FORMES DU MARIAGE CIVIL
système barbare du mariage par achat, de par lequel des femmes deviennent des esclaves souvent emprisonnées, chargées de lourds travaux, puis l'état de dépendance, d'abjection et d'ignorance légales de la femme d'une façon générale. Nous avons vu combien la polygynie de certaines peuplades indiennes, où règne le matriarcat, et où la femme est propriétaire et maîtresse de la maison et de la famille, a un caractère moral plus élevé. Le danger de l'abaissement de la femme par la polygynie cesse, dès que celle-ci est l'égale de l'homme au point de vue du droit et de la propriété. En fait, dans un pareil état social, la polygynie ne peut plus constituer qu'une exception. Elle y est entièrement libre et devient d'autant plus innocente que d'un côté le divorce est facilité et que de l'autre des lois sévères sur l'alimentation et l'éducation des enfants viennent forcément limiter les appétits masculins.
J'ose même prétendre que la stabilité du mariage monogame, qui doit être basée sur des sentiments mutuels de respect et d'amour, sera bien mieux garantie que jusqu'ici par la séparation légale des liens conjugaux et par les devoirs envers les enfants, tels que nous les proposons. Une fois la chose entrée dans les mœurs, les hommes et les femmes aptes à se comprendre et à s'aimer d'une façon durable, se trouveront bien plus facilement les uns les autres et se lieront d'une façon d'autant plus durable que leurs chaînes seront plus volontaires et, par là, leur sentiment de responsabilité plus grand.
Si des mariages à l'essai ont alors lieu plus fréquemment sous forme de courtes unions à terme finissant par une séparation, ce ne sera pas un bien grand malheur, car la chose se passe aujourd'hui journellement d'une façon bien plus basse et bien plus triste, et en second lieu les effets de la législation relative aux enfants mettront un frein à la légèreté et à la passion de jouissance.
Si l'on m'objecte encore qu'alors les gens légers, pour se procurer commodément des plaisirs sexuels variés, renonceront à la procréation des enfants, nous répondrons que ce sera tout bénéfice, car cette catégorie anti-sociale d'individus s'éliminera ainsi d'elle-même par sa stérilité, grâce à ce genre de sélection négative. Nous mettons ainsi d'une façon fort heureuse deux appétits naturels en antagonism.e : celui de la procréation ou de la reproduction d'un côté et celui de la jouissance sexuelle des sens de l'autre. Quiconque voudra se livrer au premier, qui est plus élevé et qui tend à conserver l'espèce sera obligé de se restreindre dans le
second, sans tomber par là dans un ascétisme contre nature. Le droit civil réglera sans trop de peine ce qui, dans la question, touche aux intérêts des tiers, en particulier des enfants, ainsi qu'à ceux de la société.
Mariages consanguins. — Pour éviter une consanguinité nuisible, il suffit, à mon avis, d'interdire la procréation d'enfants entre ascendants directs et entre collatéraux, surtout entre parents et enfants et entre frères et sœurs. Tout ce qui va plus loin n'est que chicane bureaucratique inutile. Les lois qui interdisent le mariage entre parents par alliance sont absurdes, par exemple celles qui interdisent à un veuf d'épouser sa belle-sœur. etc. Nous avons vu des peuples ordonner, au contraire, de pareilles unions de par la loi!
Il n'existe de même aucune raison valable pour interdire les unions entre cousins germains ou entre oncles et tantes d'un côté et neveux et nièces de l'autre. Rien ne prouve que de pareilles unions nuisent a leur descendance. Ce qui nuit, nous l'avons vu, c'est l'accumulation de tares héréditaires, peu importe qu'elles se trouvent chez des parents ou chez des personnes étrangères l'une à l'autre.
Cependant on déconseillera d'une façon générale la perpétuation des unions consanguines dans une même famille.
Restrictions de la liberté personnelle au point de vue de la vie sexuelle chez les individus nuisibles ou dangereux. — L'incapacité des hommes à distinguer, parmi les motifs des actes de leurs semblables, ce qui est anormal, maladif et impulsif ou obsessionnel de ce qui est sain, normal et adaptable, et de tenir compte de cette distinction, est un des phénomènes les plus déplorables dans le domaine social. Elle entrave énormément la mise en œuvre d'une législation civile réformatrice et de mesures administratives rationnelles et justes.
Les sentiments passionnés, confus et déraisonnables des masses font exprimer selon ses suggestions du moment, à l'opinion publique deux absurdités et deux injustices contradictoires. D'un côté l'on s'emporte en criant à la contrainte arbitraire, à l'atteinte portée à la liberté individuelle, à la restriction ou détention illégale, dès que des juges ou des experts compétents veulent arrêter les