I . La France et la Russie a Constantinople
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sous le nom de Sylvestre II, publiait une lettre où l’Église de Jérusalem s’adressait à l’Église universelle en termes touchants. « Pourquoi, lui disait- « elle, n’aurais-je pas confiance en vous, merveille « du monde , si vous reconnaissez que je vous ap- « partions? Quoique je sois maintenant renversée,
« l’univers me doit beaucoup ; j’ai possédé les ora- « clés des prophètes et des patriarches ; les apôtres,
« ces lumières du monde, sont sortis de mon sein ;
« le Rédempteur de l’univers est venu de moi. » Les plaintes montent et grandissent; l’islamisme gagne de proche en proche, et l’explosion des croisades , à la tête desquelles marche glorieusement la France , fait voir à l’univers une longue suite d’événements prodigieux. Le sens profond de ces guerres héroïques est aujourd’hui connu de tous; i il fallait empêcher que l’Europe ne devînt musulmane, et , grâce à l’intrépide initiative de notre nation , la civilisation triompha. Notre épée fonda un royaume français à Jérusalem , comme elle fonda un empire français à Constantinople; des princes français occupèrent pendant quatre-vingts ans le trône de David et de Salomon.
« A cette époque -là, certes, les lieux saints étaient bien à nous. Nous avions payé du plus pur de notre sang cette glorieuse possession. En 1187, lorsque Jérusalem tomba au pouvoir de Saladin, les conseillers les plus zélés pour l’islamisme lui
proposèrent de détruire les sanctuaires vénérés, de faire passer la charrue sur le sol de l’église du Saint-Sépulcre , afin de mettre un terme , disaientils, aux pèlerinages chrétiens et à la pieuse ambition des Francs; mais d’autres reconnurent que cette destruction ne servirait à rien, et que, quand même la terre serait jointe au ciel , les nations chrétiennes ne cesseraient d’accourir à Jérusalem. Saladin respecta les sanctuaires , et permit à quatre prêtres latins de desservir l’église du Saint-Sépulcre sans payer tribut. Dans les négociations qui suivirent entre Saladin et nos princes , on stipula le libre exercice de la religion chrétienne dans les lieux saints, et le sultan vainqueur donna V église du Saint-Sépulcre au roi de Jérusalem, le roi dépouillé; il lui laissait aussi la faculté d’entretenir des prêtres francs autour du divin tombeau. »
Une guerre de deux cents ans aux pays d’outremer, et la ruine des colonies chrétiennes de Syrie sous les coups des armées musulmanes, avaient (rendu le séjour de Jérusalem dangereux aux pèjlerins d’Occident. Les hospitaliers de Saint-Jean et de Saint-Lazare avaient déserté la ville sainte. Robert d’Anjou vint au secours de la foi. Pour remplacer les chevaliers, il établit les Franciscains à Jérusalem; mais, non content de ce service, il travailla à assurer aux Latins la possession des sanctuaires. « Saladin, vainqueur, avait cédé au roi Gui de Lu-
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signan l’église du Saint-Sépulcre; d’autres sultans, tels que Akmed-Châh, en 1212, Omar, en 1213, Akmed- Acheref, en 1277, Akmed-Barcout, en 1310, avaient déclaré les Latins possesseurs légitimes des sanctuaires qu’ils occupaient; il prit cependant fantaisie à un sultan, en 1342, de contester aux Francs la propriété des lieux révérés : que fit alors Robert d’Anjou? C’était un an avant sa mort; il racheta pour de l’argent les lieux saints, dans un contrat passé avec le prince musulman. Le pape Clément VI l’en glorifia dans une bulle. Il est fait mention de ce contrat dans les brevets de chevaliers du Saint-Sépulcre *. »
Jusqu’à présent, les prétentions des Grecs et des Arméniens schismatiques sur les sanctuaires de Jérusalem ne se manifestent par aucun acte positif. Les Latins sont seuls maîtres et protecteurs. Ce n’est que dans la seconde moitié du xvie siècle qu’on aperçoit la première trace d’une possession ou plutôt d’une acquisition des Grecs à Jérusalem.
Après la conquête de la ville sainte par le sultan Selim, en 1517, les Géorgiens, qui avaient précédemment obtenu la moitié du Calvaire, lui demandèrent de les confirmer dans leur situation. Les Géorgiens étaient pauvres; ils gardèrent peu d<
\ . La France et la Russie a Constantinople .
temps cette moitié du Golgotha, et les Grecs devinrent leurs héritiers à prix d’argent. Ainsi ont commencé leurs prétendus droits. Avant cette époque et durant plus de trois siècles , les droits des Latins, les vrais droits, placés sous la sauvegarde de la France, avaient été consacrés par un grand nombre de firmans des soudans d’Égypte, maîtres de Jérusalem : trente-deux de ces firmans sont conservés dans les archives de terre sainte. Le même sultan Selim , qui laissa les Géorgiens occuper en paix une portion du Calvaire, déclarait, en 1558, que la possession de tous les autres sanctuaires devait rester aux Latins.
