GEOFFRION
ages 785-786,
Un autre point sur lequel l'hon. député de Verchères à insisté, sans doute pour avoir des éclaircissements, que je serai content de lui donner si cela peut le faire voter pour les résolutions — et j'ai ia conviction qu'ils devront le satisfaire, — c'est celle de la langue française sons Ja Confédération. La
quarante-sixième résolution
suit :
se
‘‘Les langues anglaise et française pourront être simultanément employées dans les délibérations du parlement fédéral ainsi que dans la législature du Bas: ‘anada, et aussi dans les cours fédérales et les cours du Bas- Canada.
L'hon. député de Verchère a dit qu'il est vrai qu'on pourra diseuter les questions en langue française dans le parlement fédéral et dans la législature du Bas-Canada, ainsi que dans les cours de justice de la Confédération, mais que la rédaction de la résolution n'affirmait pas que cette langue pourrait être employée dans la rédaction des lois et des votes et délibérations des législatures fédérale et locale. Eh! bien, M. l'Orateur, je Suis certain que l'hon. député de Verchères apprendra avec bonheur qu'il a été parfaitement entendu à Ja conférence de Québec que la langue française ne serait pas seulement parlée dans les cours de justice et dans le parlement fédéral et le parlement local du Bas-Canada, mais que de même qu'aujourd'hui les votes et les délibérations de ces législatures, ainsi que toutes les lois fédérales et de la législature du Bas-Canada, seront imprimées dans les deux langues, 11 Y a même plus: la langue 1.4nçaise sous la Confédération sera parlée devant tribunaux fédéraux, avantage que nous n'avons Pas aujourd'hui quand nous avons à nous présenter devant les cours d'appel de Ja Grande-Bretagne. Ainsi done, l'hon. député de Verchères, de même que cette hon.
Chambre, devront être heureux de voir que ses représentants à la conférence de Québec n'ont point failli à leur devoir sur ce point. Ce sont les principes sur lesquels sera basée la nouvelle constitution, et je ne pas trop dire en prétendant qu'il était impossible de garantir davantage ce privilège essentiel «le notre nationalité, ainsi que nos institutions civiles et religieuses, Je tenais à donner cette explication à l'hon. député de Verchères ainsi qu'à cette hon. Chambre, ef j'ai confiance qu'elles <atisferont pleinement le pays. (Ecoutez! Ecoutez!)
les
crois
M. E. REMILLARD,. Bellechasse.
Pages 790-791,
On parle aussi de l'usage de la langue française; on dit qu'on ne pourra pas la parler dans le parlement fédéral. Mais, Pour ma part, je pense que si le projet est adopté, la langue française sera plus en usage et plus considérée dans le parlement fédéral qu'elle ne l'a été dans cette législature depuis quelques années, On craint que les lois, los das s dé libérations du parlement fédéral ne soient pas imprimés en français? Mais que dit la clause 46 des résolutions? Elle dit:
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‘“Les langues anglaise et française pourront être simultanément employées dans les délibérations du parlement fédéral ainsi que dans la législature du Bas-Canada, et aussi dans les cours fédérales et les cours du Bas-Canada.’”?
Ainsi, si l'on peut exclure l'usage de la langue francaise, on pourra aussi exclure l'usage de la langue anglaise, ear toutes deux sont sur un pied d'égalité. Parce que l’on ne dit pas que les lois et les délibérations du parlement fédéral seront imprimées en français, on en conclut qu'elles le seront en anglais; mais on pourrait dire la même chose pour l'anglais, puisqu'il n’est pas dit qu'elles seront imprimées dans cette langue, L'hon. député de Verchères (M.
Geoffrion) voudrait avoir quelque chose de plus, et qu'au lieu de dire dans les résolutions que la langue française pourra être employée, l'on devrait dire qu'elle devra être employée.
Dans ce cas on pourrait forcer les membres du Bas-Canada à parler français, mais forcera-t-on aussi les membres du Haut- Canada à parler cette langue, eux qui n'en comprennent pas un mot? Je serais avec l'hon. député de Verehères si l’on pouvait forcer les députés bas-canadiens à parler français et ceux du Haut-Canada à parler anglais; de cette manière, ils comprendraient mutuellement les deux langues. Je pense bien que si l’hon. procureur-général du Bas-('anai: avait toujours parlé franais dans ect: chambre, les députés du Haut-Canada auraient appris cette langue pour la conijierdre, mais il veut se faire comprendre säns leur donner ce trouble, il parle le plus souvent en anglais. (Ecoutez! écoutez!) On dit que l'on n'exprime pas assez clairement, dans ces résolutions, les garanties que nous voulons avoir pour notre langue, nos lois et nos institutions, et que le gouvernement impérial pourra nous donner, en conséquence, autre chose que ce que nous demandons. Mais est-ce que le gouvernement impérial ne pourrait pas nous imposer la Confédération comme il nous a imposé l'union? Et puisqu'il ne le fait pas et qu'il veut seulement être consulté, nous ne devons pas croire qu'il nous imposera des conditions contraires à nos intérêts,
M. A. WALSH. Norfolk.
ages S10-S11.
Il y a deux ou trois questions qui se rapportent à ces résolutions dont je dirai quelque chose. La première est l'’édncation. On en a déjà beaucoup parlé depuis l'ouverture des débats: étant du nombre de ceux qui ont voté la loi actuelle des écoles séparées du Haut-Canada, je dois dire qu'en votant ainsi j'ai eru devoir à. pour la minorité d'une province ce qui était justice pour la minorité de l’autre province, et ainsi rendre justice à tous.
Aussi, vois-je avec plaisir qu'on a inséré dans les résolutions le principe des droits des minorités dans chaque division du pays au sujet de l'éducation, J'avouerai que si je demeurais dans le Bas-Canada, je serais loin de me croire traité avec justice si j'étais obli,” le contribuer au maintien des écoles au: quelles je ne pourrais en conscience envoyer mes enfants. (Ecoutez! Ecoutez!) Et puis, j'ai eu la satisfaction, lorsque je retournai parmi mes électeurs, de les voir satisfaits de mes expliet. ‘ons, et mon vote approuvé par eux.
