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LA CASTRATION — CARACTÈRES SEXUELS CORRÉLATIFS

Néanmoins déjà les recherches de Bouin et Ancel (Comptes rendus de la Société de Biologie, 1903-1912) mais surtout, dès 1910, celles de Steinach [Geschlechtstrieb, Zentralbl. f. Physiol. Vol. 24, 1910; Willkurliche Umwandlung, Pflûgers Archiv. Vol. 144, 1912; Feminierung Zentralbl. f. Physiol., Vol. 27, 1913, etc., etc.); De Goodale (Feminized Cookerel. Joiirn. of Exper. Zool., Vol. 20, 1916, etc.) et de Lipschûtz (Kôipertemperatur, etc.: Anzeiger der Kaiserl. Akademie der Wissensch. Wien. 1916 ; Entwicklung, etc. ibidem^ 1916 ; Prinzipielles, etc. Arch. Entw. Mech., Vol 44, 1918, etc.), etc., etc., ont dévoilé l'effet spécifique de la sécrétion des glandes sexuelles qui entrent en action lors de la puberté (Pubertâtsdriisen) sur la détermination génétique des caractères sexuels, et cela même à un âge à peu près adulte. Tandis que la simple castration produit un être indifférent au point de vue sexuel (bœuf, chapon), Steinach a prouvé qu'en implantant des testicules à la femelle d'un animal, il la masculinise et qu'en implantant des ovaires à un mâle il le féminise. Et la chose va si bien que non seulement les poils, les plumes, la taille, le squelette, etc., mais même l'instinct sexuel direct avec ses corrélats est féminisé ou masculinisé. La poule prend plus ou moins les plumes d'un coq et ses éperons, le cochon d'Inde mâle prend des tétons et allaite des petits, etc. Les organes sexuels correspondants se développent ou s'atrophient, selon le sexe de la glande implantée.

Plus même; à un inverti châtré qui avait un corps à caractères fortement féminins, Steinach et Lichtenstern implantèrent le testicule cryptorche d'un homme à sexualité normale. Le résultat fut que notre inverti (homosexuel) fut entièrement masculinisé, autant de corps que dans son appétit sexuel et dans sa mentalité corrélative.

En implantant à la fois des ovaires et des testicules sur le même individu, on produit des hermaphrodites. Je renvoie aux auteurs sus-nommés, ainsi qu'au grand travail que le D' Lipschûtz. Privât Docent à l'Université de Berne prépare sur ce sujet. Comme nous venons de le voir, l'effet e.st le même chez l'iiomme que chez les animaux.

Des horizons nouveaux nous sont ouverts par là sur la genèse des sexes et sur l'origine des caractères sexuels corrélatifs. En même temps un traitement efficace des invertis encore jeunes nous apparaît plein d'espoir, surtout si l'implantation de testicules ou d'ovaires animaux peut parvenir à donner de bons résultats.

Je parle ici des invertis de naissance et non de l'homosexualité acquise par hystérie ou par émotions enclavées dans le sous-conscient. Cette dernière est guérissable par la psychanalyse dans l'hypnose, comme l'ont prouvé Graeter à Bâle et Frank à Zurich.

Selon les espèces d'animaux, les caractères sexuels corrélatifs dont nous avons parlé varient énormément : quelquefois les différences sont insignifiantes, d'autres fois elles sont énormes. Tandis qu'on peut à peine distinguer une liirondelle mâle d'une hirondelle femelle, le coq et la poule, un paon et sa femelle, le cerf et la biche, sont très différents l'un de l'autre. Chez l'homme, les caractères sexuels corrélatifs sont fort distincts, même extérieurement. Ces caractères peuvent s'éteudre à toutes les parties du corps, même au cerveau et aux facultés mentales.

