‹ La question romaine devant l'histoire 1848 a 1867Chapitre 9 sur 10 · OUDINOT DE REGGIO · texte numérisé non relu

OUDINOT DE REGGIO

« Au peuple, a la garde nationale, à l'armée. — La is*»majorité de l'Assemblée législative vient de passer de- Prociimai'ion daigneusement à l'ordre du jour sur les affaires d'Italie, ^e 'a monugne.

« Par ce vote, la majorité s'est alliée à une politique qui viole la constitution.

« Nous avons déposé un acte d'accusation contre le pouvoir exécutif. Nous le soutiendrons demain. Nous voulons épuiser les moyens que la constitution met entre nos mains.

« Que le peuple continue à avoir foi en ses représentants corhme ses représentants ont foi en lui. »

« Nous, membres de la presse républicaine, nous mem- prociamaiion bres du comité démocratique socialiste, nous disons au ^^ '* Pf*"" '■«p"peuple de se tenir prêt à faire son devoir. et dûTomiié

« La Montagne fera le sien jusqu'au bout. démocratique

« Nous avons sa parole. «ocaiiste.

« Cinq représentants ont été délégués par elle pour aviser.

« Tous les républicains se lèveront comme un seul liomme. — Les membres de la presse républicaine, les membres du Comité démocratique socialiste. »

« Citoyens, la constitution de la République française a Proclamation été violée par le pouvoir exécutif. La majorité royaliste de ''''' '^''''^'• l'Assemblée législative, par son ordre du jour, se rend complice de sa trahison. Elle se met elle-même hors de la loi. La lutte est aujourd'hui entre la République et ses éternels ennemis. La minorité de l'Assemblée, la Montagne, soutient seule l'inviolabilité de nos droits. Tous les citoyens qui ont du cœur et une conscience républicaine doivent la soutenir dans l'accomplissement de ce devoir sacré. A vous citoyens des écoles de Paris, qui avez pris l'initiative de la protestation vengeresse de • Février, de vous réunir les premiers autour du drapeau constitutionnel. Au signal de nos représentants, marchons

tous en avant, au cri unanime de : Vive la République ! — Le Comité des étudiants républicains .-Babut, A. Blondin, Cœur-de-Roy, Duvivier, Fonvielle, Faurias, Hélie, Hubbard, Lebloys, Meurizet, Joubert, Moutard, Watripon. »

1849. « A l'Assemblée nationale. La constitution porte :

l'iocbmTiion * A-rt. 5. La Républilque française respecte les nationa-

du comité électoral « lités étrangères comme elle entend faire respecter la

typographique. ^ slcnue ; elle n'entreprend aucune guerre dans des vues

« de conquêtes, et n'emploie jamais ses forces contre la

« liberté d'aucun peuple. — Art. 5k- Le président de la

« République veille à la défense de l'État; mais il ne peut

« entreprendre aucune guerre sans le consentement de

« l'Assemblée nationale. »

« La violation de ces deux articles est manifeste par l'attaque impie de l'armée française contre la République romaine.

« En face d'un pouvoir qui faillit à ses devoirs, c'est « aux citoyens à faire le leur... « Art. 110. L'Assemblée « nationale confie le dépôt de la constitution et des droits « qu'elle consacre à la garde et au patriotisme de tous « les Français. »

« Élus du département de la Seine, vous savez quel engagement vous avez contracté dans le cas d'une violation de la constitution... Agissez... Le peuple a les yeux fixés sur vous. — Pour le Comité typographique : Debock, compositeur; Mirguet, imprimeur; Petit, imprimeur; Forget, compositeur; Guillemette, compositeur; Antoine, imprimeur (1). »

Assemblée légiiia- £g commlssioR Dommée pour examiner la proposition

t ve. — Présidence * r r

de Dupin.

H) Cette pièce, ainsi que les trois qui précèdent, est publiée, avec le décret d'accusation proposé la veille, dans la Reforme, la Révolution démocratique et sociale, le Peuple, la Démocratie pacifique.

de mise en accusation du ministère a choisi M. Daru pour rapporteur. Il s'exprime ainsi :

« Messieurs, l'urgence de la proposition qui vous est soumise n'a pas besoin d'être démontrée. Quant à la valeur de l'acte d'accusation en lui-même, la commission a pensé :

er Que la constitution n'était pas violée ni dans son esprit ni dans sa lettre ; que ce n'était pas pour étouffer la liberté romaine que l'expédition de Rome avait été entreprise ; que l'Italie, par la faute du parti démagogique qui s'est emparé d'elle, ayant été livrée à l'invasion des Autrichiens, il importait à la fois , et à l'influence française, et à la liberté italienne de voir noire drapeau à Rome préférablement à tout autre ; que ce n'est donc pas contre la cause de la liberté que l'expédition a été dirigée ; que l'intention d'oii elle émane est parfaitement légitime ;

« Qu'une fois l'expédition résolue, elle devait s'accomplir par la force, si elle rencontrait résistance ; que l'Assemblée dernière, en autorisant le président de la République à occuper de gré ou de force Civita-Vecchia , n'a pu ignorer ni méconnaître quelles seraient les conséquences nécessaires de cette décision ;

« Que si l'Assemblée constituante a plus tard émis un vote dont le but n'était pas de rappeler l'expédition, mais seulement de tenter des moyens de conciliation, ce vœu a été accompli par l'ouverture d'une négociation nouvelle dont le résultat n'a pu être accepté;

a Que dès lors la nécessité d'atteindre le but qu'on s'était proposé, et de l'atteindre le plus promptement possible, dans le double intérêt de l'honneur de nos armes et de la santé de nos troupes, exigeait l'emploi immédiat et énergique de la force ;

« Et que, dans tous les cas, les derniers faits s'étant passés en présence de l'Assemblée nouvelle, c'est à elle seule qu'il appartient de porter un jugement souverain sur celte dernière période de l'expédition, et que, tant

qu'elle ne s'est pas prononcée, on ne peut dire qu'il y ait désaccord entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif;

« Par ces motifs, la commission vous demande à l'unanimité le rejet immédiat de la proposition que vous lui avez renvoyée. » (Très-bien ! très-bien!)

Après des discours de MM. Thiers et Ledru-Rollin, l'Assemblée, par 377 voix contre 8 (la gauche s'élant abstenue), adopta les conclusions de la commission.