L'hon. M. LAFRAMBOISE. Bagot.
Pages 843-846, 846-847, 848-849, ), 851-852.
L'hon. député de Vaudreuil a demandé il y a un instant ce qu'il y avait à craindre pour nous, Bas-Canadiens, sous la Confédération. Eh bien! je vais le lui dire de suite, ou plutôt lorsqu'il aura fini de recevoir les félicitations de ses amis. Cet hon. monsieur nous à lu une ou deux lettres des évêques des provinces d'en-bas, pour nous prouver que tout serait pour le mieux sous la Con fédération pour les populations catholique.
Avec la permission de cette hon. Chambre, je prendrai la liberté de lire à mon tour ure lettre d'un curé du Bas-Canada qui, voyant les choses d'un peu plus près que ces évêques des provinces maritimes, peut plus sainement j'ger si nos institutions particulières et notre nationalité seront suffisamment garanties sous le régime fédéral qu'on est à la veille de nous imposer, (Ecoutez! Ecoutez!) Cette lettre a été publiée dans le Canadien.
A. M. le rédacteur du Canadien:
Monsieur,—$Si on peut regarder la Confédération des provinces comme une affaire décidée, on ne peut se dissimuler qu'il y a dans les esprits une crainte, une inquit tude que rien ne peut dissiper. J'ai lu les discours de nos membres; j'ai entendu leurs explications; et, loin d’être rassuré, je me trouve plus inquiet qu'auparavant, On nous a bien démontré la nécessité d'une Confédération: mais a-t-on cherché à nous expliquer certaines clauses dangereuses au point de vue canadien-français et catholique? Des promesses, des éloges, des visions éblouissantes de notre avenir, des chiffres plus ou moins bien groupés, nous avons eu tout cela à satiété; mais des explications satisfaisantes sur notre future liberté d'action sous Ja Confédération, voilà ce que je cherche en vain! Si vous voulez bien me le permettre, monsieur, je vais expliquer, aussi brièvement que possible, mes objections au sujet de la Confédération, et ce qui la rend si redoutable à presque tous ceux qui l'ont étudiée. Je laisse de eâté la question dun divorce, L'autorité ecclésiastique ne se prononçant pas, je n'ai pas la prétention ‘‘d'être plus ea-
véséssés déteéute
tholique que le Pape.’ A chacun sa responsabilité. Lorsque, plus tard, notre Bas- Canada, tout catholique, sera déshonoré par la présence d’une cour de divorce, chacun s'empressera sans doute de s'en laver les mains et d'en rejeter la responsabilité sur
les circonstances où nous sommes pla- . Mes objections à la Confédération, telle que proposée, sont :
1° La centralisation dangereuse qu'elle consacre, 2° Les dépenses énormes qu'elle entraîne.
La centralisation, voilà le grand danger des gouvernements modernes! Au lien de chercher à nous doter, dans chaque province, de la plus grande somme de liberté compatible avee un pouvoir central, on dirait que nos ministres se sont étudiés à ne nous en laisser que la plus légère part possible, Pour éviter la trop grande liberté d'action laissée aux Etats de la Confédération américaine, on nous a donné un projet assez bien calqué sur la Confédération suisse. On a voulu éviter cette indépendance dans chaque Etat, qui a amené la guerre entre le Nord et le Sud, et on nous expose à un nouveau Sonderbnne : ee ses désastres, Voyons quels sont les juvoirs du gouvernement central, et les droits des provinces, du Bas- Canada en particulier, sous notre Confédération. Le gouvernement central sera composé:
15 D'une chambre élective baste sur la population ;
2° D'un sénat;
3° D'un conseil exéeutif, ministres responsables et gouverneur.
La chambre basse sera composée de 194 membres. De ces 194, 65 seront Bas-Canadiens, et 50 Canadiens-français, Dans la chambre des représentants nous serons done 1 sur 3, ou, si l’on compte comme Canadiensfrançais, 1 sur 4. Combien compterons-nous de Bas-Canadiens où de Canadiens-français dans le conseil exécutif? 1 peut-être, 2 tout au plus, Voilà la somme de notre influence dans le gouvernement central! Et c’est ce #&ouvernement qui nommera nos sénateurs, après la première élection faite! Il nommera, où plutôt nous imposera notre gouverneur! Il aura droit de véto sur toutes nos mesures locales! 11 aura encore ce droit par le gouverneur, sa créature! Y eunt-il jamais centralisation plus dangereuse? Quelle liberté d'action est done laissée à nos législatures? On nous enverra pour gouverneur un orangiste, peut-être; et qu'’auronsnous à dire? On choisira pour sénateurs nos ennemis, si l'on veut; à qui recourrons-nous alors? On réservera, en frappera de véto toutes les mesures locales qui nous seront chères, nos incorporations, et qui redressera
nos griefs? Mais tout cela, ce sont ‘des craintes chimériques! Des craintes chimériques! Plaise à Dieu qu'elle le soient!
Mais ne connaissons-nous pas les orangistes ? N'avons-nous pas sous les yeux l'exemple de l'Irlande? Mais la guerre de Sonderbund'!
Soyez tranquilles, nous dit-on; des hommes aussi éprouvés, aussi honorables que nos chefs ne nous proposeraient pas cette mesure si elle pouvait nous être aussi funeste, Je ne veux nullement aceuser nos hommes d'Etat, soupçonner leurs motifs. Mais les contradictions, les mesures dangereuses, nos hommes d'Etat les ont-ils évitées? Est-il prudent de se fier entièrement aux hommes sans regarder à leurs mesures? Et les exemples du passé! et la fameuse maxime: ‘‘les principes et non les hommes!’ N'ayez pas peur, dit-on encore, rien de ce que vous érai gnez ne peut arriver; c'est impossible! Jmpossible? f’ourquoi alors en avoir laissé la possibilité dans la loi? Pourquoi tant de précipitation dans une mesure aussi importante? Les auteurs de la constitution des Etats-Unis ont travaillé pendant des mois et des années au projet de leur Confédération; et, après SO ans, elle a été trouvée défectueuse, Nos hommes d'Etat élaborent une constitution en quelques jours, au milieu des réjouissances bruyantes de l'hospitalité, et cette constitution est parfaite? Vous n'y toucherez pas! Vous ne l’amenderez pas!
