision de l'Assemblée concernant le projet que vous avez communiqué à la commission tirée de son sein. L'Assemblée n'a pas cru pouvoir lui donner son adhésion. Elle nous a chargés de vous exprimer en même temps les motifs de son vote unanime et le regret qu'elle éprouve de la triste nécessité où elle s'est trouvée placée.
« C'est aussi avec une tristesse profonde, comme il convient à des hommes qui aiment la France et ont encore foi en elle, que nous remplissons, monsieur, cette mission auprès de vous.
« Lorsqu'après la décision de votre Assemblée « que le gouvernement serait invité.... » nous apprîmes votre arrivée, le cœur nous battit de joie. Nous crûmes à la réconciliation immédiate en un seul principe proclamé par vous et par nous entre deux pays auxquels sympathies, souvenirs, intérêts communs et situation politique commandent l'estime et l'amour. Nous pensions que, choisi pour vérifier le véritable état des choses et frappé de l'accord complet qui relie ici en une seule pensée presque tous les éléments de l'Etat, vous auriez par vos rapports
détruit le seul obstacle possible à la réalisation de nos vœux, le seul obstacle qui pût encore arrêter la France dans l'accomplissement de la noble pensée qui a dicté la résolution de votre Assemblée.
« Accord, paix intérieure, détermination réfléchie, enthousiasme, générosité de conduite, vœu spontané et formel des municipalités, de la garde nationale, des troupes, du peuple, du gouvernement et de l'Assemblée souveraine en faveur du régime existant, vous avez, monsieur, observé tout cela ; vous l'avez redit à la France, et nous avions le droit d'espérer, monsieur, que, parlant au nom de la France, vous auriez prononcé des paroles plus rassurantes que celles qui forment votre projet.
« L'Assemblée a remarqué la manière dont les mots République romaine sont studieusement évités dans votre premier article. Elle a cru y démêler une intention défavorable.
a Elle a pensé, monsieur, qu'excepté la plus grande importance que votre nom et vos pouvoirs lui donnaient, il n'y avait presque pas plus en fait de garanties, dans votre projet que dans le langage de quelques-uns des actes du général avant la journée du 30 avril. L'opinion générale du peuple une fois constatée, elle n'a pas pu comprendre l'insistance qu'on met à vouloir briser en visière contre cette opinion par l'occupation de Rome. Rome n'a pas besoin de protection ; on n'y combat pas ; et, si quelque ennemi venait se présenter sous ses murs, elle saurait lui résister par ses propres efforts. C'est à la frontière toscane, c'est à Bologne qu'on peut protéger Rome aujourd'hui. Là aussi, dans votre troisième article, elle a donc aussi dû entrevoir l'influence d'une pensée politique à laquelle elle peut acquiescer d'autant moins que le décret de l'Assemblée nationale française lui semble décidément contraire à une occupation non provoquée, non réclamée par les circonstances.
« Nous ne vous cacherons pas, monsieur, que la mal-
heureuse coïncidence d'un rapport concernant l'enceinte de défense avec la discussion n'a pas peu influé sur la décision de l'Assemblée. Un noyau de soldats français a aujourd'hui même, contre l'esprit de la suspension d'armes, passé le Tibre, près de San-Paolo, en rétrécissant ainsi plus encore qu'il ne l'est le cercle des opérations militaires autour de la capitale. Et cet acte, monsieur, n'est pas isolé. Les défiances de la population déjà soulevées par la seule pensée de voir sa ville, la ville Palladium, la ville éternelle, occupée par des troupes étrangères, s'en sont encore accrues, et rendraient difficile, impossible peut-être, toute transaction sur un point auquel d'ailleurs l'Assemblée tient comme à la garantie vitale de son indépendance et de sa dignité.
« Par ces raisons et par bien d'autres encore, l'Assemblée a dû, bien qu'à regret, juger le projet inadmissible. Nous aurons l'honneur, monsieur, de vous transmettre demain, d'après son intention avouée, une proposition bien au-dessous de ses légitimes espérances, mais qui aurait du moins l'avantage d'éloigner tout danger de collision entre deux Républiques basées sur les mêmes droits et liées par les mêmes espérances. »
« Agréez, monsieur, etc. — Le Triumvirat, Armellini, Mazzini, Saffi. »
n.iponsc « Au nom de Dieu et du Peuple, — L'Assemblée, tout
de l'Assemblé.-, gjj regrettant de ne pouvoir accepter le projet de l'envoyé extraordinaire du Gouvernement français, confie au Triumvirat le soin d'en indiquer les motifs et de continuer les négociations, dans le but d'établir de bonnes relations entre les deux Républiques. — Le président de V Assemblée, C.-L. Bonaparte. »
,813 « La magistrature municipale de Bologne a conclu le 1 6
20 mai. de ce mois une capitulation avec le commandant de l'armée
Proclsmation ^ • i •
d.»Triu.mirs. autrichiennc.
« Notre armée d'opération, après un combat qui a eu lieu hier, est entrée aujourd'hui à neuf heures et demie dans Velletri. Les troupes napolitaines sont en déroute. Les nôtres sont à leur poursuite.
« Une capitulation, après huit jours de combats soutenus héroïquement par le peuple, dans une ville dépourvue de moyens de défense, est un malheur, mais non pas une défaite.
« La bataille livrée par notre corps d'opération est une victoire complète. — Vive la République! — Les Triumvirs. Armellini, Mazzini, Saffi. »
« Nous soussignés, Oudinot de Reggio, général de divi- i»*» sion, commandant en chef le corps expéditionnaire fran- i;-,ia,»'i'„„ çais de la Méditrreanée, et Ferdinand de Lesseps, envoyé de mm. (i,..LessL.p9 extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la République "'• ^"'''""'• française, en mission h Rome; — Vu la déclaration faite, le 19 mai 1849, à deux heures de relevée, à MM. les commissaires de l'Assemblée constituante romaine ; — Vu le projet de convention contenant les dernières modifications admissibles accordées à la demande desdits commissaires romains, lequel projet devait être accepté ou rejeté à la fin de la même journée ; — Attendu qu'une lettre adressée, au dernier moment du délai fixé, annonce que l'Assemblée romaine n'a pas cru devoir donner son adhésion aux propositions; — Déclarons que les négociations sont rompues et qu'il ne reste plus aux soussignés qu'à veiller à la sûreté et aux intérêts de leurs nationaux résidant à Rome. — Le général Oudinot de Reggio; Ferdinand de Lesseps. »
« Monsieur, nous venons de recevoir la déclaration de ^- ""»'•
, f ' • .• • 1 ^ i\n • ' i Réponse du Triiim-
ruplure de négociation, signée le 20 mai, par vous et par ' ^^^^^^ le général en chef du corps expéditionnaire de l'armée française.
« Il est vrai que nous exprimions dans notre note du 19,
l'intention de vous présenter le 20 une contre-proposition, et que cette contre-proposition n'a pas été formellement et officiellement transmise. Mais il est vrai aussi que de nouvelles base de négociations fnrent pendant ces deux jours l'objet de communications verbales. Ces communications, dont l'esprit était conforme à celui qui nous anime et qui portaient sur un terrain plus rapproché de celui du projet primitif que la note conçue par vous, nous induisirent à ajourner la communication officielle à laquelle nous nous étions engagés. Nous avons toujours pensé qu'entre peuples frères, entre la France et nous, on devait moins tenir à la précision ponctuelle des formes diplomatiques qu'à la substance des choses.
« C'est par suite de celte croyance, que votre derrière communication n'a pas affaiblie, que nous aurons l'honneur de vous présenter bientôt la note en question. Vous en ferez, monsieur, nous n'en doutons pas, l'usage que l'esprit de conciliation inhérent à vos premières communications pourra vous suggérer. — Agréez, monsieur, etc. Les Triumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »
i8i9 LE CITOYEN sARRANs jeuue adressc au gouvernement
f!"'' des interpellations sur les affaires de Rome. La situation
Assemblée iiatio- , ■• r ^ ,■ , >
n le. — Présidence cst Changée *. la république n est plus seulement attaquée (lArmana Marrast. ^ Rome par les Français, elle l'est aussi à Bologne par les ~" Autrichiens. Wimpfen a publié la proclamation suivante :
Sarraiis je.mn. ^ Bùlouais, uue sédltlou, que je me plais à ne pas confondre avec le peuple de Bologne, soutient depuis quatre jours une slupide défense qui, malgré son opiniâtreté, finira par être vaincue. Quatre grandes puissances en ont assumé la garantie. Vous êtes encore à temps pour obtenir grâce et indulgence par une soumission immédiate au pouvoir légitime. Je vous promets encore une fois d'épargner votre ville et de modérer le châtiment de votre opiniâtreté. Réfléchissez-y ; tout retard peut vous être funeste»
« Citoyens, vous voyez la solidarité de l'Assemblée nationale dans l'exécution qui menace la ville de Bologne, c'est-à-dire la république romaine. Cette exécution implique surtout la solidarité de la France. C'est au nom de quatre grandes puissances dont la France fait nécessairement partie, qu'un général autrichien dit aux patriotes de Bologne, à ces nobles républicains qui combattent pour leur indépendance : Rendez- vous ! non pas que je vous promette une indulgence complète, mais une indulgence relative. Si vous vous rendez, je modérerai peutêtre le châtiment que votre patriotisme a mérité. Je vous dis cela au nom de quatre puissances, au nombre desquelles figure en première ligne la France.
« Ceci, citoyens, est une position grave, solennelle pour le pays. Rendez-vous compte de la situation actuelle de l'armée française, de cette armée qui, soit dit par parenthèse, s'est incessamment accrue depuis le jour oh vous avez voté que l'expédition serait ramenée dans les voies que vous lui aviez assignées. Elle était de 1^,000 hommes, on avait demandé des subsides pour 14,000 homm.es, et elle est de 20,000 au moment oi!i j'ai l'honneur de parler à l'Assemblée.
« Dans quel but cet accroissement sans autorisation? Car, puisque vous avez demandé un subside pour li,000 hommes, vous ne pouviez pas en embarquer 20,000 sans nous demander un second subside. Quelque chose de mystérieux se cache sous cet accroissement de forces. Je vous demande à quoi vous les destinez ; je vous demande si, en présence de l'Autriche, qui peut-être, qui probablement, hélas! au moment où je parle, s'empare de Bologne et marche sur Rome ; je vous demande, dis-je, quelle sera, en présence de l'Autriche armée, en présence des Autrichiens et des Napolitains aussi armés, votre attitude, vos actes, votre politique.
« Allez-vous défendre Rome? Par quelle voie, par quels moyens pensez- vous entrer dans le système que l'Assem-
blée nationale vous a prescrit dans son ordre du jour du 7 mai? Voilà, quant à l'Italie, ce que j'ai l'honneur de demander à M. le ministre des affaires étrangères.
« D'autre part, un manifeste du czar annonce son intervention dans les affaires de Hongrie. Que compte faire, en présence de ces événements, le gouvernement? » Drouin de Limys. LE CITOYEN DROuiN DE LHUYS , ministrc dcs affaires étrangères, se borne à répondre qu'il a déjà répondu sur la question romaine ; quant à l'intervention russe, qu'on s'explique ! qu'on fasse de ce qu'on voudrait voir faire au gouvernement, l'objet d'une proposition!
Joiy. « LE CITOYEN JOLY constate 06 qu'cst la politique du
gouvernement. Ce que disait Wimpfen, le commandant de l'expédition espagnole le dit aussi, en débarquant à Fiumicino : « C'est au nom de quatre puissances coalisées que je viens proclamer l'agonie de larépublique romaine.» Nous sommes les alliés de l'Autriche dans la question romaine, comme la Prusse et la Russie sont ses alliés dans la question hongroise. Mais quelle politique voulezvous? me dira-t-on. La guerre? « Oui, la guerre, plutôt que l'avilissement de mon pays, l'anéantissement de ses libertés. » Il propose l'ordre du jour suivant : « L'Assemblée nationale, considérant le manifeste de l'empereur de Russie et les traités intervenus entre l'Autriche, la Prusse et la Russie, comme attentatoires aux principes d(* droit public proclamés par la révolution française et consacrés par l'ordre du jour du 2k mai 1848; — protestant, au nom du peuple français, contre cette nouvelle coalition qui menace la hberté de l'Europe, — invile le Gouvernement à prendre immédiatement les mesures les plus énergiques pour faire respecter Içs principes de l'indépendance et de la nationalité des peuples, et passe à l'ordre du jour. »
Ordre iiu jour Après préseutation de divers ordres du jour qui reçoicavaigna^. ^q^^ ^jgg niodifications successives, l'Assemblée adopte le lendemain par 436 voix contre 184, l'ordre du jour du
général Cavaignac : « L'Assemblée nationale appelle la sérieuse attention du Gouvernement sur les événements et les mouvements de troupes qui s'accomplissent en Europe, et, préoccupée des dangers de cette situation tant pour l'avenir de la liberté que pour les intérêtes intérieurs et extérieurs de la République, recommande au Gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour les protéger énergiquement. »
Les Autrichiens devant Ancône. Elle résiste 20 jours.
« Monsieur, nous avons eu l'honneur de vous fournir, isv:)
dans notre note du 16, quelques renseignements sur l'ac- „ -^ '""' .
7 ■,, V ,,. ,. ■■ Contre- prnposi'.in
cord unanime qui a préside a 1 instauration du gouver- du Trium%ir8i. nement de la République romaine. Il nous faut aujourd'hui vous parler de la question actuelle, telle qu'elle est posée, de fait sinon de droit, entre le Gouvernement français et le nôtre. Vous nous permettez de le faire avec toute la franchise que réclament l'urgence de la situation- et les sympathies internationales qui doivent animer tous les rapports entre la France et l'Italie. Notre diplomatie, c'est la vérité : et le caractère donné à votre mission, monsieur, nous est une garantie que la meilleure interprétation possible sera toujours donnée à tout ce que nous aurons l'honneur de vous dire. Permettez-moi, monsieur, de remonter un instant à la source de la situation actuelle, a A la suite de conférences et d'arrangements qui eurent lieu, sans que le gouvernement de la République romaine fût appelé à y intervenir, il fut, il y a quelque temps, décidé par les puissances catholiques européennes : 1" qu'une modification politique aurait lieu dans le Gouvernement et dans les institutions de l'État romain ; 2° que cette modification aurait pour base le retour de Pie IX, non comme pape, ce qui ne rencontrerait pas d'obstacles chez nous, mais comme prince et souverain temporel ; 3° que si, pour atteindre ce but, une intervention com-
binée était jugée nécessaire, l'intervention aurait lieu.
