CHAPITRE VI
Les ventes de sel Français
À. — Nécessité d'entente entre les producteurs
Le sel, ainsi que nous l’avons dit précédemment, est extrait, soit de l’eau de mer, soit de gisements minéraux.
Sa production globale est pratiquement infinie.
Si celle du sel de mer est limitée, notamment sur les côtes de l’Atlantique, par le régime des pluies, les gisements minéraux peuvent donner un rendement bien supérieur au million de tonnes jeté annuellement sur le marché, non compris la quantité beaucoup plus considérable encore du sel en dissolution destiné à l’industrie de la soude. ‘
Cette surproduction a provoqué dès le milieu du xix° siècle un malaise qui s’est traduit p:'incipalement par la réclamation des paludiers de l’Ouest se plaignant de la concurrence des sels français d’autre provenance, et par les doléances des exploitants de concessions de sel dans l'Est, qui, tout en jalousant les salines de la Méditerranée, se nuisaient en se faisant entre eux une ruineuse concurrence.
Cr, un fait domine le problème du sel : les luttes de prix qui n’atteignent pas le consommateur, étant donné la faible valeur de ce produit et la minime quantité de consommation, sont onéreuses pour tous les producteurs.
Aussi l'Etat a-t-il été obligé d'intervenir en mettant un frein à l’octroi des concessions et en engageant les producteurs à s’aider eux-mêmes.
Sous l’aiguillon de la nécessité et conformément à ce sage conseil, une première entente intervint en 1867 et par la suite, comme conclusion de luttes acharnées, des accords se produisirent successivement sans être tout d’abord
de longue durée et qui finirent par aboutir à un heureux
résultat.
B. —— Les organismes de vente
Il existe, en effet, en France, toute une série d’organisations commerciales, de formes différentes, qui n’ont, entre elles, de région à région, aucun lien financier ou autre, et qui, cependant, arrivent à avoir des réactions analogues.
Pour bien comprendre et expliquer cet état de fait, unique, l’on peut dire, en France, il faut tenir compte nécessairement des tendances, en quelque sorte spontanées, de cette industrie très ancienne et dont les diverses fractions qui font presque toujours preuve d’une sorte de méfiance, sinon de jalousie réciproque, ne s’aperçoivent de leur solidarité pourtant réelle que dans les circonstances particulièrement graves, sans qu’aucüne d’elles ait jamais même pensé à se créer une influence prépondérante.
Ces organismes commerciaux correspondent à des sortes de zones de vente qui se sont dessinées sur la carte de France à la faveur des ententes successives, dont nous avons parlé, survenues au cours du siècle dernier et qui sont conditionnées avant tout par les frais de trarsport ; ils présentent donc un caractère essentiellement régional.
Ce sont, en effet, les intérêts communs des producteurs d’une même région, leur souci d'utiliser au mieux les facilités de transport et le besoin d'économie qui les ont poussés à se grouper en vue de la vente de leurs produits.
Comptoirs de vente — Participations
Ces organismes procèdent de différentes formules : il y a les comptoirs de vente, les participations et les coopératives ; c’est ainsi que les Salines Lorraines possèdent trois comptoirs pour le sel raffiné et un pour le sel gemme.
La Franche-Comté a une participation, les Salines du Sud-Ouest un comptoir de vente, les Salines de la Méditerranée deux participations
ue
Chacun de ces comptoirs de vente ou de ces participätions jouit d’une liberté, d’une autonomie et d’une indépendance absolues.
Entre les organismes de régions différentes, il n’existe aucun contrat, aucun accord, aucune délimitation précise d'action ; mais ils ne sauraient entrer en lutte et leur façon d’agir ou de réagir sont identiques, étant donné les traditions de bon voisinage, les habitudes bien établies de la clientèle et l’appréhension de représailles toujours possibles.
D'autre part, depuis peu, ont été créées, dans l'Ouest, des coopératives entre les propriétaires et paludiers exploitant les marais salants, en vue de la vente directe deleurs récoltes au commerce ; ces associations, quoique de date récente, à la création desquelles les Centres salins, notamment « les Salins du Midi » ont puissamment contribué, ont déjà donné d’excellents résultats.
Ï en existe dans l’île de Ré, dans ia presqu'île Guérandaise et en Vendée, à Beauvoir-sur-Mer. Il serait à souhaiter que ces associations se multipliassent et que le nombre des adhérents s’accrût.
Coopératives
La création des coopératives de producteurs a été puissamment aidée pa: la « Compagnie des Salins du Midi » qui, en dehors d’une aide morale précieuse et d’un estimable appoint, a mis à la disposition de ces associations les salorges (1) qu’elle possède vn peu partout dans l’Ouest, moyennant un loyer des plus minimes et qui n’a pas hésité, en outre, à leur consentir des avances assez considérables aux conaitions les plus avantageuses, permettant ainsi aux dirigeants de stocker le sel des adhérents et de verser à ceux-ci un acompte important sur leurs récoltes en attendant que des cours plus rémunérateurs soient pratiqués.
(1) Salorge : grande construction en bois édiflée près des marais salants qui sert à emmagasiner la récolte de sel.