‹ La question russe. I. Le prince Menschikoff.--II. L'église gréco-russe.--III. La Russie devant l'EuropeChapitre 7 sur 16 · JE · texte numérisé non relu

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lies, en ma souveraine Porte, afin que leurs procès |(

soient veuz et décidez en mon très* juste et trèsnoble divan , en la présence de mon grand vizir et de mes casiasquiers , selon la sacrée justice.

« Et le susdit Grégoire , évesque des Arméniens , et Caudaverdy, son interprète , ayant esté cause de quelques scandales, pour avoir dit plusieurs paroles indécentes contre l’honneur des religieux

francs, vous ferez que ledit Caudaverdy, inter-

prête, ne s’ingère plus en cela, et vous commanderez audit évesque qu’en toute façon il demeure en son devoir, sans user de choses à luy indécentes; mais au cas qu’ils y retournent, et que cela vienne derechef en mon impériale cognoissance, vous en serez bien repris, l’évesque sera démis de son évesché, et ledit Caudaverdy sera banny. Partant, vous userez de grande diligence, et prendrez bien garde qu’aucune chose ne soit faite contre ce mien souverain et impérial commandement, lequel , après avoir leu , vous consignerez ès mains des religieux francs, et ajouterez foy à ce mien sacré et impérial seing.

« Escrit à Daoust-Bascha-lez-Constantmople, à la my-lune de Gui Maaziel Ahïr, l’année du prophète mille trente ( qui est l’année de Christ mille six cent vingt et un , le sixième de may. ) «

Il serait difficile d’imaginer un acte plus ferme et plus complet. La possession de l’église de Bethléem, le droit d’y officier seuls et à l’exclusion de

tous les autres cultes, la possession du sépulcre de la Vierge, le luminaire de la pierre de l’Onction, en un mot, tout ce que les Latins revendiquaient comme privilèges qui leur étaient propres , le firmanles reconnaît et les consacre. Il flétrit, en outre, énergiquement les fraudes et les corruptions exercées par les Arméniens au détriment des titulaires traditionnels. Mais ce qui frappe surtout dans ce fîrman, c’est le rappel fréquent à ce principe que les religieux francs ont été de toute antiquité possesseurs des lieux saints, et que les prétentions contraires , appuyées par d’indignes manœuvres , sont une véritable révolte contre le droit. Tant que le gouvernement ottoman a voulu juger cette question avec équité, il a vu derrière les Latins se dresser le cortège des siècles , l’évidence et la sincérité déposer en leur faveur.

Mais les Grecs et les Arméniens n’étaient pas gens à perdre courage. Vaincus et démasqués , ils n’en portaient pas moins haut la tête. Sans honneur et sans foi , accessibles eux-mêmes à toutes les hontes de la cupidité et de la convoitise , ils ne désespéraient pas de trouver, à un jour donné , dans le cœur avili des pachas , une sympathie instinctive, qui finirait par leur donner gain de cause. Ils savaient, d’ailleurs , jusqu’à quel point il leur était facile de réveiller à leur gré les vieilles haines des musulmans contre les Francs. Quelle

chance de succès pour le triomphe de leurs prétentions, qu’une crise habilement provoquée sur un terrain aussi brûlant ! Cette crise éclata en 1634, sous le règne de Mourad IV. Les Grecs en profitèrent pour mettre la main sur une des trois clefs de la porte de Bethléem, et s’emparer du berceau du Messie, ainsi que de l’église de Bethléem et de la pierre de l’Onction. Il ne fallut pas moins de deux ans au sultan pour reconnaître l’imposture dont il avait été dupe. Il cassa le firman accordé par lui aux Grecs, et rétablit toutes choses sur l’ancien pied.

Dans ce firman réparateur, Mourad IV invoquait les décrets d’Osman Ier, de 1563 et 1564, les documents judiciaires de 1631 et 1632, où sont mentionnées les décisions rendues par les sultans d’Égypte en faveur des religieux francs. Il citait les sanctuaires dont les Grecs s’étaient emparés à l’aide de fausses écritures : la grotte de Bethléem avec ses clefs, les deux petits jardins qui l’environnent, la pierre de l’Onction , la moitié du Calvaire , les sept arceaux de Sainte -Marie, les deux coupoles de plomb, grande et petite, tous lieux depuis si longtemps possédés par les Francs, et que le sultan remettait entre leurs mains. Le firman de Mourad affirmait, en outre, que les Grecs, les Arméniens et les autres chrétiens n'avaient pas plus le droit de prétendre à ces divers sanctuaires qu’au couvent

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du Saint-Sauveur, à Jérusalem et aux églises et monastères de Nazareth, qui avaient toujours, et sans contestation, appartenu aux Latins. Les Franciscains victorieux répandirent en Orient et dans la chrétienté une feuille grand in-folio, ornée d’images de saints, renlermant la Relation de la recouvrance des lieux saints , avec des lettres datées de Jérusalem , du il aoiit 1636, et de Galata, du 9 avril de la même année.