Mais elle contient des clauses dangereuse: !
is elle confère à nos ennemis le pouvoir de nous anfantir! Taisez-vous! ce sont nos ministres, nos chefs qui l'ont faite! Fiezvous à leur honneur, à leur talent! Excellentes raisons! Mais est-il surprenant qu'on ait encore des craintes, des inquiétudes?
Mais le elergé, le peuple, n'est-il pas pour la Confédération? Le clergé, non, il n'est pas tout pour votre Confédération telle que proposée. Un grand nombre, il est vrai, y ont confiance, et se fient à nos hommes d'Etat; mais un bon nombre aussi la redoutent et voudraient y voir bien des amendements. Le peuple, lui, ne connait rien de votre projet; et, jusqu'au moment qu'il subira l'épreuve de la taille et de l'impôt, je vous l’avouerai, il se montrera fort indifférent. Mais laissons se faire la Confédération, laissons commencer les dépenses fabuleuses que vont entraîner la défense du pays, le soutien d'une milice, la création d'une marine, la construction d’un chemin de fer intercolonial et autres travaux publics, et, suivant le proverbe, ‘‘qui vivra verra. ’’ Oui, nous nous apercevrons alors des effets désastreux de cette mesure, mais il sera un peu trop tard. Me voilà rendu à ma seconde objection au projet de Confédération. Avec votre permission, je la traiterai une autre fois.
Québec, 6 mars 1865.
Eh bien! M. l'Orateur, si je ne me trompe, cet hon. membre de notre clergé paraît moins rassuré que nos ministres et lhon, député de Vaudreuil sur nos intérêts religieux et sur notre nationalité, Trouve-ton ses expressions assez énergiques et assez significatives? Mais voyons, maintenant, si ce curé a raison de s'alarmer comme il le fait, et s'il ne se laisse pas un peu entraîner par son zèle et son patriotisme pour ses concitoyens, Voyons s'il n'apprécie pas mieux que ne le font nos ministres canadiens la position qui nous sera faite sous la Confédération. Je erois que nous allons en pouvoir juger par un trait que je trouve dans l'un des dernières éditions de l'organe de l'hon. président du conseil (M. Brown). Le Globe de Toronto, qui est aujourd'hui l’un des principaux organes du gouvernement actuel, publie dans son numéro du 6 mars courant un article, écrit peut-être par l'hon.
président du conseil lui-même, où je trouve les aménités suivantes à l'adresse de notre clergé :
‘Nous avons confiance que ces amis bien pensants, mais fourvoyés, du système des écoles communes du Hant-Canada, qui ont censuré la convention relative à l'éducation qui se trouve dans les résolutions adoptées par la conférence de Québec, verront aujourd'hui quelle est sa valeur, La lettre ha, &ie de l'évêque Lynch devrait suffire pour faire comprendre combien sont exposées nos écoles sous la présente constitution. L'église de Rome est toujours envahissante, un jour se déclarant entièrement satisfaite des concessions qu'on lui fait dans le ‘moment, mais revenant le lendemain à la charge pour en demander de nouvelles, Sous notre système parlementaire actuel, on ne peut jamais dire avec certitude que les évêques papistes du Canada ne peuvent, s'ils y mettent un peu d'activité, obtenir tout ce qu'ils demandent, Sous la Confédération, tout en leur disant joyeusement ‘nous sommes quittes”” et leur laissant ce qu'ils possèdent aujourd'hui, et
qu'ils peuvent d'ailleurs garder en dépit «de nous, nous serons en mesure de ne leur rien accorder de plus qu'ils n'ont, Mais, si vous laissez notre constitution actuelle fonetionner pendant cinq années, vous pouvez être certains que toutes les nouvelles demandes faites par Ja Hiérarchie seront eoncédées et accordées, ??
Si maintenant cet hon. monsieur n'est pas satisfait que les craintes du clergé sont fondées, je ne sais vraiment trop ce qu'il faudra lui dire pour le convaincre, (Ecoutez!
Ecoutez!) Cet hon. monsieur a fait un éloge pompeux et parfaitement vrai des mérites et du dévouement admirables de notre clergé bas-canadien, — éloge qui est dans la bouche de tout homme ayant quelque sentiment de reconnaissance pour le mérite partout où il se produit, sans regarder aucune-
ment à quelle nationalité ou à quelle religion il appartient; éloge que j'approuve de toute mon âme, (Ecoutez! Ecoutez!) Mais, M. l'Orateur, je n'en demeure pas moins convaineu que tout ce qui est prophétisé dans cet extrait du Globe se réalisera un jour, si nous concédons la mesure qui nous est aujourd'hui soumise, Eh! que signifient ces requêtes qui tous les jours nous arrivent par milliers? Pourquoi voit-on toutes ces croix apposées à ces protestations énergiques et patriotiques, eroix faites par de rudes mains guidées par de nobles cœurs? (Ecoutez!
