‹ La question sexuelleChapitre 140 sur 190 · DROIT PÉNAL - ENFANTS MONSTRUEUX · texte numérisé non relu

DROIT PÉNAL - ENFANTS MONSTRUEUX

danger. Lorsqu'un aliéné ou un idiot, marié ou non. rend une femme enceinte, l'avortement artificiel devrait être permis. Il devrait en être de même toutes les fois qu'une femme idiote, épileptique ou folle, devient enceinte.

Un cas analogue est celui où un ivrogne rend sa femme grosse contre le gré de cette dernière, surtout lorsqu'il est ivre à ce moment, car la qualité du produit court un grand danger par la blastophthorie.

Il va sans dire que l'avortement doit être permis là où la grossesse met la vie ou la santé de la mère en danger sérieux, ou lorsqu'une grave maladie de la mière condamne d'avance l'enfant à devenir invalide. D'un autre côté, il ne faudrait pas que pareilles indications soient prises trop à la légère, et une limita rationnelle est ici l'affaire de la pratique et du bon sens, joints à la science médicale.

Droit à la vie des enfants monstiuenx, idiots on malformés. —

La question qui précède nous amène tout naturellement à celle de savoir si les enfants nés invalides, les monstres déformés ou idiots, etc.. doivent être nécessairement condamnés à vivre de par la loi, et s'il n'y a pas lieu d'établu* à cet égard des dispositions spéciales.

L'obligation de conserver, en requérant même tous les soins de l'art médical, de misérables avortons, nés crétins, idiots, hydrocépiiales, microcépliales. sans yeux, sans oreilles, ou encore avec des organes sexuels atrophiés, etc., n'est au fond qu'une atrocité consacrée par nos lois. N'arrivera-t-on pas dans l'avenir à permettre, au moins avec l'assentiment des parents et après une expertise médicale approfondie, de supprimer ces êtres misérables à l'aide d'une douce narcose, au lieu de les livrer par la force de la loi à une vie de martyre ? La science a bien prouvé aujourd'hui que toute malformation congénitale du cerveau est aussi incurable que celle des autres organes.

Ici encore, notre législation gémit dans les chaînes que lui a rivées l'ignorance combinée à une vieille dogmatique religieuse. D'un côté on organise d'immenses armées pour tuer et estropier par milliers et dizaines de milliers les hommes les plus sains, et on en abandonne encore plus de milliers à la famine, à la prostitution, à l'alcoolisme et à l'exploitation, et de l'autre on exige de la médecine qu'elle emploie tout son art et tous ses efforts à prolonger

aussi longtemps que possible la vie et par là le martyre de misérables débris humains avortés ou dégénérés de corps eu d'esprit, ou encore de tous deux à la fois, souvent même lorsqu'ils appellent la mort à grands cris! On bâtit de grands asiles pour idiots, et l'on est royalement heureu*: lorsque, après de longues années d'efforts aussi touchants que persévérants, une personne dévouée et intelligente réussit à amener ces petits êtres, dont la mentalité est bien inférieure à celle d'un singe à marmotter quelques paroles comme des perroquets, à barbouiller quelques mots sur du papier, ou encore à répéter machinalement une prière avec les yeux tournés vers le ciel.

Il est difficile de comparer entre elles ces deux catégories de faits sans ressentir l'amère ironie de ce qu'on appelle par euphémisme notre moralité traditionelle. En toute franchise, les infirmières et les maîtres qui se dévouent à l'éducation des crétins et des idiots feraient mieux de les occuper tout simplement à quelque grossier ouvrage manuel, ou même de les laisser mourir, et de procréer eux-mêmes, à leur place, des enfants sains et capables! Mais cette question n'appartient plus à proprement parler à notre sujet.

Droits de l'embryon. — On fait en général une distinction

entre l'avortement artificiel pratiqué dans les premiers mois de la grossesse et celui qu'on provoque dans ses derniers mois. Lorsque l'enfant naît viable, on ne parle plus d'avortement artificiel, mais d'accouchement prématuré. Lorsque cet accouchement est provoqué dans le but de faire disparaître l'enfant, la peine est beaucoup plus forte que pour l'avortement, car on considère cet accouchement presque comme un infanticide.

Pour ce motif, et parce que la question dans son entier est épineuse et difficile, on ne devrait jamais abandonner librement et sans autre forme à la mère le droit de supprimer l'embryon ou l'enfant qu'elle porte en son sein, sauf dans les cas déjà indiqués. On devrait toujours soumettre le cas à un examen médical et exiger un certificat du médecin. Cleci est d'autant plus indiqué que nos connaissances actuelles nous rendent facile d'empêcher la grossesse par des moyens anticonceptionnels. La société est donc en droit d'exiger de la mère qu'une fois l'enfant volontairement conçu par elle, elle n'ait pas à sa fantaisie le droit d'interrompre son développement, c'est-à-dire de le tuer. Si, comme nous l'espérons, nous arrivons à obtenir des droits plus étendus pour la

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