Croit-on qu’après une défaite aussi solennelle les Grecs renoncèrent cnliii à leurs intrigues? Loin de là : chaque échec ajoutait à leur audace; et, comme ils trouvaient toujours des pachas à acheter, ils renouvelaient sans cesse leurs tentatives. Peu de temps après leur déconfiture à Constantinople , ils réussirent à extorquer au pacha de Damas une attestation qui leur conférait, avec la possession de l’église du Saint-Sépulcre, celle de la grotte et de l’église de Bethléem. Cette possession leur fut confirmée à Constantinople par un firman authentique, tant leur or avait de puissance! Il est vrai que onze mois plus tard ce firman était cassé. Mais qu’importait à ces hardis corrupteurs ? « Ils ne s’appliquèrent pas moins , dans la suite , à faire renouveler le plus souvent possible le firman impérial surpris une fois. C’étaient autant de titres qu’ils se créaient à leur façon ; les marchés passés avec la conscience turque leur tenaient lieu des

monuments de l’histoire.' Ces firmans successivement obtenus n’eurent jamais leur acte d’exécution : le tribunal de Jérusalem 11e les enregistrait point. L’accomplissement de ces formalités leur eût seul donné de la valeur ; mais les Grecs ne les gardaient pas moins précieusement : les faux semblants de légalité leur suffisaient. »

Cependant les rois de France 11e s’endormaient point sur toutes ces manœuvres : de temps en temps des ambassadeurs extraordinaires se présentaient au divan pour y porter leur volonté souveraine. Nous avons cité Desbayes, envoyé de Louis XIII ; nous pouvons joindre à ce nom ceux de François de Brève et d’Achille de Harlay, représentant, l’un, Henri IV, l’autre, Marie de Médicis. Mais, de tous ces ambassadeurs , celui dont l’histoire conserve le plus splendide souvenir, c’est M. de Nointel, le ministre de Louis XIV.

M. de Nointel arriva à Constantinople avec des instructions très-hautes. Il devait surtout exiger la restitution des sanctuaires de la Palestine , que les cabales des Grecs avaient de nouveau ravis aux Latins. La Porte résista d'abord ; M. de Nointel menaça, et Louis XIV fit savoir au sultan qu’un refus de sa part serait le signal d’une rupture. Le sultan céda; les capitulations entre la Porte et lu France furent renouvelées et enrichies de non-

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veaux articles, dictés par le monarque catholique h

« Le renouvellement des capitulations, dit le chevalier d’Arvieux , attaché à la mission de M. de Nointel , fit grand bruit à la cour et à la ville , et beaucoup d’honneur à M. de Nointel. On en parlait comme d’une merveille. On mit ce grand événement dans la Gazette. On fit crier par les colporteurs des relations imprimées qui avaient pour titre : Le renouvellement et la nouvelle alliance du Grand-Seigneur avec le roy , et le rétablissement de la foi catholique dans le Levant , par M. de Nointel. »

Un succès aussi éclatant du côté de la France ne fit qu’ajouter encore à la haine et à la perfide ambition des Grecs. Panajotti, interprète de la Porte, qui appartenait à cette nation, parvint, à force d’intrigues , à obtenir un fîrman qui replaçait ses coreligionnaires dans la situation privilégiée que M. de Nointel leur avait fait perdre. Ce firman, toutefois , ne fut point publié du vivant de Pana-

i. Vers l’époque où l’envoyé de la France était reçu si solennellement à Constantinople et y parlait avec tant de hauteur, un ambassadeur russe, admis à présenter à Mahomet IV ses lettres de créance, fut saisi à la nuque et jeté la face contre terre pour avoir opposé de la résistance aux chambellans chargés de lui tenir les deux bras pendant l’audience, selon la règle de Bajazet II. L’envoyé moscovite, son secrétaire et son interprète furent chassés à coups de poing de la salle du trône.

jotti ; on le trouva dans ses papiers après sa mort. Singulier titre, et bien digne de celui qui l’avait

provoqué , connue de ceux en faveur desquels il avait été signé ! On y invoque à l’appui des spoliations qu’il décrète le commandement de Mourad IV, ce même commandement que Mourad IV avait révoqué ; on y suppose l’impossibilité pour les Francs de justifier par des titres antérieurs à ceux des Grecs leur possession des sanctuaires. On y va

jusqu’à reprocher aux Latins de faire du prosélytisme au profit de leur abominable religion , et d’avoir bâti à Bethléem un couvent semblable à une forteresse menaçante !

Quoi qu’il en soit , les Grecs s’emparèrent de ce document menteur et n’omirent rien pour le faire prévaloir. Informé du fait, Louis XIV envoya aussitôt à Constantinople un ambassadeur, qui de nouveau exigea justice en faveur des Latins dépossédés. Ceci se passait en 1690, sous le règne de Soliman IL Un demi-siècle plus tard, en 1720, le sultan Achmed III devait envoyer à Louis XV, par une ambassade solennelle , un firman impérial reconnaissant aux Latins V entière possession de V église du Saint- Sépulcre.

Pourquoi ces droits devaient-ils être un jour si audacieusement méconnus et foulés aux pieds? En 1808, après avoir provoqué un incendie qui dévora l’église du Saint-Sépulcre, les Grecs bri-

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sèrent de leurs propres mains les tombeaux de Godefroy et de Baudouin, ces héroïques libérateurs de la terre sainte, et jetèrent leurs cendres au vent. C’est en vain qu’en 1802 la France fit restituer aux Latins la grotte de Gethsémani; qu’en 1812 elle déclara que les travaux de reconstruction ou de réparation effectués par les Grecs dans l’église du Saint-Sépulcre ne préjudiciaient en rien aux droits des Latins; c’est en vain qu’en 1820 et 1821 elle chercha à s’entendre avec la Russie pour assurer désormais à ses coreligionnaires une situation normale et respectée. Tous les privilèges dont les Latins jouissaient ab antiquo à Jérusalem s’écroulèrent peu à peu pour tomber aux mains des Grecs. « Aujourd’hui , les Latins ne possèdent plus dans l’église du Saint-Sépulcre que deux chapelles. Ils sont comme des étrangers dans ces lieux, où notre nation fut si longtemps souveraine, et leurs ennemis voudraient leur faire croire que la France est effacée de la carte du monde. » Les années 1846 et 1847 ont été surtout fécondes en outrages. C’est alors que cette étoile d’argent , dont on a tant parlé, fut dérobée par les Grecs à ses légitimes possesseurs : l’inscription latine qu’elle portait, consacrant l’antiquité des droits des Latins, devait en effet offusquer trop vivement leurs adversaires pour qu’ils ne cherchassent pas à la détruire ! Quelle injure à l’histoire et

au nom français qu’un pareil vol ! Les ambassades catholiques s’en émurent; mais, bien qu’en janvier 1848 un fîrman fût obtenu qui ordonnait la restitution de l’étoile , les Grecs n’en restèrent pas moins ses opiniâtres détenteurs. Nous verrons ce qui a été conclu sur ce point dans les dernières négociations.

