‹ La question sexuelleChapitre 125 sur 190 · PROTECTION DE L'ENFANCE · texte numérisé non relu

PROTECTION DE L'ENFANCE

L'égalité des droits des deux sexes amènera tout naturellement à donner aux familles le nom de la lignée maternelle ^ pour des raisons de simplicité et de clarté, la mère étant bien plus liée à l'enfant que le père. La maternité peut, sans doute, être parfois incertaine (enfants trouvés ou échangés), mais en somme elle est infiniment plus facile à fixer que la paternité. Il suffit que la mère ait eu des rapports sexuels avec deux hommes à l'époque de la conception, pour rendre la paternité douteuse. Puis la mère a une foule de douleurs à subir, de soins à donner, de dangers à courir et de dépenses de son propre corps à faire dans la procréation et l'éducation des enfants, ce qui n'est nullement le cas du père. La nature fournit donc à la mère le droit, qui devrait être imprescriptible, de donner son nom à la famille. Nos législations sont malheureusement encore fort éloignées de reconnaître pareil droit naturel. Nous en faisons néanmoins un postulat préalable, parce qu'à notre avis sa reconnaissance éviterait d'emblée beaucoup de litiges compliqués

Dans la nature, partout où les petits d'un animal ont une enfance longue et dépendante, c'est le devoir des parents de les nourrir et de les élever. Vouloir dispenser les parents humains de ce devoir, en se basant sur des théories sociales mal mûries et contre nature, serait aboutir à la promiscuité et par là à la dégénérescence de la société. On peut sans danger changer les mœurs sociales qui ne reposent que sur des dogmes artificiels sanctifiés par la tradition, la mode, et les habitudes, peu importe qu'ils soient de nature religieuse ou autre. Mais jamais une organisation sociale ne peut violer impunément les lois vraiment saintes de la nature humaine, enracinées dans nos instincts phylogéniques, sans que des effets désastreux s'ensuivent.

Dans les chapitres VI et VII, nous avons donné la preuve irréfutable que la famille et les sentiments de sympathie entre le mari et la femme, les parents et les enfants, constituent la base phylogénique des rapports sexuels de l'humanité. Quels que puissent être les appétits polygames égoïstes de l'iiomme, on peut même dire qu'une monogamie naturelle et vraie constitue la forme la plus élevée et la meilleure de ses rapports sexuels et de son amour. Nous ne méconnaissons nullement qu'il existe et qu'il doive se produire beaucoup d'exceptions, et qu'il faut en tenir compte. Il serait absurde de fermer les yeux sur ce fait, que nos mœurs sociales pourries ont créé des circonstances contre nature dans les-

quelles les parents se conduisent honteusement envers leurs enfants, les exploitent, les dressent systématiquement à la mendicité, à la prostitution et au crime, ou encore les maltraitent et les martyrisent. On voit même assez fréquemment des parents dénaturés, pour sauver les apparences légales, se débarrasser d'enfants qui les gênent à l'aide de martyres lents et froidement calculés qui les conduisent à une mort certaine. Il faut donc établir des dispositions législatives spéciales pour tous ces cas exceptionnels, s'entendre pour délivrer les enfants de la puissance de parents indignes et les protéger contre tout abus.

J'attirerai ici tout particulièrement l'attention sur l'impulsion qui a été donnée à la législation autrichienne sur la protection de l'enfance par Mme Lydia von Wolfring (i). L'Etat doit faire élever dans des fondations philanthropiques les enfants maltraités, négligés ou abandonnés, après les avoir retirés à leurs parents indignes, sans pour cela libérer ces derniers de leur devoir d'alimentation. A l'exemple de Mme von Wolfring, il les fera remettre par groupes, sous la surveillance desdites fondations, à d'honnêtes couples sans enfants et qui en désirent. C'est là en effet qu'ils trouveront la vie de famille qui leur manque.

Pour des raisons pédagogiques, on fera bien dans ces familles artificielles d'imiter la famille naturelle et de donner à chaque couple des enfants des deux sexes et d'âges différents. La réussite est parfaite ; j'ai vu à 'Vienne des familles artificielles de dix et vingt enfants ainsi constituées. Voilà comment la règle se trouve être ici encore confirmée par l'exception. Il vaudrait mieux, cela va sans dire, que la bonne graine fût plus féconde et que la mauvaise graine ne se reproduisît pas.

L'état normal est et denieure néanmoins que les deux parents élèvent eux-mêmes leurs enfants Mais ici l'Etat, et surtout l'école, doivent leur venir en aide et même intervenir avec autorité, car la société doit a ses enfants de les élever à un certain degré de culture, et la puissance maternelle ou paternelle ne doit pas avoir le droit d'empêcher ni même d'atténuer cette œuvre sociale. L'ins-

(1) Lydia von Wolfring. Wie schûtzt man die Kinder vor Misshandlung und Verbrechen, 1899 ; Kindermisshandlungen, 1902 ; Aberkennung der valerlichen Geivalt, 1902; Vienne, chez Deuticke. Puis, la même: « Beschrânkung der Zivilrechte bel Gewohnheitstrinkeni». Wiener Gerichtszeitung. 1903; « Land\Nirtschaftliche gewerbliche Kinderkolonien». Bureau du Pestalozzibund. Vienne, 1904; Die schutzbedûr[tige Jugend und ihre Wohlfahrt. Wien, 1908.

