‹ La question sexuelleChapitre 15 sur 190 · HÉRÉDITÉ DES CARACTÈRES ACQUIS · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ DES CARACTÈRES ACQUIS

dolle a donné la preuve irréfutable que la postérité des hommes supérieurs fournit un nombre proportionnellement énorme d'iiommes supérieurs à leur tour, si on la compare à celie- de la moyenne du peuple, même instruit. On voit par là quelle importance il faut attacher aux bavardages ordinaires sur cette question. On ne comprendrait pas en effet pourquoi les lois de l'hérédité subiraient une exception justement et seulement au point de vue des valeurs mentales de l'homme. Du reste, ce qui cause le plus souvent cette erreur d'appréciation, c'est que les enfants d'un homme de génie n'atteignent pas la hauteur de leur père parce qu'ils représentent une combinaison de ses énergies ancestrales avec celles de leur mère. Ce contraste fait paraître les enfants sous un jour défavorable, tandis que le public a en général tendance à exagérer par suggestion et imitation la valeur d'un grand homme.

La théorie de la mnème esl encore propre ici à éclaircir nos idées, en faisant intervenir dans la question \\n nouveau facteur, celui de lecphorie dengrammes cérébraux des ancêtres accumulés dans la mnème héréditaire.

Hérédité des caractères acquis. — Tandis que Darwin et Haeckel ont affirmé la possibilité de l'hérédité de caractères acquis dans le courant de la vie par différents tissus, ainsi par le cerveau, Weismann limite cette possibilité à tout ce qui vient modifier le nucléoplasma des cellules germinatives. Nous devons d'abord éliminer la question des phénomènes de blastophthorie dont nous allons parler dans un instant, phénomènes que Weismann a été, je crois, le premier à comprendre, sans toutefois leur donner de nom.

D'un côté nous voyons les singuliers effets de la castration et de la transplantation des glandes sexuelles, de l'autre, une constance inouïe dans les caractères héréditaires de l'espèce. Depuis plus de trois mille ans (ce qui correspond à environ cent huit générations) les' enfants des Juifs sont circoncis. Et pourtant si un Juif se fait baptiser aujourd'hui et cesse de circoncire sa postérité, le prépuce de ses enfants mâles repousse comme il y a trois mille six cents ans. bien que pendant les cent huit générations en question son absence dès la naissance l'ait empêché de réagir sur les cellules germinatives des individus. Si l'engraphie du monde

extérieur arrivait en quelques générations à modifier sensiblement la mnème héréditaire de l'espèce, il semble évident que les petits Juifs de nos -jours naîtraient sans prépuce, ou du moins avec un prépuce atrophié.

C'est sur de pareils faits, innombrables dans l'histoire naturelle, que s'est basé Weismann, pour repousser absolument l'hérédité des caractères acquis par les organes non germinatifs et pour attribuer le développement des êtres aux mélanges et combinaisons dus aux conjugaisons, c'est-à-dire aux croisements ainsi qu'à la sélection naturelle, dont il a emphatiquement proclamé la « toutepuissance ». Darw^m, lui, avait bien senti la difficulté en question, et, ne sachant comment expliquer les faits, il avait eu recours à l'hypothèse des pangénes, c'est-à-dire de petites particules détachées de toutes les parties du corps et transportées par le sang dans les cellules germinatives, pour leur transmettre par exemple les particularités acquises par le cerveau durant la vie. Cette hypothèse était si hasardée et si peu vraisemblable, que Darwin luimême a dû le reconnaître. Voyons les faits.

D'un côté un nouveau-né Chinois transporté et élevé en France apprendra le français et ne montrera aucune disposition à apprendre ni à comprendre le chinois. Ce fait bien confirmé semble en faveur de l'opinion de Weismann et contre l'hérédité du caractère acquis. Mais, d'un autre côté, on ne peut comprendre comment se bâtit à la longue l'échafaudage évolutif du développement du cerveau et de ses fonctions, sans admettre que, d'une façon ou d'une autre, les caractères acquis par des habitudes répétées pendant de longues générations s'accumulent peu à peu sous forme de dispositions héréditaires, dans le protoplasma germinatif. Il est certain que notre cerveau a progressé depuis l'époque où nos ancêtres étaient semblables au gorille, ou même au pithécanthrope, ou encore à l'homme des cavernes des débuts de l'âge quaternaire. Comment s'expliquer cette ascendance cérébrale seulement par une sélection qui ne fait qu'éliminer, et par des croisements qui, par eux-mêmes, ne peuvent guère élever la moyenne? C'est là, qu'il fallait faire intervenir une puissance inconnue, un quelque chose d'inexpliqué, dont l'action a été depuis peu consignée dans le phénomène des mutations de de Vries.