Mais quelle est donc cette religion, quelle est cette Église contre laquelle les catholiques latins ont eu si persévéramment à lutter depuis la fin du xvic siècle ? Quels sont les titres qu’elle a à faire valoir en faveur de la suprématie qu’elle s’arroge? Quel est surtout l’esprit de vie qui la porte vers le tombeau du Christ, et qui semble la fanatiser pour les sanctuaires de Jérusalem? Cette religion, cette Église, c’est la communion photienne, c’est le rameau détaché de Rome dont l’église gréco-russe nous offre un type exagéré sans doute, mais vrai, cependant, dans tous les points fondamentaux. Pour justifier ses prétentions, elle n’a que des usurpations brutales , que des parchemins menteurs , achetés à prix d’or ou extorqués par la violence, rien d 'antique ni de séculaire , comme le prétend le superbe protecteur qui la défend aujourd’hui. Quant au principe de sa ferveur, il est moins dans une foi sérieuse et éclairée que dans un système de superstitions et de formes vaines. On a vu déjà quel est le caractère de ces superstitions et de ces formes dans les tem-

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pies moscovites; il paraît que cela tient au schisme. Les mêmes phénomènes se manifestent chez les Grecs de Jérusalem; seulement, comme il y a ici moins d’ignorance , l’imposture y est plus flagrante.

Le schisme grec s’est établi à Jérusalem avec ses vieilles haines contre les Latins , avec ses ardeurs passionnées contre d’autres croyances, avec cette rapacité de nature qui va dépouillant les pèlerins pour assouvir la cupidité des autorités musulmanes. Les impôts étranges mis sur tous les actes du pieux pèlerinage, et quelquefois même sur la confession, ont pris de telles proportions, que depuis quelques années les pèlerins russes , par l’ordre de leur gouvernement, déposent, en arrivant à Jaffa, entre les mains de leur agent consulaire , la somme nécessaire à leur retour. Avant cette précaution, ils quittaient Jérusalem aussi dépouillés que s’ils étaient tombés entre les mains des Bédouins de la Palestine.

Yeut-on savoir quelle est la cérémonie qui a surtout le privilège d’attirer chaque année , dans la ville des prophètes et des apôtres , des milliers de pèlerins grecs ? C’est la cérémonie du feu sacré, qui a lieu le samedi saint dans l’église du Saint-Sépulcre. Les prêtres grecs laissent croire que la flamme sainte s’allume d’elle-même par un miracle, et la multitude se jette sur ce prodige avec un délire qui attriste l’intelligence.

L auteur de la Correspondance d’ Orient , auquel j’emprunte ces renseignements, cite le récit d’un Anglais protestant qui fut témoin de la cérémonie, le samedi 3 avril 1696. Cet Anglais est Maundrcll , voyageur célèbre par son exactitude et son esprit d’observation. Les choses, on le sait, se passent aujourd’hui comme au temps de Maundrell. Voici son récit :

« Nous fûmes, sur le midi, voir la fonction du feu saint : c’est une cérémonie continuée par les Grecs et par les Arméniens, qui croient que la veille de Pâques il descend une flamme miraculeuse du ciel dans le saint sépulcre, laquelle y allume toutes les lampes et toutes les chandelles, comme le sacrifice fut brûlé à la prière d’Élie (I Rois , xviii).

« Étant allé à l’église du Saint-Sépulcre, nous la trouvâmes remplie d’une foule de peuple insensé, qui faisait un bruit épouvantable, plus convenable à des ivrognes qu’à des chrétiens. Nous traversâmes la presse avec beaucoup de difficultés, et nous étant rendu dans la galerie du côté de l’église où est le couvent latin, nous vîmes tout ce qui se passa dans cette frénésie religieuse.

« Ils commencèrent leurs désordres en courant autour du saint sépulcre de toutes leurs forces, et criant à haute voix : Huia , qui signifie c’est lui ou c’est cela , expression par laquelle ils confirment la

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religion chrétienne. Après s’être bouleversé la cervelle par l’extravagance cle ces tournoiements et par leurs cris, leur folie étant enflammée, ils commencèrent à faire mille gestes et mille actions les ‘plus ridicules du monde. Quelquefois, ils se tiraient par terre tout autour du sépulcre. Ils montaient sur les épaules les uns des autres, et marchaient de cette manière en tournant toujours. Ils prenaient des hommes qu’ils mettaient sens dessus dessous, les pieds en l’air, exposant leurs nudités de la manière du monde la plus scandaleuse. D’autres faisaient des tours de passe-passe et voltigeaient autour du sépulcre, comme s’ils eussent été sur un théâtre. En un mot, on ne saurait rien concevoir de plus ridicule ni de plus extravagant que ce qui se passa en cette occasion.

