‹ La question sexuelleChapitre 107 sur 190 · MAITRESSES — SORT DES ENFANTS · texte numérisé non relu

MAITRESSES — SORT DES ENFANTS

elles, sont, il est vrai, plus rarement infectées de maladies vénériennes que les prostituées, mais elles sont d'autant plus instruites, plus rouées, et elles s'entendent admirablement à user des moyens anti-conceptionnels.

Le sort des enfants des concubines vénales est en général très triste. Ce ne sont pas les fruits de l'amour, mais ceux d'une union sexuelle basée sur la paresse, la légèreté ou la lubricité passionnée. L'enl'ant y apparaît comme un trouble-fête. Si, malgré les précautions prises, une conception se produit, on s'efforce de s'en débarrasser par l'avortement artificiel; sinon, après la naissance, on remet l'enfant à une faiseuse d'anges, qui se charge de l'exécuter à petit feu. Sans doute les femmes qui se vendent sont fréquemment de meilleure cjualité, et l'on voit même de vulgaires prostituées de bordels aimer et soigner leurs enfants avec passion, tandis qu'au contraire les jeunes filles de la haute société s'efforcent, en général, de se débarrasser d'un enfant illégitime, parce ciu'il les compromet bien plus que les filles du peuple. Certaines femmes mariées n'hésitent même pas à se faire avorter lorsqu'un enfant les incommode.

Nous n'avons parlé du quatrième groupe qui nous occupe qu'à cause de ses rapports avec le mercantilisme. Toute union où l'être humain donne son amour pour de l'argent est indigne et contre nature. L'amour vénal n'est pas de l'amour; c'est un contrat malpropre entre l'homme et la femme dans le but de satisfaire l'appétit sexuel, sans avoir égard au but élevé que lui a attribué la nature. Il arrive parfois que des contrats analogues se concluent en sens inverse, lorsqu'une femme nymphomane s'achète un beau garçon, sous une forme plus ou moins déguisée, pour se procurer un coït ygréable ou bien le contrat est conclu sur un terrain différent, par exemple quand un inverti (V. chap. VII) paie un jeune garçon pour satisfaire son appétit pervers.

Si écœurant que soit le contenu du présent chapitre, il était nécessaire de l'écrire, afin qu'on puisse se rendre clairement compte de sa portée actuelle. Sous prétexte de vertu, on a trop longtemps recouvert l'amour vénal d'un voile hypocrite. La prostitution, le mariage d'argent et le concubinage vénal sont, chacun à sa façon, des éléments de corruption et de décadence qui, combinés a l'alcool, aux jeux de hasard, à la spéculation, à la poursuite de l'argent et au luxe en général, menacent de préparer l'effondrement de notre culture moderne. Parmi ces anomalies, l'organi-

sation de la prostitution par l'État étant la plus monstrueuse, c'est par sa suppression qu'il faut commencer.

Chez les Anciens, la déesse Vénus ou Aphrodite était le symbole de la beauté et de l'amour. Quoique un peu sournoise, elle était féconde, pleine de désirs ardents et de charme, et n'incarnait pas seulement les aspirations naturelles de l'être humain, mais aussi son idéal artistique. Deux faux dieux viennent aujourd'hui se tendre de plus en plus insolemment la main pour la traîner dans la boue : Bacchus, qui fait d'elle une brute vulgaire et grossière, et Mammon ou le veau d'or qui la transforme en prostituée vénale. Pendant ce temps, un ascétisme religieux raide, envieux ou hypocrite, s'attache, toujours en vain, à la tenir étouffée dans une camisole de force. Puissent les progrès de la culture et de la science trouver encore la force de la délivrer, aussi bien de cette camisole que de la tyrannie de ses deux infâmes parasites, que l'ignorance, le préjugé et la bêtise humaines s'obstinent encore à déifier! Alors la déesse de l'amour resplendira de nouveau de son antique éclat au ciel de Thumanité et de son bonheur.

§ 5. — Prostitution, mariage et affections vénériennes durant la guerre mondiale.

L'augmentation de la prostitution, des viols et des maladies vénériennes, puis la dislocation d'innombrables mariages, tout cela venant s'ajouter au cacogénisme, c'est-à-dire à une néfaste sélection humaine; tel est le bilan sexuel de la guerre mondiale, bilan qui a encore dépassé mes prévisions, pourtant fort pessimistes déjà avant son début. Dans les guerres modernes, avec leur service militaire obligatoire pour tous, on choisit partout les meilleurs et les plus forts de corps et d'âme pour les envoyer à la mort, diminuant d'autant les valeurs corporelles et mentales de nos races pour la reproduction desquelles restent les rebuts : les fous les détraqués, les invalides et les criminels. Dans la guerre elle-même, les courageux et les honnêtes se font tuer, tandis que les lâches et les égoïstes se rendent ou fuient.

En outre, la guerre démoralise l'homme en le déshabituant du travail, en le rendant cruel et insensible aux souffrances des autres, en réveillant tous les instincts anti-sociaux de haine, de

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