Ecoutez!) Je vais vous le dire, M. l'Orateur, c'est qu'avant l'union des Canadas le conseil législatif était composé d'ennemis des Bas-Canadiens qui refusèrent pendant un grand nombre d'années de donner des octrois, quelque légers qu'ils fussent, pour nos écoles du Bas-Canada qui, grâce à cette prescription tyrannique, furent fermées par centaines, et les enfants de nos compatriotes ne purent recevoir l'éducation dont ils auraient certainement profité. Voilà pourquoi aujourd'hui les requêtes qui nous arrivent de tous côtés pour protester contre l'oppression qu'on nous prépare sont en grande partie signées par des croix, — croix qui valent certainement les magnifiques signatures de certains hon. députés de cette chambre, qui ont voulu tourner en ridicule les signataires de ces requêtes, A cette époque, M. l’Orateur, le clergé canadien était, comme aujourd'’hui, à la tête de l'éducation, et l'oligarchie britannique faisait tout en son possible pour rétrécir le cercle de sa noble mission: l'éducation des enfants du sol. (Ecoutez! Ecoutez!) Mais, grâce à la protestation constante et énergique d'hommes patriotes, grâce aux futtes qu'ils ont soutenues pendant de longues années, —- luttes qui dégénérèrent un jour en une rébellion ouverte contre l'autorité de la Grande-Bretagne, — nous avons conquis les libertés dont nous jouissons aujourd'hui. Et, à propos de cette rébellion, je erois bien que l'hon. procureur-général du Bas-Canada doit se rappeler qu'il a été l'un de ceux qui, dans ce temps, ont élevé l'arbre de la liberté à St. Charles et l'ont coifté du bonnet de la liberté. A cette époque, M. l'Orateur, le procureur-général du Bas-Canada ne reculait pas devant une rébellion ouverte contre Sa Majesté pour obtenir ce qu'il croyait être les légitimes libertés de ses concitoyens; aujourd'’hui, il ne recule pas devant un titre de baronnet en récompense de Ja trahison qu'il est prêt à consommer vis-à-vis de ses compatriotes. (Ecoutez! Ecoutez!) J'ai dit, i y a un instant, que les Canadiens-fran avaient tout droit de craindre pour leurs institutions sous la Confédération, et je vais le prouver en citant quelques extraits du fameux rapport de lord Durhan — rapport qui a servi de modèle au gouvernement pour
ét
faire son projet de Confédération, lequel se trouve calqué pour ainsi dire mot pour mot sur cet habile exposé des meilleurs moyens à adopter pour anéantir la nationalité francaise en ce pays, (Ecoutez! Ecoutez!) Et À ceux qui seraient tentés de traiter mes craintes de chimériques, je n'ai que ceei à dire: Veuillez bien croire que les Anglais qui siégèrent à la conférence ne se laisseront Pas mener par les quelques Bas-Canadiens qu'ils trouveront dans le gouvernement fédéral, et qu'ils travailleront conscienciensement, et en quelque sorte naturellement, à l'œuvre rêvée par lord Durham et conduite Jusqu'ici avee une habileté qui, pour avoir été quelquefois déguisée, n'était pas moins calculée de façon à produire les résultats prévus et désirés par la Grande-Bretagne. Je vais lire à la Chambre un extrait du rapport en question, car il est bon qu on rappelle ces faits À l'esprit de nos représentants du Bas- Canada:
‘Jamais, à l'avenir comme dans le passé, la population anglaise ne souffrira l'autorité d'une Chambre d'assemblée dans laquelle les Français auront une majorité où même quelque chose approchant d'une majorité.”
Voilà, M. l’Orateur, les expressions dont s'est servi lord Durham dans son rapport au gouvernement anglais! Et vous allez voir qu'on à bien suivi ee plan: on a commencé par une union des deux Canadas, on continue avee une Confédération de toutes les provinces de l'Amérique Britannique du Nord, et on terminera enfin par une union législative, dans laquelle la race française se trouvera noyée et anéantie à tout jamais.
(Ecoutez! Ecoutez!) Un hon. député, qui a adressé la parole à cette hon. Chambre à la séance d'hier soir, nous a dit que la Confédération serait le commencement de la fin, et la perte des Bas-Canadiens, Il était impossible de décrire plus exactement la position dans laquelle nous nous trouverons avee la Confédération. (Ecoutez! Ecoutez!) L'hou. député de Vaudreuil nous a dit qu'il y avait en Angleterre autant de catholiques qu'il y en a à Rome même, le siège de la catholicité. Eh bien! que signifie cette assertion? Prouve-t-elle quelque chose en faveur de sa thèse? Combien y a-t-il de membres dans le parlement anglais pour repré- ‘enter les catholiques de la Grande-Bretagne? Si je ne me trompe, je crois qu'il n'y en a que deux ou trois. Eh bien! je vous le demande, M. l'Orateur, quelle influence ces populations catholiques peuvent-elles exercer dans ce parlement et quelles chances ont-elles de faire protéger leurs institutions et leurs libertés? En vérité, si l’hon. député de Vaudreuil a voulu nous donner par là un argument péremptoire, il a eu Ja main malheureuse, ear cet argument tourne entièrement contre lui. (Ecoutez! coutez!) L'hon. député de Vaudreuil a aussi donné
comme argument en faveur de la Confédération, le suivant, qui est plus où moins plausible et sérieux,
L'hou, M. LAFRAMBOISE continue:
M. l'Orateur, comme prélude aux observa tions que j'entends faire contre le projet de Confédération, j'ai, avant six heures ve soir, répondu à quelques-uns des arguments fournis par l'hon. député de Vaudreuil en faveur du projer de Confédération qui est soumis à la considération de cette chambre, Je vais maintenant passer à l'examen de quelques-unes des parties de ce projet et faire voir la futilité des arguments qu'on a apportés au soutien de son adoption. On a dit de l’autre côté de la chambre que la Confédération était un compromis. Et bien!