« Ils continuèrent cet enthousiasme tumultueux depuis midi jusqu’à quatre heures. Voici la raison de ce délai. Il y avait en ce temps-là un débat entre les Grecs et les Arméniens devant le cadi. Les premiers ne voulaient pas permettre aux derniers d’assister ou d’avoir part au miracle du feu du ciel. On m’assure qu’ils avaient dépensé de part et d’autre cinq mille écus à poursuivre cette controverse ridicule. Le cadi prononça enfin la sentence par laquelle il ordonna qu’ils entreraient ensemble au saint sépulcre, comme cela s’était pratiqué autrefois. Cette sentence ayant été prononcée à

quatre heures, les deux nations continuèrent leur cérémonie. Les Grecs s avancèrent les premiers en procession autour du saint sépulcre , et les Arméniens les suivirent immédiatement. Ils firent de cette manière par trois fois le tour du saint sépulcre, avec toutes leurs cérémonies, leurs étendaids, leurs banderolles, leurs crucifix et leurs habits en broderies.

« Vers la fin de cette procession, on vit voler un oiseau dâns le dôme qui est au-dessus du sépulcre ; le peuple jeta de grands cris à sa vue. Les Latins nous dirent que les Grecs avaient lâché cet oiseau pour persuader au peuple que c’était une descente visible du Saint-Esprit.

« La procession étant finie, le suffragant du patriarche grec, lequel était à Constantinople, s’approcha de la porte du sépulcre avec le principal évêque arménien. Ils coupèrent le cordon avec lequel elle était attachée et scellée, et y entrèrent. On avait eu soin, avant cela, d’éteindre toutes les chandelles et toutes les lampes qui y étaient, en la présence des Turcs et d’autres témoins. On redoubla les acclamations à mesure que le miracle approchait de son accomplissement ; et le peuple se pressait de telle sorte vers la porte du saint sépulcre, qu’il fut impossible aux Turcs postés pour en défendre l’entrée de le faire, bien qu’ils frappassent sur la populace de toute leur force. L’envie qu’ils

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avaient d’être les premiers à allumer leurs chandelles à la flamme sainte les faisait presser de cette manière, pour avoir cet avantage dès qu’elle paraîtrait hors du sépulcre. C’est alors qu’ils l’estiment la plus sacrée et la plus pure, comme venant immédiatement du ciel.

« Les deux faiseurs de miracles n’eurent pas été plus d’une minute dans le saint sépulcre que l’on commença , ou du moins que l’on s’imagina voir paraître quelques rayons du feu sacré par’quelques fentes de la porte. Cette vue donna un transport si violent à cette multitude insensée, que l’on aurait de la peine à en voir un pareil aux Petites- Maisons.

« Dans ce moment, les deux prêtres sortirent, ayant entre leurs mains des torches allumées qu’ils exposèrent à la porte du sépulcre. Le peuple, de son côté, s’empressait d’en approcher avec une ardeur inexprimable, chacun souhaitant avec passion d’obtenir une partie de cette première flamme, qu’ils estiment la plus pure. Cependant les Turcs les chargeaient de coups sans aucune miséricorde. Mais leur transport était si violent qu’ils ne les sentaient pas. Ceux qui pouvaient obtenir de ce feu se l’appliquaient immédiatement à la barbe, au visage et à l’estomac , pour marquer qu’il ne brûlait pas comme les flammes terrestres. J’observai cependant qu’il n’y en avait point qui pussent en

faire l’expérience assez longtemps pour en prouver la vérité.

« Comme il y avait un très-grand concours de peuple, on vit, en un moment, un nombre incroyable de cierges allumés. Toute l’église et les galeries parurent enflammées en un instant, et la cérémonie finit par cette illumination.

« Il faut avouer que les deux personnes qui entrèrent dans le sépulcre s’acquittèrent de leur emploi avec une vitesse et une adresse extraordinaires ; mais les actions de la populace diminuent extrême- ‘ ment le crédit du miracle. Les Latins font tous leurs efforts pour désabuser le peuple, leur montrant que c’est une imposture honteuse et un scandale à la religion chrétienne. Cependant les Grecs et les Arméniens sont persuadés de la vérité de ce miracle, lequel est le véritable motif de leurs pèlerinages. On ne saurait assez déplorer le malheur de leurs prêtres, lesquels, après avoir contrefait si longtemps ce miracle , n’oseraient désabuser le peuple , de peur de le faire tomber dans l’apostasie.

« Au sortir de cette église, après tout ce tintamarre, nous vîmes plusieurs personnes assemblées autour de la pierre de l’Onction. Ces gens, ayant plusieurs cierges allumés au feu sacré, étaient occupés à en faire dégoutter la cire sur des draps de toile destinés à leur servir de draps mortuaires. La raison de cela est que ces pauvres créatures sont

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persuadées que, pourvu qu’elles aient le bonheur d’être ensevelies dans ces draps, elles ne sauraient être exposées aux flammes de l’enfer. »

Tout ce récit ne rappelle-t-il pas un peu ce que j’ai dit dans la seconde partie de cet ouvrage sur l’exploitation des madones russes? C’est le même aveuglement, la même ignorance, les mêmes scandales. Il paraît, du reste, qu’une condition nécessaire pour que le feu sacré descende du ciel , c’est que les Grecs et les Arméniens ne soient pas | brouillés; ils ont besoin de rester amis pour ne pas se démasquer les uns les autres. Écoutons ici le chevalier d’Arvieux.

« Il est assez ordinaire que les pachas et les cadis de Jérusalem envoient chercher les patriarches de ces chrétiens schismatiques, et leur font des avanies sur bien des choses, et sur l’abus qu’ils font de leur prétendu saint feu avec lequel ils trompent les peuples. Leur réponse ordinaire est qu’il est constant que ce feu est réellement une fois descendu du ciel , et qu’ils sont obligés de feindre qu’il descend tous les ans, non-seulement pour entretenir la dévotion du peuple pour les saints lieux et nourrir leur foi, mais encore pour pouvoir recueillir de leurs aumônes de quoi payer les taxes et les contributions qu’ils payent an Grand-Seigneur et à ses officiers. Cette raison est, sans contredit, celle qui frappe davantage les Turcs ; et , quand elle est

soutenue de quelques milliers de piastres, ils la » jugent excellente, et leur permettent d’abuser les peuples tant qu’ils veulent, ou tant qu’ils sont en état de la soutenir par le même moyen. »

Ainsi donc, dans la question des lieux saints, deux partis sont en présence : d’un côté les Latins, de l’autre les Grecs; d’un côté un culte sérieux, i traditionnel, jouissant de privilèges conquis au prix ' du sang, et appuyés sur des firmans souvent renouvelés, sur des traités solennels; de l’autre, un culte déelm , sans racine féconde, s’imposant à prix d’or, et étonnant le monde par l’opiniâtre scandale > de ses usurpations et de ses violences.

