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mentés par plusieurs rivières qui vont s’y jeter ; ils déposent une couche saline blanche et, de loin, le voyageur pourrait se croire au pi<d d'immenses plaines couvertes de neige ; l’eau des Chotts est très salée et contient une accumulation de matières salifères importantes. Sur les plateaux de Sétif et d’Aïn-Beïda sont çà et là quelques petites sebkas ; la plus considérable est le Tarf, où vont se perdre quelques ruisseaux descendus de l’Aurès ; les eaux atteignent le plus haut degré possible de saturation sans avoir pu dissoudre tout le sel contenu dans le bassin (1).
Nous n’avons pas de renseignements très précis sur les procédés d’extraction du sel dans le Sahara ; ils sont peu nombreux : mais en comparant ceux que l’on trouve dans les récits de différents explorateurs, nous voyons que les méthodes employées sont à peu près les mêmes que celles en usage dans ces contrées depuis plus de cinq siècles.
Ecoutons Ibn Batoutah (Abou Abd-Allah Mohamed), né à Tanger, en 1302, qui partit de Fez en 1351 pour explorer le Soudan ou Pays des noirs et ne fut de retour qu’en 1354 ; il arriva (2) le 14 mars 1352, après une marche de 25 jours, à Teghaza. Une des choses les plus curieuses que l’on remarque, dit-il, « c’est que ses maisons et sa mos- « quée sont bâties en pierres de sel, les toits sont en peaux < de chameaux. On n’y voit aucun arbre, le terrain n’est «< que sable où se trouve une mine de sel.
« En creusant dans le sol, on découvre de grandes ta- « bles de sel gemme, placées l’une sur l’autre comme si « on les avait taillées et puis déposées par couches sous « terre.
« Un chameau ne peut porter que deux de ces tables ou < dalles de sel.
« Une charge de chameau se vend 10 ducats, à Sona- « laton elle en vaut 30 ou 40.
(1) Ch. Férand, revue Siicaine, citation (etre géographie universelle E. Reclus, Tome ll, p. 138).
(2) In Batoutah, texte arabe publié par la Société asiatique de Paris.
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« Les esclaves :’occupent de l'extraction du sel, ils vi- « vent de dattes, de viande de chameau et de millet im- « portés de la contrée des Noirs.
Le village de Teghaza est, dit-il, un bourg sans culture et offrant peu de ressources, il est habité par des esclaves qui s’occupent de l’extraction du sel ; les nègres s’en servent comme monnaie courante ; l’eau du village est saumâtre, et pourtant, certaines caravanes s’y approvisionnent avant de pénétrer dans le désert.
Cent cinquante ans plus tard, Léon l’Africain, né à Grenade au xvi° siècle, constata la pénurie du sel en Afrique centrale : « On ne trouve, dit-il (1), que celui que l’on tire « des salines dans les cavernes, ni plus ou moins que si < c'était jaspe ou marbre.
« La Barbarie en rapporte une grande quantité et la < Numidie médiocrement tant qu’il suffit ; mais il s’en « trouve peu au pays des Noirs, même en Ethiopie infé- « rieure, où la livre se vend un demi-ducat, aussi les ha- « bitants ne le tiennent pas dans les salières aux repas, « mais en mangeant leur pain ils tiennent une pièce de « sel dans la main et à chaque morceau qu’ils mettent dans « la bouche, ils passent la langue dessus et ne font cela « pour autre raison que de l’épargner et en user peu.
< En beaucoup de petits lacs et marais de Barbarie, en
« temps d’été, se congèle le sel qui est blanc et poli com-.
« me aux lieux qui sont prochains de Fez.
Léon l’Africain a visité aussi Teghaza « contrée en laquelle se trouvent plusieurs veines de sel qui semble marbre ».
« Ceux qui tirent du sel ne sont pas du pays même ; ils
« y viennent pour ce travail et vendent le sel à des mar- « chands qui le transportent à Tombut où il est en grande
(1) Description de l’Afrique par Léon l’Africain, Texte traduit par Temporal. 4 s
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& recommandation, Un chameau ne peut porter que deux « plaques de sel.
« Les ouvriers qui travaillent à Teghaza n’ont d’autres « vivres que ceux apportés de Tombut ou Dara, cités éloi- « gnées de 20 journées, tant qu’il est souvent advenu qu’on « les a trouvés morts dans les loges, pour le trop long sé- « jour des vivres, on y boit toujours de l’eau d’aucuns « puits, qui sont joignant les salines ».