1849. <f Général, nous avons l'honneur de vous transmettre

Réponse Is réponse de l'Assemblée extraordinairement convoquée, h la sommaiion à voirc communicatïon du 12. — Nous ne trahissons oudmoi. jamais nos engagements. Nous avons pris celui de défendre, en exécution des ordres de l'Assemblée et du peuple romain, le drapeau de la République, l'honneur du pays et la sainteté de la capitale du monde chrétien. — Nous le ferons. — Agréez, etc. — Rome, 13 juin, 3 heures du matin. — Les Triumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »

Rappori romain « L'cnneml 3 découvert ses batteries, et a bombardé la ville, etc. Hier au soir et ce matin les coups ont été presque continuels.

a Les bombes et les balles ne sont pas lancées au hasard. On aurait cru que le général Oudinot pénétré de la sainteté de Rome, la ville éternelle, aurait commandé à ses pointeurs d'épargner les lieux les plus remarquables, ou du moins les ambulances sur lesquelles flotte le drapeau noir, respecté même par les barbares ; l'humanité doit rendre sacré le blessé, même pour l'eimemi.

« Rien de tout cela. Plusieurs bombes sont tombées sur le palais Farnèse, sur celui de l'Assemblée, près de la fontaine de la place Navona ; on les entend souvent sur l'hôpital du Saint-Esprit et de la Trinité des Pèlerins : on en lance aussi avec une intention évidente vers le Quirinal, où se trouvent les chefs-d'œuvre de Phidias et de Praxitèle, où est le palais du Pape, maintenant sanc-

mcnt.

tifié par la présence de nos blessés. Le Capitule surtout est devenu le point de mire de ces nouveaux Vandales. »

Au peuple français. — « Le peuple seul est souverain. i^jo. Les délègues du peuple, quels qu us soient, le président j^^^^^^ au peuple de la République, les ministres, les représentants euxmêmes ne reçoivent et ne conservent leur mandat qu'à la condition d'obéir à la constitution.

a Quand ils la violent, leur mandat est brisé.

a La constitution dispose :

a Art. 5/i. Le président de la République veille la défense de l'État; mais il ne peut entreprendre une guerre sans le consentement de l'Assemblée nationale.

Art. 5. du préambule. — « La République française respecte les nationalités étrangères comme elle entend faire respecter la sienne ; elle n'entreprend aucune guerre dans des vues de conquêtes, et n'emploie jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple.

« Or, le président de la République a déclaré la guerre à Rome sans le consentement de l'Assemblée nationale.

« Bien plus, au mépris du décret de l'Assemblée du 7 mai. il a continué de faire verser le sang français.

a Enfin il a employé les forces de la France contre la liberté du peuple romain.

« Cette double violation de la constitution est éclatante comme la lumière du soleil.

« Les représentants du peuple soussignés ont fait appel à la conscience de leurs collègues en leur proposant la mise en accusation du pouvoir exécutif.

« La majorité de l'Assemblée a rejeté l'acte d'accusation ; elle s'était déjà rendue complice du crime par son vote du 11 sur les affaires d'Italie.

« Dans cette conjoncture, que doit faire la minorité ?

« Après avoir protesté à la tribune, elle n'a plus qu'à rappeler au peuple, à la garde nationale, à l'armée, que l'art. 1 1 0 confie le dépôt de la constitution et des droits

qu'elle consacre à la garde et au patriotisme de tous les Français.

« Peuple, le moment est suprême 1 tous ces actes recèlent un grand système de conspiration monarchique contre la République. La haine de la démocratie, mal dissimulée sur les bords de la Seine, éclate en toute liberté sur les bords du Tibre.

« Dans cette lutte engagée entre les peuples et les rois, le pouvoir s'est rangé du côté des rois contre les peuples. « Soldats ! vous comptiez arracher l'Italie aux Autrichiens ; on vous condamne à seconder les Autrichiens dans l'asservissement de l'Italie.

« Au moment où la Prusse, la Russie et l'Autriche menacent nos frontières de l'est, on veut faire de vous les auxiliaires des ennemis de la France.

« Gardes nationaux, vous êtes les défenseurs de l'ordre et de la liberté. La liberté et l'ordre, c'est la constitution, c'est la République.

« Rallions-nous donc tous aux cris de : Vive la consti- Itttion! Vive la République!

« Avril (Isère). — Anstett (Bas-Rhin). — Bac (Haute- Vienne). — Baune (Loire). — Beyer (Bas-Rliin). — Bandsept (Bas-Rhin). — Boch (Bas-Rhin). — Baudin (Ain). — Boysset (Saône-et-Loire). — Boichot (Seine).

— Cholat (Isère). — Commissaire (Bas-Rhin). — Considérant (Seine). — Cantagrel (Loir-et-Cher). — Delbetz (Dordogne). — Deville (Hautes-Pyrénées). — James Demontry (Côte-d'Or). — Dulac (Dordogne). — Duché (Loire). — Marc Dufraisse (Dordogne). — Dussoubs (Haute-Vienne). — Daniel Lamazière (Haute- Vienne).

— Ennery (Bas-Rhin). — Fargin-Fayolle (Allier). — Faure (Rhône). — Gambon (Nièvre). — Greppo (Rhône).

— Heitzmann (Saône-et-Loire). — Hofer (Haut-Rhin).

— Jannot (Saône-et Loire). — Joigneaux (Côte-d'Or).

— Kœnig (Bas-Rhin). — Kopp (Bas-Rhin). — Lamennais (Seine). — Landolphe (Saône-et-Loire). — Ledru-

<ô juin.

Manifeste,

RoUin (Seine). — Malardier (Nièvre). — Martin Bernard (Loire). — Félix Mathé (Allier). — Mathieu (Drôme). — Michel (de Bourges) (Cher). — Miot (Nièvre). — Pierre Lefranc (Pyrénées-Orientales). — Nadaud (Creuse). — Pelletier (Rhône). — Perdiguier (Seine). — Pflieger (Haut-Rhin). — Pilhes (Ariége). — Félix Pyat (Cher). — Racouchot (Saône-et-Loire). — Rattier (Seine). — Richard ^Cantal). — Robert (Yonne). — Rolland (Saôneet-Loire). — Savatier-Laroche (Yonne). — Savoye (Haut-Rhin). — Suchet (Var). — Terrier (Allier). — Testelin (Nord). — Etc.

