‹ La Question SalicoleChapitre 33 sur 48 · ER · texte numérisé non relu

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tions, les tables sont disposées en « jeux », c’est-à-dire en séries dans lesquelles l’eau en sel circule d’une façon continue. La table placée en tête se nomme pièce maîtresse et est beaucoup plus grande que les autres ; elle joue le rôle de réservoir et est destinée à assurer l’alimentation de tous les jeux ; la marche des eaux est continue ; l’eau vierge sortant des avant-pièces sans arrêt entre dans la pièce maîtresse, chaque table reçoit constamment de l’eau venant de la précédente et en envoie à la suivante et ainsi de suite, enfin l’eau mère sort continuellement de la dernière table du jeu.

En ouvrant plus ou moins les vannes, on règle la circulation de l’eau, de manière qu’arrêtée à la sortie, elle soit réellement de l’eau mère et puisse fournir du sel de bonne qualité.

Le degré auquel on évacue les eaux, le nombre et les qualités de sels obtenus varient beaucoup d’un salin à l’autre.

L’industr'e salicole du Midi se trouve, en effet, dans des conditions particulières, du fait de son excès de puissance productive, et la plupart des grands salins sont obligés de restreindre leur production faute de débouchés.

A Peccais, on nel récolte en moyenne que 16 à 17 tonnes par hectare. On rejette les eaux dès qu’elles marquent 27° ; à Giraud, on ne tire aucun parti du sel déposé entre 27 et 32° ; à Rassuen, les eaux à 28° ne sont pas conservées et nous pourrions Citer bien d’autres exemples ! !…

Les conditions commerciales où se trouvent les marais salants du Midi expliquent encore l'inégalité de leur rendement à l’hectare. On pourrait facilement augmenter la production des salins, si l’on trouvait des débouchés pour la vente du sel et on arriverait facilement à produire 60 et même 100 tonnes par hectare.

Dans la plupart de ces exploitations, on ne fait qu’une seule récolte, un seul levage du sel ; on vide la table aussi

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complètement que possible, puis, deux ou trois jours après, avec des pelles en bois, dites pelles à javeler, on enlève le sel des tables par blocs ; il est mis en tas ou javelles. Chacune d’elles reçoit la récolte d’une surface de 100 mètres

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carrés, environ © à 6 quintaux.

Après l’enjavelage ou battage, on laisse le sel s’égoutter pendant plusieurs jours encore, puis on l’enlève avec des paniers en nattes que les ouvriers portent sur la tête.

On en fait ainsi de grands tas que leur forme particulière a fait désigner du nom de « haricots » et dont quelques-uns atteignent un volume de 65.000 mètres cubes ; quand les tas sont beaucoup plus petits ils ont la forme de pyramides et sont appelés « camelles ». Les « haricots » et les « camelles » souvent couverts de tuiles donnent à nos paysages de Provence un bien curieux aspect. Ils sont placés sur les graviers, sorte de larges chaussées disposées le long des tables ; le portage du sel des javelles jusqu’au gravier est payé à la tâche.

Au salin de Berre on transporte le sel des tables aux graviers au moyen d’un petit chemin de fer portatif dont les rails se posent sur le sol des tables et viennent aboutir à la camelle ou au haricot en formation ; à Giraud, dans la Camargue, le gravier est établi parallèlement au canal de navigation du Rhône sur lequel s’enlèvent les produits.

Chaque jeu ou série de douze tables est établi perpendiculairement au gravier : comme les tables ont plus de 60 mètres de côté, les ouvriers auraient 850 mètres à parcourir pour porter le sel de la douzième table au gravier ; pour éviter des frais de transport on a établi un système de canaux navigables.

Un premier canal a été creusé parallèlement au gravier ; il en reçoit d’autres perpendiculaires à sa direction, qui traversent toute l'épaisseur du salin et se reproduisent de 2 en 2 tables ; chacune de celles-ci est donc desservie par un canal, soit à droite, soit à gauche ; des bateaux font circuler sur les canaux des caisses de 2? mètres cubes,

-et les Bou’hes-du-Rhône. \

Les ouvriers portent le sel aux bateaux, ceux-ci l’amènent jusqu’au canal du gravier ; là des grues mobiles mises en mouvement par une machine à vapeur enlèvent les caisses et les vident de manière à former d'énormes « camelles » ou des « haricots ».

Dans l'Hérault, on ne fait qu’une récolte, elle commence fin juillet et se continue en août.

Dans tous les salins « de la Compagnie des Salins du Midi », on lève vers le 25 ou 30 juillet pour finir le 15 août, époque où l’on peut craindre les pluies d'orage ; le portage continue jusqu’au 1° septembre et la récolte est terminée en un mois.

Dans les petits salins d'Hyères où la main-d'œuvre est très rare onla fait durer 2 mois, tandis que dans les autres salins elle est faite en 15 jours.

Dans les sa!lins de Bouc, où l’on fabrique un sel léger et déliquescent, on lève deux fois par an et même davantage, jusqu’à cinq et six fois selon les commandes.

On donne ce nom de déliquescent à des sels déposés en quelques jours, et en couches minces : ce sont des cristaux très menus qui n’ont pas eu le temps de grossir et se forment dans une couche d’eau de faible épaisseur (3 centimètres au plus).

Le sel récolté est conservé sur les graviers en énormes tas à base rectangulaire, terminée par une crête horizontale ou pointue. Ces tas : haricots ou camelles restent à découvert pendant un temps plus ou moins long.

Sous l’action de la pluie le sel subit un déchet de 10 pour cent pendant la première année, 6 pour 100 pendant les années suivantes ; la pluie enlève au sel les parties les plus déliquescentes et lui fait subir une sorte de raffinage : aussi, laisse-t-on toujours les haricots ou les camelles recevoir les plaies d'automne, on les couvre ensuite avec du jonc ou des tuiles demi-cylindriques comme dans le Var

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