M. l'Orateur, que signifie le mot compromis ? Il signifie l'entente au moyen de concessions mutuelles, et dans le cas qui nous oceupe aujourd'hui je ne vois de concessions que d'un côté et aucune de l’autre. Je trouve que les concessions ont toutes été faites par le Bas-Canada au Haut-Canada: concession de la représentation base sur le population, concession à la chambre fedérale du droit de légiférer sur le mariage et le divorce: au Bas-Canada, pas une concession, Tous les membres bas-canadiens de l'administration nous ont dit les uns après les autres que le Haut-Canada avait fait des concessions au Bas-Canada. Mais pas un de ces hon. messieurs n'en a indiqué une seule, En feuilletart un pamphlet devenu eélèbre pour plusieurs raisons que je n'ai pas besoin d'énumérer, — je veux parler du dernier pamph let de l'hon. député de Montmorency, je vois que le Haut-Canada a fait une conces- Sion au Bas-Canada. L'hon. député éerit ainsi sur la concession de la représentation basée sur la population:
‘‘Toute Confédération est un compromis, et où serait le compromis, si rien n'était c&dé de part et d'autre? Le compromis pour le Bas-Canada, c'est la concession de la représentation basée sur la population dans Ja Chambre basse, et le compromis, pour le Haut-Canada, c'est la concession de l'égali té, dans la Chambre haute, en échange pour la représentation basée sur Ja population dans la Chambre. Le même compromis a eu lieu entre les deux Canadas et les provinces Atlantiques, et c'est le même motif qui l'y a provoqué."
Ainsi, M. l'Orateur, la seule concession qu'ait pu établir l'hon. député de Montmorency en faveur du Bas-Canada, malgré le talent éminent qui le distingue et le zèle qu'on lui connait pour le plan ministériel, est celle que je viens de citer, et, à mon avis, ce n'en est pax une, sque Je Bas-{'anada avait et a encore aujourd'hui le pouvoir d'exiger le maintien de l'égalité représenta-
50 LA QUASTION SCOLAIRE
tive dans les deux Chambres de la législature,
Mais quelles garanties la législature fédérale offrira-t-elle à la majorité canadiennefrancaise du Bas-Canada et à la minorité catholique du Haut-Canada? Aucune, (+ grand parti conservateur, qui se vante tu::
de représenter les intérêts des catholiques du Bas-Canada, qui se donne comme le protecteur-né de la religion et de la foi catholiques (écoutez! écoutez!) — bien à tort, il est Vrai — ce grand parti, dis-je, auraitil dû oublier, comme il l'a fait, qu'il ya dans le Haut-Canada des catholiques qui attendaient sa protection et qui y avaient droit? Comment la minorité catholique du Haut- Canada sera-t-elle protégée par la législature locale du Haut-Canada, composée d'’Anglais et de protestants? Voulez-vous le savoir, M. l'Orateur? Eh bien! elle le sera par deux membres seulement: les hon. 4 putés de Cornwall et de Glengarry (MM. J.
S. Macdonald et Donald MeDonald)., Ce grand parti conservateur, qui s'intitule le ‘défenseur du catholicisme, a tout simplement livré cette minorité catholique du Haut-Canada au bon où mauvais vouloir de ses ennemis, et pour faire juger de l'espèce de protection dont elle jouira sous le nouveau régime, il suffit de dire que ces jours-ci l’évêque de Toronto, Monseigneur Lynch, a été obligé de s'adresser publiquement, dans les journaux, aux citoyens de Toronto, pour réclamer contre les insültes prodigutes en plein jour dans les rues de cette cité et ailleurs à de vénérables sœurs de la Charité, et demander protection pour les révérendes dames de cette communauté. Et puis, quand on voit des écrits aussi fanatiques et aussi intolérants que celui que j'ai eu l'honneur de lire à cette hon. Chambre avant l'ajournement, article publié dans le Globe du 6 mars, qui représente les idées du gouvernement actuel et qui est l'organe et la propriété de l’hon. président du conseil exéeutif (M.
Brown), peut à dire que nous n'avons rien à craindre, et que les institutions religieuses du Haut-Canada seront parfaitement sauvegardées sous le régime qu’on veut introniser dans le pays? L'’hon. député de Montmorency n’admet-il pas, dans son fameux pamphlet de 1865, que plusieurs fois dans cette Chambre on avait insulté nos institutions religieuses? Et l’évêque de Toronto ne vient-il pas de se plaindre qu'on’ avait insulté des sœurs de Charité dans les rues de In capitale du Haut-Canada et qu'on les avait tournées en ridicule dans des mascarades et bals masqués, fréquentés par la bonne société de cette localité? Et afin que personne ne puisse douter de ce fait, je prendrai a fiberté de lire cette lettre, qui est comme suit :
‘Aux Citoyens de Toronto:
‘Les sœurs de Charité ont été de temps en temps insultées dans eette ville, Elles ont été rudement saisies dans les rues publiques, lorsqu'elles allaient à leurs œuvres de charité, On les a poursuivies avec des pierres et des boules de neige, On les a .
couvertes d'opprobes et on leur a donné des noms insultants. Leur costume a été montré avec mépris dans des masearades, dans une salle à patiner., Confiant en l'honneur et en la justice des gentilhommes de Toronto, nous leur demandons respectueusement leur protection.
‘Votre, ete., ete., ‘Joux Josern LYNCu, ‘‘Evêque de Toronto. ‘‘
Mais en supposant que plusieurs des hon.
membres de cette Chambre voudraient douter de l'authenticité des faits relatt: dans cette lettre, n'ont-ils pas, pour se convaincre du danger que nous courrons comme catholiques une fois que nous serons à la merei de nos ennemis, n'ont-ils pas, dis-je, présentes à la mémoire les injures et les insultes prodiguées par un membre de cette chambre à tout ce qui était catholique? Ne se rappellent-ils pas les infamies qu'un des amis et chauds partisans de l'hon. président du conseil exécutif (M. Brown), débitait devant cette chambre sur le compte de nos vénérables sœurs de charité? Eh bien! je vous le demande, à vous, le grand parti conservateur, le protecteur-né de notre religion et de ses admirables institutions: qu'avez-vous fait pour assurer protection aux catholiques du Haut-Canada dans la nouvelle constitution? Rien du tout! (Ecoutez! Ecoutez!)