De ces deux partis , de ces deux cultes , quel est celui que nous verrons prévaloir? Isolés l’un et l’autre au milieu d’infidèles avides et tracassiers, ils ont imploré chacun le secours d’un bras étranger. La France a mis sa diplomatie et son épée au service des Latins; la Russie s’est déclarée pour ?es Grecs. La France, protectrice séculaire; la Russie, protectrice d’aventure; la France marchant sous le drapeau de la foi et du droit ; la Russie , sous celui de l’ambition et de la politique. Qui l’emportera de l’ambition ou du droit , de la politique ou de la religion?

Jusqu’à présent nos relations avec la Porte, en ce qui touche les lieux saints, avaient eu pour base deux traités principaux , contrats synallagma-

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tiques et consécrateurs de nos droits anciens et toujours reconnus. Ces traités sont : 1° celui de 1673, conclu par les soins de M. de Nointel , ambassadeur de Louis XIV; 2° celui de 1740, obtenu par M. de Villeneuve , sous Louis XV. C’est en vain qu’à force de ruse et d’audace les Grecs avaient tenté, à différentes fois, je ne dirai pas d’infirmer en principe ces actes solennels , mais d’en interrompre la pratique. Il suffisait d’une réclamation de la France pour provoquer un firman qui déboutait les usurpateurs, et donnait satisfaction aux légitimes possesseurs.

Cependant, comme il est dans la nature du mal! de ne jamais abdiquer, les Grecs n’avaient pas* plutôt succombé sous l’ énergique appui donné aux Latins, qu’ils se relevaient de nouveau et redoublaient de machiavélisme. N’étaient-ils pas, d’ailleurs, toujours sûrs, comme je l’ai déjà dit, de! rencontrer quelque pacha complaisant qui souri-' rait à leurs luxueuses libéralités? De là, lutte incessante entre les deux partis. Mais c’est surtout dej 1757 que datent les plus graves usurpations des' Grecs. A cette époque, ils se sentaient déjà sou-s tenus par les Russes, lesquels, du reste, n’ont) commencé à intervenir directement dans les alV faires des lieux saints qu’en 1720. De son côté, la! France, tourmentée par des troubles intérieurs,1' ne pouvait plus jeter, comme autrefois, vers Jéru-!l

salem ce regard qui calmait l’orage. L’occasion était donc bonne pour les ennemis des Latins de pêcher en eau trouble. Us ne s’en firent pas faute.

Voici l’état exact des possessions que nous assuraient les traités antérieurs à 1757, et qui nous ont été ravies depuis : 1° la grande coupole de l’église du Saint-Sépulcre , et la petite coupole qui surmonte le saint tombeau; 2° la pierre de l’Onction; 3° les sept arceaux de la sainte Vierge, près de la chapelle de Sainte - Madeleine ; 4° à Gethsémani , l’église du Tombeau de la sainte Vierge; 5° à Bethléem, la grande église, 6° la. grotte de la Nativité placée sous l’église, et les clefs des deux portes qui ouvrent dans cette chapelle; 7° l’étoile d’argent qui se voyait au lieu même de la naissance de Jésus-Christ; 8° les jardins situés à l’est de la grande église ; 9° le champ de l’apparition des anges aux bergers, à vingt minutes de Bethléem.

De tels privilèges paraîtront sans doute de minime valeur à certains esprits. Les catholiques sincères , j’ajouterai les politiques sérieux, ne pensent pas ainsi. Il ne s’agit point seulement ici de la possession de localités matérielles, ni de la garde de précieux souvenirs, il s’agit de la suprématie réelle d’un culte sur un autre culte ; il s’agit de la prépondérance d’une puissance sur une autre puissance. Les droits acquis par les traités

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ne sont que les symboles de ce double ordre de choses.

Quand Achille de Harlay fut envoyé par Marie de Médicis auprès du divan pour y traiter d’intérêts relatifs aux lieux saints, le grand vizir ayant cherché à lui faire entendre qu’un ambassadeur du roi n’avait à donner ses soins qu’aux affaires du commerce , il lui répondit ces belles paroles : « Le roi n’estime pas autant les soins que je puis prendre en cette cour pour son service royal et temporel, ni les plus précieux avantages de ses sujets dans le commerce de ce pays , que la grande attention avec laquelle je dois m’appliquer à ce que les religieux francs conservent la garde des saints lieux de notre vénération. «

Ainsi ont pensé tous nos rois; et presque tous ont agi en conséquence. C’est pour cela que la politique protectrice des lieux saints est devenue une politique éminemment française, et que chaque acte quelle entraîne porte aux yeux de l’univers le cachet de notre propre nationalité.