« Nous voulons bien admettre que, tandis que pour quelques-uns des Gouvernements contractants le seul et unique mobile était un rêve de restauration générale et un retour absolu aux traités de 1815, le Gouvernement français ne fut entraîné dans cet acccrd que par suite d'informations erronées tendant systématiquement à lui peindre l'Etat romain comme livré à l'anarchie, et dominé par la terreur exercée au nom d'une audacieuse minorité.
« Nous savons de plus que, dans la modification proposée, le Gouvernement français se proposait de représenter une influence plus ou moins libérale, opposée au programme absolutiste de l'Autriche et de Naples. 11 n'en est pas moins vrai que, sous la forme despotique ou constitutionnelle, sans ou avec des garanties libérales aux populations romaines, la pensée dominante, dans toutes les négociations auxquelles nous faisons allusion, a été un retour quelconque vers le passé, une transaction entre le peuple romain et Pie IX, considéré comme souverain temporel. Nous ne pouvons pas nous dissimuler, monsieur, que ce fut sous l'inspiration de cette pensée que fut conçue et exécutée l'expédition française. Elle a eu pour but, d'un côté, de jeter l'épée de la France dans la balance des négociations qui devaient s'ouvrir à Rome, de garantir, de l'autre, la population romaine de tout excès rétrograde, en y posant, toutefois, pour condition, la reconstitution d'une monarchie constitutionnelle en faveur du saint-père. Ce but, monsieur, résulte pour nous, à part les informations précises que nous croyons posséder sur le concert antérieur, des proclamations du général Oudinot, des déclarations formelles des envoyés successifs au Triumvirat , du silence obstinément gardé toutes les fois que nous avons cherché à aborder les questions politiques et à obtenir une déclaration formelle du fait constaté dans notre note du 16, que les institutions par les-
quelles se régit, en ce moment, le peuple romain, sont l'expression libre et spontanée du vœu inviolable des populations, légalement interrogées. Le vote, au reste, de l'Assemblée française, vient lui-même, implicilement, à l'appui du fait que nous affirmons.
« En face d'une pareille situation, et sous la menace d'une transaction inadmissible et de négociations que l'état de nos populations ne provoque nullement, notre rôle, monsieur, n'était pas douteux. Résister : nous le devions à notre pays, à la France, à l'Europe entière. Nous devions, pour remplir un mandat loyalement donné et loyalement accepté, maintenir à notre pays l'inviolabilité, autant que cela nous était possible, de son 'territoire et de ses institutions, unanimement acclamée par tous les pouvoirs, par tous les éléments de l'État.
« Nous devions conquérir le temps nécessaire pour en appeler de la France mal informée à la France mieux informée, pour éviter à la République sœur la tache qui lui serait échue, si, précipitamment entraînée par des suggestions étrangères, elle était presque, à son insu, complice d'une violence à laquelle nous ne saurions trouver d'égale, si ce n'est en remontant à 1772, au partage de la Pologne.
« Nous devions à l'Europe de maintenir, autant qu'il était en nous, le principe fondamental de toute vie internationale, l'indépendance de chaque peuple en tout ce qui concerne son administration intérieure. Nous le disons avec orgueil, car si c'est avec enthousiasme que nous résistons aux tentatives de la monarchie napolitaine et à notre éternelle ennemie l'Autriche, ce n'est qu'avec une profonde douleur que nous nous voyons contraints de résister aux armes françaises; nous croyons avoir bien mérité en suivant cette ligne de conduite, non-seulement de votre part, mais des peuples européens.
« Vous connaissez, monsieur, les événements qui se sont produits depuis l'intervention française. Notre terri-
toire a été envahi par lé roi de Naples, quatre mille soldats espagnols ont dû s'embarquer le 17 pour nos côtes, dans un but d'invasion. Les Autrichiens, après avoir surmonté la résistance héroïque de Bologne, se sont avancés sur la Romagne et sont aujourd'hui en pleine marche sur Ancône. Nous avons battu et repoussé hors de notre territoire les forces du roi de Naples. Nous en ferions de même, c'est notre foi, des forces autrichiennes, si l'attitude du corps expéditionnaire français n'entravait pas notre activité.
« C'est à regret que nous disons cela ; mais il faut enfin, monsieur, que la France sache ce que l'expédition de Civita-Vecchia, conçue, disait-on, dans un but de protection, nous coûte.
« 11 est douloureux d'avoir à affirmer des choses pareilles; mais nous affirmons, monsieur, que de toutes les interventions dont on cherche à nous accabler, l'intervention française est celle qui nous a été la plus fatale. Contre les soldats du roi de Naples et les Autrichiens, nous pouvons nous battre, et Dieu protège les bonnes causes. Nous ne voulons pas nous battre contre les Français. Nous sommes envers eux en état, non de guerre, mais de simple défense. Mais cette position, la seule que nous voulons avoir partout où nous rencontrerons la France, a pour nous tous les inconvénients, sans aucune des chances favorables de la guerre.
« L'expédition française, monsieur, nous a dès l'abord forcés d'opérer un mouvement de concentration de nos troupes qui a laissé notre frontière ouverte à l'invasion autrichienne, et Bologne et les villes de la Romagne désarmées. Les Autrichiens en ont profité. Après huit jours d'une lutte héroïque soutenue par la population, Bologne a dû succomber.
« Nous avions acheté en France des armes pour nous défendre; ces armes, au nombre de 10,000 fusils au moins, entre Civita-Vecchia et Marseille, ont été séques-
trées ; elles sont en vos mains. D'un seul coup, vous nous avez enlevé 10,000 soldats, car tout homme armé est un soldat contre les Autrichiens.
« Vos forces sont sous nos murs, à une portée de fusil, disposées comme pour un siège. Elles y restent sans but, sans programme avoué. Elles nous ont forcés d'entretenir la ville en un état de défense qui obère nos finances. Elles nous forcent d'y garder un chiffre proportionné de nos troupes qui pourraient sauver nos villes de l'occupation et des dévastations autrichiennes. Elles entravent notre circulation, nos approvisionnements, nos courriers. Elles tiennent les esprits dans un état de surexcitation qui pourrait, si notre population était moins bonne et moins dévouée, entraîner des conséquences nuisibles. Elles n'engendrent pas l'anarchie ni la réaction, car l'une et l'autre ne sont pas possibles à Rome : elles sèment l'irritation contre la France, et c'est un malheur assez grave pour nous, qui étions habitués à l'aimer et à espérer en elle.
a Nous sommes assiégés , monsieur, assiégés par la France, au nom d'une mission de protection, tandis que, à quelques lieues de nous, le roi de .Naples emporte en fuyant nos otages et les Autrichiens égorgent nos frères.
« Vous avez, monsieur, présenté des propositions. Ces propositions ont été déclarées inadmissibles par l'Assemblée, et nous n'avons plus à nous en occuper aujourd'hui ; vous en ajoutez une aux trois qui ont été rejetées. Cette proposition nous dit que la France protégera de tout envahissement étranger toutes les parties du territoire romain occupées par ses troupes. Vous devez sentir vous-même, monsieur, qu'il n'y a rien là qui change notre position. Les parties du territoire occupées par vos troupes sont, de fait, protégées; mais, si c'est pour le présent, à quoi se réduisent-elles? si c'est pour l'avenir, n'avons-nous pas d'autres voies ouvertes à la protection de notre territoire qu'en vous le livrant tout entier?
« Le nœud de la question n'est pas là : il est dans
l'occupation de Rome. Celte demande forme jusqu'ici la condition première de toutes les propositions présentées.
a Or, nous avons eu l'honneur de vous le dire, monsieur, cela est impossible ; jamais le peuple n'y consentira. Si l'occupation de Rome n'a pour but que de la protéger, le peuple vous exprimera sa reconnaissance ; mais il vous dira que, capable de protéger Rome par ses propres forces, il croirait se déshonorer à vos yeux en faisant acte d'impuissance, en déclarant qu'il lui faut, pour se défendre, quelques régiments français. Si l'occupation a pour but, ce qu'à Dieu ne plaise, une pensée politique, le peuple, qui s'est donné librement des institutions, ne peut pas se résoudre à la subir. Rome est sa capitale, son palladium, sa ville sacrée. Il sait fort bien qu'à part ses principes, à part son honneur même, il y a, au bout de toute occupation de sa ville, la guerre civile. Il se méfie de toute insistance. Il prévoit, une fois les troupes admises, des changements dans les hommes et dans les institutions, qui seraient funestes à sa liberté.
«Il sait qu'en présence des baïonnettes étrangères, l'indépendance de son Assemblée, de son gouvernement, ne serait plus qu'un vain mot. Il a sans cesse Civita- Vecchia devant les yeux.
« Sur ce point-là, monsieur, croyez-le bien, sa volonté est irrévocable. Il se fera massacrer, de barricade en barricade, plutôt que de se soumettre. Les soldats de la France veulent-ils, peuvent-ils massacrer un peuple de frèreSj qu'ils viennent protéger, parce qu'il n'entend pas leur livrer sa capitale ?
« Il n'y a pour la France que trois rôles à jouer dans les États romains.
« La France doit se déclarer pour nous, contre nous, ou neutre.
« Se déclarer pour nous , c'est reconnaître formellement notre république et combattre côte à côte, avec nos troupes, les Autrichiens.
« Se déclarer contre nous, c'est écraser sans motif la liberté, la vie nationale d'un peuple d'amis, et combattre côte à côte avec les Autrichiens.
« La France ne peut pas faire cela. Elle ne veut pas risquer une guerre européenne pour nous défendre comme alliée. Qu'elle reste donc neutre dans la contestation qui se vide entre nous et nos ennemis. Hier encore, nous espérions plus d'elle, .aujourd'hui, nous ne lui demandons que cela.
« L'occupation de Civita-Vecchia est un fait accompli : soit. La France croit que, dans l'état actuel des choses, il ne lui sied pas de se tenir éloignée du champ de bataille. Elle pense que, vainqueurs ou vaincus, nous pouvons avoir besoin de son action modératrice ou de sa protection. Nous ne pensons pas comme elle; mais nous n'entendons pas réagir contre elle. Qu'elle garde Civita-Vecchia. Qu'elle étende même ses cantonnements, si le nombre de ses troupes vient à le réclamer, aux localités salubres qui se trouvent sur le rayon de Civita-Vecchia à Viterbe. Qu'elle attende là l'issue des combats qui vont se livrer. Toutes les facilités lui seront offertes; tous les témoignages de franche et cordiale sympathie lui seront donnés ; ses officiers visiteront Rome ; ses soldats auront tous les soulagements possibles. Mais que sa neutralité soit sincère et sans arrière-pensée. Qu'elle le déclare en termes explicites. Qu'elle nous laisse libres de jeter toutes nos forces dans la mêlée. Qu'elle nous rende nos armes. Qu'elle ne ferme pas, avec ses croiseurs, nos ports aux hommes des autres parties de l'Italie qui veulent nous venir en aide. Qu'elle s'éloigne surtout de nos murs, et que jusqu'à l'apparence de l'hostilité cesse entre deux peuples qui, plus tard, nous n'en doutons pas, sont destinés à s'unir dans la même croyance internationale, comme ils le sont aujourd'hui dans l'adoption d'une même forme gouvernementale. »
« Agréez , etc.
« Les Triumvirs, Saffi, Mazzini, Armellini. »
^ 1849 « Monsieur le Ministre : Peu d'heures après le départ
M.'a^Lesseps ^® ^^ dépêchc d'hier, j'ai reçu du Triumvirat une note .1» minisire des quï me demande, au nom de l'Assemblée constituante, affaires étrangères, certaines déclarations ou des éclaircissements préalables qui puissent démontrer aux yeux de la population romaine que nous ne voulons pas lui imposer notre amitié et notre protection en commençant par lui tirer des coups de canon, et lui renverser, en cas de résistance, ses murailles et ses monuments. Ceci constitue l'esprit du document dont je ne puis pas vous envoyer dans ce moment la copie à cause de son étendue. Je vais y répondre. Mes deux lettres d'hier matin envoyées à l'Assemblée nationale ont porté leur fruit, et l'opinion publique commence à se prononcer fortement en faveur de l'arrangement que j'avais proposé. Seulement il faut que, de notre côté, nous ne blessions pas l'amour-propre des Romains en parlant do siège, de coups de canon et en témoignant un trop grand empressement pour faire faire à notre armée l'entrée à Rome qu'elle désire, suivant moi, avec trop d'impatience. Ce côté de la question est aujourd'hui ma plus grande difficulté, elle m'occupe constamment; je vous prie de vouloir bien vous concerter avec M. le Ministre de la guerre, afin que, dans le cas d'un retard imprévu dans la réussite des négociations, notre armée ne soit pas exposée à compromettre, par une impatience, très-légitime du reste de sa part, le grand but que nous nous proposons. Le seul inconvénient qu'il y aurait (et il est grave) à conserver pendant plus de quinze jours encore nos positions actuelles serait l'approche de la saison des fièvres. J'ai bien l'espoir que nous pourrons terminer avant de nous trouver dans l'alternative que, pour mon compte, je ne crois pas obligatoire, d'attaquer ou de faire décimer notre armée par les maladies. Cependant, comme il faut tout prévoir, je vous soumets la question suivante que je vous serai obligé de faire résoudre sans perte de temps par le gouvernement de la République :
« L'armée française, campée dans la partie N.-O. de la ville, c'est-à-dire dans celle où les émanations sont les plus dangereuses en été, se trouvera-t-elle forcément dans l'obligation de rester en place ou d'attaquer Rome et d'être amenée par conséquent à la foudroyer pour lui donner une preuve bien patente de notre amitié pour elle et de notre volonté de la protéger? Je ne le pense pas, car il y aurait sans doute un terme moyen qui permettrait d'attendre et qui consisterait à changer le campement de nos troupes, à en placer, par exemple, la plus grande partie à Albano ou à Frascati, lieux toujours fort sains ainsi que leurs environs. Ce changement de front n'impliquerait de notre part aucune idée de reculade, puisque nous nous trouverions toujours à portée d'entrer à Rome quand nous y serions appelés par le vœu bien exprimé de la population, vœu qui sera d'autant plus général et empressé que nous témoignerons moins d'impatience et que nous respecterons la juste susceptibilité des habitants d'une ville qui ne veuleùt pas être embrassés par force. D'ailleurs cette susceptibilité disparaît de jour en jour; le général Oudinot et moi, nous ne négligeons rien de ce qui peut contribuer à faire réussir la conciliation. Seulement, il est important qu'il reçoive le plus promptement possible de nouvelles instructions, car lui et les officiers généraux placés sous ses ordres sont encore sous l'impression de celles qui se rapportaient uniquement à l'entrée pacifique ou violente de nos troupes à Civita-Vecchia. Ou comprend qu'au début de l'expédition il fût nécessaire d'occuper de gré ou de force, dans l'intérêt bien entendu des populations romaines, un point qui devait servir de base à toutes nos opérations; mais une fois établis là, il était et il doit être convenu que toutes nos démarches doivent tendre à rassurer le reste des Etats romains et particulièrement les habitants de Rome.