« Le président de la République et les ministres sont isw hors la constitution.

« La partie de l'Assemblée qui s'est rendue hier leur complice par son vote s'est mise hors la constitution.

« La garde nationale se lève ;

« Les ateliers se ferment.

« Que nos frères de l'armée se souviennent qu'ils sont citoyens, et que, comme tels, le premier de leurs devoirs est de défendre la constitution.

« Que le peuple entier soit debout !

a VIVE LA CONSTITUTION ! VIVE LA REPUBLIQUE 1

« Le comité de la presse républicaine, le comité démocratique et socialiste, les délégués du Luxembourg, le comité des écoles. »

Art. 110. « L'Assemblée nationale confie le dépôt de la DcchmioB présente constitution et des droits qu'elle consacre à la ^ /"'•'"" garde et au patriotisme de tous les Français.

a Que tous les amis de la constitution, que tous les vrais citoyens se rappellent les devoirs que leur impose la loi fondamentale! Qu'une manifestation grande et calme comme la justice solennelle, comme la sainte cause des nationalités, fasse éclater la protestation du peuple fran-

ge la Cunttiiu;hn

çais contre les audacieuses entreprises du pouvoir, et qu'elle assure désormais le triomphe de la constitution.

« La France entière s'associera au généreux élan du peuple de Paris.

1849. a La constitution est violée, nous avons la niesure de

Appei'à^iTg'arde ^^ ^'^^ "°"^ dcvons attendre d'une politique gui trahit la natiouaie. Fraïice et outrage les lois de l'humanité.

« Attendu la gravité des circonstances qui nous mènent à la guerre civile, et la flétrissure jetée à la face de la France républicaine par les démocrates de tous les pays, dignes résultats des menées d'un gouvernement antirépublicain ;

« Nous, délégués de la 5e légion, engageons, au nom de la patrie en danger, les citoyens appartenant à toutes les légions de la Seine à se réunir aujourd'hui mercredi, à onze heures du matin, au Château-d'Eau, en face de la mairie du 5« arrondissement, en tenue, sans aucune arme, pour de là nous transporter à l'Assemblée législative, afin de lui rappeler le respect dû à la constitution, dont la dé ■ fense est confiée au patriotisme de tous les citoyens.

« Plus d'hésitations, plus de questions personnelles en face d'un moment aussi décisif. Joignez-vous à nous, et bientôt, forts de notre conscience, de notre union, de nos droits, nous pourrons nous glorifier d'avoir relevé la dignité de la France aux yeux de l'Europe.

« La grande voix du peuple, si puissante lorsqu'il s'agit d'humanité, ne peut rencontrer d'adversaires. Nous aurons rétabli sur ses bases la constitution, seul boulevard que nous puissions aujourd'hui encore opposer aux efforts réunis de tous les ennemis de la République.

« Les membres de la commission executive permanente, délégués des membres de la 5* légion :

« Schmitz, président ; Demay, Ricateau, etc. (1). »

(1) Cette pièce, ainsi que les trois qui précèdent, est publiée dans la Réforme^ la Vra'e République , la Rèvqlulion démocratique et sociale) la Démocraiie pacifique et le Peuple.

Une manifestation pacifique de plus de deux mille per- i8*9. . . sonnes, dont beaucoup d'artilleurs de la garde nationale, """"^ " ■'^'"°" part de la Bastille et suit les boulevards, ayant à sa tête le citoyen Etienne Arago. La colonne est coupée par le général Changarnier. On résiste. Des barricades sont élevées autour du Conservatoire des Arts et Métiers, où sont réunis quelques membres de la Montagne.

LE PRÉSIDENT DO CONSEIL présente un projet de loi sur la Assemblée légi.umise en état de siège de Paris, et demande que l'Assem- ''^« — Présidence

, , , j - , de DupiQ.

blee se déclare en permanence.

LE CITOYEN PIERRE LEROUX parle contrc l'état de siège ^.^■""p"*'''.'"'

• > 1 • t m n 1 1° ^'"^ *** Siège.

propose, et contre l'état de siège de juin I8i8, sur lequel il fait retomber la responsabilité de tous les événements postérieurs.

LE CITOYEN CAVAiGNAC. « Citoyeus représentants, nous Cavaignae. ne sommes pas dans le moment des longs discours ni des longues discussions; je monte à cette tribune pour répondre à trois assertions de l'honorable Pierre Leroux.

« Il a prétendu que njus nous étions montrés sans clémence et sans mansuétude. Je lui rappelle que, le 28 juin, après la victoire, il y a quelqu'un, et c'est moi, moi seul, qui suis monté à cette tribune et qui ai plaidé pour la clémence et la mansuétude. Où ètiez-vous alors vous et vos amis? Avez-vous pris la parole? »

LE CITOYEN PIERRE LEROUX. « J'étais à la tribuue. »

LE CITOYEN CAVAIGNAC. « Vous y éticz, soit; j'y étais comme vous. Par conséquent, le reproche ne doit pas venir de vous à moi.

a Vous dites que nous sommes tombés ; c'est encore une erreur ; nous sommes descendus du pouvoir. (Applaudissements et bravos redoublés dans toutes les parties de la salle.)

« Je le répète, et je le répèle à dessein, nous sommes descendus du pouvoir. La volonté nationale ne renverse

pas; elle ordonne, on lui obéit. (Nouveaux applaudissements.)

<c J'ajoute et je désire que toujours le parti républicain puisse le dire avec justice : Nous sommes descendus honorant, glorifiant par notre conduite, nos convictions républicaines. (Très-bien! très-bien!)

« Vous avez dit que nous avions vécu dans la terreur. Je ne repousserai pas ce reproche. L'histoire est là, elle parlera ; elle pourra dire si, moi et les hommes qui m'ont secondé dans l'exercice du pouvoir, nons avons vécu dans la terreur. Mais ce que je vous dis, moi, c'est que, si vous n'êtes pas parvenus à m'inspirer un sentiment de terreur, vous m'avez inspiré un sentiment de douleur, oui, un sentiment de profonde douleur. Voulez-vous que je vous dise un mot, enfin? Vous êtes républicains de la veille, et si je le disais de moi-même, peut-être me contesteriez-vous ce titre? Cela est vrai, je n'ai pas travaillé pour la République avant sa fondation, je n'ai pas souffert pour elle, je le regrette, je m'en ferais aujourd'hui un honneur. Mais, quand la Répubhque est venue, je l'ai saluée de mon respect et de mon dévouement, je l'ai servie, je ne servirai pas autre chose, entendez-vous? » (Bravos et applaudissements unanimes et prolongés.)