Il n’est donc pas étonnant de voir, en 1850, le souverain pontife et le patriarche latin de Jérusalem se tourner vers la France, et lui demander justice et protection contre les Grecs. Leur voix fut entendue. Par les soins de notre gouvernement, des négociations s’ouvrirent à Constantinople dans le but de faire restituer aux Latins les sanctuaires

usurpés par les Grecs. Quels actes furent invoqués tout d’abord? Les traités de 1673 et de 1740. Noble et patriotique idée : on remontait ainsi à la source meme du droit; on renouait les traditions que les malheurs des temps ou la faiblesse des hommes avaient interrompues. De son côté, la Porte accepta ces mêmes traités pour base des négociations. Pouvait-elle les récuser sans briser en même temps les liens de notre antique alliance avec elle? Une commission mixte, nommée par la Porte et par l’ambassadeur de France, fut donc chargée d’examiner les pièces qui établissaient les droits des Latins. Cette commission conclut en leur faveur.

Or, voici qu’au moment de signer le rapport le personnage qui représentait le patriarche grec refuse. Aussitôt, grande émotion au sein du divan : il évoque l’affaire ; mais, au lieu de la trancher d’autorité dans le sens des droits constatés et reconnus par ses propres commissaires, il change la nature des négociations, en déplace les hases, et, essayant de déserter les traités, parle d’une transaction.

Une transaction! Les traités qu’invoquent les Latins ne sont-ils donc pas formels? ou bien les Grecs auraient-ils à produire des actes contradictoires d’égale valeur? Piien de. tout cela n’existe assurément. Mais, derrière le patriarche grec, le

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sultan voit le tzar. Une telle apparition ne suflitelle pas pour ébranler son courage? D’ailleurs, qu’importent aux Turcs tous ces débats sur les lieux saints? Comme la foi ne saurait influer sur leur arbitrage, ils n’obéissent fatalement qu’aux séductions de l’intérêt ou aux injonctions de la force. Aujourd’hui, la Jérusalem du Christ n’a plus rien de commun avec le sultan ; elle est tout entière aux mains des Latins et des Grecs, en d’autres termes, aux mains de la France et de la Russie.

Aussi , du moment où , cédant au mauvais vouloir du patriarche schismatique, le gouvernement français renonçait à faire prévaloir strictement les traités et consentait à suivre ses adversaires sur le terrain des transactions, n’eût-il pas été opportun, ce semble, de transférer de Constantinople à Saint- Pétersbourg le siège des conférences? Alors l’action des deux puissances eût été simultanée ; on eût su immédiatement à quoi s’en tenir, et l’on ne se fût pas exposé à conquérir isolément auprès de la Porte des résultats qui , avant même d’être ratifiés, devaient s’écrouler sous la puissance rivale.

Tels sont les faits. A peine le projet de transaction était-il rédigé qu’une lettre autographe du tzar au sultan vint l’empêcher d’aboutir.

Dès lors, les négociations entrent dans une nou-

la brusque intervention de

velle phase. Les transactions sont abandonnées; il ne s’agit même plus du recouvrement des principaux sanctuaires, objet capital des stipulations premières, et le seul qui put justifier le rappel solennel aux traités de 1673 et de 1740. On se réfugie dans la sphère des accommodements ; pour mieux spécifier, on se borne à trois points de détail : 1° la restitution au patriarche latin d’une clef de la grande porte de l’église de Bethléem ; 2° le replacement , dans la grotte de la Nativité , d’une étoile ornée d’une inscription latine, enlevée par les Grecs en 1847; 3° la reconnaissance envers les communions catholiques du droit de célébrer leur culte dans l’église du Tombeau de la Vierge.

Tels sont les trois points indiqués par le Moniteur dans sa note du 18 mai. D’autres documents, en particulier la première circulaire de M. de Nesselrode et les deux derniers firmans du sultan, relatent encore trois autres points que tait le journal officiel , mais qui certes ne sont ni moins importants ni moins significatifs que les précédents. Il s’agit : 1° de la réparation de la grande coupole de l’église du Saint-Sépulcre par les Latins, ou du moins sous la surveillance des Latins ; 2° du changement du portier grec de l’église de Bethléem contre un portier turc ; 3° de la démolition de deux maisons musulmanes attenant au saint sépulcre.

Dépouillée de cette haute importance quelle

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avait empruntée à la reprise sérieuse et formelle de nos anciennes conventions, la question des lieux saints se restreignit donc peu à peu aux limites modestes que je viens de spécifier. Toutefois elle pouvait encore sortir de là avec un certain éclat, la portée des concessions ou des réparations à faire aux parties dépendant virtuellement de l’interprétation qui leur serait donnée.

Chose étrange! c’est précisément contre la France que ces interprétations ont tourné. Ainsi, du moins, l’opinion publique, tant en France qu’à l’étranger, a interprété les deux firmans qui ont clos la discussion. Je crois utile d’en reproduire ici le texte :

Premier firman.

« Ceci est mon ordre impérial adressé à mon vizir Hafiz- Ahmed -pacha, gouverneur du sandjak de Jérusalem et de scs dépendances, et au cadi de cette ville.

« Un firman impérial délivré de ma part en 1257 (1841) prescrivait la réparation de quelques parties de l’église du Saint-Sépulcre qui avaient besoin d’être restaurées. Ce firman, d’après un nouveau rapport qui vient de m’être soumis, était resté jusqu’ici sans exécution. La restauration de cette coupole n’ayant donc pas eu lieu jusqu’à présent, elle menace ruine et a besoin de réparations , cir-

constances qui ont été constatées par l’ingénieur envoyé acl hoc à Jérusalem. Nous avons donc ordonné et ordonnons ce qui suit :

« Cette coupole sera restaurée par ma Sublime Porte, dans sa forme actuelle telle quelle. S’il était apporté quelque altération à cette forme, le patriarche grec de Jérusalem est autorisé à faire ses observations pour que cette altération n’ait pas lieu.

« En outre, comme les maisons attenantes à l’église du Saint-Sépulcre sont des lieux de retraite et de prières musulmans qui ne sauraient être démolis, on condamnera les fenêtres qui donnent sur cette église en les murant.