Le procédé employé pour la vente du sel laisse beaucoup à désirer au point de vue de la rapidité des transactions. 3
Le sel est apporté à Melli à dos de chameaux en deux grandes pièces extraites de la mine et de grandeur à former la charge d’un de ces animaux ; les Noirs le cassent en plusieurs morceaux et les portent sur la tête et ces derniers sont si nombreux qu’on dirait une armée en marche ; quand ils sont arrivés à destination, les propriétaires du sel font des tas alignés et les marquent de façon à les reconnaître et le vendent à des Noirs acheteurs.
Le sel est très recherché dans tous ces pays de l'Afrique centrale, car les habitants sort convaincus que par les plus grandes chaleurs, c’est lui qui empêche le sang de se corrompre et que, sans le sel, « ils en prendraient la mort ».
Lorsque trois siècles plus tard, Caillé, en 1828, revint à Tombouctou, il trouve lui aussi, comme ses prédécesseurs, le commerce du sel à peu près identiquement semblable à ce qu’il était autrefois, seulement il n’est plus question de Teghaza « comme pays d’origine du sel » (1). « C’est de « Taoudeni, nous dit-il, qu’on tire tout le sel qui s’importe « de Tombouctou à Jenné, et, de cette dernière ville, dans « tout le Soudan.
« Les mines de sel sont à trois ou quatre pieds de profondeur au-dessous du sol et par couches très épaisses.
(1) Caillé, voyage à Jenné et à Tombouctou, publié par Jomard (1829). Imprimerie Royale,
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« On le tire par blocs, puis on le scie en planches ; ces < mines font la richesse du pays où elles sont exploitées < par des Nègres, surveillés par des Maures.
« Ils n’ont, pour se nourrir, que du riz et du mil, apportés de Tombouctou, cuits avec de la viande de cha- < meau desséchée au soleil.
« L’eau qu’ils boivent filtre au-dessous des mines de « sel, elle est extrêmement saumâtre ». Plus tard, vers 1880, le Docteur Barth nous donne quelques précisions sur le voyage qu’il fit au centre de l’Afrique ; c’est lui, de tous les explorateurs, qui s’est le plus attaché à l’étude minéralogique et géologique du pays. Il nous dit qu'après l’or, c’est le sel qui sert de monnaie d’échange dans les régions que borde le Niger. :
Le sel arrive de Taoudeni, dont les mines sont exploitées depuis que furent abandonnées celles de Teghaza vers l’an 1596 ; le gisement de Taoudeni est situé dans le désert El-Djouf, cinq couches de sel superposées forment la mine ; les blocs que l’on retire sont marbrés et leur poids varie entre 25 et 30 kilogrammes. Le prix du sel est très variable selon les saisons et la situation politique du pays. À l’époque du voyage du Docteur Barth (1), on payait un bloc de moyenne grosseur de 3.000 à 6.000 kourdis (2).
Le commerce du sel de Taoudeni s'étend au-delà de Tombouctou jusqu’à Sansanding.
Plus près de nous, en 1931, Gerville-Réache et J.-R. Mathieu, dans des pages émouvantes, nous parlent de ces mines du centre de l’Afrique qu’ils situent à Argogott et qu’ils désignent sous le nom de « mines macabres ». Ils nous font un tableau saisissant de ces pauvres êtres (qui paraissent humains seulement que de nom) employés à ce dur
(1) Docteur Barth (Voyages et découvertes dans l’Afrique Septentrionale et Centrale) (en anglais, en allemand et en français). (2) Kourdi est un petit coquillage employé comme monnaie,
travail ; écoutons-les : « Entre ces monticules et ces fos- « ses quelques hommes qui vont, courbés, à pas lents, met- « tent dans ce décor affreux un unique et triste reflet de
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« Les autres, enterrés déjà, travaillent invisibles, an « rythme lent des pics. Seule de la terre martelée, monte, « en ce prodigieux silence qui règne à l’entour, la plainte « continue d’un chant désespéré... crevant le sol d’un peu « de tous les côtés, les trous de la mine, fosse carrée de « 8 à 10 mètres de côté et d’une profondeur parfois éga- « le. des marches étroites, hautes, gluantes de sel et « d’eau, nous descendent dans cette excavation.. puis, ils « parlent de cette odeur affreuse de saumure et d’eau « croupie qui vous prend à la gorge et vous suffoque.…. et « d’une chaleur abominable, alourdie encore de tous ces « relents nauséeux ». (Ces mines dont le terrain est divisé en petites portions sont concédées à des marchands de sel d’origine Maure par un Caïd qui demeure sur les lieux et prélève comme indemnité le cinquième du sel extrait).