Il est un fait certain et qu'il importe de noter: c'est que la grande majorité de la députation haut-canadienne est en faveur de la Confédération, parce que tout y sera à leur avantage; mais ce qui est inconcevable, c'est que la majorité des membres du Bas- Canada favorise la mesure. Il est vrai que plusieurs de ces membres sont désavoués par leurs comtés, et ne représentent pas l'opinion de la majorité de leurs constituants sur cette question, et il est certain qu'un bon nombre de ceux qui voteront pour cette mesure n'’auront jamais occasion de se prononcer en faveur de la question dans cette enceinte, s’il Y a un appel au peuple, (Ecoutez! Ecoutez!)
Il est un fait certain, c'est que les protestants du Bas-Canada ont dit au gouvernement: passez une loi qui nous garantisse la stabilité et la protection de notre système d'éducation et de nos institutions religieu-
per à rdc abohé tam
bts +13
ré ibn pb te ce
EXTRAITS DES DÉBATS
ses, et nous appuieron: votre projet de Confédération! Sans cela, nous ne le ferons Jamais, car nous ne voulons pas nous mettre à la merci d'une législature locale dont les trois quarts des membres seront catholiques, En agonisant insi, ils ont eu parfaitement raison, malgré qu'il est généralement admis que nous, catholiques, avons plus de libéralité que les protestants — ce qui est prouvé Sh partie par le fait que plusieurs de nos comtés bas-eanadiens sont représentés par des protestants. Néanmoins, M. l'Orateur, je n'entends pas reprocher à la minorité protestante du Bas-Canada d'avoir veillé à ses intérêts; je conviens qu'elle n'a fait en cela que son devoir; ear qui peut dire, après tout, ve qui arrivera d'iei à dix ans? D'ici à dix années les idées peuvent changer sur cette question, et s'il est vrai, comme l'a dit le Globe de Toronto, — et le ministère ne peut pas dire que ce journal ne dit pas la vo-ité, puisqu'il est l'organe du gouvernement aetuel, -— s'il est vrai que le clergé catholique est envahissant, qu'il n'est jamais satisfait et qu'il cherche à s'accaparer de tout ce qu'il voit, si tout cela est vrai, M. l'Orateur, qui nous dit que dans quelques années les Bas-Canadiens ne seront pas disposés à dire à la minorité protestante: ‘‘Nous voulons que toutes les écoles soient catholiques,” de même que la majorité protestante du Haut-Canada à dit à Ja minorité catholique de cette section maintes et maintes fois, et comme elle le Jui dira avant longtemps si la Confédération s'accomplit: ‘Nous voulons que toutes les écoles soient protestantes!" [1 va sans dire que je ne crois pas que jamais les catholiques de cette sectionci poussent l'intolérance jusque-là: mais, d'un autre côté, je ne puis qu'approuver la minorité protestante de se mettre à l'abri de toutes éventualités de ce genre, et, pour la même raison, je dis que nous aussi nous devons prendre toutes nos précautions, et que nous ne devons pas souffrir que nos intérêts les plus chers soient à la merci d'une majorité protestante de la Chambre fédérale.
(Ecoutez! Ecoutez!) On n'a pas le droit de nous demander une concession qu'on ne ferait pas soi-même, (Ecoutez! Ecoutez!)
M. PAUL DENIS. Beauharnois.
Pages S7S, S79.
On a dit encore que l'usage de notre langug était en danger et que les lois françaises allaient disparaître avec la Confédération, Mais ne sait-on pas que nous devons la protection de nos lois françaises à l'hon. procureur-général du Bas-Canada, et le code civil, qu'il vient de nous soumettre, n'est-il pas une réponse suffisante à tout ce qu'on dit à ce propos? Les lois francaises seront maintenues et respectées dans le Bas-( ‘anada, et nous le devrons à l’hon. procureur-général (M. Cartier). Nous aurons un statut pour
assimiler la loi de la preuve en matière commerciale, dans le Bas-Canada, mais les lois françaises ne seront pas abolies, S'il ya un homme dans le pays qui ait véritablement le sens légal, et qui connaisse parfaite. ment les lois et les statuts du Bas-Canada, cet homme est certainement l’hon. procureurgénéral du Bas-Canada, Georges-Etienne Cartier. Personne ne peut lui refuser cela, et il n'y a pas un homme qui puisse lui faire compétition sous ce rapport, (Ecoutez! Ecoutez!) Pourquoi venir dire que notre langue va disparaître et que son usage va être aboli dans la législature fédérale ?
Est-ce parce qu'on est obligé de mentir pour combattre le projet du &ouvernement, et que l'on n'a pas de raisons véritables à lui opposer? Quand on se noie, on se rattache à toute espèce de planche — et c'est ce que fait aujourd'hui l'opposition. Mais elle devrait être juste et reconnaître que nous aurons notre code, qui nous garantira le maintien de nos lois dans le Bas-Canada, comme l'acte impérial nous garantira l'usage de notre langue,
Nous savons parfaitement que le plan du Houvernement n'est pas parfait et qu'il a des défauts, comme tous les plans faits par les hommes ont des défauts. Par ma part, ie l'admets volontiers; mais il faut se appeler que c'est un compromis — et les messieurs de l'opposition se donnent bien garde d'en tenir compte et de le dire. Publiquement, ils disent que les Canadiens-franeçais vont être noyés par l'élément anglais dans la Confédération, et qu'ils vont perdre leur langue, Mais ne savent-ils pas que dans le Haut-Canada la langue française s'est conservée aussi pure et aussi intacte que dans le Bas partout où il y a un noyau de population française un peu considérable? Ce
sont les membres de l'autre "lent nous donner des leçons de protretion pour notre langue et notre nationalit5! — eux,
‘es annexionnistes de cœur et 4 action, qui vivent toujours à Washington.
M. JAMES L. BIGGAR, Nort iumberland.
Page. SS4-SS5.