Mais ce n’est pas seulement sur des firmans que s’appuyaient les droits des Latins en terre sainte ; ces droits sont encore confirmés et garantis par les traités les plus solennels , notamment par les capitulations de 15351. François Ier, Henri II, Louis XIII, mirent leur gloire à faire observer à la lettre ces traités et ces capitulations. En vain les Arméniens s’efforçaient-ils d’usurper des privilèges qui n’appartenaient qu’aux Latins; ils durent céder aux injonctions de la Porte , laquelle cédait elle-même aux énergiques réclamations des monarques français. Le firman rendu par Osman en faveur de Louis XIII , tel qu’on le trouve dans la relation de
i . Négociations de la France dans le Levant , par M. Charrière.
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l’envoyé Desliayes, montre d’une manière éclatante quelle était à cette époque l’influence du nom français à Constantinople. Je rapporterai ce firman tout entier; c’est une des pièces lès plus importantes de la question des lieux saints :
« L’empereur Osman, fils de l’ empereur Acmat, toujours victorieux.
« Moy, qui suis par les infinies grâces du Tout- Puissant créateur, et par l’abondance des miracles du chef de ses prophètes, empereur des victorieux empereurs, distributeur des couronnes aux plus grands princes de la terre , serviteur des deux très-sacrées et très-augustes villes , belles entre toutes celles du monde, Mecque et Médine, protecteur de la saincte Hiérusalem, seigneur de la plus grande partie de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, i conquise avec notre victorieuse épée; à sçavoir des* pays et royaumes de la Grèce, de Thémisvar, de Bosna, de Seget, de Natolie, de Caramanie, d’Égypte et de tous les pays des Parthes, Curdes et
Géorgiens, de la porte de Fer, des pays du prince des petits Tartares, de Cypre, de Diarbéquir, d’Alep, d’Erserum, de Damas, de Babylone, de Balzara, des Arables, d’Abech, de Thunis, de Tripoly de Barbarie et de tant d’autres pays, isles, destroits passages, peuples, familles, générations, et' de tant de milliers de millions de valeureux soldats qui reposent sous l’obéissance et justice de moy, qui!
suis l’empereur Osman, fils de l’empereur Acmat, de l’empereur Mahomet, de l’empereur Amurat, de l’empereur Sélim et de l’empereur Soliman , par la grâce de Dieu , recours des plus grands princes du monde et refuge des honorables empereurs.
« Au bénin prince et approuvé seigneur, distributeur des éminentes dignités de son obéy et honoré, et à ce destiné par l’immense miséricorde divine, le bascha Férouc, qui auparavant fut bey de Naplouse , et maintenant a pour son entretènement la principauté de Hiérusalem, la félicité duquel Dieu conserve! et au révérend seigneur, sage et juste juge, fontaine de la vraie prudence, oracle de la justice et de la vérité, héritier de la doctrine des prophètes, et à ce destiné par l’immense miséricorde divine, le seigneur Moulacady, de Hiérusalem, la doctrine duquel augmente ! étant arrivé ce mien sacré et impérial seing, vous saurez que l’empereur de France m’a fait entendre que, de toute ancienneté, les prêtres et religieux francs qui servent les églises et lieux de dévotion qui sont tant dans la ville de Hiérusalem qu’aux environs , comme aussi les pèlerins qui les vont visiter, javoient accoustumé de n’estre point inquiétés et de vivre en pleine liberté , conformément aux impériales capitulations qui sont entre nous, et que Imesine de toute ancienneté ils sont en possession de l’église de Bethléem : car , encore que par le
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passé ils ayent permis à la nation arménienne et aux autres nations ehrestiennes d’avoir une chapelle en ladite église de Bethléem pour y faire
leurs prières selon leurs usages , si est-ce qu’ils se
sont toujours réservé à eux la grotte où Jésus est nay (à qui soit honneur et gloire!), laquelle est audessus de l’église : et, quoique par plusieurs fois les autres nations ehrestiennes leur en ayent voulu débattre la possession, il a tousjours esté jugé qu’il n’y avoit que les religieux francs qui eussent droit à l’église de Bethléem et qui pussent célébrer la messe ou liturgie en ladite grotte , ni moins y allumer des lampes; et que, si les autres nations ehrestiennes y avoient des chapelles, célébroient leur messe ou liturgie dans ladite grotte, ce n’estoit que par permission des religieux francs : ce qui appert par plusieurs commandements des sultans d’Égypte, qui depuis la conqueste du pays ont esté confirmez au temps qüe régnoit rheurcuse mémoire de mon miséricordieux ayeul sultan Soliman (qui soit en gloire!) et approuvez par plusieurs cadis.