(L'orateur indiquant du doigt le sténographe du Moniteur :) « Ecrivez ce que je viens de dire ; écrivez-le mot à mot ; que cela reste gravé dans les annales de nos délibérations. Je ne servirai pas autre chose. (Nouveaux applaudissements unanimes.)

« J'ai fait plus que servir la République, je l'ai gouvernée; c'est un dépôt d'honneur que j'ai conservé, non pas comme un titre, mais comme une obhgation, comme un devoir, et que je livrerai pur et sàtis faiblesse au jugement de la postérité. (Nouveaux applaudissements.)

« Mais ce que je dis là, c'est un droit que je me donne à votre égard; oui, un droit, et c'est pour cela que je vous ledis ; vous m'inspirez une douleur profonde.

— 2lil —

« Entre vous et nous, c'est à qui sert le mieux la République, n'est-ce pas? Eh bien, ma douleur, c'est que vous la servez bien mal. J'espère bien, pour le bonheur du pays, qu'elle n'est pas destinée à périr. » {De toutes parts. Non ! nonîj

Plusieurs voix. « Vive la République ! »

« Mais si nous étions condamnés à une pareille douleur, rappelez-vous bien que nous en accuserions vos exagérations et vos fureurs. » (Applaudissement unanimes et redoublés.)

Malgré les citoyens Pierre Leroux et Bancel, l'Assemblée déclare l'état de siège par 394 voix contre 82.

« Au peuple français, à la garde nationale et à l'armée. ^^*'.a La Constitution est violée, le peuple se lève pour la ProcUm'a"ion défendre ! affichée

« La Montagne est à son poste. '"' '" °'"'*'

« Vive la République! vive la Constitution ! « Au Conservatoire des arts et métiers à deux heures, « Les représentants de la montagne. »

« L'Assemblée a adopté d'urgence la loi dont la teneur Loi mr lèut suit : "• *'*«"•

« Art. P«". La ville de Paris et toute la circonscription comprise dans la première division militaire sont mises en état de siège.

0 Art. 2. Cette mesure pourra être étendue par le pouvoir exécutif aux villes dans lesquelles semblables insurrections éclateraient.

« Délibéré en séance publique à Paris, le 13 juin 1849.

Le président et les secrétaires,

Dupin, — Arnaud (de l'Ariége), — Peuplin, —

Lacaze, — Chapot, — Heeckeren, — Bérard . »

a Pour expédition : Le président de l'Assemblée natio-

nale législative, Dupin. — La présente loi sera immédia-

tement publiée et promulguée. — Le président de la République, L.-N. Bonaparte. — Odilon Barrot, président du Conseil. »

1849. « Le président de la République,

Distoiuiïon « Vu l'article 5 de la loi du 22 mars \ 831 ,

de rariiiierie « Sur le rapport du ministre de l'intérieur,

, "*' '; , « Décrète :

g-rdc nationale

« Art. 1". La légion d'artillerie de la garde nationale de la Seine est dissoute.

« Art. 2. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.

« Fait à Paris, à l'Elysée national, le 13 juin 1849. « L.-N. Bonaparte. »

lîappori « Monsieur le président du conseil, l'ordre général sui-

ci."ng""n'iM. '^^'^*' ^"Js J'^^ ^^^^6 à trois heures et demie, sans avoir eu le temps de le lire, vous fera connaître le début de la journée.

a A une heure trois quarts, les factieux, retranchés au Conservatoire des Arts et Métiers, dont ils avaient couvert les abords par des barricades, ont été abordés et chassés avec la plus grande décision par l'armée de ligne, accompagnée de gardes nationaux delà 6" légion. (Trèsbien ! très bien î — Ecoutez ! Ecoutez !) Ces gardes nationaux étaient commandés par l'un des capitaines-rapporteurs dont je ne puis vous dire le nom en ce moment, mais dont la conduite résolue et vraiment patriotique est digne des plus grands éloges.

tf D'autres barricades, rueAumaire, rue desGravilliers, rueTransnonain, rue duFaubourg-du-Temple, rue Notre- Dame de Nazareth et d'autres encore ont été enlevées presque aussitôt qu'elles ont été édifiées, attaquées en face, à revers, et de front; aucune d'elles n'a pu faire une longue résistance à nos braves soldats, dont l'ardeur décisive aurait surmonté de bien autres obstacles ; partout

secondés par la coopération de la garde nationale, nos troupes maintiennent l'ordre, même dans les quartiers où nos adversaires comptent le plus de partisans... » « Général Changarnier. »

A la nouvelle des troubles de Paris, Insurrection k ***3- Lyon, manifestation à Dijon, Toulouse, Bordeaux, Péri- insurrections en gueux, Vienne, Auch, Narbonne, Saint-Éiienne, etc. pro»ii.cc.

Mise en état de siège de Lyon et des 5 départements voisins.

Le Conseil municipal de Bologne envoie des délé- ^* i"'".gués à Gaëte pour demander « le maintien du statut oioDauëT'(;"-ie. constitutionnel, l'organisation d'une milice indigène pour faire cesser le plus tôt possible l'occupation étrangère, et une ligue avec les autres états italiens. » A leur retour de Gaëte, Mgr Bedini, commissaire pontifical, dissout !e Conseil et impose à chacun de ses membres une amende de mille écus.

« Monsieur le Chancelier, J'apprends, à mon arrivée De corceiici au quartier général, que le Gouvernement romain, répon- ^ ^^ Gcrji.<io, dant hier à la dernière sommation de M. le général Oudinot, a déclaré qu'à ses yeux la reprise des hostilités, avant que l'on pût connaître la décision du Gouvernement français sur le projet de traité de M. de Lesseps, était une atteinte portée aux droits des gens.