« Que le gouvernement décide sans relard et ne me
laisse pas plus longtemps entre l'enclume et le marteau. « Veuillez agréer, Monsieur le ministre, etc.
« Ferd. de Lesseps. »
« P. S. — Une députation romaine est arrivée hier soir au camp du général en chef et lui a offert au nom du Triumvirat une provision de cinquante mille cigares et de deux cents livres de tabac pour l'armée française. Cette députation a été parfaitement reçue. Le général Oudinot a dit d'excellentes paroles; j'en ai ajouté de mon côté quelques-unes qui avaient surtout pour but, d'après une observation d'un des députés, de faire comprendre que les intentions de notre gouvernement étaient absolument conformes à nos déclarations, et qu'il n'a jamais eu l'arrière-pensée de violenter dans l'avenir les populations romaines. »
i8i9 « Le soussigné Ferdinand de Lesseps, envoyé extraor-
20 mai. dinaire et ministre plénipotentiaire de la République dedeTessTpj française en mission à Rome: — Considérant que la aux Romoins. marchc de l'armée autrichienne dans les États romains change la situation respective de l'armée française et des troupes romaines; — considérant que les Autrichiens, en s'avançant sur Rome, pourraient s'emparer de positions menaçantes pour l'armée française ; — considérant que la prolongation du statu quo auquel avait consenti, sur sa demande, M. le général en chef Oudinot de Reggio pourrait devenir nuisible à l'armée française ; — considérant qu'aucune communication ne lui a été adressée depuis sa dernière note au Triumvirat, en date du 26 de ce mois, — invite les autorités et l'Assemblée constituante romaine à se prononcer sur les articles suivants :
« Art. 1*'. Les Romains réclament la protection de la République française. — Art. 2. La France ne conteste pas aux populations romaines le droit de se prononcer librement sur la forme de leur gouvernement. — Art. 3.
L'armée française sera accueillie par les Romains comme une armée amie. Elle prendra les cantonnements qu'elle jugera convenables tant pour la défense du pays que pour la salubrité de ses troupes. Elle restera étrang- re à l'administration du pays. — Art. h- La République française garantit contre toute invasion étrangère les territoires occupés par ses troupes. — En conséquence, le soussigné, de concert avec M. le général en chef Oudinot de Reggio, déclare que, dans le cas où les articles ci-dessus ne seraient pas immédiatement acceptés, il regardera sa mission comme étant terminée, et que l'armée française reprendra toute sa liberté d'action. — Ferd. de Lesseps. »
Contre-proposition des Triumvirs: — « Art. 1. Les Ro- g^^. mains, pleins de foi, aujourd'hui comme toujours, dans contre- proposition l'appui fraternel de la République française , réclament ■"'■s Triumvirs, la cessation des apparences même d'hostilité et l'établissement des rapports qui doivent être l'expression de cet appui fraternel. — Art. 2. Les Romains ont pour garantie de leurs droits politiques l'article 5 de la Constitution française. — Art. 3. L'armée française sera regardée par les Romains comme une armée amie et accueillie comme telle. Elle prendra, d'accord avec le gouvernement de la République romaine, les cantonnements convenables tant pour la défense du pays que pour la salubrité de ses troupes. Elle reste étrangère à l'administration du pays. — Rome est sacrée pour ses amis comme pour ses ennemis. Elle n'entre pas dans les cantonnements que choisissent les troupes françaises. Sa brave population est sa meilleure sauvegarde. — Art. k. La République française garantit contre toute invasion étrangère le territoire occupé par ses troupes. — Les Triumvirs , Armellini, MA2Zi>a, Saffi. »
L'Assemblée constituante française avait cessé ses fonctions le 28 mai. L'Assemblée législative n'était pas réunie
encore, mais on connaissait le résultat des élections et la défaite du parti républicain, qui ne comptait qu'un tiers environ des membres de la future chambre. M. de Lesseps remarquant au camp des préparatifs de combat, craignant qu'on ne mît à profit pour une attaque de Rome l'intervalle des deux législatures, remit, le 30 mai, à 8 heures du matin, au général Oudinot, la note suivante : 1849 a Dans le cas où vous jugeriez devoir prendre, par sur-
NoT dl*d!*Lesieps P^''^^ ^^ autrement, des positions dans l'intérieur de la . k Oudinot. ville de Rome, ou même dans le voisinage de son enceinte, sans vous être préalablement concerté avec moi, je crois devoir mettre sous votre seule responsabilité toutes les conséquences politiques qui en résulteraient. Jusqu'au moment oh. les ordres du Gouvernement arriveront, soit pour me blâmer, soit pour m'approuver, ma mission ne comporte pas votre isolement pour des déterminations ou des mesures militaires qui compromettraient notre gouvernement et engageraient notre pays dans la voie que je crois la plus funeste. »
Mémorandum « Parti dc PaHs sous l'impression de l'affaire du •lu même a.1 même. 30 avfil, et venu pour traiter avec les populations romaines, je n'ai pas besoin de rappeler que je n'ai ni voulu ni souffert que l'on pût jamais séparer ma cause de mon gouvernement et de l'honorable chef de l'armée française. Pour arriver à persuader que les dispositions du gouvernement de la République et de son général étaient les mêmes avant le 30 avril et après, je ne me dissimulais pas tous les obstacles que j'avais à surmonter. Aujourd'hui j'ai réussi.
« Je suis disposé à signer immédiatement, sauf quelques modifications et le rejet de l'article 2, le contreprojet envoyé par le Triumvirat et approuvé par l'Assemblée constituante romaine, aussi bien que par les Sénateurs et conservateurs de la municipalité de Rome, dans la conviction que cet acte affermit à jamais en Italie l'in-
fluence française, maintient l'honneur sans tache de notre armée et de notre glorieux drapeau. — « Quartier général de Villa Santucci, 30 mai 1849. — Ferd. de Lesseps. »
« Art. î . L'appui de la France est assuré aux populations '^w des États romains. Elles considèrent l'armée française con^enijôn"",',^..;,,; comme une armée amie qui vient concourir à la défense »ive cmre de leur territoire. — Art. 2. D'accord avec le gouverne- è'^' J L"."sr7«^ ment romain, et sans s'immiscer en rien dans l'administration du pays, l'armée française prendra les cantonnements extérieurs convenables tant pour la défense du pays que pour la salubrité des troupes. Les communications seront libres. — Art. 3. La République française garantit contre toute invasion étrangère le territoire occupé par ses troupes. — Art. 4. 11 est entendu que le présent arrangement devra être soumis à la ratification du gouvernement de la République française. — Art. 5. En aucun cas, les effets du présent arrangement ne pourront cesser que quinze jours après la communication officielle de la non-ratification. — Fait à Rome , et au quartier général de l'armée française, le 31 mai 18Zi9, à huit heures du soir. — Ferd. de Lesseps. — Les Triumvirs, J. Mazzini, C. Armellini, A. Saffi. »
« M. le ministre plénipotentiaire, vous avez, depuis le oudinot 17 de ce mois, paralysé tous les mouvements du corps * ''" '''""''p^expéditionnaire sous mes ordres.
« Vous m'aviez demandé avec insistance que la trêve, promise verbalement par vous r.ux troupes romaines, fût prorogée jusqu'à ce que le ministère pût faire connaître sa réponse aux dépêches dont M. de la Tour d'Auvergne était porteur. Bien que ce retard fût, dans ma conviction, très-préjudiciable aux opérations militaires, j'ai souscrit à votre désir afin d'éviter jusqu'aux apparences d'un dissentiment entre nous. Depuis ce temps, les troupes romaines ont pu se porter partout oh elles ont cru qu'il était
de leur intérêt de le faire. J'ai, au contraire, renfermé mes opérations dans la partie du territoire qui avait Civita-Vecchia pour base. Vous avez proposé, le 29 de ce mois, aux autorités romaines, un ultimatum dont j'ai accepté les termes, bien que certaines conditions qui y sont stipulées fussent loin de me donner une entière satisfaction.
« Dans la journée même, vous m'avez écrit de Rome que cet ultimatum allait, selon toute probabilité, être accepté le soir, et, contrairement à toute prévision, vous me déclarez que vous avez signé avec la république romaine des conventions auxquelles vous espérez que j'apposerai ma signature.
a Ces conventions sont en opposition formelle avec les instructions que j'ai reçues. Je les crois contraires aux volontés de mon gouvernement; non-seulement je ne leur donnerai pas mon assentiment, mais je les considère comme non avenues, et je suis forcé de le déclarer aux autorités romaines. Quand le ministère aura fait connaître, à la suite de la mission de M. de La Tour d'Auvergne, ses intentions, je m'y conformerai scrupuleusement. En attendant, j'ai le regret d'être dans l'impossibilité de concerter désormais mon action politique avec la vôtre. — OuDiNOT. »
J849 (( Monsieur le général en chef, vos deux lettres du 31 mai,
de Le"se,.s dont j'cxpédic des copies au gouvernemenl, me sont park Oudinot. venues l'une hier à sept heures du soir, la seconde ce matin à six heures.
« Voici ma réponse : J'ai suivi avec dévouement et abnégation personnelle les directions du gouvernement de la république. Le jour oh vous m'avez fait, en présence de témoins, les scènes les plus scandaleuses que mon sangfroid seul et ma détermination bien arrêtée ont enr.pêché de convertir en lutte violente, le jour où, me mettant complètement à l'écart, vous avez répondu à ma confiance en
ordonnant secrètement à tous vos chefs de corps de commencer les hostilités à l'improviste et dans l'ombre de la nuit, ce jour-là mon parti a été pris irrévocablement.
« J'avais laissé entre vos mains, avant-hier à huit heures du matin et à trois heures du soir, et à six heures du matin, le 30, trois notes dont j'envoie également les copies à M. le ministre des affaires étrangères. Ces documents prouveront que, devinant vos projets, je vous avais mis en demeure de ne pas les exécuter. Vous avez bien voulu supposer qu'ayant adressé un ultimatum aux autorités romaines, la déclaration que je vous avais faite que ma mission serait terminée, et que les hostilités pourraient recommencer à partir du moment de l'expiration du terme fixé, était absolue et indépendante de toute circonstance nouvelle.
« Mais je vous ai dit, en temps opportun, et je vous répète que, neuf heures avant la fin du délai (qui était de vingt-quatre heures), les autorités romaines avaient répondu à notre ultimatum ; qu'elles m'avaient envoyé un contre-projet, que le simple bon sens, les principes élémentaires de la diplomatie, et, plus que tout autre mobile, l'humanité nous commandaient de prendre en considération.
« Vous avez à peine eu le temps de jeter les yeux sur cet écrit, ainsi que sur les lettres de la municipalité de Rome, du président de l'Assemblée constituante et du Pouvoir exécutif romain. Vous m'avez envoyé le dossier par votre premier aide de camp M. Espivent. Ce dernier m'a prévenu que vous étiez trop occupé des détails de votre service et des ordres à donner à l'armée pour l'examiner dans ce moment avec attention ; vous avez ensuite réuni les généraux Vaillant, Regnault Saint-Jean-d'Angély, Mollière, l'intendant en chef de l'armée et votre chef d'état-major le colonel de Tinan. En leur présence, malgré vos cris, vos injures et vos gestes menaçants, j'ai donné avec calme lecture de toutes les pièces" ainsi que de mes
notes de la journée à vous adressées. Mes représentations étant devenues inutiles, ayant formellement refusé de m'associer à vos projets d'attaque nocturne, sans avis préalable aux autorités, acte inouï qui aurait peut-être fait massacrer la colonie française de Rome, je me suis retiré. Je tiens à constater ici que toutes les personnes présentes à la réunion ont observé envers le représentant officiel de la République, l'attitude la plus convenable, à l'exception du général Regnault Saint- Jean-d'Angéiy,
« La réflexion et des conseils énergiques et éclarés vous ont permis de révoquer, au dernier moment, vos ordres de recommencer les hostilités. Mais ces ordres ne sont pas arrivés assez à temps pour empêcher l'occupation de Monte-Mario, où vous n'avez pas rencontré de résistance parce que j'avais pu à l'avance faire connaître à Rome, par mon secrétaire particulier lA. Le Duc, que l'on ne devait pas s'inquiéter de vos mouvements, destinés seulement à vous assurer des positions dont les armées étrangères en marche sur Rome pourraient s'emparer contre nous.