Une autre question qui ne laissait pas de m'embarrasser un peu était celle des écoles séparées. Mais l'hon. sollieiteur-général aetuel du Haut-Canada vint dans mon arrondissement électoral, et dit aux électeurs que j'étais responsable de la passation du bill des écoles séparées, attendu que j'avais appuyé la politique générale du gouvernement qui était l'auteur du bill, et cela bien que j'aie voté avec cet hon. monsieur contre le bill du commencement À la fin Je pus néanmoins les satisfaire en leur déclarant que je voterais pour rescinder les amendements faits au bill des écoles séparées pré-
senté par M. Scott. Or, comme les résolutions actuelles tendent à perpétuer les écoles séparées en Haut-Canada, je sens qu'elles sont contraires aux engagements que j'ai contractés et que je ne puis leur donner mon appui, (Ecoutez! Ecoutez!) Aussi, quelle n'a pas été ma surprise de voir l'hon, pré.
sident du conseil se lever pour déclarer qu'il ne redoutait rien de la loi actuelle des écoles séparées! Est-ce là le même langage que tenait L'hon, monsieur en IS627? Est-ce dans ce sens que le bill a été diseuté par le Globe en 1N62 et en IS637 Qui ne se rappelle la facon dont furent traités, dans le Globe de 1862, les treize députés qui eurent le courage de voter contre la dernière lecture du bill de M. Scott, alors que 95 députés votaient dans le sens contraire, et quels avertissements furent donnés aux députés d'être avant tout fidèles à leurs promesses, lorsqu'en 1863 le ministère Macdonald-Sicotte fit passer la loi? Le Dr Ryerson lui-même, malgré les vingt années de sa vie qu'il avait passées à compléter le système d'éducation setuel, fût dénoncé par le Globe comme ayant déserté la cause des intérêts du Haut-Canada, parce qu'il avait consenti aux amendements proposés par le bill de M. Scott.
M. JOHN SCUBLE. Elgin Ouest.
Pages 908-909,
Les institutions du Bas-Canada n'auraient nul danger à courir avee les Haut-Canadiens, car, pratiquement, et dans la supposition qu'ils en eussent le pouvoir, ils ne gagneraient rien en les changeant; mais, ce pouvoir, ils ne l'auraient pas et ne le désireraient pas non plus. (Ecoutez! Ecoutez!) Et puis, M. l'Orateur, quant à la différence de la langue, je ne puis croire sérieux les Bas-Canadiens lorsqu'ils s'imaginent que notre désir est de voir disparaître l’idiome de leurs pères, Cela pent bien se dire pour exciter les préjugés de l'ignorance, mais il est certain qu'auprès de gens intelligents, cela ne peut avoir aucun effet, C'est aux Franco-canadiens à décider s'ils doivent ou non renoncer à leur langue pour adopter la nôtre, Ils sont Hibres de se servir de l’une ou de l'autre, ou des deux, selon qu'il leur plaira. Ni, dans le Bas-Canada, l'Anglais est forcé d'apprendre le français pour les affaires et les relations sociales, et que dans le Haut-Canada le Français soit tenu d'en faire autant pour la même raison, il n'y a là, assurément, rien de regrettable ni pour l'un ni pour l'autre, puisque les deux n'ont qu'à y gagner, puisque ceux versés dans les deux langues peuvent avoir accès aux œ'v"res de littérature, de philosophie et de sei e des deux nations les plus avancées de 14 terre, sous ce triple rapport. Personne d'entre nous ne cherchera à exelure la langne fran.
çaise tant que ceux qui préfèrent cette langue à toute autre jugeront à propos de la
conserver. (Ecoutez! Ecoutez!) Donnez au peuple du Haut et du Bas-Canada un but commun à atteindre, des intérêts communs à sauvegarder, et toutes les questions «d'origine, de croyance, d'institutions et de langue, disparaîtront pour faire place à un état de choses qui sera atteint par une union plus intime entre eux ou üne union avec les autres colonies, comme celle proposée par le projet de Confédération, (Eecouteæ Écoutez!) La plus grande difficulté qui entrave notre marche et que nous cherchons à surmonter est politique et non sociale, Elle a sa source dans la constitution qui nous a été imposée en IN41, par le gouvernement et la législature de l'empire. Cette constitution a été fondée dans un but d'in justice envers le Bas-Canada, et ses résul tats, ainsi qu'on le prévoyait alors, cut produit l'injustice la plus grande pour le Haut Canada, Si le principe de la représentarion d'après le nombre eût été alors adopté, la ligne de démarcation entre le Hant et le Bas-Canada eût disparu, excepté pour les fins judiciaires, et l'harmonie règnerait entre eux, tandis que maintenant nous en sommes à recourir à des changements organiques pour nous préserver de la révolte et de l'anarchie. (Ecoutez! Ecoutez!)
M. C. B. DeNIVERVILLE. Trois-Rivières.
Pages 948-950,
J'offrirai un mot de consolation aux Canadiens-franeais qui craignent d'être molestés dans le parlement fédéral, paree qu'ils s'y trouveront, disent-ils, dans une insignifiante minorité, Depuis que les nations ont compris leurs intérêts, il s'est établi un certain équilibre qu'elles doivent s'efforcer de maintenir: c'est la protection qu'offre l'union de deux faibles contre un plus fort qu’ cherche à agrandir son domaine, Cette le, d'équilibre se produit partout:
chez les nations comme chez les individ elle se manifeste aussi chez les anim Dans quel but les deux premières ne du monde, la Fran-e et l'Angleterre, se elles unies pour s'opposer à la mar:
en-
. vahis ante du plus puissant despote du Nord,
l'empereur de Russie? Quelle à été la rai- “or de cette campagne de Crimée? Etait-ce pour la vaine gloire de dire que les saldats français montaient à l'assaut avec une impétuosité comparable à a foudre, que les soldats anglais essuvaient le feu de l'ennemi sans broncher et marchaient aÿee la t.oide lenteur d'un coin de fer dans les carrés ennemis, et que rien ne pouvait arrêter leur marche? Pas le moins du monde!
Ces deux puissances connaissaient parfaite-
ment les qualités qui distinguaient leurs propres soldats et elles n'avaient nullement besoin de les éprouver pour s'en assurer.