De Vries prouve que certaines variations apparaissent subitement, sans qu'on connaisse leur origine et qu'elles ont une tendance plus forte à se maintenir que les variations obtenues par le croisement et la sélection.

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A mon avis, les phénomènes de la mnème révélés par Hering et Semon viennent expliquer les contradictions apparentes dont ont souffert, jusqu'ici, les théories de l'hérédité. Lengraphie mnémique explique, comme nous l'avons dit, par son action infinitésimale et répétée dans de nombreuses générations, comment le monde extérieur peut, petit à petit, transmettre aux cellules germinatives les caractères qu'il imprime aux organismes. Les cent huit générations pendant lesquelles le prépuce des Juifs a été coupé n'ont pas encore suffi à l'ecphorie de l'engraphie mnémique négative correspondante, voilà tout, tandis que les croisements et la sélection modifient rapidement et fortement en peu de générations, ce qui nous frappe bien plus et nous permet en même temps l'expérimentation directe. Du reste, une engraphie positive doit nécessairement agir plus puissamment, et il me semble clair que les mutations doivent être l'ecphorie d'anciennes engraphies latentes accumulées.

Merrifield et Standfuss sont arrivés, en exposant des chenilles et des chrysalides, pendant un temps plus ou moins long, à un froid ou à une chaleur considérable, à déterminer des changements durables dans les caractères spécifiques des papillons qui en sont sortis. Or, Standfuss et Fischer ont fini par montrer qu'au bout de plusieurs générations, en continuant l'action du froid sur les chenilles, on peut arriver à conserver les variations ainsi produites de l'espèce, même en cessant l'action du froid. Sand doute, ici le froid a agi sur les cellules germinatives comme sur le reste du corps, mais l'hérédité d'un caractère acquis est ainsi démontrée.

Les expériences de M"* de Chauvin sur les salamandres appelées Axolotl sont encore plus concluantes, car il s'agit ici de caractères acquis par le milieu aquatique ou aérien, milieu qui, comme tel, ne peut guère agir sur les glandes sexuelles. Nous ne pouvons pas nous étendre plus au long sur ce sujet, et nous renvoyons surtout aux livres de Semon. Il va sans dire que, comme nous l'avons dit plus haut, la nature de l'engraphie mnémique demeure elle-même une inconnue. Tant que nous ne serons pas arrivés à transformer la matière inerte en être vivant, nous ne la comprendrons pas. Mais, une fois admise avec les lois des phénomènes qu'elle produit, cette seule engraphie suffit, comme le montre Semon, à expliquer tout le reste, et c'est déjà un grand pas fait vers la compréhension des lois qui régissent la vie.

Blastophthorie. — J'entends par blastophthorip ou détérioration du germe ce qu'on pourrait appeler aussi la fausse hérédité, c'est àdire les suites de toute action directe pathogénique ou perturbatrice, en particulier de certaines intoxications sur les cellules germinatives, dont les déterminantes héréditaires sont ainsi dhangées. La blastophthorie agit donc les germes non encore conjugués, par

rintermédiaire de leurs j)orteurs, et crée ainsi, à leur origine, ce qu'on appelle les tares héréditaires de toute nature, tandis que l'hérédité proprement dite ne fait que combiner et reproduire les énergies des ascendants.

La blasloplilhorie vient déranger la mnème ou les engrammcs héréditaires, et par conséquent une partie plus ou moins considérable de leurs ecphories durant la vie des individus qui en sortent. Il ne s'agit donc pas ici de la reproduction des énergies héréditaires des ancêtres chez leurs descendants (en diverses combinaisons), comme c'est le cas dans Ihérédité, telle que nous venons de l'étudier, mais, au contraire, de leur perturbation. Pourtant, la provision de cellules réservées comme cellules germinatives chez l'embryon dont le germe a été gâté par une action blastophlhorique, étant en général aussi atteinte par la cause perturbatrice qui a agi, il s'ensuit que la particularité pathologique introduite par la blastoplilhorie dans la mnème héréditaire se transmet ensuite chez les descendants, à l'aide de l'hérédité ordinaire. C'est ainsi que la blastophthorie vient déposer le premier germe (on pourrait dire l'œuf de coucou) de la phqiart des dégénérations pathologiques, en faisant plus ou moins dévier d'emblée toutes les déterminantes du germe dans le même sens.