« Sans cet avis et sans mon retour à Rome, le tocsin eût été sonné, la garnison et la population de la ville, jusqu'aux femmes du Transtevère, armées de leurs couteaux, auraient fait l'assaut de Monte- Mario, je sais que nos braves soldats s'y seraient maintenus, mais les conséquences d'une attaque et d'un assaut acharnés auraient atteint au cœur notre patrie.
« Parti du quartier général après vous avoir remis ma dernière note, et éclairé sur les inconvénients à craindre de l'entrée immédiate de l'armée française à Rome, où vous auriez pu compromettre les intérêts que j'avais à défendre, j'ai rédigé seul nn nouveau projet d'arrangement entièrement conforme aux directions que j'avais reçues du gouvernement de la République. Ce projet adopté après quelques discussions par le Pouvoir exécutif a été approuvé à l'unanimité (moins 3 voix), par l'Assemblée constituante.
« Je vous en ai remis, avant de le signer, un exemplaire accompagné d'une déclaration; j'avais commencé par vous donner lecture de mes instructions du 8 mai.
« Quant à votre déclaration, monsieur le général en chef, de considérer comme non avenu l'arrangement qui a été régulièrement signé entre le Pouvoir exécutif et moi, c'est à notre Gouvernement à prononcer, et, suivant l'usage, vous ne pourrez l'enfreindre sur aucun point avant la ratification ou la non-ratification. »
« L'envoyé extraordinaire et minisire plénipotentiaire de la République française en mission à Rome.
« Ferd. de Lesseps.
« P. S. Le triumvirat me transmet en communication la copie d'une lettre que vous lui avez adressée ce matin et de sa réponse. La démarche que vous avez faite est déplorable, parce qu'elle met au grand jour un dissentiment politique dont notre Gouvernement était seul juge, et qui, provisoirement, devait rester entre nous. »
« Messieurs les membres du Triumvirat, en réponse à isio. i Juin, la communication que vous m'avez adressée ce matin con- ''* Lesseps tenent une lettre du gênerai en chef de 1 armée française et votre réponse, j'ai l'honneur de vous déclarer que je maintiens l'arrangement signé hier, et que je pars pour Paris afin de le ratifier. Cet arrangement a été conclu en vertu de mes instructions, qui m'autorisaient à me consacrer exclusivement aux négociations et aux rapports à établir avec les autorités et les populations romaines. »
« Veuillez agréer, etc. F. de Lesseps. »
« Monsieur le Ministre, ma dépêche du 29 mai était ac- De Lessepi
s au mi-
compaenée d'une déclaration, en forme d'ultimatum, "»'■•«'•« nff.ires
,Ti .,i''i^,- étrangères. —
adressée, de concert avec M. le gênerai Oudinot, aux au- Démission, torités romaines. Le résultat que j'espérais a été atteint : neuf heures avant l'expiratiod du terme fixé, j'ai reçu du président de l'Assemblée constituante et des membres de
la municipalité, composée de ce qu'il y a de plus distingué à Rome, des réponses très-satisfaisantes; le pouvoir exécutif, chargé de s'entendre avec moi et de mener à fin l'arrangement proposé, m'envoyait en même temps un contre-projet. Ce document, en marge duquel j'ai mis immédiatement mes observations, était de nature à être pris en considération et me prouvait que les personnes décidées peu de jours auparavant à entraver tout essai de conciliation n'étaient plus maîtresses de la situation. Les pièces ci-jointes mentionnées dans un bordereau et les explications verbales que vous pourrez recevoir de M. le colonel de Maubeuge vous apprendront comment la conduite, bien imprévue et bien douloureuse pour moi, de M. le général Oudinot, a contrarié mes opérations et a été sur le point de les faire échouer.... Malgré une opposition et des difficultés auxquelles je devais être loin de m'attendre, un arrangement a été convenu entre les autorités romaines et moi.
« J'ai l'honneur de vous transmettre un des trois originaux, dont le second est resté entre les mains du triumvirat et le troisième a été gardé par M. le général Oudinot. Vous remarquerez que j'ai supprimé l'article 2 du précédent projet où il était question du droit des populations romaines de se prononcer sur la forme de leur gouvernement, droit que d'ailleurs il nous serait difficile de contester, mais dont la reconnaissance, d'après les observations de M. de Rayneval, avait fortement augmenté les susceptibilités de Gaëte...
« Ma position au quartier général serait fausse, elle le serait également à Rome. Je considère donc ma m.ission comme étant terminée, ou tout au moins forcément suspendue, et je vais recommander à M. de Gérando les intérêts des Français restés à Rome Mes préparatifs
de départ ne seront pas longs, et je suivrai de très- près le porteur de cette dépêche. %
« Veuillez agréer, etc. F. de Lesseps. »
Le même jour, M. de Gérando remet à M. de Lesseps, ^8*9 * J"'"-
, , , , , ,, , , . . . Révocation
ouverte, la dépêche télégraphique suivante : ae m. de Lesseps.
« Paris, 29 mai 18/i9, quatre heures du soir. — Le ministre des affaires étrangères à M. de Lesseps, à Rome. — Le gouvernement de la République a mis fin à votre mission. — Vous voudrez bien repartir pour la France aussitôt que vous aurez reçu cette dépêche. »
« Général, les ordres de mon Gouvernement sont posi- omiinot ^ r.osoUi. tifs. Ils me prescrivent d'entrer à Rome le plus tôt possible. J'ai dénoncé aux autorités romaines l'armistice, que sur les instances de M. de Lesseps j'avais consenti à accorder momentanément. J'ai fait parvenir par écrit à vos avant-postes que l'une et l'autre armée était en droit de recommencer immédiatement les hostilités.
« Seulement, pour laisser à nos compatriotes qui voudraient quitter Rome, et sur la demande de M. le chancelier de l'ambassade de France, la possibilité de le faire avec facilité, je diffère l'attaque de la place jusqu'à lundi matin pour le moins. « Recevez, etc. Le général en chef,
« Oddinot de Reggio. »
« Citoyens ! le général Oudinot ne refuse pas seule- rrodamaiion ment son adhésion au traité conclu entre nous et l'envoyé ""^ Tnumvirs. extraordinaire de la République française, mais il nous déclare que l'armistice a cessé, et que son armée est libre de reprendre les hostilités.
€ Demain nous donnerons tous les détails.
« Quoi qu'il arrive, les Romains feront leur devoir, et nous ferons le nôtre. Dieu et le peuple ont rendu victorieuse notre armée devant l'homme qui nous menace; Dieu et le peuple la rendront encore victorieuse. « Les Triumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »
« Citoyens, le général Roselli demanda au général 2 juin. Oudinot un armistice de quinze jours, se fondant sur l'uti- Aiareprociamaiion.
lité commune aux deux armées d'empêcher les Autrichiens
de s'avancer, et nous les en empêcherions si nous avions nos forces libres. Le général Oudinot rejeta aussi cette demande, et il déclara qu'il ne considérait pas seulement toute trêve comme rompue, mais que les hostilités reprendraient leur libre cours, qu'il attaquerait même la ville, pas toutefois avant lundi.
« C'est dans cet état que sont nos affaires. Pleins de confiance dans la justice de notre cause, dans le droit ineffaçable des peuples, en Dieu qui le garantit, dans notre énergie et dans celle de nos frères, nous repousserons la force par la force et vaincrons. Les baïonnettes et les canons français ne représentent que la partie la moins digne de la nation, la force brutale : nos baïonnettes à nous, nos canons, représentent une idée, un saint principe ; chacun d'entre nous défend sa maison, son honneur, sa patrie, Rome, la ville éternelle.
« Résistance et foi. Le peuple français, s'il conserve un sentiment d'honneur et de liberté, complétera votre victoire. » — Les Triumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »
18i9 S juio.
Altaque.
Malgré l'engagement pris par le général Oudinot de ne reprendre pas les hostilités avant le lundi, les troupes françaises commencent l'attaque dans la nuit du samedi au dimanche.
L'Assemblée rn P' roiancnce.
« Au nom de Dieu et du peuple. — L'Assemblée constituante se déclare en permanence. — Rome, 3 juin 18A9. « Le Président, G.-L. Bonaparte. »
Proclainalion du Triumvir
« Au nom de Dieu et du peuple. — Romains, au crime d'attaquer par des troupes républicaines une République amie, le général Oudinot ajoute l'infamie de la trahison. Il viole la promesse écrite, qui est dans nos mains, de ne pas attaquer avant lundi,
Œ Levez-vous, Romains I asx murailles, aux portes,
aux barricades. Prouvons à l'ennemi que pas même avec la trahison on ne peut vaincre Rome. Que la ville entière se lève dans l'énergie d'une pensée. Que chaque homme combatte ; que tout le monde ait foi dans la victoire. Que tout le monde se souvienne de ses pères et soit grand.
« Que le droit triomphe, et qu'une honte éternelle pèse sur l'allié de l'Autriche. — Vive la République ! — Les Triumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »
« Romains ! vous avez aujourd'hui soutenu l'honneur ^^^ de Rome, l'honneur de l'Italie. Vous avez combattu pen- Proclamation dant plus de quatorze heures comme de vieux soldats, du Triumvirai. Surpris tout à coup par la trahison, par la violation d'une promesse formelle et signée, vous avez disputé pas à pas le terrain, reconquis les positions un instant perdues, repoussé les plus vaillantes troupes de l'Europe, et salué la mort d'un sourire. Que Dieu vous bénisse, gardiens des gloires de vos ancêtres, comme nous, fiers d'avoir deviné ce qu'il y avait de grand en vous, nous vous bénissons au nom de l'Italie !
« Romains ! cette journée est une journée de héros, une page historique.
« Nous vous disions hier : Soyez grands. Aujourd'hui nous vous disons : Vous êtes grands. Continuez ; soyez constants. On peut demander des prodiges au peuple de Rome, à la garde nationale, à la jeunesse de toutes les classes ; nous disons avec une confiance entière : Rome est inviolable ; gardez cette nuit ses murs ; dans vos murs est placé l'avenir de la nation. Veillez pendant que ceux qui ont combattu quatorze heures se reposeront aux portes, aux barricades. L'ange de la patrie veille avec vous ; et l'ange de la patrie est l'ange de la nation. Vive la république ! » — Les Trumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »
Le général en chef au ministre de la guerre. g j„,n.
« L'ouverture de la tranchée a eu lieu hier soir à six *^'"'"
heures. A cinq heures du matin . deux batteries de siège ont ouvert, en arrière de la parallèle, leur feu. L'ennemi, occupé par une sérieuse diversion, que j'avais ordonnée, des villa Corsini et Valentini , n'a pas tiré un coup de fusil sur nos travailleurs. Pendant la journée, son feu de ce côté a été assez nourri, sans nous avoir fait éprouver de pertes.
« Le 53* de ligne , débarqué depuis trois jours, est arrivé hier ici. 11 a sur-le-champ pris part au service et aux travaux.
« Le Ponlemole est entièrement rétabli et peut donner passage aux voitures. On a trouvé dans les souterrains 1 50 kilogrammes de poudre préparés pour faire fougasse.»
« La nuit a été tranquille. On continue les travaux de tranchée avec activité. La nuit prochaine on construira de nouvelles batteries On s'occupe sans relâche de consolider la défense de San-Pancrazio et des villa Corsini et Valentini. »
*8«9 (c Romains !
6 jnin.
ProciamatioQ du « Les bras des pauvres ouvriers ne suffisent pas à l'ouvrage des fortifications qu'il faut opposer aux canons du lieutenant de Louis Bonaparte. Que les bons citoyens de toutes les classes accourent donc en travailleurs volontaires. Les pères et les mères de ces Français qui nous font la guerre aujourd'hui pour tuer notre République donnaient, en 1790, l'exemple d'un pareil élan d'enthousiasme. On vit alors les élégants parisiens, les femmes aussi bien que les hommes, manier la bêche et traîner les brouettes Faisons voir à leurs enfants corrompus que ■ nous avons recueilli l'héritage de ces vertus qu'ils ont abdiquées. La seule vue des nouveaux et délicats travailleurs redoublera les forces des ouvriers robustes exercés au travail. Hàtez-vous donc, tous à l'ouvrage ! Qu'aucune gloire ne manque aux citoyens de Rome ressuscitée ! On peut servir la patrie de toute manière. Les mains blan-
ches qui se seront noircies et endurcies en maniant la pioche et la bêche seront aussi honorables que si elles étaient marquées des blessures du combat.
« Les Triumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »
Assemblée nationale. — Les interpellations sur les i«'.9 affaires d'Italie sont remises au samedi 11, à la demande ' J"'"du citoyen Ledru-Rollin, indisposé.
La conduite de M. de Lesseps est déférée au conseil o juin. d'État.
LE CITOYEN PRÉSIDENT. — L'ordrc du jour appelle les in- " j"'"lerpellations sur les affaires étrangères. La parole est à uv'e!'!^'ïréSê M. Ledru-Rollin pour les interpellations. de m. Dupin.
J'invite l'Assemblée à garder le plus profond silence ; elle comprend toute la gravité du débat, et il ne faut pas que tout ce que la question peut avoir de sérieux au fond soit aggravé encore par la vivacité des formes (Très-bien! — Profond silence.)