« Un tirman impérial , contenant les dispositions qui précèdent, a été délivré et vous est expédié.

« Vous donc, qui êtes le gouverneur et le cadi sus-mentionné, aussitôt que vous connaîtrez ma résolution souveraine de faire réparer et restaurer cette coupole par un préposé acl hoc de la part de ma Sublime Porte, et en la maintenant dans sa forme actuelle, vous aurez soin de publier cette résolution et d’aviser à son exécution, comme aussi de faire immédiatement clore les fenêtres dont il est question plus haut, afin d’en écarter les inconvénients.

« Sachez -le ainsi, et prêtez foi à ce noble

signe.

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« Écrit à Constantinople, dans les derniers jours du mois de redjeb 1269. »

Second firman.

« Ceci est mon ordre impérial, adressé à mon vizir Hafiz- Ahmed -pacha, gouverneur du sandjak de Jérusalem et de ses dépendances; au cadi, au mufti, au substitut du Nakibul Echraf, et autres membres du conseil de ladite ville.

« Dans le but d’aplanir et de régler les différends et les contestations qui s’étaient élevés entre les Grecs et les Latins au sujet de certains sanctuaires situés dans l’intérieur et hors de la ville de Jérusalem, un hatti-chérif impérial, en date de la dernière décade de Gémaziul evrel 1268 (mars 1852), avait été adressé à toi , qui es le gouverneur susmentionné, et aux autres autorités compétentes. 11 vient d’être porté à notre connaissance impériale que quelques-unes des dispositions de ce hatlichérif n’ont pas encore reçu leur exécution. Or, comme mon désir impérial est que cette exécution ait lieu, cette question a fait l’objet des délibérations de mes ministres réunis en conseil , et, afin d’éclaircir et de confirmer la teneur dudit hattichérif, et d’en compléter et d’en expliquer le sens , il a été présenté et soumis à ma sanction impériale un écrit contenant les six articles suivants :

« 1° Bien qu’une clef de la grande porte de l’é-

glise de Bethléem ait été donnée aux Latins, il leur a été seulement donné le droit de passer par cette église, à l’instar de ce qui se pratiquait anciennement ; mais il ne leur a pas été donné le droit d’officier dans cette église, ni de la posséder en commun avec les Grecs. De même , il n’a pas été donné aux Latins la permission d’altérer en quoi que ce soit l’état actuel de cette église, ni d’y exercer leur culte , et , en un mot , il ne leur est pas permis de changer ce qui se pratique de tout temps et actuellement en ce qui concerne le passage par l’église à la grotte , aussi bien que sous tout autre rapport , ni d’apporter à quoi que ce soit dans cette église la moindre innovation.

« 2° Attendu que le portier de l’église de Bethléem se trouve être depuis longtemps un prêtre grec, sujet de ma Sublime Porte, et que ce portier n’a pas la faculté de refuser le passage aux nations qui ont , dès une époque reculée , le droit d’y passer, cela continuera à avoir ainsi lieu à l’avenir comme par le passé.

« 3° Par l’étoile qui vient d’être nouvellement posée dans la grotte de l’église de Bethléem, comme un souvenir solennel à la nation chrétienne de noire part impériale , et pour mettre tin à toute dispute, d’après le modèle de l’étoile qui se trouvait à celte grotte et a disparu en 1847 , il n’est donné à l’une ou à l’autre des nations chrétiennes aucun

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droit nouveau ou particulier. Jamais et en aucun temps il ne sera apporté à ce point le moindre changement.

« 4° Les nations chrétiennes qui ont le droit de visiter le tombeau de la sainte Vierge et d’y célébrer leur culte y officieront tous les jours.

« Les Grecs officieront les premiers , en commençant au lever du soleil, avec la condition de ne pas s’opposer à ce que les autres nations y accomplissent aussi les cérémonies de leur culte. Après eux, les Arméniens, et après ces derniers, les Latins, et tous y officieront durant une heure et demie. Cet arrangement a été fait sur l’ordre et avec l’autorisation de ma Sublime Porte.

« 5° Les deux jardins situés au village de Bethléem et contigus au monastère franc seront administrés par les Grecs et les Latins comme par le passé, sans qu’ils aient les uns sur les autres aucun droit de prééminence. On fera de ces jardins absolument le même usage qui en a été fait jusqu’ici.

« 6° A V exception de ce qui précède , aucune concession n’ayant été faite en vertu d’ordre officiel en faveur d’aucune nation , toutes sont maintenues dans leur état actuel.

« La possession des sanctuaires de Jérusalem qui se trouvent présentement entre les mains des Grecs, des Latins et des Arméniens, soit en com-

mun , soit d’une manière exclusive , leur est continuée A TOUT JAMAIS COMME PAR LE TASSÉ.

« Les dispositions ci-dessus ayant obtenu ma sanction impériale, j’en ai ordonné l’exécution; et, en vertu de mon ordre impérial, le présent firman a été délivré par mon divan impérial, revêtu de mon autographe souverain, et vous est expédié. Vous donc, qui ôtes le gouverneur, le cadi, le mufti et autres fonctionnaires sus-mentionnés, aussitôt que vous aurez connaissance de la chose, vous aurez soin de faire enregistrer le présent ordre impérial dans les matricules du Mehkeme, d’agir toujours et à perpétuité d’après ces ordres, sans y apporter le moindre changement. Sachez-le ainsi, et prêtez foi à ce noble signe.