Q'hez certains animaux relativement inférieurs, par exemple chez les fourmis, les sexes sont incroyablement différents l'un de l'autre et paraissent appartenir à des familles zoologiques différentes. Les yeux, la forme de la tête, la couleur, tout le corps diffèrent à un tel point que, lorsqu'un cas d'hermaphrodisme pathologique latéral se produit, c'est-à-dire lorsque les glandes sexuelles sont d'un côté mâle et de l'autre côté femelle, on peut circonscrire exactement le caractère mâle ou femelle sur chaque parcelle du corps. L'on voit ainsi des fourmis hermaphrodites ayant une moitié du corps mâle et l'autre moitié femelle, être noires à droite et rouges à gauche, avoir un œil énorme d'un côté et un œil très petit de l'autre, treize articles à l'antenne droite et douze articles à l'antenne gauche, et ainsi de suite. Dans ce cas, les facultés mentales sont tantôt femelles, tantôt mâles, selon que l'ecphorie du cerveau est influencée par la mnème héréditaire de la partie femelle ou de la partie mâle des organes sexuels hermaphrodites et qu'il en résulte un cerveau femelle ou un cerveau mâle. J'ai vu des fourmis hermaphrodites chez lesquelles deux pièces du thorax formaient un hermaphrodisme croisé; devant, mâle à droite et femelle à gauche; derrière, femelle à droite et mâle à gauche. Mais il y a plus : chez les fourmis qui vivent en société, la phylogénie (la transformation progressive des espèces) a produit un troisième sexe (troisième sorte d'individus), dérivé du sexe femelle : l'ouvrière ; quelquefois même un quatrième : le soldat. Chez ces deux dernières sortes d'individus les ailes manquent, mais la tête et le cerveau sont d'autant plus considérables; les organes sexuels demeurent femelles, mais très

petits. Tandis que le grand cerveau (corps pédoncules du ganglion sus-œsophagien) est presque entièrement rudimentaire chez le mâle, il est bien développé chez la femelle et très gros chez l'ouvrière et le soldat. Chez ces singuliers animaux il existe des hermaphrodites pathologiques, non seulement entre mâles et femelles, mais entre mâles et ouvrières, et non seulement latéraux, mais mêlés ou croisés de toutes les façons possibles. J'ai vu un hermaphrodite, dont l'abdomen et les organes sexuels étaient presque entièrement mâles, accomplir tous les actes instinctifs très complexes d'une ouvrière de son espèce, qui est esclavagiste (expéditions, attaque d'une fourmilière ennemie et rapt des chrysalides), grâce à sa tête et à son cerveau qui étaient chez lui entièrement du type ouvrière. La femelle elle-même est incapable d'actes aussi complexes ! Je cite ces faits ici comme matériel d'étude, car on n'est que trop poussé dans ce domaine à généraliser prématurément et à tirer des conclusions trop hâtives. En réalité, il y a là encore tout un champ d'études de haut intérêt.

Il existe des animaux qui, comme nous l'avons dit, sont normalement (physiologiquement) hermaphrodites, car ils possèdent, à l'état normal, des glandes sexuelles mâles et femelles, et se fécondent eux-mêmes, tels les vers solitaires, ou par paire comme les escargots. Dans ce dernier cas, il se produit un accouplement durant lequel chaque animal joue vis-à-vis de l'autre à la fois le rôle du mâle et celui de la femelle.

Chez les vertébrés et chez l'homme, l'hermaphrodisme est toujours anormal. Chez l'homme, il est extrêmement rare et presque toujours très incomplet, ne concernant à l'ordinaire que les caractères externes ou corrélatifs.

Hérédité. — Il résulte clairement de ce que nous avons dit que tout être vivant reproduit à grands traits, dans ses caractères spécifiques, plus ou moins identiquement la vie entière de ses parents et de ses ancêtres pas trop éloignés, et qu'il constitue en même temps la continuation de la vie d'une minime partie de leurs corps.

Chaque vie individuelle répète donc un cycle entier de développement, dit ontogéniqiie, et particulier à tous les individus de l'espèce. Ici, nous devons faire remarquer trois faits fondamentaux :

1** Dans ses traits principaux, chaque individu est la copie de ses parents ou de ses ancêtres directs, avec les particularités

sexuelles corrélatives dont nous avons parlé et avec des variations dites individuelles, dues aux combinaisons de variétés provenant du fait de la conjugaison et des ecphories alternantes ou inégales des caractères héréditaires, c'est-à-dire des engrammes héréditaires paternels ou maternels;

2" Aucun individu n'est absolument identique à un autre;

3° En moyennne. chaque individu ressemble surtout à son ascendance directe et à ses parents rapprochés, et il se distingue d'autant plus profondément de la parenté qu'elle est plus éloignée.

