‹ La question sexuelleChapitre 131 sur 190 · EMPLOI DE LA CASTRATION · texte numérisé non relu

EMPLOI DE LA CASTRATION

J'insiste par contre sur le fait, que des mesures dont les conséquences personnelles sont aussi sérieuses ne peuvent être prises qu'envers des individus vraiment dangereux, incurables, et sur l'état pathologique desquels aucun doute ne peut subsister. Je crois en outre que très souvent ces individus, surtout les anormaux sexuels, donneraient leur plein consentement à l'opération, comme ce fut le cas de mes deux malades.

Il y aurait déjà progrès immense, si la législation civile accordait en cas pareil une reconnaissance officielle à la castration ou à la dislocation des trompes, etc., consentie par le criminel ou le malade. Aujourd'hui, nos lois et règlements sont tels, qu'un monstre psychopathologique ne peut pas même se faire châtrer lorsqu'il le veut, parce que les médecins refusent d'entreprendre une pareille opération sans une indication médicale positive et rentrant dans les données ordinaires, et parce que le cas n'est prévu ni dans la loi, ni ailleurs. Et pourtant, faite à temps, la castration pourrait souvent préserver les sadistes et les autres pervertis dangereux d'une vie criminelle et la société de leurs crimes et de ceux de leurs descendants éventuels.

Lorsqu'il ne s'agit que d'éviter la procréation d'enfants tarés, il suffira d'enseigner aux gens raisonnables et maîtres d'euxmêmes la façon dont on emploie les moyens anticonceptionnels (V. chap. XIV); ceux qui n'ont ni l'une ni l'autre de ces qualités feront bien d'avoir recours à la dislocation des trompes. Ici du reste, nous sortons des questions de droit.

Il est important pour nous de constater que les législations modernes sur le mariage favorisent souvent la reproduction des criminels, des aliénés et des invalides, tandis qu'à d'autres égards elles entravent la production d'enfants bien portants par des hommes intelligents, capables, honnêtes et robustes. Dès qu'un homme anormal ou malsain est marié, sa femme est obligée de se soumettre à toutes les conceptions de misérables tarés dont il voudra bien la gratifier. Lorsque par contre une forte fille, brave et intelligente, ce que l'on appelle une verle, est en place, on fait souvent tout ce qu'on peut pour l'empêcher de se marier, tenant à ne pas se priver de ses services, et on y arrive d'autant plus facilement qu'elle est plus consciencieuse et plus attachée à ses maîtres II en est de même pour les fonctionnaires dans bien des pays.

Les filles qui ont des enfants illégitimes perdent souvent leur place et leur honneur. Il suffit de réfléchir à ces cas journaliers

pour saisir le nœud de la question. Il nous faudrait plus de liberté personnelle pour les individus bons, normaux et adaptables, et plus de restrictions pour les individus mauvais, anormaux et dangereux. Le droit civil de l'avenir devra tenir compte de ces faits, s'il veut se maintenir à la hauteur des progrès de la science et empêcher que l'instinct populaire n'en revienne au lyncli, c'est-à-dire au talion.

En attendant, on a essayé de se tirer d'affaire en interdisant le mariage aux fous, ou en déclarant leur mariage nul lorsqu'il a déjà été conclu, ou encore en admettant l'aliénation mentale comme cause de divorce. De pareilles mesures sont bonnes comme expédients dans une période de transition. Elles supposent que les conceptions ne se produisent que dans le mariage et que le mariage oblige à la procréation. Or ces deux suppositions sont en réalité fausses, c'est-à-dire que seule la pression des mœurs et des législations actuelles fait qu'elles se réalisent en partie, la seconde surtout dans les pays catholiques.

Le code civil a, dans notre état social actuel, du moins l'avantage de rendre possible la dissolution d'unions monstrueuses, telles que celles des aliénés complets et de certains psychopatlies de la pire espèce. Malheureusement on n'accorde en général le divorce que dans les cas de maladies mentales bien caractérisées, tandis qu'en réalité les unions les plus atroces sont celles qui sont contractées par des êtres détraqués, à responsabilité seulement diminuée, chez lesquels le public et les tribunaux ne sont pas en état de reconnaître ni de comprendre l'existence d'une anomalie mentale définie. Ces gens se marient le plus souvent à un moment où personne n'a encore reconnu leur vraie mentalité, ni prévu les conséquences d'une union contractée avec eux. La malheureuse (ou le malheureux) qui se trouve ainsi liée à pareille hyménée devient alors l'objet d'un martyre sans fin. Or la fréquence croissante des anomalies mentales leur fait jouer un rôle immense et trop méconnu dans les unions malheureuses.

Sur la demande de la mère, le tribunal de Bâle a interdit le mariage à un jeune homme atteint de faiblesse mentale peu accentuée. Ce jugement a été maintenu par le tribunal fédéral suisse avec les motifs suivants, qui méritent d'être relevés ici et dont voici la quintessence : « Quoique capable de travailler, de gagner

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