LE CITOYEN LEDRU-ROLLIN. <■<■ Citoyens, Il csl dcs moments Lniiu-itoiiin. suprêmes oi^i les phrases paraissent complètement inutiles. Je crois que nous sommes dans une de ces graves circonstances. J'aurais compris, il y a six ou sept jours, les interpellations; aujourd'hui, je le déclare, elles me paraissent complètement inutiles.
a Des interpellations, pour quoi savoir? à quoi ont-elles servi jusqu'à présent? Il faut le dire nettement, à dénaturer la vérité, ou à couvrir, sous la pompe des mots, la honte des choses. Des interpellations, pour savoir ce qui s'est passé à Rome? Ah! malheureusement, nous savons tous ce qui s'y est passé; chacun de vous a pu recevoir, comme nous, des communications ; chacun de vous a pu savoir que Rome avait été attaquée avec énergie, avec fureur, il faut le due, pendant toute une longue journée,
et que Rome avait été défendue avec non moins de courage.
a Ce que chacun de vous peut savoir par des lettres qui sont là (l'orateur indique du doigt un dossier de lettres qu'il a apportées sur la marche de la tribune), c'est que, dans les deux journées fatales des 3 et 4 juin, les troupes françaises, après des efforts de valeur, ont été , à deux reprises différentes , repoussées, et qu'aujourd'hui les murs de Rome ne sont pas encore entamés. Mais le sang français, mais le sang romain a coulé à torrents : voilà ce que tout le monde sait, voilà ce qui fait saigner le cœur aussi, et voilà pourquoi je n'ai pas besoin d'interpellations. Ce que vous pouvez savoir encore, j'ai honte de le dire, cependant cela est vrai, le Gouvernement doit avoir les preuves dans les mains : c'est qu'une portion notable de notre cavalerie aurait été, non-seulement repoussée, mais massacrée dans une sortie oh une batterie d'artillerie masquée aurait fait dans ses rangs les ravages les plus mortels. — (Le citoyen Odilon Barrot : Comment! Cela n'est pas ! )
« Je ne citerai pas les lettres, vous pourriez les révoquer en doute; j'en ai là trois, parties : le A au soir et le 5 au matin de Rome. Mais, ce que vous ne pouvez pas ne pas connaître, c'est ce qui est imprimé, c'est ce qui paraît à Marseille. Eh bien , voulez-vous me permettre de mettre un document sous vos yeux?
« 6 juin '18/i9. — Voici, à la hâte, des nouvelles de Rome, qui arrivent par deux navires du commerce et un vapeur du Gouvernement. Le carnage de la journée du 3 a été immense ; il paraît que nos troupes ont immensément souffert. — La villa Pamphili, prise deux fois à la baïonnette par nos soldats, et reprise successivement par les Romains, a fini par rester à ces derniers, — Deux régiments, le 33* et le 66% sont ceux qui ont été le plus maltraités. Les pertes des Romains, on ne les connaît pas; elles sont moindres que les nôtres et dans une proportion
immense, par cette raison qu'ils étaient défendus par les canons de leur place. — On disait, à Civita-Vecchia , qu'une suspension d'hostilités avait été demandée par le général Oudinot pour vingt-quatre heures... » — et cette nouvelle est conflrmée par trois lettres que j'ai ici. Et l'on ajoute que la suspension avait été accordée par les triumvirs, parce qu'elle avait été demandée pour, de part et d'autre, ramasser les blessés et enterrer les morts tombés sur le champ de bataille.
« Je dis qu'en présence de pareils faits, les interpellations deviennent inutiles. Je ne demande à l'Assemblée qu'à dire deux mots pour caractériser la situation.
a II est certain que nous avions promis, sous la Constituante, à Rome de protéger son indépendance ; il est certain que, par la Constitution, nous avons déclaré que jamais nous ne porterions atteinte à la souveraineté, à la nationalité, à la liberté d'aucun peuple; il est certain que, par le vote du 7 mai, l'Assemblée constituante a décidé que l'expédition d'Italie ne pourrait pas être détournée plus longtemps du but qui lui avait été assigné par elle.
« Eh bien, tout le monde le reconnaît, faire aujourd'hui une vaine discussion serait stérile. M. Odilon Barrot, les autres ministres l'ont répété à satiété : le but de l'expédition n'était pas d'étouffer la République romaine, ce but était, pour le cas où les Autrichiens se seraient emparés de Rome et voudraient lui imposer un gouvernement absolutiste, ce but était, delà part de la France, de protéger Rome pour lui donner des institutions libérales.
a Ainsi voilà trois textes inflexibles : le premier, la déclaration de l'Assemblée constituante ; le second, votre propre pacte fondamental; le troisième enfin, la décision rendue le 7 mai par l'Assemblée, déclarant solennellement, après une discussion importante et longue, que l'expédition serait ramenée à son but.
a Après tout cela, qu'est-il arrivé'? Il est arrivé que le
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général Oudinot est allé sous les murs de Rome pour s'emparer violemment de la ville. Et cependant c'avait été pour empêcher qu'on ne pût recommencer un pareil acte de violence, qu'on avait décidé, le 7 mai, que l'expédition serait ramenée à son but primitif; ce qui était un blâme, tout le monde l'a compris, de l'indigne conduite du général Oudinot, de sa conduite attentatoire... (Murmures à droite. — Approbation à gauche.)
ce Eh bien, que fait le Gouvernement dans les interpellations successives? Il nous répond qu'il ne pense qu'à une chose : exécuter le vœu de l'Assemblée constituante ; et puis, le 29 mai, pendant que notre agent, M. de Lesseps, était sur le point de conclure, concluait un traité oii les principes de l'humanité étaient enfin consacrés et reconnus, le Gouvernement, profitant de la cessation de l'Assemblée constituante, profitant de celte lacune où l'Assemblée législative n'était point encore constituée, le Gouvernement, vous le savez maintenant, on ne peut plus le discuter, envoie deux ordres, le premier au général Oudinot, de s'emparer de Rome, coûte que coûte, et le deuxième à M. de Lesseps pour le rappeler.
« Eh bien, à quoi peuvent servir, je vous le répète, des interpellations? Que peut-on répondre à cela? Ce sont des dates : il n'y a qu'à lire les dépêches du général Oudinot, il n'y a qu'à lire les dépêches de M. de Lesseps, de M. de Lesseps dont on voulait, pour ainsi dire, ébranler à l'avance l'autorité morale, en faisant plus ou moins supposer qu'il avait été frappé d'aliénation.
« Voilà les faits. Eh bien, ces faits on n'y peut rien répondre; et quand ils sont maintenant rapprochés des textes, quand ces textes sont la Constitution, sont un décret, je le répète, des interpellations sont chose stérile, sont chose frivole, sont chose indigne d'une grande nation. Ce qui est vrai, c'est que le Gouvernement a manqué au plus sacré de ses devoirs, c'est qu'il a violé la Constitution; ce qui est vrai, c'est qu'une mise en accusation
est le seul acte qu'on puisse diriger contre lui. (Vive approbation à gauche.)
« Maintenant un seul mot,, et c'est le dernier.
« Il ne faut pas essayer de donner le change, ni à notre armée ni à l'opinion publique ; il ne faut pas essayer de dire que nous voulons combattre contre l'honneur du drapeau français; il ne faut pas essayer de dire que, quand un échec a été éprouvé par nos troupes, nous voulons nous satisfaire d'un échec nouveau. Non, cela n'est pas vrai. L'honneur du drapeau français, je l'ai dit déjà, il est compris par certains hommes d'une façon qui n'est plus de cette époque.
« La question n'est pas de savoir si la force brutale d'une nation de 36 millions d'hommes peut s'emparer d'une ville ; la question est de savoir si nous avons pour nous le droit et la justice; la question est de savoir si, en allant attaquer Rome, un peuple de frères, une république comme nous, nous ne manquons pas au plus sacré des principes. Or, il ne faut pas nous dire que, parce que les Français ont essuyé une défaite , il faut une victoire aujourd'hui! Cela n'est pas possible. 11 ne peut pas y avoir de victoire contre la violation du droit. S'emparàt-on de Rome un jour, on ne pourrait jamais compter cela dans nos annales pour une victoireou un succès; non, ce serait une honte, je ne crains pas de le dire à la tribune, parce qu'il y a quelque chose de supérieur à la question d'honneur, c'est la question de justice immortelle, c'est la question du droit le plus vivace et le plus sacré. (Nouvelle approbation à gauche.)
« Je le dis donc encore, les interpellations, elles me paraissent désormais inutiles. Les faits sont irrévocablement constatés, les textes existent. Ce serait les affaiblir et affaiblir notre situation que de discuter. Je ne puis donc faire qu'une chose, c'est de descendre de cette tribune, après avoir déposé aux mains du président de l'Assemblée un acte d'accusation contre le président de la
République et contre les ministres qui se sont rendus coupables, quoi que vous en disiez, au plus haut chef, de ce qu'il y a de plus grave, de la violation formelle de la Constitution. » (Approbation à gauche. — Rumeurs au centre et à droite.)
(L'orateur descend de la tribune et retourne à sa place.) De sa place : « Je n'ai qu'un mot à ajouter, qui se trouve déjà consigné dans l'acte d'accusation. Je vous l'ai dit, et cela résulte de toute la correspondance, le sang coule encore à Rome, il faut en arrêter l'effusion. Vu l'urgence, je demande le renvoi immédiat de l'acte d'accusation aux bureaux, sans qu'il soit besoin de s'arrêter aux formalités ordinaires. Je demande que nous nons retirions immédiatement dans les bureaux pour délibérer. » (Oui! — Non ! non !)
Odilon Barrot. LE CITOYEN ODILON BARROT , président dit COtlSeïl.
« Messieurs, j'ai besoin de commencer par déclarer à l'Assemblée que les bruits qui se sont répandus sur la foi de certaines correspondances, dont je ne veux pas juger ici la gravité, ni même la sincérité, ne sont justifiés par aucune des communications que le Gouvernement a reçues, nous n'avons aucune connaissance des détails que l'honorable M. Ledru-Rollin est venu apporter.
« Je crois qu'il faudrait assez respecter et la dignité de cette Assemblée, et la solennité de ses séances, et la portée des discours qui tombent du haut de cette tribune pour ne pas hasarder ainsi des bruits qui n'ont d'autre autorité que des lettres privées. L'alarme qu'on jette ainsi dans les esprits, le trouble que l'on peut aussi produire dans la cité, seraient-ils donc un préliminaire nécessaire pour la discussion d'une situation grave et difficile? La force des raisons ne suffirait-elle donc plus? Faudrait-il pour ainsi dire une mise en scène, reposant sur de pareils fondements? (Mouvements divers.)
« Peut-être avant de répondre, non pas aux interpellations, mais à l'accusation dirigée contre le président de la
République et le ministère, aursis-je, moi aussi, le droit de demander quelques explications à ceux dont émane cet acte d'accusation, de leur demander s'ils ont pris avec eux-mêmes, avec leur pays la résolution loyale et ferme de rester dans les termes de la légalité. Si j'en croyais certaines protestations, certains jugements portés par avance, certaines incitations, la mise en accusation ne se bornerait pas au ministère ni au président de la République, elle serait en quelque sorte d'avance formulée même contre le tribunal solennel devant lequel elle est portée, contre cette Assemblée elle-même. J'espère que des désaveux seront signifiés à cette tribune ; on ne paraît pas devant un juge quand on proteste d'avance contre sa décision. [Très-bien ! très-bien !) Il ne faut pas cumuler et la lutte légale et la sédition. (Vive approbation et bravos à droite et au centre.)
« L'Assemblée me permettra d'oublier la situation personnelle faite aux ministres pour me préoccuper de la situation du pays, de ses intérêts. S'il ne s'agissait que des ministres, je garderais le silence ; mais il s'agit d'autre chose plus élevé. Dieu merci! Il s'agit de la France, il s'agit d'une situation qui a sa gravité.
« Oui, cela est vrai, après avoir tout fait pour l'éviter, tout, excepté de sacrifier notre honneur, l'honneur de notre diplomatie, l'honneur de notre armée, après avoir tout fait pour éviter cette cruelle extrémité, oui, nous sommes engagés dans un conflit de guerre avec des populations à qui, dans la sincérité de nos convictions et de nos résolutions, nous n'entendions porter que protection et liberté. (Rumeurs à gauche.)
« Comment avons-nous été amenés à cette dernière, je puis le dire, à cette cruelle extrémité? Lorsque le gouvernement s'est décidé à déclarer que les négociations étaient épuisées, que la mission du négociateur était terminée, s'y est-il décidé sans cause, sans motif, sans nécessité? Telle est la question. Elle est nettement posée ;
je ne cherche aucune équivoque. Eh bien, je ne crains pas de prendre mon pays tout entier comme jury sur cette question. »
L'orateur passe en revue les origines de la question romaine, l'avènement de Pie IX, ses réformes libérales, l'ingratitude de ses sujets, sa fuite, le projet d'intervention du général Cavaignac.
« Dès ce moment (vous pouvez vous reporter au Moniteur), les mêmes reproches de violation de la constitution, d'intervention contre la liberté des peuples furent adressés au gouvernement du général Cavaignac. Après tout, disait-on, le peuple romain avait usé de son droit 1 Et l'honorable M. Ledru-RoUin, dès ce moment, présenta avec beaucoup d'éloquence et d'énergie l'objection constitutionnelle, qui n'arrêta pas l'Assemblée un seul instant.
« L'Assemblée, dans son bon sens et dans sa conscience, reconnut qu'il n'y avait pas là une de ces interventions qui blessassent ou l'esprit ou le texte de la constitution. Elle ordonna que l'expédition partirait. Si elle était partie, si elle avait pris possession de Givita-Vecchia,si elle s'était trouvée en face d'une population animée de passions révolutionnaires, voulant retenir dans ses mains comme otage le saint-père; si des précautions n'avaient pas été prises pour lui, si une sorte de fuite ne lui avait pas été ménagée pour le soustraire aux poursuites de ses sujets révoltés, que serait-il arrivé ? Et dans quelle situation se trouvait l'expédition? Dans une situation nécessairement offensive ; elle avait pour mission de délivrer le pape, elle aurait eu, comme nous, à vaincre des résistances. Le même cas qui s'est réalisé pour nous se serait présenté pour le gouvernement d'alors. Ces éventualités n'arrêtèrent pas l'Assemblée.
« Que s'est-il passé depuis? Les puissances catholiques se sont émues de la situation nouvelle faite au chef de la catholicité. Une conférence s'est formée à Gaëte ; les
différentes puissances y ont été appelées ; la France a répondu. Bientôt s'est agitée la question de savoir par quels moyens on rendrait au chef de la catholicité l'indépendance qui lui est nécessaire pour l'accomplissement même de ses devoirs spirituels. La question a été longuement agitée. Je n'ai pas besoin de vous dire, les instructions passeront sous vos yeux, que la France, tout en répondant à l'appel qui lui était fait comme à la plus grande puissance catholique intéressée dans cette question, que la France, même dans cette conférence, a conservé le caractère qui lui était propre et a stipulé toujours pour la liberté des peuples, pour les droits légitimes des populations romaines.