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truction obligatoire et gratuite de l'école est donc un devoir de l'Etat de plus en plus reconnu partout, quoique encore fort insuffisamment et même le plus souvent encore mal rempli.

L'Etat doit, en outre, protéger les enfants, en restreignant la puissance des parents sur eux plus qu'elle ne l'est aujourd'hui. L'enfant ne doit pas pouvoir devenir un objet d'exploitation de la part de ses parents. Il a aussi droit à être protégé contre tout châtiment immérité et capricieux ayant le caractère d'un mauvais traitement. 11 va sans dire que les châtiments corporels, souvent encore tolérés dans les écoles, sont un reste de barbarie qui doit disparaître.

L'Etat devra avant k)ut veiller sévèrement aux devoirs d'alimentation des procréateurs envers les enfants procréés par eux. Riches ou pauvres, aucun père et aucune mère ne doivent pouvoir se soustraire à ce devoir, que l'enfant soit légitime ou illégitime. Dans notre état social imparfait, il est encore beaucoup trop facile, surtout à l'homme qui n'a rien, de s'enfuir et d'abandonner son enfant ou ses enfants à leur mère, à la charité publique ou aux Enfants- Trouvés. Il est beaucoup plus simple d'appréhender celui qui possède. Ce dernier devra être forcé de subvenir largement à la vie et à l'éducation de ses enfants, tant légitimes qu'illégitimes, s'il ne les élève pas lui-même. Celui qui n'a rien doit être obligé de fournir une certaine quantité de travail pour l'entretien de ses enfants. De pareilles mesures, sévèrement exécutées, seront bien plus efficaces que toutes les immixtions des lois dans les rapports sexuels pour maintenir la monogamie et la fidélité.

Je répète qu'elles doivent s'appliquer aussi à tous les parents indignes auxquels on sera obligé d'enlever leurs enfants; ces parents-là ne sont pas toujours des pauvres.

On m objectera aussitôt ici que je suis injuste et même impitoyable, en voulant charger de devoirs pareils de pauvres gens qui peuvent souvent à peine se nourrir eux-mêmes. J'accorde qu'avec notre état social actuel il est absolument impossible à beaucoup de parents de subvenir à des devoirs aussi importants. Mais qui dit devoir dit droit. Il va sans dire que nous devons placer des droits à côté des devoirs que nous octroyons aux parents.

La vraie justice dans ce domaine ne pourra être atteinte que par un progrès essjentiel du socialisme. Je n'entends pas ici par socialisme certaines doctrines communistes nuageuses ou, au contraire, intransigeantes, ni même un marxisme dogmatique et encore

moins les utopies des anarchistes qui s'imaginent que « l'homme naît bon », mais simplement un progrès social essentiel dans la lulte contre la domination du capital individuel, c'est-à-dire de l'usure appliquée au travail des autres grâce à la possession des moyens de production, possession abandonnée aujourd'hui aux spéculateurs. Les hommes devraient être mis en état de jouir du produit complet de leur travail, afin de pouvoir mener une vie humaine digne de ce nom, dans le domaine sexuel comme dans les autres. Mais cela ne suffit pas.

Au point de vue social, il est absolument injuste que les hommes qui procréent des enfants aient seuls à porter la charge de la génération future. Nous connaissons le proverbe égoïste des célibataires, qui disent : « J'ai le droit de me rendre la vie facile, de jouir et d'être paresseux, du moment où je renonce librement ou forcément au bonheur d'avoir des enfants. » Ce proverbe, qui revient à dire : après moi le déluge, ne peut être reconnu par une saine législation sociale. L'Etat a le devoir de décharger fortement les grandes familles, de faciliter la procréation d'enfants sains et de bonne qualité, et de charger d'autant plus de travail et d'impôts (ou de familles artificielles) les individus stériles. Les anciennes lois étaient meilleures que les nôtres à cet égard. En Angleterre, on parle actuellement de rétablir un impôt sur les célibataires.

Je citais plus haut l'excellente coutume qui existe aujourd'hui en Norvège de ne faire payer sur les bateaux que demi-place aux femmes mariées ou aux autres membres féminins adultes d'une même famille. Je ne puis entrer ici dans les détails de la question. Mais lorsqu'un jour pareilles réformes seront réalisées, lorsqu'on aura introduit partout l'instruction obligatoire, une assurance suffisante pour la vieillesse, les orphelins et les malades, etc., alors aucun homme n'aura plus de motifs valables pour se soustraire au devoir d'alimenter ses enfants et de les élever convenablement et humainement en famille. Seuls les paresseux et les maiïvais sujets essayeront encore de le faire.

Et ici de nouveau nous crions de toute notre énergie à Thémis débarrassée de son bandeau : « Ouvre les yeux et veille à tenir ta balance dans un équilibre vrai et juste, à l'aide des connaissances que te donne la science de l'homme et de la société! »

Je puis du reste prouver ce que j'avance par des faits. Si l'on compare la nature des mendiants, des délinquants (jeunes surtout), des enfants abandonnés, des vagabonds, etc., dans un pays où peu

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