CHAPITRE II
Les Centres de production dans les colonies françaises
Il nous semble intéressant de compléter le chapitre précédent par quelques renseignements sur la production et l'extraction du sel dans certaines de nos possessions d’ouire-mer : en Afrique et en Asie.
À. — En Afrique
Dans certaines tribus noires, l’homme qui assaisonne ses mets avec du sel est considéré comme un homme riche el ce n’est que dans certains jours de fêtes que les esclaves emploient ce condiment.
Faut-il en déduire qu’il n’y a pas de sel en Afrique ? Sont-ce les communications difficiles de ce pays qui font que cette denrée semble si rare ? Non... Dans ces pays peu civilisés, les habitants se bornent à recueillir ce qu’ils trouvent de sel à la surface du sol.
Les richesses minérales de notre grande colonie d’Afrique : l’Algérie, sont immenses et elles ont fait l’objet de sérieuses études. On a reconnu que dans certaines contrées, ‘il y avait des gisements salifères importants ; les eaux profondes contiennent presque toutes du sel marin ; le sol environnant se couvre d’une épaisse carapace formée de molécules calcaires que le chlorure de sodium entraîne avec lui en s’élevant peu à peu à la surface du sol.
Dans la région d'Oran notamment, les Arabes exploitent une mine de sel gemme, située à 12 kilomètres d’Ain-Temouchen et environ à 8 kilomètres du bord de la mer. Le sel est interculé dans des argiles schisteuses grises et se trouve le long d’une petite rivière qui porte le nom, comme toutes les rivières salées d’Algérie : d’Oued Melah.
Es pe
Le sel que l’on trouve est impur et les Arabes l’emploient à l’état brut. Ils l’extraient de la mine et le transportent à dos d’ânes ou de mulets jusqu’à Ain-Temouchen ou Tlémcen.
Dans l'Est d’Ain-Temouchen, se trouve une autre rivière appelée Rio-Salado. Elle doit son nom à des infiltrations d’eau salée qui se produisent à la partie supérieure de son cours. |
Nous avons tous entendu parler du lac d’Arzeu, qui est une saline naturelle, située à 14 ou 15 kilomètres du port d’Arzeu et élevé à 45 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa longueur est de 12 kilomètres et sa largeur 2.500 mètres ; elle n’est jamais complètement couverte d’eau, mais, en été, celle qu’elle contient est complètement salée ; aussi, pendant la chaleur, elle se concentre et laisse évaporer une couche de sel dont l’épaisseur augmente jusqu’à la saison des pluies.
Le lac d’Arzeu contient, dit-on, 1.300.000 tonnes de sel marchand ; il en reçoit chaque année 4.000 tonnes des eaux qui lui arrivent et qui doivent leur salure au lavage des rochers imprégüés de sel. Cette saline, qui est exploitée depuis fort longtemps, donne annuellement 3.000 tonnes d’un sel d’assez bonne qualité, puisqu'il renferme seulement 2/100 de matières étrangères.
Une autre saline naturelle à 14 kilomètres au Sud d'Oran, qui s’appelle la Sebka (1) d'Oran ou « Lac du champ du figuier >» à 80 mètres au-dessous du niveau de la mer ; en été, la croûte de sel qui s’y dépose n’a qu’une épaisseur de quelques centimètres et est inexploitable.
On voit donc que le sel se trouve en abondance dans cette région de l'Afrique. Le lac d’Arzeu pourrait à lui seul suffire à la consommation de tous les villages environnants ; pas très loin, nous trouvons des sources salées ; le sel est fourni par l’évaporation des eaux et les Arabes les
(1) Lac salin desséché pendant une partie de l’année,
ET Vue
exploitent depuis longtemps. Elles sont situées près de Té-
nès, de Boghar, de Milianah et de Kasbah, à 40 kilomètres d’Aumale.
Les gisements les plus curieux et les plus importants de l’Algérie sont dénommés « rochers de sel », tels ceux d’El Outaya dont nous aurons l’occasion de nous occuper plus loin et du Djebel Sahari ; ce dernier, ainsi que deux salines naturelles des deux Zharez, pas très éloignés les uns des autres, fourniraient à eux seuls, d’après MM. Fournel et Ville, plus de 600 millions de tonnes de sel.
Le rocher de sel du Djebel Sahari, que l’on appelle Knaney: El Melah ou Rangez El Mealh, est situé à l’entrée de la chaîne secondaire du massif sur la route de Boghar à Laghouat. Le loin, il est reconnaissable par les dentelures qu’il présente au nord qui contrastent avec les crêtes ondulées des autres côtés ; dans les fragments de chacune de ses roches, le sel est épars, il est assez pur, puisqu'il contient 92 à 98 % de chlorure de sodium. Sa production est immense.
Dans la province de Constantine, il y a des gisements de sel gemme semblables à ceux des départements d'Oran et d'Alger. Puis commence la région des Chotts dans le Sahara qui s'étend de part et d’autre de notre frontière tunisienne.
Les principaux sont :
1° Le Chott Melghir.
2° Le Chott El Gharsa. 3° Le Chott El Dijerid.
Ils se suivent dans un rayon de 380 kilomètres, dont la moitié en territoire algérien, la moitié en territoire tunisien ; il y en a beaucoup d’autres, mais de moindre importance, qu’il serait trop long d’énumérer ici.
« Les Chotts », mot d’origine arabe, sont des bas fonds vaseux, couverts de matières salines, dans lesquels l’eau ne séjourne qu’à certaiies époques de l’année ; ils sont ali-