« J'affirme que les négociations de M. de Lesseps ont été officiellement désavouées par une dépêche du ministre des affaires étrangères dès le 26 mai, et que le 29 du même mois une autre dépêche contenait la révocation de tous les pouvoirs de M. Lesseps.

« Si M. Lesseps a été révoqué le 29 mai, comment aurait-il eu qualité le 31 pour conclure avec le Gouvernement romain un traité qui, dans tous les cas, devait être ratifié?

— 2tih —

« En ce qui touche la ratification, voici la vérité : un nouveau ministère, constitué dans les premiers jours de juin, m'a fait l'honneur de me confier la mission extraordinaire que je remplis en ce moment. C'est le 6 juin que que je suis parti de Paris, quelques heures après le retour de M. Lesseps. Eh bien, j'affirme encore que le Gouvernement dont je suis l'organe n'a pas hésité un seul instant à rejeter le traité apporté par M. Lesseps.

« L'exposé de ces faits, ma présence au camp, les pouvoirs dont je suis revêtu attestent suffisamment que le Gouvernement romain serait dans la plus complète erreur, s'il pensait pouvoir justifier, par l'attente d'une ratification qui n'a pu se réaliser, la prolongation d'une résistance si contraire à la véritable cause de la liberté romaine et aux intérêts que l'on prétend défendre.

« J'ai pensé, monsieur, que vous deviez, par tous les moyens qui sont en votre pouvoir, réfuter l'erreur du Gouvernement romain.

« La France n'a qu'un but dans cette lutte douloureuse : la liberté du chef vénéré de l'Église, la liberté des Etats romains et la paix du monde. La mission qui m'a été confiée est essentiellement libérale et protectrice des populations que l'on réduit k de telles extrémités. »

« Agréez, je vous prie, etc. — L'envoyé extraordinaire de la République Française, ¥^. de Gorcelles.

1849. 15 juin. « Monsicur, la lettre que M. de Gorcelles vous écrit 15 juin. gjj (ja^g (jy /|3 gt qyg yQyg g^yQj^ 1)1611 voulu Tcie com-

b de Gérando. muuiquer , xï mfirmc en rien, vous devez 1 avoir vu des l'abord, le sens de la réponse de l'Assemblée constituante romaine. Peu importe la date de telle ou telle dépêche fi'ançaise; peu importe que M. de Lesseps fût ou non révoqué au moment de la signature apposée par lui à la convention du 31 mai.

« 11 y a un mot qui répond à tout : « l'Assemblée n'en

« a rien su; elle n'a jamais on communication officielle a de ces dépêclies. »

« La question diplomatique est donc ainsi posée par nous:

w M. de Lesseps était ministre plénipotentiaire de France, en mission à Rome. Il était tel pour nous le 31 mai comme avant. Rien n'était venu nous avertir du contraire. Nous traitions donc en pleine bonne foi avec lui, comme si nous traitions avec la France; et cette bonne foi nous a valu l'occupation de Monte-Mario, dans la nuit du 28 au 29 mai. Engagés dans une discussion entièrement pacifique avec M. de Lesseps, ayant à cœur d'éviter tout ce qui aurait pu précipiter les esprits vers une solution contraire à nos vœux, et ne pouvant nous résoudre à croire que la France voudrait initier sa mission protectrice par le siège de Rome, nous regardions faire. A chaque mouvement de troupes, à chaque opération de détail tendant à restreindre l'enceinte militaire, et à se rapprocher pas à pas des positions que nous aurions pu fort bien défendre, M. de Lesseps nous disait qu'il ne s'agissait, du côté des Français, que de donner satisfaction à l'excitation fiévreuse des troupes, fatiguées de leur immobilité ; il nous suppliait, au nom des deux pays et de l'humanité, d'éviter toute rencontre hostile, de mettre toute confiance en lui et de ne rien craindre pour les conséquences. Nous cédions de bon gré. Je m'en repens aujourd'hui pour ma part. Je m'en repens, non que je craigne pour Rome, mais parce que ce sont des poitrines de braves qui défendent ce que des bonnes positions auraient pu défendre. Le 31 mai, à huit heures du soir, la convention entre M. de Lesseps et nous fut signée. Il l'emporta au camp, en nous disant qu'il regardait la signature du général Oudinot comme une simple formalité sur laquelle le moindre doute ne pourrait exister. Nous étions tous dans la joie. Les choses allaient reprendre, entre la France et nous, leur cours naturel.

« La dépêche du général Oudinot contenant le refus d'adhérer à la convention et affirmant sa conviction que M. de Lesseps, en la signant, avait dépassé ses pouvoirs, nous arriva, je crois, pendant la nuit.

« Une seconde dépêche, datée du l''"" juin, à trois heures et demie de l'après-midi, et signée par le général, nous déclara de sa part que « l'événement avait justifié sa dé- « termination, et que, dans deux dépêches émanées du « ministre de la guerre et de celui des affaires étran- « gères, sous la date des 28 et 29 mai, le Gouvernement « français lui déclarait que la mission de M. de Lesseps « était terminée. »

« Vingt-quatre heures nous étaient accordées pour accepter V ultimatum du 29 mai.

« Le même jour, vous le savez, M. de Lesseps nous adressait une communication dans laquelle il était dit : « Je maintiens l'arrangement signé hier. Je pars pour a Paris pour le faire ratifier. Cet arrangement a été con- « du en vertu de mes instructions, qui m'autorisaient à « me consacrer exclusivement aux négociations et aux « rapports à établir avec les autorités et les populations « romaines. »

« Le même jour, plus tard, le général Oudinot nous déclarait que les hostilités recommenceraient, mais que « sur la demande du chancelier de l'ambassade de « France... l'attaque de la place serait différée jusqu'à « lundi matin, au moins. »

« Le dimanche l'attaque avait lieu et la conséquence de ce manque de foi était pour nous l'occupation de la villa PanfiU et l'enlèvement de deux compagnies coupées, et dont le chiffre figure sans doute dans le bulletin de la journée du 3. Ces 200 hommes, surpris dans leur sommeil, sont maintenant, avec les 24 prisonniers faits pendant la journée, à Bastia, en Corse.