« Mais que, nonobstant cela, la nation arménienne a , depuis quelque temps , d’autliorité privée et avec violence, fait attacher deux lampes dans la grotte où Jésus est nay, et que leur évesque Grégoire et leur interprète Codaverdy prétendent y avoir droit , et ensuite de ce d’en garder les clef:
mitre leurs mains pour y entrer quand bon leur semblera , afin d’y célébrer leur messe ou liturgie, et que mesme, par le moyen de quelques faux témoins qu’ils ont corrompus , ils y ont eu des cogets ou attestations des moulacadis de Hiérusalem, et, conformément à iceux, ont pris un impérial commandement dont ils se prévalent contre les religieux francs , et leur veulent troubler leur juridiction et particulière possession, en célébrant leur messe ou liturgie dans ladite grotte sans leur en demander la permission. Et que ladite nation arménienne prétend d’estre participante au gouvernement et en la possession de l’église où est enfermé le sépulchre qui est appelé par les ebrestiens le sépulchre de Jésus.
« Et encore que de toute ancienneté les religieux francs ayent accoustumé, en faisant leurs oraisons et processions en ladite église, d’allumer deux cierges auprès de la pierre appelée la pierre de l’Onction , ce qui a de tout temps esté défendu à toutes les autres nations chrestiennes, nonobstant la nation arménienne dit à présent avoir droit d’y en allumer, puisque le gardien qui estoit auparavant leur en a donné la permission. Davantage
I encore que de temps immémorial les religieux francs soyent en possession du sépulchre de la bienheureuse Vierge, et que par charité seulement ils ayent donné des oratoires ou chapelles en l’église
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dudit sépulchre aux nations chrestiennes pour y faire leurs oraisons selon leur usage, sans leur avoir jamais voulu permettre de célébrer leui messe ou liturgie dans ledit sépulchre , ce nonobstant la nation arménienne depuis quelques jouis, ne se contentant pas de l’oratoire ou chapelle qu’elle a en ladite église, prétend de célébrer la messe dans ledit sépulchre, et inquiéter par ce moyen la possession des religieux francs : partant , afin que les églises et lieux que les religieux francs possèdent d’ancienneté juridiquement, conformément aux capitulations et titres qu ils ont entre leurs mains, soyent de nouveau rendus, et qu’ils ne soyent plus troublez en leur possession par les Arméniens et autres nations clirestiennes.
« Non-seulement l’empereur de France nous en a requis par lettres , mais encore son ambassadeur nous en a prié en son nom ; de manière que , ayant égard à la supplication qui nous en a esté faite en mon sublime trosne, et que l’empereur de France a tousjours esté sincère amy de mes ayeuls et bisayeuls, et semblablement avec mon éminente Porte , la requeste a esté de mon impérial consentement. C’est pourquoi, afin que tous les lieux qui d’ancienneté estoienl en la possession et au gouvernement des religieux francs leur soient derechef rendus et consignez en leurs
mains, et que ceux qui voudr oient brouiller et inquiéter à l’avenir lesdits religieux en soient destournez et empeschez, mon impérial commandement est intervenu. Il commande qu’à l’arrivée de ce mien haut et impérial commandement, accompagné d’entre les chaoux de ma souveraine Porte, de l’honorable parmy ses semblables, Isouph (le bonheur duquel croisse!), vous faciez, selon le contenu en iceluy, que les églises et lieux de dévotion de la ville de Hiérusalem et des environs, qui de toute ancienneté souloient estre tenus et possédez par les religieux francs , leur soient restituez et rendus , et les en faciez jouir de la mesme sorte et manière qu’ils ont fait par le passé, et empescliiez qu’ils ne soient molestez , fâchez ny troublez par les Arméniens et par les autres nations chrestiennes.
« Et mesme vous procurerez que les lampes et chandelles que les Arméniens ont, puis naguères, mis en Bethléem et en la pierre de l’Onction, soient ostées ; et à aucun vous ne concéderez chose quelconque contre la coustume de ces églises, qui anciennement estoient en la possession des religieux francs, et ne permettrez qu’il y ait difficulté ou contradiction, commandant après très-expressément à la nation arménienne et aux autres nations ehrestiennes de ne s’entremettre plus en aucune façon imaginable aux églises et lieux de dévotion qui
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leur appartenoient d’ancienneté : à sçavoir, en la grotte de Bethléem où Jésus est nay, et à son sépulchre ; ensemble à l’entrée de la sépulture de la Vierge, et encore en divers lieux, auxquels les religieux francs de temps ancien souloient avoir leurs oratoires et monuments, auxquels vous ne permettrez en aucune façon que les Arméniens et autres chrestiens célèbrent leur messe ou liturgie ; et ceux qui voudront faire difficulté, vous les reliendrez et empescherez ; et encore ceux, lesquels soit Arméniens ou d’autres nations , qui ne se contenteront , mais chercheront et voudront contredire à ce mien impérial commandement pour raison des lieux qui appartiennent aux nations franques, prétendant d’avoir en leurs mains escritures et impérial commandement, bien qu’ ainsi fust, ne laisserez pourtant d’obéyr à ce mien impérial commandement, et aurez soin que, comme les lieux susdits estoient au commencement en la possession et au gouvernement des religieux francs, ils le soient encore maintenant. Après qu’à votre diligence les lampes et chandelles que les Arméniens y avoient mises , en soient ostées ; semblablement encore, après que vous les aurez empeschez de célébrer la messe aux oratoires des religieux francs, vous n’écouterez plus leur débat.
Ains les renvoyerez, et les écritures de deux par-