DROIT CIVIL — MARIAGE DES INVERTIS
célibataires que " mademoiselle » les filles non mariées. Une demoiselle qui a un enfant, et qui n'a eu que le tort d'obéir à la nature, se trouve de son simple titre stigmatisée du sceau de la honte.
Je n'oublierai jamais une femme qui avait procréé neuf enfants dans un amour libre avec le même homme et qui, plus tard, était devenue aliénée. Convalescente à l'asile de fous de Munich, elle me répondit laconiquement, lorsque je l'appelai « Mademoiselle » : « Une belle demoiselle, avec neuf enfants! » Cette réponse vaut un code.
Ce sonl les enfants qui constituent le vrai ciment du mariage et lui fournissent un caractère légal. Lorsqu'il n'y en a pas toute immixtion compliquée des lois et de l'Etat dans les rapports conjugaux perd son sens, tant que personne n'est lésé, et l'on pourrait alors simplifier énormément le mariage civil. Je me contente de ces remarques; nous allons en arriver au point le plus important de la question J'insiste encore sur le fait, que tant qu'une union stérile, quelle qu'elle soit, entre personnes respectables est libre, volontaire, ne provoque aucun conflit entre ceux qui l'ont contractée et ne lèse aucun tiers, la raison qui fait qu'à mon avis la loi n'a pas a s'en mêler se base sur ce que cette union n'importe ni à la société ni à aucun de ses membres, sauf aux deux intéressés qui sont d'accord.
Aujourd'hui déjà, dans beaucoup de pays, on peut utiliser les lois existantes sur le mariage civil pour conclure des contrats de mariage stipulant la séparation de biens, le droit de chacun des conjoints au produit de tout son travail, ainsi que certains droits et devoirs réciproques entre les parents et les enfants. On peut ainsi régler la chose, de façon à corriger plus ou moins les défectuosités de la loi.
Mariage des invertis. — Un phénomène très particulier et caractéristique est l'ardent désir de beaucoup de pervertis sexuels, en particulier des invertis, de se fiancer ou de se marier secrètement avec l'objet anormal homosexuel de leur amour. Il va sans dire qu'il ne peut être question de régler légalement dans le code de pareils mariages pathologiques. Mais la loi peut les ignorer, lorsqu'ils ne font de mal à personne, et les considérer comme affaire privée, surtout lorsqu'ils parent à des maux bien pires, tels que le mariage d'un inverti avec un individu normal.
Droits civils des enfants. Matriaicat. — Ce sont donc, avons nous dit, les enfants qui constituent le vrai ciment phylogénique et psychologique du mariage et de la famille, ciment profondément enraciné dans la nature humaine. Cela est si vrai que, chez beaucoup de peuples sauvages, sinon chez la plupart, un mariage n'est pas considéré comme légal tant qu'il est stérile. Même chez les civilisés, les femmes stériles sont ordinairement considérées comme de moindre valeur. On peut donc désigner nettement du terme de mesure contre nature, ou de monstruosité du droit civil, le paragraphe du Code Napoléon qui interdit la recherche de la paternité.
Deux êtres humains qui en procréent d'autres contractent en commun des devoirs et une responsabilité de la plus haute importance. Ce sont même peut être les devoirs sociaux les plus élevés que les hommes puissent d'ordinaire assumer. N'est-ce donc pas une infamie et un défi jeté à la nature de libérer légalement l'un seul des deux procréateurs, l'homme, de tous ses devoirs, uniquement sous le prétexte qu'avant la procréation certaines formalités religieuses ou civiles ont été négligées?
L'homme est-il peut-être moins coupable que la femme dans les procréations hors mariage, si tant est qu'on puisse parler là de culpabilité? N'est-ce pas une ridicule et cruelle ironie du langage que d'appeler enfants naturels les enfants nés hors mariage? Les enfants légitimes sont-ils, peut-être, surnaturel'^ ou contre nature? N'est-ce pas une infamie que de marquer du sceau de la honte, même avant leur naissance, de par la loi, de pauvres enfants nés hors mariage et de confirmer cette indignité en leur faisant porter exceptionnellement, à eux seuls, le nom de leur mère au lieu de celui de leur père.
Le droit naturel le plus élémentaire exige que tous les enfants, qu'ils soient légitimes ou « illégitimes », aient les mêmes droits sociaux et qu'ils portent par conséquent tous, soit le nom de leur vrai père, soit celui de leur mère. Or c'est cette dernière dénomination qui serait la plus logique et la plus naturelle. La dénomination par la lignée maternelle correspond au système du matriarcat (V. chap. VI et XIX) qu'on rencontre fréquemment chez les peuples sauvages, et qui est bien plus juste et conduit à bien moins d'abus que le patriarcat. Du reste, lorsque la femme aura acquis les droits complets qui lui reviennent, ce sera la cessation de l'autorité exclusive d'un seul des conjoints dans le mariage.