DEVOIRS ET POUVOIRS
5—(1) L'inspecteur, pendant qu'il fait à l'école sa visite officielle de son inspectorat, aura l'autorité suprême dans l'école et peut diriger les instituteurs ou les élèves en rapport avec les exercices de l'école.
(2) 11 devra faire son enquête et son examen de la manière qu'il jugera convenable quant à la qualification et à l'efficacité du personnel, quant à la suffisance et à la convenance
de l'accommodation et de l'équipement de l'école et en rapport avec toute matière
affectant le progrès, la santé et le confort de l'élève,
Ce qui époyvante nos braves dans ce règlement, ce sont les mots ‘qui donne l'autorité suprême à l'inspecteur. Pourtant, ces paroles ne veulent pas dire autre chose que ceci: c'est que l’inspecteur, en entrant dan l'école, remplace l'instituteur pour toutes les fins scolaires, qu'il lui est supérieur, ct que l’instituteur doit se conformer à ses directions pour les fins de l'inspection. Il a toute l'autorité que le Département de l'Éducation a lui-même; mais cette autorité est limitée par la loi et les règlements qui régissent les écoles. Il est tout simplement absurde de prétendre que, quand on donne à l'inspecteur l'autorité suprême, on lui donne le droit de donner une direction à l'école, hors la loi, de contrôler l’école, hors la loi, de's'emparer de l’école, hors la loi et même d'imposer une direction religieuse, malgré la loi. On oublie bien volontiers que le respect de la religion catholique est sauvegardé par la Constitution. Cette autorité qui est accordée à l'inspecteur pour faire son enquête signifie tout simplement qu'il a le pouvoir d'exiger tout ce qui lui est nécessaire pour faire son inspection. Il peut exiger de l’instituteur et de l'institutrice tous les renseignements qui lui feront connaître les qualifications de l'instituteur, le système qu’il emploie dans la conduite de son école, l'application des règlements, l'usage qu'il fait des livres, la nature des récita: tions et des exercices. Tout ceci peut lui permettre d'apprécier le travail de l'école. Rien de plus!
Yat-il un seul mot de religion dansl'article ci-haut ? Quand donc seronsnous assez hommes pour secouer définitivement les hallucinations d’une imagination craintive qui nous fait voir des brigands à tous les coins de rues ?
Mais, lorsque l’on repousse l'inspecteur anglais sur le terrain religieux, l'on soulève une question qui ne peut pas être réglée par des articles injurieux, absurdes, insultants et insensés, dont nous a régalés le journal “Le Droit’ depuis deux ans. Une question religieuse se règle par l'autorité religieuse. Cette autorité religieuse dans la province repose dans l’épiscopat et l'épiscopat, en matière religieuse, n'est ni canadien-français ni irlandais, mais il est tout simplement catholique. Les évêques de la province d'Ontario, quelles que soient leurs dispositions vis-à-vis de nous, ne nous ont jamais donné de direction à l'endroit de l'inspecteur anglais. De fait, quand l’épiscopat d'Ontario, qui comptait deux évêques canadiens-français, donna son appui à ja loi Scott un peu avant la Confédération, il ne fit aucune objection à l'inspectorat par des officiers du ministère de l'Éducation. Bien entendu, il fut compris que ces officiers ne devaient pas s'inquiéter de la religion des er fants, dans le cours de leur inspection. Cet épouvantail fut inventé par no bonne commère, l'Association d’ Éducation, ct colporté par son compère, ‘Le Droit”. Le jour où l’on étouffera la manie que nous avons de faire des ques-
tions religieuses à tout instant et à tout propos, sur toutes sortes de sujets indifférents à la religion, l'on aura rendu un grand service aux Canadiensfrançais, aussi bien qu'à la religion ‘atholique.
Les écoles catholiques d'Ontario ont toujours été inspectées par des inspecteurs protestants, [En somme, l'inspecteur local n’est que le délégué de lInspecteur en chef et l'Inspecteur en chef n'est que le délégué du Surintendant de l'Instruction qui, lui, est le délégué du Ministre. Or, voudrait-on prétendre que le Ministre de l'Éducation, le Surintendant, l'inspecteur en chef et tout officier délégué par le Ministère n'ont pas le pouvoir d'entrer dans toutes les écoles de la province pour y faire une enquête sur la conduite de l'école, les quelifications de l'instituteur, et la manière dont la loi est observée? Ces écoles vivent des moyens que leur fournit le Gouvernement, N'aurait-il pas le droit de voir à l'emploi de ces moyens? Il reçoit du peuple l'obligation de le faire,
Un principal d'école séparée à Kingston, en 1871, voulut faire du zèle et refusa l'admission de l'inspecteur anglais dans une école irlandaise catholique parce qu'il était protestant. Lorsque la chose fut connue, Mgr Horan, de Kinsgton, écrivit à M. Ryerson une lettre d’excuse, lui assurant que la chose ne se renouvellerait plus! En voilà une bonne! Un évêque catholique fait des exeuses à un gouvernement protestant pour les polissonneries d’un principal catholique! Voilez-vous la face, oh! bonne vieille Association! Gémissez, oh! saint “Droit”!
Mais voici quelque chose de bien plus scandaleux encore ! Lisez cette lettre du champion “légal” de nos écoles, publiée dans l'“Evening Journal’ du 19 mars dernier, page 11
“Te Rédacteur du “Journal” : Dans votre rapport des procédures du Congrès Orangiste, présentement tenu à Ottawa, vous dites que M. Morphy à affirmé que le Sénateur Belcourt a “déclaré que les plus grands ennemis de la cause française étaient les catholiques de langue anglaise.”
Je n’ai jamais, nulle part ni en aucun temps, dit ou écrit rien de semblable, L'on m’attribue ces remarques absolument sans raison.
Non seulement je ne les ai pas faites, mais je sais qu’elles sont contraires à la vérité. Ce n’est pas un fait que les plus grands ennemis de la langue française ou de la “cause française” ont jamais été et sont maintenant les catholiques de langue anglaise.
M. Morphy sait aussi bien que moi quels sont ces plus grands ennemis. Nes frères orangistes ne le remercieront pas pour cette tentative de les priver de ce qui constitue leur principaie occupation aussi bien que leur plus grand motif de gloire qui consiste pour eux à être les plus constants et les plus grands ennemis des Canadiens-français.
Mais je profite de l’occasion pour dire que d'après moi la question bilingue est purement d’un caractère lingual et non religieux, et en autant que je sois concerné, elle restera une question de langue et non de religion.
Voulez-vous, s’il vous plaît, publier ceci, ma réponse aux affirmations injustifiées faite publiquement par M. Morphy.