CHAPITRE III
Les Centres de production dans quelques pays d'Europe
Nous pensons qu’il est intéressant de donner quelques détails sur la production du sel à l'étranger ; toutefois nous ne nous étendrons pas longuement sur ce point, car ce n’est pas là l’objet principal de notre thèse.
Europe Centrale
L’Autriche, la Hongrie et la Pologne sont des pays de l'Europe Centrale les plus favorisés sous le rapport de la production saline ; sans parler du sel que certains de ces pays peuvent retirer de leurs marais salants, ils possèdent de grands dépôts salifères, l’un situé dans les plaines qui avoisinent les Carpathes avec les fameux gisements de Wieliczka et de Bochnia, l’autre plus au Sud avec les dépôts de Hongrie qui comprennent les salines de Ronazeh, les mines de la Maros, de la Szamos et du Kis Küküll6 et enfin dans la région de Salzbourg (Autriche) nous trouvons des gisements qui portent ce nom avec les mines d’Hallein et du Salzkammergut.
L'importance de ces gisements est énorme, les seules mines d’'Hallein ont fourni pendant les cinq derniers siècles plus de dix miilions de tonnes.
On peut évaluer dans les Alpes Autrichiennes la production annuelle du sel à 111.500 tonnes ; celui que l’on retire est rarement pur, il est mélangé à de la marne et de l’argile.
«On. procède d’une façon très simple qui consiste à laver l’argile salifère par un courant d’eau introduit dans les chambres de dissolution.
: Le dépôt de sel de Wieliczka est formé d’une masse im-
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mense d’argile au milieu de laquelle se trouvent, non pas des couches ou des débris, mais des amas extrêmement volumineux qui portent des noms différents d’après leur situation ou le degré de pureté du sel.
Après avoir traversé une épaisseur de couche de sables mouvañts qui composent le sol de la plaine, on trouve dans l’argile des amas irréguliers isolés les uns des autres, et formés d’un sel mélangé à de la terre. Ils donnent ce que l’on appelle du « sel vert » qui contient 6 % d’argile ; endessous, nous trouvons des amas disposés de la même manière, mais qui donnent un sel beaucoup plus pur, et, plus bas encore, nous rencontrons une troisième sorte de sel formé de lamelles et de plus en plus transparent.
En résumé, les gisements salifères de Wielliczka nous apparaîssent sous la forme d’une puissante masse argilomarneuse imprégnée de sel, celui-ci est tantôt cristallisé en gros grains, tantôt en roches formant au milieu des argiles salifères du sel gemme plus ou moins pur.
Allemagne
Jusqu'en 1856 tout le sel produit en Allemagne provenait de l’évaporation d’eaux salines. Schônebeck, près de Magdebourg, produit 50.000 tonnes de sel ; Lünebourg dans la partie orientale du Hanovre peut en fournir de 15 à 20.000 tonnes ; Halle, célèbre par son université, était autrefois la ville du sel, ainsi que l’indique son nom ,; ses salines fabriquent environ 10.000 tonnes de sel et non loin de là se trouve le lac salé (der Salzige See).
La découverte de gîtes salifères dans la Saxe et dans le Hohenzollern est venue accroître la production et ajouter aux anciens modes d’exploitation l’extraction des sels tirés des mines.
En 1867, un nouveau banc a été découvert à Sperenberg, près de Berlin.
Le plus important de tous les gisements est celui de Stassfürt. Ce village qui était autrefois ignoré, groupe au-
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jourd’hui un nombre considérable d’usines qui travaillent pour l’industrie chimique et pour la défense nationale.
La production du sel, à un moment donné, étant insuffisante, on a procédé à de nombreux sondages dans la région et, à Stassfürt en particulier, on trouva du sel à 300 mètres de profondeur et à plus de 500 mètres on rencontra encore des couches salifères ; c’est un des gisements les plus importants qui existent et l’un des plus riches, car on trouve également des sels de potasse mélangés à la soude et à la magnésie qui recouvrent le chlorure de sodium.
L’exiraction de toutes ces matières minérales se fait par des galeries de mines de grandes dimensions et traitées de différentes façons.
Grande-Bretagne
En Angleterre, on extrait le sel dans le Cheshire et dans le Worcestershire, on l’a également rencontré, il y a quelques années à Middlebourgh.
La couche de sel gemme du Comté de Worcester est placée au milieu des bancs de marnes ; dans la plupart des localités, on rencontre immédiatement au-dessus de la masse de sel une nappe d’eau souterraine qui en lave la surface et qui, chargée de sel, remonte au niveau du sol, et même plus haut, à la manière de l’eau des puits artésiens ; l’eau est saturée de sel, par l’évaporation, elle en fournit du fin que l’on met en pains, et du gros que l’on vend tel qu’on l’obtient.
C’est encore la même formation géologique qui s’avance jusqu’au-delà de Liverpool et qui renferme les importantes mines du Cheshire. Ce gisement est exploité depuis la fin du xvrr siècle ; des mineurs qui cherchaient du charbon trouvèrent du sel, de même que dans le Worcestershire, il existe une nappe d’eau sur les parties basses du banc de sel ; mais, en certains points, le dépôt salifère semble si-. tué plus haut que le niveau supérieur des eaux, le fond
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des puits d’extraction reste sec et l’on obtient du sel gemme (rock salt) et non de l’eau salée.