« Maintenant, que nous fait, je vous le demande, monsieur, la dépêche du 26 mai, citée pour la première fois

dans la lettre de M. de Corcelles? Que font au Gouvernement romain les dépêches citées par le général Oudinot? Nous n'avons jamais vu ces dépêches, leur contenu ne nous est nullement connu, il ne nous a pas été communiqué officiellement. Nous avons d'un côté les affirmations du général Oudinot, de l'autre celles du ministre plénipotentiaire français : elles se contredisent. Que la France arrange tout cela, si elle le peut, de manière à mettre à couvert son honneur. Entre un ministre plénipotentiaire et le général d'un corps d'armée, notre Assemblée a cru pouvoir se rattacher à la tradition des faits établis par le plénipotentiaire. Je trouve qu'elle a bien fait, et je vous fais observer, monsieur, que c'est aujourd'hui seulement, le dixième jour du siège de Rome, que la présence de .M. de Corcelles au camp, en qualité de ministre envoyé, nous est officiellement, bien qu'indirectement, connue.

« Pesez les dates de notes officielles, comparez-les à la date de l'occupation de Monte-Mario et des opérations de l'armée française; et dites-moi, monsieur, si, en examinant froidement la question diplomatique, l'Europe ne sera pas conduite à dire : « Le Gouvernement français n'a voulu que jouer le Gouvernement romain. Le général Oudinot a déloyalement profité de la bonne foi des hommes qui le composent pour resserrer le cercle de l'attaque, pour occuper des positions favorables, pour se ménager la possibilité de surprendre la ville. Ou la dépêche du 26 n'existe pas, ou bien elle n'a pas été communiquée à temps à M. de Lesseps. » La dépêche du 29 mai était, en effet, connue au camp français dans la matinée dul" juin; celle du 26 pouvait donc se trouver dans les mains du général Oudinot dès le 29 mai. Si le général en chef ne la produisit pas à cette époque pour suspendre toute négociation et le négociateur lui-même, on pourrait penser qu'il voulait se prévaloir de ce semblant de négociation qui paralysait la surveillance et les forces du peuple romain, pour s'emparer, sans rencontrer de résistance, peu

à peu, des meilleures positions; sûr qu'il était, en produisant la dépêche du 26, de faire cesser à sa volonté toute négociation qui ne lui plairait point, et tout armistice, dès qu'il serait prêt à agir.

« Permettez-moi de vous le dire, monsieur, avec la franchise qui sied à un homme de cœur : la conduite du Gouvernement romain n'a jamais, pendant les négociations, dévié d'une seule ligne du chemin de l'honneur. Le Gouvernement français ne peut pas en dire autant. La France, Dieu merci, n'est pas en question : brave et généreuse nation, elle est victime d'une basse intrigue, comme nous le sommes.

a Aujourd'hui vos canons tonnent contre nos murs, vos bombes pleuvent sur la ville sainte; la France a eu la gloire, cette nuit, de tuer une pauvre jeune fille de Transtevere qui dormait à côté de sa sœur.

a Nos jeunes officiers, nos militaires improvisés, nos hommes du peuple tombent sous votre feu en criant : « Vive la République! » — Les braves soldats de la France tombent sous le nôtre, sans cri, sans murmures, comme des hommes déshonorés. Je suis sûr qu'il n'y en a pas un seul qui ne se dise en mourant ce qu'un de vos déserteurs nous disait aujourd'hui : « Nous sentons en nous quelque chose comme si c'étaient des frères que nous combattions. » (Textuel.)

« Et cela pourquoi? Je n'en sais rien , vous n'en savez rien. La France n'a pas ici de drapeau ; elle combat des hommes qui l'aiment et qui , hier encore, avaient foi en elle. Elle cherche à incendier une ville qui ne lui a rien fait, sans programme politique, sans but avoué, sans droit à réclamer, sans mission à remplir. Elle joue, par ses généraux, la partie de l'Autriche, et elle n'a pas le triste courage de l'avouer. Elle traîne son drapeau dans la fange des conciliabules de Gaëte, et elle recule devant une déclaration franche et nette de restauration cléricale. M. de Corcelles ne parle plus d'anarchie et de factions; il n'ose

pas, mais il écrit comme un homme troublé cette phrase inconcevable : — La France a pour but la liberté du chef vénéré de l'Église, la liberté des États romains, et la paix du monde. »

« Nous, au moins, nous savons pourquoi nous combattons ; et c'est parce que nous le savons que nous sommes forts. Si la France représentait ici un principe, une de ces idées qui font la grandeur des nations et qui ont fait la sienne, la bravoure de ses enfants ne se briserait pas contre la poitrine de nos jeunes recrues.

« C'est une bien triste page, monsieur, qui s'écrit en ce moment, par la main de votre gouvernement, dans l'histoire de France; c'est un coup mortel porté à la Papauté que vous voulez soutenir, et que vous noyez dans le sang; c'est un abîme sans fond qui se creuse entre deux nations appelées à marcher ensemble pour le bien du monde, et qui depuis des siècles se tendaient la main pour s'entendre ; c'est une profonde atteinte à la moralité des rapports entre peuples et peuples, à la croyance commune qui doit les guider, à la cause sainte de la liberté qui vit de cette croyance, à l'avenir, non de l'Italie — la souffrance est un baptême d'avancement pour elle — mais de la France qui ne peut se maintenir au premier rang, si elle abdique les mâles vertus de la croyance et l'intelligence de la liberté. »

« Croyez-moi, monsieur, votre dévoué,!. Mazzini. »

« Hier, depuis deux heures du matin jusqu'au milieu i8*9. de la nuit, l'artillerie ennemie n'a pas un moment cessé n5pport""Mm«iu de lancer sur nos murs, sur les maisons voisines et sur ««r

presque tous les quartiers de Rome, une énorme quan- '"^ bombardement, tité de bombes, de fusées et de boulets. C'était un grondement continuel du tonnerre, et la grêle des projectiles tombait drue et mortelle. Le bombardement de Vienne et celui deNaples sont éclipsés par celui de Rome. Oudinota voulu se montrer digne de l'alliance des bombardeurs. »

1849. « Trois brèches sont ouvertes : l'assaut est donné dans

Assaut" de Rome. ^^ ""^^ ^^ ^^ ^" ^^ par les Frauçais. Ils s'emparent d'une des brèches.