Nous verrons plus bas que la parenté ancestrale des différents groupes, espèces et variétés d'animaux a été en somme assez bien fixée, et l'on peut dire que la troisième des lois indiquées ci-dessus est également vraie dans un sens plus étendu. En effet, les espèces et les variétés animales qui sont proches parentes se ressemblent, tandis que les genres, les familles et les classes sont d'autant plus disparates que leur parenté est plus éloignée. Nous employons ici les termes de ressemblance, d'homologie et de différence dans leur sens profond et général. Certaines ressemblances purement externes, dues à des phénomènes dits de convergence, ne doivent pas être considérées comme des homologies dans le sens de la parenté héréditaire. C'est ainsi qu'en langage d'histoire naturelle nous ne dirons pas qu'une chauve-souris ressemble à un oiseau, ni qu'une baleine ressemble à un poisson, car ici les ressemblances sont dues simplement à la vie aérienne ou aquatique, qui produit des effets de convergence, tandis que la structure interne trahit immédiatement des êtres complètement disparates. Quoique nageant dans la mer, la baleine est un mammifère. Ses nageoires ressemblent à première vue à celles d'un poisson, mais elles ont en réalité les homologues des quatre pattes d'un autre mammifère et renferment les os correspondants.

Si nous en restons à l'homme et aux suites les plus directes de la conception, nous constatons que les frères et sœurs se ressemblent en général, et que, pourtant, chacun d'eux se distingue des autres. Si nous comparons entre elles diverses familles riches en enfants, nous remarquons que les frères et sœurs se ressemblent d'autant plus les uns aux autres que leurs parents sont plus semblables et proviennent d'un clan ou d'une ascendance uniforme et peu croisée, tandis qu'en revanche le croisement de diverses races et variétés humaines donne des produits extrêmement différents les uns des autres, lors même quïls proviennent du même couple.

Si nous examinons les choses de plus près, nous trouvons que les caractères de chacun des produits d'un même couple ne représentent ni la simple répétition, ni le mélange égal des particularités de ses parents, mais des combinaisons très diverses des caractères de plusieurs ancêtres. Nous voyons des enfants ressembler d'une manière frappante à un grand-père paternel, à une grand'tante maternelle, à une bisaïeule maternelle, etc. Ce dernier cas s'appelle atavisme. Certains enfants ressemblent plutôt à leur père, d'autres plutôt à leur mère, d'autres enfin à une sorte de mélange du père et de la mère.

Un examen plus attentif nous permet encore des constatations fort curieuses. Tel produit qui, dans sa première enfance, ressemblait d'une façon frappante à son père, se met à ressembler plus tard à sa mère, ou inversement. Certaines particularités de tel ou tel ancêtre apparaissent tout à coup, à un âge souvent avancé. Il va sans dire que les particularités relatives à la barbe ne peuvent se constater avant qu'elle ait crû. et ce simple fait est bien caractéristique pour ce qu'on appelle disposition héréditaire. Tout peut se transmettre par héritages, jusqu'aux plus fines nuances du sentiment, de l'intelligence et de la volonté, jusqu'aux détails les plus insignifiants des ongles, de la forme des os. etc. Mais les combinaisons des qualités des ancêtres varient si infiniment, qu'il est extrêmement difficile de s'y reconnaître. Les dispositions héréditaires émergent des énergies des germes conjugués durant toute la vie et jusqu'à la mort. Les vieillards développent quelquefois des particularités inconnues jusqu'alors chez eux, et dont l'origine se reconnaît à ce qu'un ou plusieurs de leurs ancêtres ont présenté les mêmes phénomènes k un âge avancé.

Semon a clairement prouvé que, tout en se combinant à l'infini, Ie.s engrammes ou énergies héréditaires ne se mêlent jamais, à proprement parler, et à la lumière de son exposé les faits ci-dessus sont plus clairement expliqués qu'ils ne lavaient été jusqu'ici. Les expériences de Mendel ont démontré chez les végétaux une certaine alternance dans les ecphories héréditaires des produits de parents disparates.