« Fait à la fin de redjeh 1269. »

J’ai déjà mentionné la note du Moniteur du 18 mai. Voici cette note in extenso :

« On avait pu craindre, au moment où M. le prince Menschikoff se rendait à Constantinople en qualité d’ambassadeur extraordinaire de S. M. l’empereur de toutes les Russies, que l’un des effets de sa mission ne fût d’annuler en 'partie les concessions obtenues par M. de Lavalette au profit des Pères latins de terre sainte , dans le courant de 1852. On se rappelle que, sur la demande de la légation de France, le gouvernement de Sa Hautesse avait consenti à restituer au patriarche de Jérusa-

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lem, délégué du saint-siège, la clef de la grande porte de l’église de Bethléem, à donner l’ordre d’y placer dans la grotte de la Nativité une étoile ornée d’une inscription lai’ ne et qui avait disparu en 1847, et enfin à accorder à la communion catholique le droit de célébrer son culte dans un

sanctuaire vénéré , l’église d:te du Tombeau de la Vierge.

« Le gouvernement de Sa Majesté Impériale 11e pouvait admettre qu’aucun de ces avantages fût retiré aux Latins. Le cabinet de Saint-Pétersbourg, dit reste , transmit bientôt au cabinet des Tuileries l’assurance que son intention n’était pas de contraindre la Porte à revenir sur les concessions qui nous avaient été faites.

« Les dernières nouvelles de Constantinople, apportées par l’aviso le Chqptal , en date du 7 mai , nous permettent d’affirmer que le maintien du statu quo à Jérusalem, réclamé par M. le prince Menschikoff, n’implique, dans l'état des possessions des Latins , aucune modification susceptible d'affecter l’arrangement convenu avec M. le marquis de Lavalette. C’était là pour nous le point essentiel , celui qui ne pouvait être, de notre part, l'objet d’aucune transaction. Quant à nos anciens traités avec la Turquie, nul acte diplomatique, nulle résolution de la Porte 11e saurait les invalider sans le consentement de la France. »

Gomment concilier cette note avec les fîrmans ? Les fîrmans maintiennent, il est vrai, en apparence, les concessions ou plutôt les réparations stipulées par le gouvernement français, mais, à l’exception d’un seul point , ne les annulent-ils pas en réalité?

Nous avons une clef de l’église de Bethléem. Estce pour posséder cette église seuls , conformément à nos anciens traités, ou en commun avec les Grecs,

d’après une nouvelle clause de partage consen-

tie par nous? Est-ce, du moins, pour y exercer notre culte? Non, c’est simplement pour y passer.

Nous voyons replacer dans la grotte de la Nativité l’étoile que nous avaient ravie les Grecs. Est-ce pour y témoigner par son inscription latine de nos anciens droits sur le sanctuaire? Non : l’inscription est effacée ; le sultan fait de l’étoile son bien propre ; et la dépouillant de sa signification symbolique, il l’érige, lui, Turc, en souvenir de sa part à la nation chrétienne.

Quant à la reconstruction de la grande coupole , au changement du portier de l’église de Bethléem, à la démolition des maisons musulmanes, nos stipulations demeurent sans effet.

Il n’est donc, je le répète, qu’un seul point où nous ayons obtenu gain de cause, c’est dans le droit d’officier au tombeau de la Vierge. U est vrai

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que les Grecs et les Arméniens sont également admis à y célébrer leur culte; mais enfin l’heure qui nous est accordée est la plus commode et la plus propre aux solennités.

On a voulu voir dans ce résultat un manque de toi du sultan à notre égard. Ce n’est pas un manque de foi , c’est de la faiblesse. Le sultan plie sous l’étreinte de la Russie; il faut qu’il cède, à moins qu’il ne trouve en dehors de lui un soutien énergique qui assure le succès à sa résistance. Ce sou-

tien la France seule pouvait le lui donner, car il s’agissait ici d’une question véritablement française. Mais, en présence du mode d’action du prince Mensehikoff, une intervention décidée de notre part eut certainement provoqué une lutte opiniâtre. Le gouvernement français n’a pas voulu accepter cette responsabilité; il a vu, dans une question qui lui était personnelle, le germe d’une complication générale ; il a craint pour l’Europe. Cette modération sera-t-elle heureuse dans ses résultats? C’est là le secret de l’avenir.

Quoi qu’il en soit, et en attendant un dénoûment plus complet , les catholiques n’ont pu cacher leur peu de satisfaction du résultat obtenu. On connaît à cet égard les sentiments du saint-siège , les réclamations du commissaire de la terre sainte, le langage de Y Univers et des autres journaux religieux. De leur côté, au contraire, les Russes, dont

les intérêts dans la question des lieux saints étaient, comme le dit M. de Nesselrode , contradictoires à ceux des Latins, se sont déclarés satisfaits. Quelles conséquences seraient à tirer de deux appréciations aussi opposées ? Je laisserai ce soin à d’autres publicistes.

Quant à mon opinion personnelle , je préfère la régler sur les termes si remarquables de la seconde circulaire de M. Drouyn de L’huys. Le ministre n’y dissimule en aucune façon les concessions qui ont été faites à la Russie dans la question des lieux saints ; mais, du moins, au lieu de triompher de ces concessions , il les explique et en montre le but. Cette modération, qu’il a inspirée à M. de Lacour, et qui a été, on le sait, jusqu’à rendre à peu près tout ce qu’avait obtenu M. de Lavalette ; cette modération est, selon lui, un suprême effort que le gouvernement de l’empereur a cru devoir faire en faveur de la paix. Du reste, loin que ces procédés conciliateurs soient aux yeux du ministre une abdication des droits de la France , ils n’emportent qu’un ajournement plus ou moins prolongé de leur exercice réel ; car, d’après les paroles mêmes de M. Drouyn de L’buys, des réserves ont été posées par son agent, réserves contre lesquelles ne sauraient prévaloir pour l’avenir ni . les deux firmans déjà obtenus , ni ceux que la Russie pourrait encore arracher dans la suite à la faiblesse de la

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