22 juin, a Protégé par les ténèbres, l'ennemi a traîtreusement

dM Trlmnvi'rs. ^^^ ^^s picds sur la brèche. Que Rome se lève dans toute

63 force et le chasse ! Jonchons la brèche de ses cadavres !

Celui qui touche en ennemi la terre sacrée de Rome est

maudit de Dieu.

« Pendant qu'Oudinot tente un dernier effort désespéré, la France s'émeut et renie cette poignée de soldats envahisseurs qui la déshonorent. Un dernier effort de notre part, Romains, et la patrie est sauvée pour toujours. Rome par sa constance aura donné le signal d'une nouvelle résurrection européenne.

a Au nom de vos ancêtres, au nom de votre avenir, levez-vous pour combattre, levez vous pour vaincre. Une prière au Dieu des armées ; une pensée de confiance à vos frères : et la main au fusil. Tout homme aujourd'hui devient un héros. La journée décidera du sort de Rome et de la République. — Les Triumvirs, Mazzini, Armeluni, Saffi, »

le peuple doit se tenir prêt.

Antre « Lo tocsiu ne sonne plus. La grande voix de Rome

proclamation. ^q[i faire entendre aux frères qui combattent que les citoyens sont prêts à leur porter secours; et à l'ennemi que la cité tout entière tombera au besoin sur .ses lignes : c'est assez pour le moment. Le bulletin du commandant en chef vous fera connaître dans quelques instants l'état des choses. Soyez prêts à recommencer le combat. Préparez vos armes. Réunissez-vous fraternellement. Excitezvous à de grandes actions. Le tocsin ne sonnera plus que pour dire : Accourez, et vous accourrez. Nous le jurons par les journées du 30 et du 3. — Vive la République! « Les Triumvirs, Armellini, Mazzini, Saffi. »

« Monsieur le ministre, le 21 ^ à trois heures après isw. midi, le général de division Vaillant et le général Thiry, p^p^^^* d"ôadiDot commandant du génie et de l'artillerie du corps expéditionnaire, m'ont fait connaître que les trois brèches faites aux deux faces internes des bastions 6 et 7 et à la courtine qui les relie, seraient praticables le soir même. J'ai immédiatement donné des instructions nécessaires pour l'assaut.

« A neuf heures et demie du soir, une compagnie de grenadiers et une de voltigeurs des 32', 36% et 53* de ligne, formaient trois colonnes d'attaque, sous les ordres des chefs de bataillon de Cappe, Danlin et de Sainte-Marie. En outre, une réserve composée de deux compagnies d'élite des 22'' léger, 66* et 68* de ligne, commandées par le chef de bataillon de Tourville, était réunie en arrière des batteries de brèche; sous le commandement supérieur du lieutenant-colonel Tarbouviech, du 36* de ligne. Trente sapeurs du génie étaient attachés à chacune des colonnes d'assaut.

« Trois cents travailleurs, pris dans les compagnies d'élite des 16* et 25* léger, ont été rassemblés à la même heure dans les boyaux de communication, en arrière des batteries.

« Ces troupes étaient appuyés par deux bataillons de la garde de tranchée. Tous les autres corps de la division Rostolan avaient quitté leur bivac et se trouvaient massés sur le Monle-Verde. Les régiments aux ordres du général Regnaud étaient sous les armes aux villas Panfili et Corsini.

« Les dispositions étant ainsi prises, les batteries font à dix heures une dernière décharge à mitraille, et le colonel Niel, chef d'état-major du génie, lance les trois colonnes d'assaut: elles montent avec une grande intrépidité les talus des brèches qui leur avaient été assignées.

« Nos troupes sont reçues par un feu général auquel elles ne répondent pas. Elles débarrassent le terrain en

avant par une charge vigoureuse à la baïonnette. Leur élan est tel que bientôt, se trouvant sur la ligne de retraite de l'ennemi, une cinquantaine de prisonniers, parmi lesquels un lieutenant-colonel, un capitaine et un lieutenant, tombent en notre pouvoir. Nos soldats s'emparent en même temps de plusieurs caissons chargés de poudre et même de quelques chevaux.

« Les travailleurs, sous la conduite d'officiers du génie, montent à leur tour, portant chacun un gabion, une pelle et une pioche. Ils ferment par un épaulcment la gorge des bastions, avec autant d'activité que d'intelligence.

« Vainement les troupes romaines veulent-elles reprendre leurs positions ; vainement veulent-elles rentrer dans les ouvrages préparés de longue main, et sur lesquels elles fondaient tant d'espérance, les colonnes d'assaut, renforcée^ par la réserve^, ne reculent pas un seul instant. Nos soldats sont embusqués et font essuyer à l'ennemi des pertes considérables ; nous n'en éprouvons presque point. Dès deux heures du matin, nous étions à couvert, et nous n'avions encore à regretter que dix hommes blessés ou tués, dont deux officiers....

« OUDINOT DE ReGGIO. »

1849. « Monsieur le Général, les soussignés, agents consu-

2i juin. laires, représentant leurs gouvernements respectifs, pren- Ju corps 'consuitirj ne nt la liberté de vous exposer, monsieur le Général, contre ^ leur profond regret d'avoir fait subir à la ville éternelle un bombardement de plusieurs jours et de plusieurs nuits. La présente a pour objet de faire les remontrances les plus énergiques contre ce mode d'attaque qui non-seulement met en danger les vies et les propriétés des habitants neutres et pacifiques, mais aussi celles des femmes et des enfants innocents.

« Nous nous permettons, monsieur le Général, de porter à votre connaissance que ce bombardement a déjà coûté la vie à plusieurs personnes innocentes et a porté

le bombardement

la destruction à des chefs-d'œuvre de beaux-arts qui ne pourront jamais être remplacés.

« Nous mettons la confiance en vous, monsieur le Général, qu'au nom de l'humanité et des nations civilisées, vous voudrez vous désister d'un bombardement ultérieur, pour épargner la destruction à la Ville monumentale, qui est considérée comme sous la protection morale de tous les pays civilisés du monde.

