‹ La question sexuelleChapitre 105 sur 190 · REMÈDES AU MAL · texte numérisé non relu

REMÈDES AU MAL

7- Il faut veiller partout à ce que le traitement des maladies vénériennes dans les hôpitaux soit pratiqué d'une façon convenable et humaine, et ménage le sentiment de pudeur des deux sexes, surtout celui des femmes, de sorte que les contaminés qui ne sont pas de mauvais sujets n'aient plus à subir terreur et martyre avant d'oser se soumettre à un traitement médical approprié. Pour cela il faut de l'ordre et de la discrétion, tandis qu'aujourd'hui les divisions vénériennes des hôpitaux ressemblent, souvent encore, plutôt à des bordels qu'à des salles de malades. Il ne faut pas s'en étonner, tant que l'Etat y entasse, comme un troupeau de parias, les prostituées publiques malades, qui, en partie grâce à lui, sont devenues des brutes aussi éhontées que dégradées. Il est évident qu'en un pareil état de choses, les femmes plus ou moins honnêtes, et même les prostituées de meilleure qualité, car il y en a, résistent de toutes leurs forces à se soumettre au traitement hospitalier et deviennent de ce fait les pires foyers d'infection.

En traitant les maladies vénériennes à l'hôpital avec plus d'égards et d'une façon plus humaine, en supprimant le stigmate de honte qu'on leur inflige, en séparant les malades les uns des autres selon leur conduite, on arrivera sans aucun doute à triompher d'un état de choses souvent intenable. Les malades vénériens se décideraient alors sans grande difficulté à se rendre à l'hôpital, comme le font aujourd'hui les malades de la peau et on arriverait bien mieux à les guérir. En Italie les progrès en ce sens sont déjà très marqués (voir chap. XIV. Traitement des mal. sex.).

En terminant, j'exprime la conviction ciue, si l'on doit se contenter actuellement d'endiguer la prostitution et de supprimer les causes qui rendent les prostituées de plus en plus abjectes, sans pouvoir encore réprimer le mal dans son ensemble, une transformation de notre vie sociale, et tout particulièrement la suppression du règne du capital comme moyen d'exploitation du travail d'autrui, et de l'usage de l'alcool comme boisson, pourra arriver dans l'avenir à supprimer peu à peu la prostitution et à la remplacer par le concubinat. qui a des résultats beaucoup moins mauvais.

§ 4. — Coticubitiat vénal.

Le groupe dont nous avons à parler ici est très mal délimité. Il constitue un intermédiaire entre la prostitution proprement dite et l'amour hors mariage ou concubinat. 11 se distingue de ce dernier par le fait qu'il est rémunéré, mais on devine déjà que la distinction est extrêmement délicate.

Lorettes. — On peut appeler lorettes (vieux terme, voir la remarque plus haufi les femmes payées qui ne sont plus des prostituées proprement dites. Il est à peine possible de les distinguer nettement des prostituées clandestines et honteuses non inscrites. Il s'agit ici de femmes qui ne pratiquent pas le racolage et ne se vendent pas au premier venu. Elles font un certain choix et se louent, pour quelque temps du moins, à un seul et même individu.

Crtisettes. — La petite femme ou l'ancienne grisette (même remarque) du jeune Parisien, fille dont le type est devenu classique, constitue déjà un étage plus élevé, qui ne manquait même pas, autrefois du moins et dans sa simplicité primitive, d'une certaine poésie. On peut comparer ce genre de rapports avec un mariage à terme et entièrement libre, dans lequel subsiste, et surtout subsistait jadis, une fidélité relative.

Comme certaines prostituées libres, la grisette ne vit pas seulement des subsides de son amant. Elle est souvent ouvrière modiste ou couturière, ou employée de magasin; elle se laisse entretenir par un amant pour vivre mieux et plus agréablement, tient souvent même son ménage, fait sa chambre, couchant et prenant ses repas avec lui; les cas particuliers sont du reste très variables. Aujourd'hui l'on voit très souvent l'iiomme habiter avec sa petite femme dans la chambre d'un hôtel garni, ce qui a donné à ce genre de logis une réputation douteuse.

Lorsque l'amante tient seule le ménage de son amant et vit avec lui dans une communauté plus intime d'esprit et pas seulement de corps, la liaison prend un caractère plus sérieux, plus constant et plus élevé. Chez la grisette, une certaine inclination, l'amour même, n'est nullement exclu. Cependant tous ces concubinages se règlent aujourd'hui, en général, de façon à ce que l'amour ne puisse guère devenir profond, car l'union excède rarement quel-

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