La main-d'œuvre, sous le soleil atroce, est composée de Noirs qu’on désigne sous le nom d’hartâni (captifs). Ils viennent du Niger et même du Tchad ; ce sont eux qui exploitent les mines d’Argogott : « maigres, squelettiques.…. « rougis tout à la fois par le soleil et par le sel, les yeux « aux paupières gonflées et sanguinolentes.. L'homme tra- « vaille jusqu’à ce qu’il meure, parce que jusqu’à ce qu’il < meure, il lui faut manger ! »
Ces malheureux n’ont pas le droit de rompre le contrat qu’ils ont signé avec le traitant sans trop savoir ce qu’ils faisaient, un jour d’ivresse ou de découragement. Sur huit jours de travail, ils en donnent six au maître et deux pour eux pour payer une nourriture insuffisante ! Une équipe est: composée de quatré hommes qui ‘travaillent: ensemble et retirent de la mine environ dix barres de sel par vingtquatre heures. Au bout de la semaine, ils auront donc à se
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partager vingt barres qu’ils échangeront contre des aliments, des étoffes, des outils que leur apporteront les Kabars (1).
Le sel d’Argogott est transporté à dos de chameau jusqu'à Taoudeni et de là à Tombouctou. où il sera vendu et paiera l’impôt appelé « l’Achour ».
Les caravanes de sel portent le nom de « l’airi » (2) ou de l’azalaïi et comprennent jusqu’à trois mille chameaux. Elles donnent une fois par an un peu de vie à ces régions désertiques.
On trouve un peu plus loin une mine à Bilma, puis dans le royaume de Foulbe de Gando, il y a quelques villages qui exploitent le sel ; dans toute la vallée de Bogha, le procédé d’extraction est très simple. Pour obtenir le sel, on met la terre dans de grands tamis de paille et de roseau, puis on y verse de l’eau ; elle s'écoule saturée de sel et tombe dans des vases placés en dessous ; ensuite, on l’'évapore. Le sel de cette région est loin d’être aussi pur, aussi blanc qu’à Taoudeni ; il est teinté de jaune.
À Yola, le sel s'obtient comme dans la vallée de Fogha, par le lavage du sable, mais on l’extrait des cendres d’herbes que l’on fait brûler ; on le recueille dans des moules de formes rectangulaires et de là, on le yorte à Koukaoua où il s’échange contre les produits divers importés d’Afrique. Ces transactions atteignent un chiffre important de kourdis.
On voit, d’après ces renseignements, quelle place tient le commerce du sel dans l'Afrique centrale.
B. — En Indochine
En Indochine, et spécialement au Tonkin, depuis un temps immémorial, il existe dans la région de Tieu-Bang, près d’'Haïphong, de Ninh-Tiep et à Dong-Baï (île de Nhieu- Phong), des salines exploitées par les indigènes.
(1) Caravaniers. s (2) L’airi nom indigène et particulier de la caravane de sel.
Cette industrie se perpétue de père en fils, mais, comme
partout, elle diminue progressivement faute de sauniers !
Tout Annamite qui désire fabriquer du sel doit obtenir préalablement l’autorisation de l’administration.
Celle-ci lui délivre gratuitement, si elle fait droit à sa demande, un livret de saunier sur lequel sont indiqués tous les renseignements concernant son identité, la superficie de l'emplacement salifère, la production probable et, par la suite, les quantités de sel livré à la douane, ainsi que le montant des sommes perçues.
Les salines, d’une étendue souvent restreinte, sont séparées les unes des autres par de petits talus en terre, coupés de distance en distance, pour laisser passer l’eau de mer au moment des marées.
La récolte a généralement lieu de mars à septembre, lorsque cesse la saison des pluies.
Le saunier, dès que le beau temps revient, remet sa saline en état à l’aide d'instruments primitifs ; le sable qui en forme le fond est remué et égalisé sur toute sa surface.