Les mines d’où l’on extrait le sel en roche et les usines , où l’on opère sur l’eau salée provenant du même dépôt minéral sont à proximité les unes des autres, et se trouvent groupées sur les bords de la Weaver, soit sur les canaux qui communiquent avec cette rivière.
Les plus importantes sont situées à Northwich et à Winsford, mais il y en a d’autres ; la presque totalité des produits est embarquée sur la Weaver, soit pour être expédiée pour Liverpool, soit pour l’Est de l’Angleterre.
Une partie assez importante du sel extrait est utilisé dans le pays à la préparation des fromages de Chester et à la fabrication de la soude dans l’usine de Newton.
Une circonstance curieuse frappe le voyageur qui visite les mines de Northwich, la nappe d’eau souterraine en dissolvant les bancs de sel a creusé d'énormes cavités, aussi le sol s’effondre peu à peu, et la croûte de terre superficielle s’affaisse avec les maisons, les champs et les rivières ; les habitations semblent en ruines ; le sel a fait Northwich, il est à craindre qu’il ne la détruise.
Le travail dans les mines du Cheshire ressemble beaucoup à celui des mines de houille, les galeries sont creusées à l’aide de la pioche et du coin, les blocs sont ensuite dé: tachés à la poudre. Il en résulte de grandes excavations soutenues par des piliers de sel que l’on conserve de distance en distance ; les murs sont transparents et brillent à la lumière des mineurs. C’est la poudre qui disloque la roche et en projette les éclats ; le sol est jonché de fragments cristallisés quelquefois blancs ou transparents, le plus souvent d’un jaune rouge,
Le travail, qui est très nénible à cavse de la température, est exécuté par des mineurs qui trapsportent eux-mêmes les blocs de sel ; dans quelqties mines le roulage est fait
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par des chevaux, des poneys ou des ânes qui y descendent tout jeunes et qui remontent au jour pour être abattus.
Péninsule Ibérique
En Espagne, nous trouvons les exploitations de Cardona, situées en Catalogne, le sel forme une élévation naturelle du sol qui porte le nom de « montagne de sel » qui domine la vallée à plus de 100 mètres ; son rendement est très puissant, on exploite la masse de sel comme on procède dans une carrière à ciel ouvert, on enlève des blocs de manière à former plusieurs séries d’étages.
Le Portugal est un pays de sel par excellence, les marais salants y sont nombreux, l’évaporation est favorisée par la chaleur et le vent ; la récolte s’élève à 250.000 tonnes, les deux tiers sont exportés en France, en Angleterre et dans les différents autres pays pour être utilisés à saler le poisson et la v'ande. Les sels Portugais et Espagnols font une concurrence redoutable aux nôtres.
L'industrie des marais salants en Portugal se fait à Setubal, Lisbonne, Aveiro, les Algarves.
Les procédés d'exploitation ne sont pas les mêmes dans chacune de ces villes, le plus curieux est employé à Sétubal.
La disposition des marais est très simple, ils forment une grande cuvette de 1 à 2 hectares divisés en carrés égaux de 100 à 150 mètres carrés de superficie et de 20 centimètres de profondeur. Ils sont isolés les uns des autres par des chemins ou digues de 1 mètre environ et communiquent chacun avec un grand réservoir destiné à recevoir l’eau salée. Dans les marais français, les divers compartiments ont des fonctions spéciales et différentes, à Sétubal, pas de distinction entre les divers compartiments du marais, tous les carrés reçoivent indifféremment l’eau directement du réservoir qui s’y évapore et laisse déposer sur place le sel qu’elle renfermait.
A l’automne, quand la saunaison est terminée, on laisse
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le marais recouvert par les eaux mères magnésiennes provenant des récoltes de l’année et on le recouvre de 50 à 60 centimètres d’eau ; au printemps suivant, cette eau s’évapore, et vers le mois de juin les chaussées se découvrent, les carrés sont alors nettoyés et abandonnés à euxmêmes, et seulement rafraîchis de temps en temps par des eaux neuves prises au réservoir.
La température élevée et l’action du vent amènent une évaporation rapide qui se fait presqu’à sec, en vingt jours elle est terminée et l’on fait une première récolte. Chaque carré est recouvert d’une couche saline de 4 à 5 centimè-
tres d'épaisseur à peine mouillée par une légère quantité d’eau de mer.
On recommence cette opération et vingt jours après on fait une deuxième récolte ; la seule différence avec la première c’est que l’évaporation n’est pas conduite à ser, on lève le sel quand il est recouvert de 2 centimètres d’eau ; si la température est favorable on essaie de faire une troisième récolte en ajoutant de l’eau de mer. Vers-la fin de septembre, la campagne est définitivement terminée. Le marais est inondé comme nous l'avons dit précédemment.
Les sels de Sétubal sont très purs, ils valent ceux de la Méditerranée.
À Aveiro, même façon de procéder que dans les marais français, et surtout comme dans nos exploitations de l'Ouest. :
A Lisbonne, on récolte le sel comme à Sétubal et comme dans les salins du Midi. Les sels de Sétubal et Lisbonne sont d’une blancheur parfaite ; ils égalent ceux des salins de la Méditerranée.