« Cependant le Piémont était tombé, la victoire de Novare avait brisé cette force, qui était l'espoir, l'avenir de la grande cause de l'indépendance italienne.
« C'est dans cette situation, lorsque la conférence de Gaëte était ainsi réunie ; lorsque la majorité de cette conférence, je dirai l'unanimité, moins la France, était d'avis de la restauration du Souverain-Pontife sans condition, lorsque l'Autriche avançait , lorsqu'elle annonçait qu'après la contre-révûlution de Toscane, elle en finirait avec Rome ; lorsque les Napolitains et les Espagnols préparaient des expéditions pour les lancer sur Rome ; c'est à ce moment que le Gouvernement français a été sommé de déclarer ce qu'il voulait, ce qu'il comptait faire.
« On a parlé de moment suprême pour les nations, je ne me servirai pas d'une expression aussi ambitieuse; mais il est certain qu'à ce moment la France a eu a prendre une détermination dont les conséquences devaient être et ont été graves. La France devait-elle associer son action à celle des puissances de la conférence, intervenir dans la solution de cette question romaine, en fournissant un contingent comme les Napolitains , comme les Espagnols?
« Si la France l'eût fait, elle se serait en quelque sorte
dégradée par ses propres mains; elle eût menti à son origine; elle ne pouvait pas le faire, elle n'a pas voulu le faire... (Une voix à gauche. Elle a fait bien mieux.)
LE CITOYEN PRÉSIDENT DU CONSEIL. « Elle pouvait prendre un autre parti ; c'était de s'abstenir, c'était de laisser faire, c'était d'assister à l'événement, non pas indifférente, mais inactive, de laisser se consommer les faits, puis enfin, quand les faits seraient consommés, d'entamer des négociations, de faire des remontrances. Je ne crains pas de le dire, si le Gouvernement eût suivi une pareille politique, les mêmes hommes qni signent aujourd'hui un acte d'accusation contre le ministère pour avoir agi, l'accuseraient de n'avoir pas agi, et ils auraient raison. Laisser consommer en Toscane une contre-révolution par l'intervention de l'Autriche; à Rome une contre-révolution par l'influence de l'Autriche ; déserter ainsi tous ses devoirs, tous ses intérêts, toute son influence en Italie, se borner à de simples remontrances, personne, ni dans l'Assemblée ni hors de l'Assemblée, ne l'a proposé. J'ai posé la question d'abstention ; j'ai dit à l'assemblée : Si vous êtes d'avis qu'il n'y a rien à faire, qu'il n'y a qu'à s'abstenir, vous n'avez qu'à nous refuser le subside ; seulement vous en prendrez la responsabilité. Pas une voix ne s'est élevée pour proposer l'inaction, l'abstention. Le débat s'est élevé entre nous qui, après avoir longtemps résisté à toute immixtion dans les affaires de Rome, reconnaissions que la marche des événements nous plaçait en face d'une nécessité absolue de nous en mêler, et ceux qui nous disaient d'aller en Italie pour dire aux Autrichiens : Vous n'avancerez pas plus loin, pour protéger la république romaine.
« On ne peut pas prétexter d'équivoque, messieurs ; la question a été très-nettement posée, très-vivement débattue, je n'ai trompé personne, j'ai déclaré, à dix reprises différentes, le Moniteur en est encore témoin, j'ai déclaré, à dix reprises différentes, que nous ne voulions pas aller
en Italie pour y faire ce que l'Assemblée s'était formellement refusée à faire, c'est-à-dire pour reconnaître la république romaine, pour la protéger ou pour établir avec elle une solidarité quelconque. J'ai excité les murmures, les clameurs d'une partie de l'Assemblée, .le suis resté ferme dans cette déclaration, et je l'ai répétée plus de dix fois. » (C'est vrai! c'est vrai!)
LE CITOYEN NAPOLÉON BONAPARTE. « Mais VOUS aveZ dit
que vous ne vouliez pas l'attaquer. »
LE CITOYEN MINISTRE. « J'ai même fait plus. J'ai dit : Si l'Assemblée, bien qu'elle ait repoussé jusqu'à ce jour toute tentative faite pour la pousser à reconnaître la république romaine, à raison des circonstances, éprouvait quelque regret, eh bien, il en est encore temps, qu'une proposition soit faite, que l'honorable M. Ledru-Rollin monte à cette tribune, qu'il demande un Vote formel par lequel l'Assemblée invitera le Gouvernement français à reconnaître la république romaine; à envoyer pour la défendre des secours en Italie ; pour la défendre contre les puissances catholiques. Le défi que je portais a-t-il été relevé ? Quelqu'un a-t-il porté à la tribune l'ordre de reconnaître la république romaine, de la défendre, de la protéger, d'établir une solidarité entre elle et le Gouvernement français? La pensée en était au fond du débat; on le disait bien dans les discours; jamais on n'a eu le courage d'en formuler la proposition à la tribune. (Trèsbien !)
« Cela est important à retenir, messieurs, car vous verrez que le Gouvernement, dans la voie des négociations, s'est arrêté à cette limite, oh il aurait fait par son agent ce que l'Assemblée avait refusé de faire par ses votes directs et exprès. La négociation n'a été rompue que sur cette question de la reconnaissance de la république romaine et de la solidarité avec elle.
« Eh bien, messieurs, cette reconnaissance n'étant pas même demandée, l'abstention n'étant pas même proposée,
que restait-il? 11 restait, il faut le dire, l'intervention, l'intervention avec le caractère propre à la France.
« Je me rappelle très -bien que ce qui préoccupait surtout les honorables membres de la commission dans le sein de laquelle nous eûmes à nous expliquer, c'était de savoir si l'intervention resterait bien française, c'est-àdire si elle aurait bien ce caractère propre à la politique de la France, si elle ne serait pas un acte de complicité avec les autres puissances qui n'ont ni nos principes, ni nos sympathies, ni nos antécédents, ni notre histoire.
« Eh bien, je déclarai fermement que l'expédition n elait demandée précisément que pour constituer l'action propre de la France ; que pour constituer une action non hostile, mais isolée et indépendante de l'action des autres puissances catholiques; que pour faire, nous, France, à notre manière, avec nos sentiments, avec nos sympathies, ce que les autres puissances auraient fait dans d'autres intentions et avec d'autres tendances. Je le déclarai très-formellement. Si mes paroles sont contraires à mes actes, si vous apercevez que notre politique ait cessé d'être ce que nous avons annoncé, une politique isolée, indépendante, je passe condamnation. La politique de la France, à ses risques et périls (et peut-être de là sont nés tous les périls qu'on veut tourner aujourd'hui contre nous), la politique de la France a été indépendante et libérale. Aussi la commission s'est déclarée satisfaite quand elle a appris cette résolution de maintenir à notre politique ce caractère propre à la France.
« On nous a demandé de préciser davantage le but que nous nous proposions. Nous l'avons précisé : nous n'allons pas à Rome pour ou contre telle ou telle forme de gouvernement; nous allons à Rome parce qu'il y a un événement imminent, inévitable : la république romaine ne peut pas vivre ; elle ne peut pas vivre dans les conditions dans lesquelles elle est placée ; elle est menacée (ftine crise, d'une dissolution inévitable. La France
va au-devant de cet événement ; elle ne veut pas qu'il s'accomplisse ni par certaines influences, ni aveccertaines tendances. La France va avec son drapeau, avec ses soldats, non pas à une conquête, car il ne peut pas y avoir de conflit, cela me paraissait impossible, lorsque nous nous présentions avec de pareilles dispositions; pouvionsnous craindre de trouver une population assez égarée, des hommes assez fanatisés pour ne pas comprendre oh. était letir salut, oii était l'avenirde leur patrie? Voilà ce que nous pensions tous.
« Mais de ce que nous ne supposions pas rencontrer une résistance qui n'avait de fondement, ni dans la raison, ni dans l'intérêt le plus vulgaire, le plus senti, en résultait-il que nous envoyions nos soldats sur les côtes de l'Italie pour exercer seulement le rôle de spectateurs ou de négociateurs ? En résultait-il que nous n'entendions pas, pour l'accomplissement de notre mission, faire au besoin intervenir la force? Personne ne le soutiendra; car c'eût été alors un piège tendu au gouvernement luimême, au gouvernement auquel on aurait accordé des subsides et des soldats pour ne pas s'en servir au cas de la plus rigoureuse et de la plus absolue nécessité.
« On le sentait bien ; aussi toute la question a-t-elle roulé sur l'atteinte que nous entendions porter à la Constitution, sur la violence qui serait faite aux nationalités étrangères. On nous a accusés, dès ce moment, d'être en trahison vis-à-vis de la Constitution. Et en effet, nous allions prendre possession par la force, au besoin, d'une portion du littoral ; cela était accordé par tout le monde. Qu'on résistât ou qu'on ne résistât pas, nous devions occuper Civita-Vecchia; puis, selon les éventualités, nous devions marcher sur Rome. Je prendrai dans l'opinion du rapporteur même de la commission cette portée donnée à l'expédition : « Si les Autrichiens marchent sur Rome, soyez-y avant eux I »
« C'était là le sentiment patriotique, le véritable esprit
de l'expédition. Devancez, devancez l'action de l'Autriche! Devancez l'action des puissances qui n'ont ni nos sympathies ni nos sentiments, afin de prévenir une réaction et une restauration sans condition, tel était le but politique de l'expédition; il est écrit, à chaque mot, dans cette discussion.
^< Certainement, si la république romaine eût dû vivre éternellement, si elle n'eût pas été placée dans les conditions où elle était et où chacun pouvait prédire sa chute prochaine et inévitable, la France aurait eu à examiner si, dans son intérêt, comme puissance catholique, elle devait intervenir ou laisser faire cette expérience nouvelle dans le monde, si elle devait prendre sa part des perturbations qui pourraient en résulter dans la catholicité. Mais la France n'était pas seule. Pouvait-elle empêcher les autres puissances catholiques d'être plus impressionnées qu'elle des conséquences d'un pape sans indépendance, sur les croyances catholiques et l'unité de l'Eglise? Pouvait-elle dépenser le sang de ses soldats et son trésor pour empêcher que les Autrichiens, que les Napolitains, que les Espagnols, que toutes les puissances catholiques se réunissent pour avoir un Pape indépendant et rétablir les conditions sans lesquelles ne saurait exister cette indépendance? Non; la France ne le pouvait pas, et si elle ne le pouvait pas, qu'avait-elle à faire? Aller audevant de celte action commune; aller au-devant de cette restauration ; opérer libéralement cette conciliation qui est nécessaire, inévitable entre les droits de la papauté et les droits des populations. (Mouvement à gauche.)
« Le général Oudinot partit à la tête de l'expédition. Civita-Vecchia lui ouvrit ses portes; il prit possession et du gouvernement et de l'administration de la ville. Dès le premier moment, il marqua le caractère de son expédition en refusant de laisser arborer les couleurs de tel ou tel gouvernement. Il n'avait pas été là pour ou contre un gouvernement; il refusa de recevoir comme fonction-
naires, à titre officiel, les agents que le Saint-Siège lui envoyait. 11 maintint à son expédition ce caractère; il a bien ou mal fait. Je puis ici rencontrer le blâme d'un autre côté de l'Assemblée ; il l'a fait parce que c'était le caractère de l'expédition. Et puis il entra en communication avec le gouvernement qui existait à Rome; il lui annonça dans quel but il venait, dans quel but pacifique, libéral'il venait s'interposer; il déclara qu'il ne mettrait aucun obstacle à ce que les populations romaines fussent de nouveau consultées, à ce que des négociations sur les bases les plus libérales fussent ouvertes pour arriver à cette conciliation entre les droits du Saint-Père et les droits des populations; qu'au contraire, il arrivait pour faciliter cette conciliation.
« Eh bien, il s'est présenté sous les murs de Rome ; il s'y est présenté non en conquérant, car assurément, s'il avait voulu faire la conquête de Rome, il aurait au moins attendu la seconde expédition qui, le lendemain, devait arriver pour compléter ses forces; il s'y est présenté, comme il l'a dit, pour faire une reconnaissance, pour se montrer, pour entrer en communication plus directe avec les agents du gouvernement. Il a rencontré la guerre (Mouvement:, ceux qu'il envoyait avec le caractère pacifique ont été retenus prisonniers, des coups de fusil ont été tirés sur nos soldats, qui ont risposté; il a déclaré, et je crois à sa loyauté militaire, qu'il n'a pas pris l'initiative.
i< Cependant, à la nouvelle de cet événement, l'Assemblée constituante a été saisie; avant même la production des documents, des dépêches, un jugement a été porté, par lequel il a été déclaré, le 7 mai, que le gouvernement était invité à rentrer dans les conditions originaires de l'expédition.
« Messieurs, je crois que, dans cette circonstance, le gouvernement n'a pas à se reprocher de n'avoir pas cherché à préciser le sens et la portée de ce vote.
L'honorable M. Drouin de Lhuys, à deux reprises différentes, monta à la tribune et demanda expressément si l'Assemblée était d'avis d'imprimer à nos troupes un mouvement rétrograde et de se retirer à Civita-Vecchia. Il n'y ent pas une opinion dans ce sens. L'honorable M. Senard répondit au contraire, au nom de la Commission, que telle n'était pas la portée du vote de l'Assemblée. (C'est vrai !) qu'il laissait au Gouvernement sa liberté d'action, selon les éventualités.
« Qu'y avait-il donc dans ce vote? Il y avait, messieurs, un avertissement de reprendre et d'épuiser toutes les voies de la négociation, de faire comprendre à la république romaine que, dans l'intérêt même de la liberté, elle n'avait pas d'autre parti à prendre que celui d'accepter cette intervention. Mais, reculer; mais, sous l'influence d'un échec subi, commander à notre drapeau de se retirer ; assister, l'arme au bras, aux exécutions de l'Autriche à Rome, personne no l'a proposé, et aussi personne n'a proposé une solution qui eût été plus selon les convenances ou les sentiments d'une partie de l'Assemblée, personne n'a proposé de se servir de l'armée d'expédition contre l'Autriche.