Certains caractères des parents, selon qu'ils s'ajoutent ou se retranchent, peuvent disparaître pendant une ou deux générations, pour reparaître d'autant plus fortement dans les suivantes. Bref, il y a là une foule de phénomènes dont l'avenir nous fera connaître plus clairement les lois.

Somme toute, chaque individu hérite en moyenne autant de son ascendance paternelle que de son ascendance maternelle, bien que, comme nous l'avons vu, l'infime noyau du spermatozoïde soit seul à lui apporter la première, tandis que la mère lui fournit non seulement l'œuf, qui est bien plus gros, mais la nutrition pendant les neuf mois de sa période embryonnaire. Il faut être aveuglé par le préjugé pour ne pas en conclure que, dans l'œuf aussi c'est de la partie seule du noyau qui se conjugue avec le noyau mâle que proviennent toutes les particularités maternelles héritées, que, d'ordinaire, tout le reste n'est utilisé que comme aliment, et qu'enfin le sang nutritif de la mère n'influence nullement les énergies héritées du produit.

De ces faits résulte l'importance capitale de la conjugaison et de la substance des royaux conjugués, tout spécialdement de leur chromatine. Le fait que, chez certains animaux inférieurs, le protoplasma de l'œuf peut, comme l'a montré Ziegler, produire occasionnellement à lui seul, sans noyau, quelques phénomènes de partage, grâce à ses engrammes mnémiques hérités, ce fait, dis-je, ne change rien au fait fondamental qui, seul, se produit chez l'homme, car ce vicariat, rudimentaire, du reste, n'arrive que lorsque le protoplasma de l'œuf n'est pas consommé par les noyaux conjugués.

La parthénogenèse est. sans doute, aussi un phénomène très intéressant dans l'histoire de nos ancêtres animaux, mais, pour les mêmes raisons, elle n'offre aucun intérêt direct pour l'humanité.

Si nous tenons compte de tous les faits d'observation aussi simples qu'irréfutablement démontrés dont nous venons de parler, il nous est à peine possible de les interpréter autrement que par l'hypothèse suivante :

Dans chaque glande sexuelle mâle ou femelle, les cellules germi natives qui se sont produites par le partage des cellules de l'embryon, réservées primitivement à la reproduction, diffèrent beaucoup les unes des autres en qualité et contiennent dans leurs atomes infiniment petits, hérités de leurs différents ancêtres, des énergies très diverses et très irrégulièrement réparties. Les unes contiennent plus d'énergies paternelles, les autres plus d'énergies maternelles, et parmi les premières il y en a par exemple qui en contiennent plus du grand-père paternel et d'autres plus de la grand'mère maternelle, et ainsi de suite à l'infini, jusqu'à ce qu'il soit impossible de retrouver les sources ancestrales de l'individu

épanoui que nous avons sous les yeux. Il en est de même pour les énergies des cellules maternelles.

Lors d'une conjugaison, les qualités de l'enfant qui en résultera dépendent donc des combinaisons de qualités ancestrales de l'œuf et du spermatozoïde conjugués. Mais il y a plus. Quoique de même grosseur, les noyaux qui se conjuguent sont évidemment de force plus ou moins inégale. Les énergies de l'un ou de l'autre prédominent plus tard chez l'embryon et encore plus tard chez l'homme. Selon le cas, ce dernier ressemblera plus ou moins à son ascendance paternelle ou maternelle.

En outre, les différents organes du corps peuvent recevoir leurs énergies des différentes parties de noyaux conjugués à divers degrés. On peut avoir le nez de son père et les yeux de sa mère, l'humeur de sa grand'mère paternelle et l'intelligence de son grandpère maternel, tovit cela naturellement avec des nuances et des variations infinies, car il ne s'agit là que de moyennes plus ou moins accentuées. Je possède moi-même deux moitiés distinctement différentes du visage, dont l'une ressemble surtout à mon ascendance maternelle et l'autre, quoiqu'à un degré moins accentué, à mon ascendance paternelle, ce qui se voit distinctement sur mes photographies prises de profil.