« Nous avons l'honneur d'é're, etc. — Freeborn, agent consulaire de S. M. Britannique ; D. Marstaller, consul de S. M. le roi de Prusse; chev. P. G. Magrini, attaché à la légation de S. M. le roi des Pays-Bas; Jean Bravo, consul de S. M. le roi deDannemark; Fréd. Bégré, consul de la Confédation suisse; chev. Kolb, consul de S. M. le roi de Wurtemberg; Comte Sbakerg, secrétaire de la République de S. Salvador, dans l'Amérique centrale; Nicolas Brown, consul des États-Unis d'Amérique; James E. Freeman, consul des États-Unis d'Amérique pour Ancône; Jérôme Boréa, consul général de S. M. le roi de Sardaigne et provisoirement aussi de la Toscane.

« Les ordres de mon gouvernement sont absolus. Mon is». devoir est tracé. J'accomplirai la mission dont je suis „ *' i"'"- .

, '^ * RepooM d OudiooU

charge.

« Sans doute le bombardement de Rome entraînera l'effusion du sang innocent et la destruction de monuments qui devraient être impérissables.

« Personne ne sera plus profondément affligé que moi. Ma pensée, à cet égard, messieurs, vous est bien connue ; elle est résumée dans les notifications que j'ai adressées, le 13 de ce mois, au triumvirat, au président de l'Assemblée nationale, etc.

a Plus la reddition de la place sera différée, plus grandes seront les calamités que vous redoutez si justement ; mais les Français ne pourront être accusés de ces

désastres. L'histoire les affranchira de toute responsabilité. Recevez, etc. — Oudinot de Reggio. »

so^jt^iu. " Monsieur le ministre, j'ai l'honneur de vous adresser

M. de corceiies la protestatiou envoyée par un certain nombre d'agents

il M. de Tocque- coRsulaires au général Oudinot, et la réponse de celui-ci.

Si j'avais été au camp lorsque M. le général en chef a fait

cette réponse, je l'aurais prié de bien relever une fort

mensongère assertion contenue dans cette pièce.

« Ils protestent contre le bombardement de Rome pendant onze jours et tout autant de nuits, contre la dévastation des monuments, etc. Or, il est certain que les murailles seules, vers les bastions voisins de la porte Saint- Pancrace, ont été visées par nos batteries. Voici vingt-six jours que le siège est commencé. On n'a pas lancé une seule bombe à pleine volée dans la ville; on n'a pas botnbardé Rome. — Je crains que M. le général Oudinot ne le donne à croire par son silence relativement à ce reproche. Le gouvernement peut affirmer que rien n'est plus inexact. »

ôo juin. Le combat du 22 n'avait livré à l'armée française que

la première ligne des retranchements. Le 30 juin, par un assaut heureux, elle s'empare de la deuxième ligne,

Prociatnaiion « Romaios ! l'ennemi, en attaquant entre deux et trois du Triumvirat. }jeures toutc la sccondc ligne de nos retranchements, a obtenu d'un instant d'incertitude de nos soldats un succès, l'occupation de la brèche sur le bastion gauche de la porte Saint-Pancrace, et la prise de quelques pièces d'artillerie. Deux fois nos soldats revenus à la charge ont essayé de reprendre la position perdue, mais sans y réussir. L'ennemi s'y était déjà retranché.

« Gardes nationaux! citoyens de bonne volonté !. aux* murs, aux murs 1 Les troupes républicaines doivent se concentrer à la porte Saint-Pancrace. Les murs sont cou-

fiés à votre garde. Que tous ceux qui ont à cœur l'honneur de Rome y accourent au plus tôt. — Les Triumvirs^ Armellini, Mazzlni, Saffi. »

Mais Garibaldi, couvert de sang et de boue, étant entré isis. dans l'Assemblée et avant déclaré une plus longue résis- , ,^? '"'"■

•' ^ ° La défense cesse.

tance impossible, l'Assemblée rend, sur la proposition de Cernuschi, le décret suivant :

« Au nom de Dieu et du Peuple. — L'Assemblée constituante romaine décrète que toute défense ait à cesser comme étant devenue impossible, et reste à son poste.

« Le Triumvirat est chargé de l'exécution du présent décret. Le président, Galleti. »

Garibaldi, avec 4,000 hommes, sort par la porte Saint- ueiraiie Jean et, à travers un pays que tiennent quatre armées "** oanbaidi. ennemies, se dirige vers Venise. Sa petite armée dispersée, il se jette dans une barque, est ensuite forcé de redescendre à terre, et, laissant derrière lui sa femme morte de fatigue, parvient à atteindre le i'iémont, d'où il s'embarque pour l'Amérique.

L'Assemblée, après avoir entendu et accepté la démission des Triumvirs, nomme au pouvoir exécutif les citoyens : Saliceti, Calandrelli, Mariani.

(Presque au même moment, la Hongrie succombait sous les efforts combinés de la Russie et de l'Autriche : défaite 4'Acs, 28 juin.)

« L'Assemblée constituante , au nom de Dieu et du , *"" i"'"^»-

r. 1 i'-< I m- • 11-- • •• ^^^ Triuimirs

Peuple, decretg : Les Triumvirs Armellini, Mazzini et om bi^n mérité Saffi ont bien mérité de la patrie. Rome, 1" juillet 1849. «^^ i» raf'*fl Le président, E. Allocatelli. »

« Peuple, depuis une année les villes italiennes sont J !""'''!•

, , , , . ... , . Proclamalioii

bombardées et mitraillées par les rois et les étrangers, de u commission

des barricades.

Rome a eu pour bombardeurs les étrangers les plus civilisés, et le plus sacré des rois. Rome est vaincue ; la République française a voulu plonger dans le cœur de la République romaine un poignard, tandis que les Autrichiens et les Bourbons en torturaient les membres d'une façon barbare. Et pourquoi donc, justice de Dieu?

8 Le lion, blessé à mort, est encore majestueux. Ni cris ni murmures. Il ne regarde même pas celui qui l'a blessé ; il n'éclate pas dans une extrême mais inutile vengeance. Non, la mort des forts est un spectacle de dignité.

« Peuple, la vertu ne s'enseigne pas, elle est dans le cœur. Écoute le tien, qui est romain, et tu seras grand. — La commission des barricades, Cernuschi, Caldesi, Andreini. »

18W- Entrée des troupes françaises à Rome. Elle est accueillie

Eiiirée d^'ilo^pes P^^ ^'" slleuce glacial, et même par quelques manifesta-

françaises à Rome. tionS hoStileS.

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