« Dans quelle situation le vote de l'Assemblée nous laissait-il donc? Dans la nécessité de reprendre les tentatives de paix, d'oublier l'échec militaire qu'avaient subi nos troupes, de ne pas chercher une revanche à tout prix, de rouvrir les négociations, et de les épuiser avant de recourir aux moyens extrêmes, à la force. Le gouvernement a-t-il obéi à ces invitations?
« Près d'un mois s'est écoulé depuis le 17 avril jusqu'au moment oii les négociations ont été déclarées épuisées.
LE CITOYEN NAPOLÉON BONAPARTE. « Et le 30 avrll On
attaquait! » (Bruit. — N'interrompez pas.)
LE CITOYEN PRÉSIDENT DD CONSEIL. « QuC s'est-il paSSé
dans cet intervalle? La France a-t-elle poussé assez loin la longanimité? Je prierai M. Jérôme Bonaparte de vou-
loir bien s'expliquer à cet égard et me dire jusqu'oiîi il aurait conseillé à un gouvernement^ qui, après tout, est dépositaire de l'honneur d'une grande nation, de pousser les concessions?
« Je vais lui dire celles que nous avons faites.
« Nos troupes étaient sous les murs de Rome. Un armistice fut accordé pour donner plus de facilité, plus de latitude à toutes les négociations. M. de Lessepsfut chargé de suivre ces négociations. Pendant cet armistice, nonseulement le ravitaillement de la place, non-seulement les communications étaient libres, mais les Napolitains se présentèrent sous les murs de Rome, ils s'avancèrent. Si la France avait joué un jeu double, l'occasion était belle; elle pouvait donner la main aux Napolitains. Elle a maintenu son armistice, les troupes française sont restées dans l'inaction. Elles ont laissé sortir de Rome une armée entière qui a été contre les Napolitains; la France resta l'arme au bras, donnant le temps à tous ces hommes qui ont agité l'Italie de se donner rendez-vous à Rome, et d'y former l'armée en face de laquelle nous sommes aujourd'hui. (C'est cela ! — Très-bien ! très-bien !) Ah ! si un reproche pouvait être fait, ce serait peut-être d'avoir poussé trop loin les concessions et la longanimité. {A droite. C'est vrai ! — Rumeurs à gauche.)
« Eh bien, après un mois de tentatives vaines, savezvous à quoi on est arrivé? on est arrivé à un traité qui a été publié. Cependant, comme c'est une des pièces importantes, je puis dire, du procès, puisque nous sommes accusés, je me permettrai d'en remettre le texte sous les yeux de l'Assemblée...
« Il y avait bien des objections contre un tel traité; il y en avait de sérieuses au point de vue de la diplomatie, au point de vue de la lo^^auté même dans nos relations avec les autres puissances. Cependant le général en chef auquel on prodigue les reproches de trahison, que l'on représente comme un soudard impatient de se baigner
dans le sang, d'y laver l'échec qu'il a subi, voyez ce gu'il a fait! Il avait accepté le traité, il l'avait accepté comme ultimatum, comme la dernière concession qu'il pût faire, et il a déclaré, je prie l'Assemblée de s'en souvenir, il a déclaré que la France n'entendait point intervenir pour telle ou telle forme de gouvernement et qu'elle laissait au peuple romain toute liberté. Mais au moins l'honneur de nos armes, notre position, étaient sauvés ; l'armée française était accueillie dans Rome en amie ; elle ne se mêlait pas du gouvernement, mais enfin elle était présente ; elle pouvait, une fois à Rome, parler haut à ceux qui s'avançaient ; elle avait des titres et des droits pour imposer des conditions à leur marche et limiter leur action.
« Eh bien, c'est ce projet qui avait été accepté par le général Oudinot; ce projet, présenté dans l'assemblée romaine, n'a provoqué que des murmures, des rires dédaigneux et le mépris. (Mouvement à gauche.) Cela est consigné dans le procès-verbal même qui retrace les incidents de la séance.
« Eh bien, après cet ultimatum qui, d'après M. de Lesseps lui-même, terminait sa mission, qu'il présentait comme la dernière et plus extrême concession possible au désir de conciliation, alors qu'il avait expressément annoncé qu'au cas de refus l'armée rentrait dans sa pleine liberté d'action ; lorsque le général Oudinot avait lui-même notifié au Triumvirat la cessation de la trêve consentie, eh bien, c'est alors que M. de Lesseps, qui avait reconnu sa mission finie, apporta au quartier général, le 30, un nouveau traité, cette fois, consenti par le Triumvirat et par l'Assemblée romaine ; et quand l'Assemblée devant laquelle j'ai l'honneur de parler aura lu ce traité, elle comprendra parfaitement que la république, l'assemblée et le triumvirat l'aient accepté à la presque unanimité. Voici en effet ce traité; ce ne sont plus les États romains qui demandent la protection de la France :
« L'appui de la France est assuré aux populations des Étals romains; l'armée française sera reçue comme une armée amie qui vient concourir à la défense de leur territoire, etc. » (Voir page 188.)
« Le général a repoussé cette convention. Il y était expressément autorisé par une dépêche par laquelle le ministère lui annonçait que les négociations étaient terminées, que l'approche de la saison des fièvres ne permettait pas de les continuer davantage, et que la mission de M. de Lesseps avait cessé. L'honorable général n'a donc fait que se conformer aux ordres donnés par le gouvernement, lorsqu'il a repoussé cette convention, lorsqu'il a mis un terme à des négociations qui aboutissaient à de pareils résultats.
« Maintenant, messieurs, il ne s'agit pas du général Oudinot; il s'agit du ministère qui le couvre, qui prend sous sa responsabilité la résolution prise, la rupture de négociations qui s'étaient déjà trop prolongées, et qui semblaient encourager ceux qui se jouaient ainsi de notre honneur et avilissaient notre drapeau. (Très-bien! trèsbien !)
« L'Assemblée comprendra que, dans cette situation diplomatique, tout engagement établissant une solidarité entre la République française et la république romaine, toute promesse de la défendre, de la protéger contre une invasion étrangère, auraient été de notre part et une révolte contre la politique que la sagesse de l'Assemblée nous avait imposée, et une déloyauté envers les puissances avec lesquelles nous sommes en rapports réguliers de diplomatie; nous ne pouvions donc, sans encourir ce double reproche, ratifier cette convention, qui représentait notre armée comme n'étant venue que peur défendre le territoire occupé par le gouvernement romain el sous son autorité, qui garantissait contre toute invasion étrangère les territoires occupés par nos troupes, disposition dérisoire et indigne de nous s'il ne s'agissait que de l'em-
placement de nos camps, compromettante et violatrice de nos relations diplomatiques s'il s'agissait de défense contre le pape, c'est-à-dire contre le seul gouvernement par nous reconnu, la prise de possession de ses États.
« Assurément ce n'est pas le territoire occupé par le camp même de nos soldats qu'il fallait défendre, c'était le territoire même que ces troupes pouvaient couvrir. Et alors qu'est-ce que cela était sinon cette solidarité que nous n'avons jamais voulu accepter?
« Et puis, ce n'est pas tout, nous devions rester dans cette position, quoi qu'il pût arriver, alors même qu'un conflit s'engagerait, que les Autrichiens s'avanceraient, que les Napolitains reviendraient sous les murs de Rome, que les Espagnols, qui sont débarqués, viendraient unir leurs forces aux leurs; la France ne pouvait prendre aux événements une part active, puisqu'elle rencontrait une décision de l'Assemblée, ni stipuler pour Rome, puisqu'elle n'occupait même pas la ville de Rome; elle était obligée, l'arme au bras, d'attendre, de laisser s'accomplir devant elle les événements. C'eût été le déshonneur de notre politique, c'eût été le déshonneur des armes françaises. Il n'y a pas un homme, je ne dis pas un soldat, mais un citoyen qui ait dans son cœur quelque sentiment d'orgueil national qui ne se révolte contre de telles propositions... (Murmures à gauche.)
Voix nombreuses à droite et au centre. « C'est vrai 1 c'est vrai ! — Très-bien ! très-bien ! »
« Tel a été le sentiment du Gouvernement. Il assume la responsabilité entière et complète de ses actes, de la détermination prise.
« Lorsque la question de l'indépendance italienne se présentait dans des conditions de succès probable, que la ligue des États fédérés, avant d'être dissoute par la démagogie, repoussait l'Autriche derrière le Mincio, eh bien, la France se présenta et proposa de mettre son épée dans la balance; si cette offre généreuse eût été acceptée, qui
doute que celle grande cause... (C'est l'homme qui parle, ce n'est pas le ministre) cette grande et sainte cause de l'indépendance italienne n'eût été à jamais gagnée... (Rires ironiques à gauche.)
« Eh bien, qu'est-il arrivé? C'est que ce misérable orgueil, c'est que ce fanatisme aveugle qui égare les individus et les populations, et plus sûrement les populations que les individus, nous fit jeter cette réponse dédaigneuse : que l'Italie n'avait pas besoin de la France, que l'Italie faisait ses affaires elle-même, que l'Italie était assez forte pour se sauver elle-même.
« Vous voyez aujourd'hui la situation du nord de l'Italie. (Très-bien! très-bien I) Ce triste phénomène se reproduit à Rome. Là aussi nous avons retrouvé, et avec toule la puissance de l'exaltation et du désespoir tous ces agents de révolution et de démagogie, qui viennent jouer leur dernière partie dans cette ville, cet orgueil et ce fanatisme ; nous avons retrouvé ce même aveuglement qui a déjà fait succomber la Sicile, la Lombardie et cette Venise à laquelle se rattachent tant de sympathies; ce sont les mêmes sentiments qui font repousser nos soldats qui apportaient des conditions libérales et raisonnables. Eh bien, si la France se retirait, si, dans ce moment, elle abandonnait ces hommes à eux-mêmes, savez-vous ce qui arriverait? Ce qui est arrivé en Sicile et en Lombardie. (Mouvement.)
« La cause que nous soutenons à Rome, la cause que fera triompher la valeur de nos soldats, c'est non pas seulement la cause de la dignité de la France, de l'honneur de nos armes, c'est la cause, je le dis très-sincèrement, de la liberté romaine. C'est pour cela que j'appelle, sans crainte et sans inquiétude, le jugement de mon pays et le vôtre sur les actes auxquels j'ai concouru. » (Trèsbien! très-bien! — Vives et nombreuses marques d'approbation à droite et au centre.)
LE CITOYEN LEDRU-ROLLIN. « CitOyenS , C'CSt quelqUC I.earu-noltii..
chose de profondément douloureux de voir à quel point, sous les artifices du langage, les souvenirs les plus récents s'effacent, les actes les plus solennels sont dénaturés ou oubliés. M. Odilon Barrot a cherché, selon moi, à déplacer la question ; j'y reviendrai succinctement, l'enfermant dans les textes mêmes, rappelant quelle a été la pensée, quelle a été l'intention de la Constituante et comment ses rapporteurs se sont exprimés. Vous voyez qu'il n'y aura là ni exagération ni emphase; la question sera toute simple; on verra ce qu'a promis le ministère, comment il a exécuté ses promesses, et si, oui ou non, comme je l'ai posé, en débutant, la constitution a été violée.
« Vous vous rappelez qu'après la défaite de Novare un premier décret a été rendu par l'Assemblée constituante; permettez-moi de vous en remetti'e les termes sous les yeux: « L'assemblée nationale déclare que si, pour mieux garantir l'intégrité du territoire piémontais et mieux sauvegarder les intérêts et l'honneur de la France, le pouvoir exécutif croit devoir prêtera ses négociations l'appui d'une occupation partielle et temporaire en Italie, il trouvera dans l'assemblée nationale le plus entier concours. »
« Ainsi voilà un décret par lequel l'Assemblée constituante, se préoccupant de la défaite des Piémontais, craignant que les Autrichiens n'abusassent de leur victoire, déclarait qu'un point de l'Italie serait occupé par les armées françaises pour protéger la nationahté et l'indépendance du territoire piémontais.
a Peu de jours après, l'assemblée prend une nouvelle décision; le 17 avril elle déclare : «L'Assemblée ouvre un crédit extraordinaire de 1,200,000 fr. pour subvenir au surcroît de dépenses qu'exigera l'entretien sur le pied de guerre, pendant trois mois; du corps expéditionnaire de la Méditerranée. »
« C'est ici qu'il faut bien s'entendre; le ministre déclare ceci : qu'en vertu de cette décision l'assemblée constituante, oubliant l'art. 5 de la Constitution qui veut que la
nationalité d'aucun peuple ne soit attaquée par les armées françaises, le ministre, dis-je, prétend qu'en vertu de cette résolution les armes françaises pouvaient être portées jusque dans la ville de Rome. Là est la question.
Permettez-moi de vous relire les paroles mêmes du rapporteur qui a préparé le projet de décret qui a été voté par l'assemblée.
Voici en quels termes s'exprimait M. Jules Favre :
« La commission a appelé dans son sein M. le président du conseil et M. le ministre des affaires étrangères. De leurs explications il est résulté que la pensée du gouvernement n'était pas de faire concourir la France au renversement de la république qui subsiste actuellement à Rome.
