‹ La question sexuelleChapitre 127 sur 190 · FORMES DU MARIAGE CIVIL · texte numérisé non relu

FORMES DU MARIAGE CIVIL

peu à peu ces tristes abus. Une excellente insiitution est celle de homes à la campagne, établis pour les filles-mères, leurs enfants et les mères miséreuses et abandonnées en général.

Amour libre et mariage civil. — Lorsque toutes les réformes nécessaires dont nous venons de dresser la liste auront été réalisées par une législation sociale, la différence qui existe aujourd'iîui entre le mariage et l'amour libre ne sera presque plus qu'une affaire de forme. Les conséquences de ces deux sortes d'unions seront devenues les mêmes, aussi bien pour les enfants que pour les parents; la seule distinction consistera dans l'existence ou la non-existence d'un contrat officiel. La vraie monogamie n'y perdra rien, et elle y gagnera au contraire beaucoup.

Nous n'aurons sans doute plus alors, comme aujourd'hui, :iot.re monogamie obligatoire, absolue dans sa forme, maintenue artificiellement à l'aide de la prostitution, c'est-à dire de la plus dégoûtante des promiscuités, qui la rend illusoire; mais nous aurons à sa place une monogamie relative bien plus solidement édifiée sur les droits naturels des deux sexes, plus libre, il est vrai, pour la forme, mais par contre, au fond, bien plus fortifiée tant par les devoirs naturels et instinctifs que dicte une union vraiment libre et raisonnée, que par les devoirs extérieurs et palpables auxquels les parents seront tenus envers leurs enfants.

Néanmoins nous recommanderons toujours aux femmes d'exiger un contrat civil légitimant leur union et fixant les devoirs du mari.

Forme et durée du mariage civil. — Libertés à accorder pour une bonne sélection. — S'il est vrai que la monogamie constitue la forme la plus normale et la plus naturelle de la famille, et qu'elle fournisse ou du moins qu'elle puisse offrir les meilleures conditions d'un bonheur durable, tant pour les conjoints que pour leurs enfants, il faut avoir un parti pris allant jusqu'à l'aveuglement pour ne pas voir qu'on commet une faute contre la nature en la considérant comme la seule ancre de salut des rapports sexuels, comme la seule forme légale admissible du mariage, et pour en faire une camisole de force. L'histoire et l'ethnographie nous montrent que les peuples polygynes se sont fortement développés et qu'ils se développent encore; il est vrai que les peuples polyandres dégénèrent assez pitoyablement.

En second lieu, l'observation impartiale de notre monogamie chrétienne nous fait voir qu'elle repose en grande partie sur de pures apparences, qu'elle est pleine de duperie et d'hypocrisie, et que tenter d'assurer son respect pour toute la vie par la force de la loi doit être considéré comme une entreprise complètement irréalisable.

Dans les pays catholiques qui interdisent le divorce, celui-ci a dû. être remplacé par la séparation de corps et d'habitation, et l'on voit ce système être la source la plus fertile de l'adultère à jet continu. Plus les lois d'un pays entravent le divorce, plus on est obligé de fermer les yeux sur la prostitution, c'est-à-dire sur la promiscuité, qu'on a eu même l'impudence de faire réglementer par l'Etat avec l'aide du proxénétisme, tout en prêchant à haute voix la monogamie.

Ces amères leçons de choses que la pratique a données aux partisans de la monogamie obligatoire prouvent à quel point il est absurde de vouloir tenir en bride par la force et par des digues artificielles les appétits naturels normaux de l'homme. Ce qui réussit non sans peine chez quelques caractères forts, et plus facilement chez les tempéraments froids, est impossible à réaliser parmi la masse.

La polyandrie est ordinairement l'effet de la pauvreté. Les races polyandres sont peu fécondes et disparaissent. L'homme normal est instinctivement bien plus polygyne que la femme normale n'est polyandre. Il y a cependant des cas où la polyandrie se justifie. Il existe des femmes dont l'appétit sexuel, à la vérité plus ou moins pathologique, est si insatiable qu'un homme normal ne peut les satisfaire. Il vaut donc mieux qu'en vertu d'un contrat libre quelques don Juan se chargent de les satisfaire, que de les voir se livrer par désespoir à la prostitution (il existe certaines prostituées par nymphomanie), ou encore que de voir les don Juan en question séduire systématiquement de braves jeunes filles normales.

La polygynie trouve encore mieux son indication là où la stérilité de la femme ou sa répugnance aux rapports sexuels vient troubler les liens de famille.

En parlant de la polygamie au chapitre VI, nous avons montré qu'il en existe plusieurs formes et qu'elles ne sont pas toutes aussi humiliantes pour le sexe féminin qu'on le pense chez nous, où l'on ne connaît guère que les honteux abus du harem musulman. Ce qui abaisse le niveau moral de la polygynie, c'est surtout le

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