C'était simplement pour empêcher l’empereur de Russie d'étendre indéfiniment les
TRAITS DES DÉBATS
frontières de Etats au détriment des peuples qui l'environnaient. l'ourquoi l'empereur actuel des Français »-til été com battre son cousin l'empereur d'Allemagne ?
Exnetement pour la même raison, J'irai plus loin, et je dirai: pourquoi la brute qui paît dans un pré chasse-telle le premier animal étranger qui y vient? C instinet de conservation, (Ecoutez! Ecou tez!) Eh bien! M, le Président, puisque cet instinet de conservation existe ainsi chez toutes les créatures du globe, pourquoi ne se produirait il pas dans les différentes pro vinces de la Confédération? Si jamais le Haut-Canaia voulait être injuste envers le Bas-Canada et les provinces d'en-bas, naturellement et instinetivement ils formeraient une alliance pour s'opposer aux empiètements où aux injustices du Haut-Canada. Ainsi, je suis convaincu que, sous ce rapport, nous n'avons rien à eraindre, Comme C'anadiens-français, je dois parler de ce qui nous touche de plus près: notre religion, notre langue, nos institutions et nos lois, Eh bien! par rapport à notre langue, je demande s'il y a le moindre danger que nous la perdions dans la Confédération. Loin d'être en danger, je crois qu'elle fleurira davantage sous le nouveau régime, puisqu'on pourra la parler et s'en servir non seulement dans les parlements fédéraux et dans les législatures locales, muis aussi dans les tribunaux suprêmes qui seront plus tard institués dans ce pays. Je dis qu'alors, c'est-à-dire lors de la Confédération, nous aurons l'exercice plus entier de notre langue, car quelle liberté de langage avons-nous aujourd ‘hui ‘ans cette enceinte? Cette liberté, que les libéraux ont fait sonner si haut, et à siquelle on ne peut toucher sans la détruire, comment l'avons-nous iei? Est-ce qu'elle nous est donnée dans toute l'acceptation du mot et de l'idée? Pas le moins du monde, M, le Président; nous l'avons comme le Plice de Tantale, qui était altéré et ne vait pas boire, quoiqu'il eût de l'eau qu'à la bouche, cette ean dis sitôt qu'il y touchait, tez!)
ses
‘est par pur
suppou jusraissant aus- (Ecoutez! Ecou-
Je n'ai aucune crainte pour notre religion. L'expérience du passé est une garantie pour l'avenir. Nous ne sommes plus au temps où le paradis était offert à ceux qui maltraitaient une personne d'une croyance religieuse différente de la sienne. Nous ne sommes plus au temps où les guerres et les difficultés entre les peuples n'avaient pour principe que les haines religieuses, Aujourd'hui, le monde trop civilisé pour renouveler les déroulaient alors, Chacun est libre de pratiquer sa religion comme bon lui semble, et cette tolérance
"ènes qui
SUR LA CONFÉDÉRATION 53 est surtout remarquable chez la mation an glaise, Il est vrai qu'il se trouve dex fana tiques tant parmi la population anglaise que Parmi la population française, et malheu reusement nous avons entendu ici dans une même soirée deux de ces hommes, L'un catho lique et l'autre protestant, Le premier criait bien haut que la Confédération por terait un coup mortel à la religion catho lique, et l'autre eriait non moins haut que cette mesure était la ruine de la religion protestante, J'avoue, M. le Président, que je Le SUIS point de ceux qui craignent et qui *e défient de la domination anglaise, Aussi longtemps que nous vivrons sous la «dlomiuation de la libre Angleterre, je n'ai pas le moindre doute que notre langue sera par faitement protégée, et que dans 50 ans, les bons catholiques pourront pratiquer leur re ligion avee la même liberté, la méme con fiance et la même piété qu'ils le font au- Jourd'hui, et que les impies ne seront pas foreés d'être plus religieux qu'ils ne *ont aujourd'hui. (Ecoutez! Ecoutez!)
le
D'ailleurs, il est un moyen infaillible et basé sur les lois de la nature de conserver pures chez le peuple canadien-français sa langue, sa religion, ses institutions et ses lois, et ce moyen est le même chez tous les peuples: je veux parler de l'éducation, de cette éducation que nous recevons de l'auteur de nos jours pendant notre enfance et qui nous est donnée ensuite dans nos écoles élémentaires et dans nos séminaires, de cette éducation chrétienne, morale et religieuse que nous recevons dans notre jeunesse avec tant de soins, de sagesse et de sollicitude, par les maîtres et les précepteurs dans nos collèges, de cette éducation pratique que nous Acquérons pur le commerce et les re-
Gi avec les hommes d'affaires, Cotte éducation, M. le Président, elle est l'élé.
ment qui fait les peuples prospères, riches et grands, élève et les maintient à la hauteur où elle les a élevés et placés: cette éducation ne s'efface jamais de l'esprit de ceux qui l'ont recue, elle reste fixte dans leur mémoire comme le signe que l'on fait sur l'écorce du dans
les
Jeune arbre se trouve gravé
lorsque, nombre après, il tombe sous la ron,
son cœur d'années
cognée du büche.
M. T. R. FERGUSON. Simcoe Sud.
Pages 959-960, Si à la fin nous arrivons à une union des colonies, de bons résultats en découleront, Je pense que nous n'en aurons pas de mauvais à appréhender, bien qu'en ce moment, si cela m'était permis, je remédieäis à quelques-uns des défants de ces 72 résolutions, {1 est une chose, par exemple,
n ; que Je regrette: c'est que la clause con-
cernant l'instruction publique ait été insé rée sous la forme qu'elle à dans ces résolutionx, Je regarde comme un fait déplo rable que le système des éeolex séparées soit maintenu dans le Haut Canada, attendu que ln nouvelle constitution ve trouve eontenir ainsi un brandon de discorde, Hien qu'en 186%, le nombre des enfants catholiques fréquentant les écoles dans le Haut- Canada fut de 52,000, de ce nombre pas plus de 15,000 ont fréquenté les écoles séparées,