À la marée montante, la mer y entre lentement, pénètre dans le sol et dépose dans le sable une bonne partie du sel qu’elle contient, elle se retire après un stationnement de plusieurs heures. À marée basse, le soleil fait évaporer l’eau qui a pu rester dans le marais. Toutefois, cette évaporisation n’est pas suffisamment rapide pour permettre la récolte du sable salifère avant le retour de la mer ; il faut attendre, pour la faire, la décroissance des marées.
Dès que le moment est favorable, c’est-à-dire lorsque la saline n’est plus envahie par l’eau pendant plusieurs jours, le saunier ratisse le sable sur une profondeur de 4 à 5 centimètres et, après une siccité complète, l'emmagasine sous un hangar des plus primitifs, édifié en général à l'entrée ou au fond de la saline, +
Lorsqu'il a ainsi mis à l’abri une certaine quantité de ce sable, le saunier procède à l’extraction du sel qu’il con-
ot
tient ; à cet effet, il en répand une couche épaisse sur une sorte de filtre confectionné avec de la terre glaise et de fines lamelles de bambou, et l’arrose ensuite avec de l’eau au moyen d’une noix de coco emmanchéz: au bout d’un assez long bâton et ce jusqu’à imprégnation totale.
Le filtre retient le sable et laisse passer l’eau qui tombe dans un réservoir placé au-dessous qui est d’une assez grande contenance consistant dans une excavation creusée dans le sol même, dont le fond ét les parois sont enduits de terre glaise. L’Annamite recommence l'opération en remplaçant la première couche de sable qu’il arrose dans les mêmes conditions et ainsi de suite, jusqu’au remplissage complet du réservoir.
Pour se rendre compte de la densité de l’eau recueillie, le saunier y plonge une gousse de palétuvier : moins celle-ci s'enfonce, plus l’eau contient de sel.
Ce procédé est à la portée de tous et la famille entière concourt à la fabrication du sel, qui est, comme on vient de le voir, peu compliquée.
L’eau ainsi obtenue est ensuite transvasée dans des marmites en fer, de forme ronde, placées sur un four peu élevé construit en briques et mortier et qui contient des ouvertures où s’encastrent les marmites qui sont généralement au nombre de quatre et d’une contenance chacune de 25 litres environ.
Le feu y est ensuite allumé et la durée de la chauffe, qui se prolonge jusqu’à l’évaporation complète de l’eau, est de six heures environ ; en 24 heures, on peut faire quatre chauffes et obtenir 160 kilogrammes de sel.
Cette quantité, malgré la surveillance active des préposés de l'Administration des Douanes, est rarement celle officiellement déclarée, et l’on estime qu’un bon tiers de la production journalière est vendu clandestinement la nuit, constituant le plus clair des bénéfices du saunier.
L'heure de l’allumage du four et celle de la cessation de
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la chauffe sont inscrites sur le livret dont on a parlé das5 le but d’enrayer le plus possible la contrebande. Le travail de chauffe n’est jamais continu ; il subit des arrêts plus ou moins longs dûs, tantôt au manque de combustible qui consiste en branches de palétuvier, tantôt à l’épuisement de l’eau salifère, pendant ce temps le livret du saunier reste déposé à la recette des Douanes.
Le sel ainsi obtenu, après complète siccité, est fin et parfaitement blanc, on-l’appelle sel de four. Il est porté à l’entrepôt-des Douanes où il est emmagasiné après avoir été pesé et le producteur perçoit aussitôt la somme qui lui revient. Jadis, il touchait 0 piastre 56 (cinquante six cents) par 100 kilogrammes, actuellement cette rémunération est certainement plus importante et suit le cours de la piastre ; la contrebande ne continue pas moins à être pratiquée sur une grande échelle, malgré la vigilance des représentants de l'Administration, car pendant la nuit la surveillance des salines est des plus difficiles, le saunier en profite.
Ces procédés pour fabriquer le sel sont, comme on le voit, des plus primitifs et sont pratiqués au Tonkin depuis une époque reculée en s'inspirant toujours de la même routine ; cependant, Francis Garnier nous parle de sa visite aux salines de Ho-Boung ; l’eau salée est extraite au moyen de pompes manœuvrées à la main et recueillie dans des auges en marbre ; l’évaporation se fait au moyen d’une chaudière ; pendant 48 heures on renouvelle constamment l’eau et, au bout de ce temps, l’évaporation est complète. On retire alors des blocs de sel blanc ayant la forme de la chaudière et pesant de 50 à 60 kilogrammes, cette exploitation est très différente de la première que nous avons indiquée.