Chaque cellule germinale contient la mnème héréditaire entière de ses ancêtres paternels et maternels, et les deux cellules unifiées par la conjugaison (fig. 17) celle des ancêtres de chacune d'elles. Nous avons parlé plus haut des ecphories se produisant selon la loi de Mendel et reproduisant des caractères restés d'abord latents pendant une ou deux générations. Darwin le premier a rendu attentif à ce fait intéressant, qui montre comment l'atavisme résulte souvent du croisement des variétés. Il existe diverses variétés de poules qui ne couvent pas. Si Ton croise deux de ces variétés différentes b et c, on obtient comme produits d'excellentes couveuses. Supposons, dit Semon, dans chacune des variétés non couveuses, l'énergie ancestrale a de l'espèce primitive plus faible que celle des variétés b et c, nous avons alors : a <^b ei a <^ c. Mais si l'on accouple b avec a, le produit représente la valeur b -\- c -\- a -\- a. Alors 6 et c se faisant équilibre et a étant doublé, il se trouve plus fort que chacun d'eux et arrive à l'ecphorie en leur lieu et place, ce qui redonne au produit du croisement la faculté de couver.

De Vries a montré dans le croisement des variétés avec leurs espèces primitives des phénomènes plus ou moins analogues, qu'il appelle vicino-variations. On voit que la conjugaison conduit à des combinaisons et à des variations infinies, à travers lesquelles la loi de l'hérédité se retrouve comme un fil conducteur.

Le célèbre zoologiste Weismann admet que la chromatine de chaque cellule germinative contient une quantité considérable de particules, dont chacune est capable de fournir un organisme entier semblable aux parents, et les appelle « ides ». Chaque ide contient, d'après lui, comme sous-division, les « déterminantes », desquelles dérive chaque partie du corps, qui se trouve chez elles prédéterminée en puissance. Selon Taction d'une irritation encore inconnue, soit les déterminantes mâles, soit les déterminantes femelles, se développent chez chaque individu des espèces animales à sexes séparés. Mais si les déterminantes sexuelles sont mises en désordre, soit par des variations anormales, soit par un phénomène pathologique, il peut se produire des hermaphrodites ou d'autres monstruosités. Chez les animaux normalement hermaphrodites (l'escargot, etc.), il n'existe naturellement qu'une sorte de déterminantes sexuelles, tandis qu'au contraire, chez les animaux polymorphes (fourmis, termites, etc.), il en existe autant que de formes polymorphes. L'hypothèse des ides et des déterminantes n'est naturellement qu'une hypothèse, et il ne faut pas y attacher grande valeur. Les lois mnémiques établies par Semon rendent sans aucun doute bien mieux compte des faits.

On a souvent prétendu que les qualités des hommes supérieurs s'épuisaient en peu de générations, tandis qu'en revanche la masse de la moyenne normale produisait ï)erpétuellement de nouveaux génies. Le fait que les descendants d'hommes distingués sont souvent fort médiocres et que des hommes remarquables sortent soudain du peuple, paraît au premier abord donner raison à cette assertion superficielle. On oublie cependant que dans un peuple dont la masse moyenne se compte par milliers ou millions d'individus, tandis que les hommes vraiment supérieurs ne se comptent que par unités ou dizaines, toute cette arithmétique se réduit à l'absurde par l'inégalité des nombres, dès qu'on a à peu près compris la loi de l'hérédité. Pour faire un compte moins inexact, il faudrait comparer le nombre des hommes supérieurs qui sont provenus des quelques centaines de familles les plus distinguées d'un pays avec celui des hommes distingués qui sont provenus des quelques millions du reste du peuple, puis calculer le pourcentage. Mais il faudrait, en outre, tenir compte des moyens employés dans l'éducation des individus. Si l'instruction est obligatoire et gratuite clans un pays, ce dernier facteur aura moins d'importance.

Une autre erreur qu'on commet en pareil cas est de négliger l'influence des lignées maternelles. Une femme bornée abaissera le niveau de la postérité de son mari distingué, et inversement. Dans son Histoire de la science et des savants, Alphonse de Can-

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