« Écoutez bien ce que dit le rapporteur :
« Votre commission a pris acte de cette déclaration pnu sitive ; elle vous prie de ne pas l'oublier dans le cours « de la délibération qui va s'ouvrir. »
« Ainsi le rapporteur, l'organe officiel de la majorité de la commission, vient déclarer que le Gouvernement a pris l'engagement formel de ne pas intervenir dans la forme du gouvernement romain, et qu'il a pris l'engagement de ne faire qu'une chose : exercer la part d'influence sur les affaires d'Italie qui appartient à la nation française; et comme, dès ce moment, la majorité de l'Assemblée constituante semblait se défier, il faut le dire, de la conduite louche du mitiistèrc, le rapporteur insiste et dit :
« Nous vous invitons à prendre acte de cette parole « aussi positive, et ce n'est qu'après cette déclaration et « à cette condition que nous déclarons, nous commission, « qu'il y a urgence et que les 1,200,000 francs doivent « être votés. »
« Voilà le point de départ. 11 eèt bien clair, il est bien certain que vous avez dit, dans le sein de la commission, que vous ne vouliez pas étouffer la république romaine. Il est certain que vous avez déclaré que vous ne vouliez
qu'une chose, conserver l'influence française à Rome, comme l'Assemblée constituante avait eu la pensée de conserver l'influence française dans le Piémont, quand elle avait dit que, pour empêcher les Autrichiens d'abuser de leur victoire, une armée française serait là pour stipuler des conditions libérales. Ainsi ce point ne peut plus aujourd'hui être discuté ; vos paroles heureusement ont été conservées, elles ont été constatées dans un rapport officiel. Il est certain que vous n'aviez point le droit, au point de départ, d'intervenir dans les affaires de Rome, de changer la forme de gouvernement que le peuple s'était donnée.
« Maintenant, est-ce que l'Assemblée constituante n'a eu qu'une fois cette préoccupation ! est-ce que sa pensée fixe, systématique de faire respecter l'article 5 de la constitution n'a pas reçu deux autres sanctions?
« Quand l'expédition part de Civita-Vecchia, quand elle arrive sous les murs de Rome, quand le général Oudinot fait une première attaque, est-ce que, par hasard, l'Assemblée constituante reste impassible? est-ce que l'Assemblée ne s'émeut pas profondément? est-ce que, en présence de ce général qui, selon elle, avait outrepassé les limites de son mandat, elle ne vint pas demander, par voie d'interpellations des explications au ministère? estce que le ministère n'a pas été obligé à ce moment, en balbutiant je ne sais quelles excuses, de désavouer en quelque sorte les démarches qui avaient été faites? Je vais le démontrer. Cela résulte de la discussion, cela résulte de paroles que vous ne récuserez pas, des paroles du citoyen Senard, qui vous expliquent en quels termes l'Assemblée constituante a compris la mesure qu'elle avait ordonnée. Ces paioles, je vais vous les citer.
« Voici comment il s'explique. Remarquez que ce n'est pas un simple membre, mais un rapporteur, un organe officiel de votre majorité, qui parle :
« Quel que soit l'état des choses à l'heure qu'il est,
« nous vous demandons de vous souvenir que la constitu- « tion à laquelle nous obéissons, à laquelle vous devez « obéir, ne vous permettrait pas plus à vous de demander « qu'à nous de voter que nos troupes servissent à détruire « un gouvernement constitué par la force seule de la na- « lionalitéqui se l'était donné... » — « Est-ce clair?» — « Nous vous demandons de vous en souvenir, et nous ne « souffrons pas que vous équivoquiez sur la question de a savoir si vous défendrez la république romaine... » — « C'est ce que vous faisiez tout à l'heure. »
« Sans doute, vous aviez déclaré que vous ne la
« reconnaissiez pas, que vous ne la défendriez pas, mais « en même temps vous avez déclaré que vous ne l'atta- « queriez pas. » — Le citoyen Jules Faire. « Vous l'avez déclaré sur l'honneur dans la commission. »
« Voilà ce rapporteur du premier décret qui s'écrie, de sa place « Dans la commission, vous l'aviez déclaré sur « l'honneur! » et cela est constaté par le Moniteur.
« Maintenant, le citoyen Senard continue en ces termes :
« Et dans le fait, aujourd'hui, la république romaine « est attaquée; l'Assemblée constituante romaine persiste, « réclame, proteste, et les troupes françaises marchent « contre Rome, contre l'Assemblée constituante romaine. « Eh bien, nous ne voulons pas que l'Assemblée consti- « tuante de Rome, que la république romaine soient atta- « quées, contrairement à notre constitution, conlrairea ment à la pensée qui nous a dicté le vote du crédit, « soient attaquées par les troupes françaises, qui seraient « déshonorées. » (Mouvement.)
« Eh bien, sincèrement, voyons, mettons les artifices de langage de côté, est-ce clair? jamais vérité a-t-elle brillé d'un éclat plus vif? pouvez-vous dire, en vous tenant dans je ne sais quel système mixte, amphibie, que vous avez déclaré à miaintes reprises, que vous ne voudriez pas reconnaître la république romaine? Ce n'est pas
ce que nous demandons; vous avez beau essayer de donner le change sur la question, nous n'accepterons pas le terrain sur lequel vous voulez perfidement nous attirer; non, non, ce n'est pas ce que nous disons. Voici ce que nous disons : Vous avez déclaré que vous ne seriez pas solidaires avec elle, contrairement à nos principes, mais en même temps vous avez déclaré, conformément à la constitution, que vous ne l'attaqueriez pas. Je le répète, il n'y a pas d'équivoque possible; non, non, vous n'avez jamais voulu la défendre, mais vous avez été obligés, pour vous incliner devant vos pairs, devant votre majorité, obligés de déclarer que vous n'attaqueriez pas la république romaine. (Approbation à gauche.) Eh bien, je viens vous demander compte aujourd'hui de votre conduite.
« Voulez-vous maintenant que je persiste jusqu'au bout, car la preuve deviendra plus claire encore? Je continue :
a La république romaine, qui ne devait être ni défendue ni attaquée, est attaquée directement aujourd'hui. En conséquence, la commission a l'honneur de vous faire la proposition suivante : « L'Assemblée nationale invite le Gouvernement à prendre sans délai les mesures nécessaires pour que l'expédition d'Italie ne soit pas plus longtemps détournée du but qui lui était assigné. » (Sensation.)
« Je vous le déclare, il y a vraiment des instants dans la vie oi!i le découragement vous gagne. Je ne sache pas de puissance de parole qui puisse lutter avec de pareils passages et de pareilles résolutions. Je ne comprends pas qu'un homme se commette, je dirai presque qu'il se déshonore à soutenir par des phrases ce qui est si clair, ce qu'il ne pourrait jamais rendre plus lumineux. Vous avez prétendu que vous aviez le droit d'aller dans le cœur de Rome faire couler le sang français mêlé avec le sang italien. Je vous dis, moi : Vous ne l'aviez pas. Vous dites à ces membres qui n'étaient pas de la Constituante nationale, que l'Assemblée nationale vous en avait donné le
droit. Je vous dis que vous ne l'aviez pas, et je le prouve. Vous venez vous jeter dans je ne sais quelle histoire de pape pour déplacer la question. Je ne parle pas de sa vertu, la question n'est pas là. Un peuple souverain s'est levé, qui a proclamé sa nationalité et son indépendance. Une Assemblée nationale a dit : Vous n'irez pas le secourir, non; mais vous ne pourrez pas l'attaquer; voilà la question. (Approbation à gauche.)
« Cela vous fait sourire, monsieur Barrot; cela me paraît pourtant bien clair.
« Que s'est-il passé? Il faut exécuter cet ordre si positif de l'Assemblée nationale, et alors, vous envoyez M de Lesseps. Nous vous demandons quel est votre agent. Vous nous répondez par son nom qui pouvait nous suffire, mais vous y ajoutez toutes les qualités dont il a brillé dans ses missions successives. Eh bien, cet agent, il assiste, dans une tribune, aux délibérations si ardentes de l'Assemblée nationale; il s'en est impressionné, et vous nous avez dit, vous ancien ministre des affaires étrangères, vous nous avez dit à deux reprises différentes ceci : « Il est parti « pour exécuter les ordres de l'Assemblée nationale. » Il a donc dû les exécuter ; et quand il les a exécutés et qu'il obtient une suspension d'armes, que faites-vous? Je ne saurais trop le répéter, vous profilez d'une lacune entre une assemblée qui va finir et une assemblée qui n'était pas encore debout, pour faire un empiétement de pouvoir, pour révoquer votre agent d'une part, et pour donner l'ordre d'entrer dans Rome coûte que coûte.
« Eh bien, maintenant, je vous demande ceci : votre droit, où l'avez-vous puisé ? que s'est-il passé de la part des Romains? Quoi! braves, héroïques, ils ont voulu défendre leur souveraineté, vous êtes venus à eux leur apportant, dites-vous, des paroles de paix. Al'ons! c'est insensé ! des paroles de paix au bout des baïonnettes, au bout de la mitraille; ce n'est pas possible. Us vous ont répondu qu'ils n'acceptaient pas.
« Voilà tout ce qui s'est passé, et, cependant, vous avez attaqué Rome, et, depuis quatre longs jours, nos soldats sont là qui combattent, et qui, peut-être, éprouvent des revers; et vous dites que vous n'êtes pas responsables?
« Je dis que vous avez au front une tache de sang. (Sensation. — Applaudissements à gauche.)
a Vous osez nous dire que la France agit libre dans son indépendance, sans être influencée par les cours de la sainte-alliance ! vous osez nous dire cela ! Et cet agent que vous nous avez tant vanté, dont vous avez proclamé vous-même la loyauté, vient vous dire, dans sa correspondance, que les contradicteurs, que les adversaires, que les ennemis qu'il trouvait auprès du général en chef pour combattre ses desseins, c'étaient les agents de la Prusse, de la Russie et de l'Autriche. (Mouvement.)
<c J'avoue franchement que je ne comprends pas que vous riiez, M. Barrot. »
LE CITOYEN ODiLON BARROT. « Vous VOUS trompcz, je ne ris pas, je suis seulement indigné que vous supposiez que le général Oudinot ait cédé aux influences de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie. »
LÉ CITOYEN LEDRu-ROLLiN. « Commcnt! cet homme que vous avez été choisir entre tant d'agents honorables, et dont vous nous avez tant de fois fait l'éloge, il aurait manqué à ce point de déclarer une chose contraire à la vérité! il aurait manqué à vingt-cinq ans de sa vie! Non, il a dit la vérité, l'avenir le prouvera.
« Eh bien, je le répète, je ne veux pas abuser des phrases, et je regrette de n'avoir pas aujourd'hui plus de force à consacrer à cette question qui est une question capitale et qui, soyez-en convaincus, lais?era une des traces les plus funestes dans notre histoire. Je me résume en disant : Il est faux que l'assemblée constituante ait permis qu'on violât l'article 5 de la constitution; il est faux que l'assemblée constituante, dans un premier dé-
cret, ait autorisé à ce qu'on intervînt jusque dans Rome ; il est faux, quand la première intervention a eu lieu, quand la première attaque a été faite, que l'assemblée constituante l'ait en quelque sorte sanctionnée. Non, l'assemblée a déclaré que vous n'aviez pas le droit d'entrer dans les murs de Rome, que vous n'étiez là que de simples observateurs, pourquoi faire? Pour empêcher les Autrichiens, s'il venaient, d'abuser de leur pouvoir, et pour cela vous n'aviez pas besoin d'entrer dans les murs de Rome. Il est faux que la constitution, encore un coup, ait été respectée par vous; elle a été violée au premier chef; il n'est pas de phrase oratoire qui puisse lutter contre cette déclaration, il n'est pas de phrase oratoire qui puisse effacer, anéantir les rapports inscrits au Moniteur, il n'est pas de phase oratoire qui puisse effacer les paroles de M. Senard, homme modéré entre tous. Ainsi la constitution a été violée, manifestement violée.
« Vous nous dites en commençant comme pour nous intimider : Vous qui nous interrogez, vous qui nous accusez, étes-vous bien sûrs de rester dans la légalité? Je vous répondrai : Je vous trouve bien téméraires, vous qui avez violé la constitution, de nous adresser une telle question ; notre réponse est bien simple : La constitution a été violée, nous la défendrons par tous les moyens possibles, même par les armes. » (Vives exclamations. — Les cris : A r ordre! éclatent avec une grande force. Un certain nombre de membres de la gauche se lèvent et répètent les dernières paroles de l'orateur : « Oui, même par les armes! » — L'agitation est à son comble)...
LE CITOYEN PRÉSIDENT. « La constitutiou ne peut pas être violée d'une manière plus scandaleuse (Très-bien) que, lorsqu'au sein d'une assemblée législative, on parle, au lieu de la défendre par la loi, de la défendre par les armes. (Violente interruption à gauche.) C'est un appel à. la guerre civile! Je vous rappelle à l'ordre, monsieur Ledru-RoUin. Mais le rappel à l'ordre est impuissant
contre une pareille violation du droit. Je n'ai plus qu'à protester au nom de la constitution, au nom de toute l'Assemblée. »
LE CITOYEN LEDRu-ROLLiN, de sa place. « L'art. 110 de la constitution déclare ceci : La défense de la constilu- « lion est confiée au patriotisme de tous les Français. » (Mouvements divers.) « J'ai dit et je répète : La constitution violée sera défendue par nous, même les armes à la main! » {A gauche : Bravo! bravo! — Exclamation d'indignation sur les autres bancs. — Le citoyen président : Je maintiens le rappel à l'ordre.)
Après des observations de MM. le général Bedeau, de Ségur-d'Aguesseau, Emm. Arago, Cantagrel, Grévy, Taschereau, Crémieux, l'Assemblée, par 361 voix contre 203, adopte l'ordre du jour pur et simple, la demande de mise en accusation devant suivre son cours d'après le règlement.
m9. « Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, les
Sommation événcments de la guerre ont, vous le savez, amené l'ard'Oudinoi. mée française aux portes de Rome. Dans le cas où l'entrée de la ville continuerait à nous être fermée, je serais contraint, pour y pénétrer, d'employer immédiatement les moyens d'action que la France a mis à ma disposition.
« Avant de recourir à cette terrible nécessité, je regarde comme un devoir de faire un dernier appel à des populations qui ne peuvent avoir pour la France des sentiments ennemis. L'Assemblée nationale voudra sans doute, comme moi, éviter à la capitale du monde chrétien de sanglantes calamités.
« Si douze heures après la réception de cette dépêche une réponse conforme aux intentions et à l'honneur de la France ne m'est point parvenue, je me regarderai comme forcé d'attaquer la place de vive force.