‹ La question sexuelleChapitre 129 sur 190 · INDIVIDUS NUISIBLES OU DANGEREUX · texte numérisé non relu

INDIVIDUS NUISIBLES OU DANGEREUX

manœuvres d'individus dangereux atteints d'anomalies mentales, mais paraissant sains d'esprit au public incompétent, ou dès que, par mesure de sûreté sociale, ils veulent interner ces individus •dans un asile d'aliénés ou même seulement limiter leur dangereuse liberté d'une façon ou d'une autre, ainsi par l'interdiction. Par contre, dès qu'un individu qui court en liberté, grâce à l'intervention des braillards incompétents, se met à cambrioler, assassiner, violer, ou incendier, à commettre toute sorte d'atrocités sadiques ou d'escroqueries ou encore simplement à martyriser et terroriser sa famille, le môme peuple, indigné et animé tout d'un coup de sentiments contraires de vengeance, se met à exiger impérieusement une expiation exemplaire et toutes les représailles possibles; on verrait même à l'occasion le public torturer le monstre ou l'écarteler, comme les lyncheurs d'Amérique.

il est bien difficile au psychiatre, qui est l'expert compétent en la matière de faire triompher en cas pareil la vérité, le calme et l'impartialité. Ne le soupçonne-t-on pas presque toujours de voir des fous partout et d'être atteint de la manie spéciale d'enfermer les gens sains d'esprit? En réalité, il voudrait voir prendre des mesures à la fois humaines pour l'aliéné et protectrices pour la société, afin de traiter aussi équitablement et raisonnablement que possible les malheureuses créatures à responsabilité limitée ou tout à fait irresponsables de leurs actes; il voudrait voir naître des lois et des organisations qui protégeassent efficacement l'aliéné à la fois contre lui-même et contre l'exploitation et les abus des autres, tout en l'empêchant de son côté de nuire à la société.

Par contre, la société, et avec elle le juriste vieux style, cherche dans sa frayeur ignorante en matière psychopathologique à prendre avant tout des mesures pour protéger le public sain d'esprit contre les psychiatres, négligeant ainsi complètement le véritable intérêt des malades aussi bien que celui de la société, pour s'escrimer contre un fantôme! L'angoisse et la méfiance du public à cet égard sont perpétuellement entretenues par les histoires de brigands que certains aliénés et demi-fous processifs ou persécutés racontent à tout venant et répandent dans la presse, toujours avide de scandales et d'émotion ou dans des brochures ad hoc, ce que le bon marché de l'impression permet aujourd'hui même au pauvre.

Ces phénomènes de psychologie publique entravent énormément les réformes les plus urgentes; le public regarde l'asile des aliénés avec effroi, et le métier de psychiatre est fort épineux, car celui

qui s'y voue est en butte à des accusations et à des menaces perpétuelles, quoi qu'il fasse, situation qui n'est pas faite pour l'encourager à des innovations hardies.

Ignorant la psychologie et surtout la psychopathologie, le bon public, et avec lui le bon juriste formaliste, esclave du code (et je ne parle ici que de celui qui est honnête; on sait que nombre d'avocats abusent de la situation pour se tailler des succès oratoires et autres et se couronner de lauriers), s'imaginent être des défenseurs de la liberté individuelle en péril, et ne s'aperçoivent pas que le résultat le plus net de leurs efforts est, d'un côté, de faire condamner un nombre considérable d'aliénés et de cerveaux détraqués, qui viennent peupler les maisons de force et de l'autre d'assurer la liberté et l'impunité aux individus les plus dangereux, toujours prêts à commettre les crimes les plus effroyables, ou tout au moins à martyriser atrocement une quantité de pauvres êtres patients et innocents, travailleurs et sains d'esprit, surtout de femmes et d'enfants.

S'ils ont du cœur, les psychiatres, qui voient clair dans toute cette misère, deviennent facilement pessimistes en constatant leur impuissance devant la déraison des masses et même des autorités compétentes, leur ignorance et leurs passions inconscientes. La lâcheté naturelle à l'homme fait qu'ils préfèrent bien souvent fermer les yeux pour s'éviter des ennuis, et qu'ils n'osent pas agir contre les monstres les plus dangereux et surtout contre ceux dont la plume est la plus méchante. Voilà comment il se fait que le martyre des malheureuses femmes et des pauvres enfants maltraités par tant d'alcoolisés chroniques, de sadistes, de processifs et d'autres névropathes ou psychopathes, ne prend jamais fin, les lâches et stupides criailleries contre les prétendues atteintes à la liberté individuelle le voulant ainsi. En réalité, on opprime le faible et le bon enfant, on foule aux pieds sa liberté, parce qu'on se laisse lâchement hypnotiser par les cris des violents, des intrigants et des tapageurs qui se prétendent lésés dans la leur. Le psychiatre sans conscience a beau jeu en maintenant dans un asile privé à prix élevés les aliénés bons enfants et riches, mélancoliques ou déments, et en laissant courir les mauvais, les agressifs.

Sur ce terrain, les atrocités et les crimes sexuels, favorisés en grande partie par la boisson, jouent un rôle prépondérant. Sans m'inquiéter des préjugés, ni des indignations, je dirai ici en quelques mots ce qui me paraît urgent :

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