L'exemple le plus typique cl le plus fréquent de blaslophthorie est fourni par l'intoxication alcoolique. Les spermatozoïdes de l'alcoolisé souffrent comme ses autres tissus, de l'action toxique de l'alcool sur son protoplasma. Le résultat île cette intoxication des germes peut être, par exemple, que les enfants résultant de leur conjugaison deviennent soit idiots, soit épileptiques, soit nains, soit déséquilibrés au point de vue mental. Ce n'est donc pas l'alcoolisme, ni la passion de la boisson qui s'héritent ici. Sans doute, la particularité de mal supporter l'alcool s'hérite par hérédité ordinaire, en tant que disposition héréditaire, mais ce n'est pas elle qui produit les dégénérescences alcooliques de la race. Ces dernières sont le fait de la seule blastoplîthorie. Quand, par contre, un homme se trouve être imbécile ou épileptique par suite de l'ivrognerie de son père, il conserve la tendance à transmettre sa faiblesse mentale ou son épilepsie à ses descendants, lors même qu'il s'abstient complètement de boissons alcooliques. I]n effet, les chromosomes du spermatozoïde dont une moitié environ de son être est issue ont conservé le dérangement pathologique produit par l'alcoolisme ])aternel dans leur mnème héréditaire, et l'ont transmis à toute la j)rovision de cellules germinatives du faible d'esprit ou de lépileptique. (pii le transmet à son tour à (pu'hjues descendants. Pour ])arler avec Weismann, ses déterminantes héréditaires demeurent pathologiquement déviées. Toutes les intoxications qui altèrent le protoplasma

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(les cellules gerniinatives peuvenl produire de la sorte des dégénérescences l)laslophthori([ues. qui continuent alors à menacer plusieurs générations successives sous forme de tares héréditaires.

D'autres déviations dans le développement des germes peuvent agir dune façon analogue à la blastophlhorie. Nous venons de parler des expériences de Merrifield et de Standfuss sur les chenilles de certains I)apillons. Sans être réellement d'ordre pathologique, ces actions d'un agent physique sur les énergies héréditaires rappellent la blastophthorie.

Les actions mécaniques sur l'embryon peuvent aussi provoquer des produits j)athologiques ou même mutilés. C'est ainsi que E. Wasmann a démontré la production d'individus dégénérés chez les fourmis, lorsque certains coléoptères s'introduisent dans leur nid, se faisant admettre et élever par elles ainsi ({ue leurs larves. Les fourmis sont friandes de la sécrétion de gros poils glandulaires spéciaux du coléoptère. La cause exacte de la dégénération n'est pas encore trouvée, mais le fait est certain. Chez Ihomme, certaines affections constitutionelles et anomalies congénitales sont la suite de maladies particulières des procréateurs, maladies qui ont affecté leurs cellules germinatives ou l'embryon déjà formé (ainsi la syphilis). Dès c[ue les actions blastophthoriques cessent chez les l)rocréateurs, ceux de leurs descendants qui vivent sous le régime normal ont évidemment tendance à éliminer les engrammes blastophthoriques au bout de quelques générations et de se régénérer ainsi peu à peu, grâce à la puissance de la mnème ancestrale qui tend à rétablir l'homophonie. Cependant nous manquons, à ce sujet, d'un arsenal suffisant de faits. Dans ce cas, l'iiomophonie est représentée par l'équilibre norm:l des différents caractères typiques ou normaux de l'espèce.

Nous devons parler ici de révolution, car, dans ces dernières années, la confusion entre les hypothèses et les faits est venue troubler les idées; or nous ne voulons pas baser nos opinions sur des hypothèses, mais sur des faits solidement établis. Ceux-ci îeposent toujours en dernier ressort sur des introspections sensorielles (état de conscience) comparées entre elles à l'aide de nos mouvements. Mais elles sont solidement engraphiées dans notre cerveau, puis combinées entre elles et travaillées par l'activité cérébrale de notre pensée, constituant ainsi tout le trésor de nos connaissances. Nous nous efforcerons d'être bref.

La théorie du transformisme ou de l'évolution est intimement liée au nom de Darwin, car c'est lui qui l'a fait admettre dans le monde scientifique. En réalité, l'idée primitive de la transformation des êtres a été émise et défendue par Lamarck il y a plus de cent ans, mais Lamarck l'avait insuffisamment étayée et avait voulu l'expliquer en bonne partie par une téléologie inadmissible. Le transformisme dit en deux mots que les espèces végétales et animales ne sont pas sorties chacune pour son compte du néant ou d'une poussière façonnée par la divinité, mais qu'elles sont liées les unes aux autres par une parenté réelle et profonde, c'est-à-dire qu'elles sont dérivées progressivement les unes des autres; en général par une complication croissante émergeant (par suite de r^ngraphie et de la sélection) de formes vitales plus simples. L'homme lui-même ne fait nullement exception à cette règle, car il est proche parent des singes supérieurs.

Il n'est plus possible aujourd'hui de nier le fait fondamental que nous venons d'énoncer. Depuis Darwin, et à la suite de

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