‹ La question sexuelleChapitre 132 sur 190 · DROIT DE SUCCESSION · texte numérisé non relu

DROIT DE SUCCESSION

sa vie, d'être boucher, de copier des lettres, d'être bon tireur et de faire son service militaire, un individu peut être un incapable pour le mariage. Dans l'intérêt de la vie de famille et de la génération future, l'Etat a le devoir d'empêcher le mariage des faibles d'esprit, afin de ne pas élever une race d'incapables. » Je cite d'après un journal. On ne peut que féliciter les tribunaux qui ont le courage de faire intervenir ainsi dans leurs jugements les intérêts vitaux de la nation. Ce sont là des jugements de bon augure.

Droit de succession. — Le droit de succession n'a rien à faire directement avec la question sexuelle, mais indirectement il vient se combiner à elle, car il a une influence puissante sur la procréation des enfants.

Aujourd'hui encore, les gens très pauvres ont plus d'enfants que les gens aisés. Cela vient de ce qu'ils n'ont rien à perdre, de ce que le coït est leur seul plaisir, de ce qu'ils ne connaissent pas les moyens d'empêcher la conception, et enfin de ce qu'ils espèrent tirer profit du travail de leurs enfants. Les gens qui possèdent quelque chose ont, au contraire, peur de tomber dans la misère en procréant trop d'enfants, et ceux qui possèdent encore un peu plus ont peur de la pauvreté pour leur progéniture qu'ils veulent élever avec soin. Ces derniers surtout ne veulent avoir que peu d'héritiers, afin de pouvoir après leur mort laisser à chacun une fortune en rapport avec leur position sociale.

En France surtout, on voit pour cette raison les gens aisés s'en tenir volontiers à deux enfants. Les parents ont la malheureuse idée qu'il faut assurer aux enfants, dès leur naissance, une certaine fortune, pour leur permettre plus tard de vivre sans souci. Ils ne sentent pas et ne comprennent pas que la nécessité pour l'enfant de gagner sa vie par le travail est pour l'homme la condition même d'une saine existence.

Enfin, chez les gens très riches, nous trouvons souvent la crainte de voir une grande fortune perdre sa puissance, et par là faire perdre à une famille son influence, lorsqu'elle vient à se diviser.

11 est certain que la grande misère et la grande richesse constituent toutes deux des extrêmes sociaux nuisibles. Il est déplorable pour un enfant de naître et de grandir dans l'idée qu'il héritera

d'une fortune, qu'il jouira de la vie sans peine et sans travail et qu'il pourra considérer les gens pauvres plus ou moins comme ses subordonnés, comme des êtres de moindre valeur, faits pour vivre à son service, moyennant un salaire plus ou moins élevé, cela s'entend.

Mais il est encore pire pour un homme de venir au monde avec la perspective de demeurer toute sa vie un objet d'exploitation, malgré le travail le plus répugnant ou le plus ardu, si des facultés supérieures et beaucoup de chance ne lui permettent pas de s'élever de ses propres forces, avec ou sans l'aide d'un arrivisme égoïste et sans conscience qui fouie froidement aux pieds les intérêts des autres. C'est, enfin, encore un sentiment décourageant pour l'homme de ne rien pouvoir obtenir par un travail ardu ni pour lui-même, ni pour sa femme et ses enfants, mais de ne travailler que pour la société et surtout pour grossir les intérêts des capitalistes, tout en ne gagnant que de quoi ne pas mourir de faim.

L'instinct humain n'est point du tout assez social pour permettre un travail joyeux, assidu et auquel on mette tout son cœur, lorsqu'on n'en retire soi-même aucun profit. Les sentiments égoïstes et les instincts familiaux de l'homme sont encore aujourd'hui beaucoup trop forts.

Si nous tenons compte de tous ces faits, le droit de succession devient fort important. On a essayé de s'attaquer en partie aux grandes fortunes par des impôts progressifs sur les successions. Mais cela ne suffit pas. Je n'ai pas la présomption d'émettre une opinion positive en ces matières, qui ne sont pas de ma compétence. Je voudrais cependant poser la question de savoir s'il ne serait pas possible de restreindre énormément le droit de succession, en n'accordant aux enfants le droit à la jouissance de l'héritage de leurs parents que jusqu'à l'âge où ils seront en toute circonstance capables de gagner eux-mêmes leur vie, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de vingt-cinq à trente ans, afin que les études supérieures ne leur soient pas fermées. Ainsi on n'enlèvera pas à l'homme la joie de travailler pour lui et pour sa famille, et pourtant tout jeune homme et toute jeune fille seraient obligés de travailler énergiquement pour arriver à quelque chose, sachant que dès vingt-cinq ou trente ans ils devront gagner leur vie euxmêmes et ne plus compter sur aucun héritage.

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