‹ La question sexuelleChapitre 144 sur 190 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Remarques générales. — La théologie enseigne la croyance en Dieu et en la vie future; le droit représente Tapplication de lois et de coutumes codifiées, anciennes et nouvelles; la médecine est, dit-on, un art, l'art de guérir l'homme malade.

A la naissance de chacune de ces trois branches de l'activité humaine, on trouve un sentiment et une notion acquise. L'homme a été conduit à l'idée religieuse et à l'adoration d'un ou de plusieurs dieux par la terreur que lui inspiraient certaines puissances inconnues, occultes, supérieures à lui, et par la notion que sa faculté de connaître, son pouvoir et la durée de sa vie étaient limités.

L'origine du droit est dans la conscience morale, dérivé phylogénique des sentiments de sympathie, c'est-à-dire du sentiment du devoir et de la justice, jointe à la notion de la nécessité reconnue par les hommes de vivre en société.

Quant à la médecine, elle doit sa naissance à la crainte de la maladie, de la douleur et de la mort, crainte corrigée par l'expérience acquise que certaines substances ou certains procédés peuvent à l'occasion calmer la souffrance ou même guérir un mal.

La théologie, si l'on fait abstraction de la morale, dont elle a usurpé le domaine, vit de mysticisme, et s'efforce de lui donner une apparence naturelle et humaine en le parant de plirases ronflantes ; le droit, perdant de vue ses origines et sa raison d'être, ne s'est longtemps plus guère occupé que de codifier les préceptes religieux et les préjugés, de commenter des textes de lois et de discuter l'application des articles du Code. La médecine, elle, a trop vécu des souffrances des malades; elle doit maintenant vivre pour améliorer la vie humaine.

Pour pouvoir guérir une maladie physique, c'est-à-dire rétablir des fonctions anormales ou dérangées, autant que cela est possible, le médecin doit connaître le corps à l'état normal et ses manifestations vitales. Voilà pourquoi l'art médical doit s'appuyer sur des sciences accessoires, toutes d'observation et d'expérience. Ce sont ces sciences, principalement l'anatomie et la physiologie, qui fournissent au m.édecin les connaissances indispensables à son activité. Ces sciences accessoires ont ainsi pris un développement de plus en plus considérable dans l'évolution ascendante de la médecine, et l'art médical est même devenu le moteur puissant principal qui pousse l'homme aux recherches et aux découvertes dans les sciences biologiques, telles que l'histologie, l'embryologie, l'anatomie et la physiologie comparées, l'anatomie et la physiologie du cerveau, puis la bactériologie, etc. A quels efforts d'investigation l'iiomme ne se livre-t-il pas pour conserver et rétablir son cher moi! Les études purement scientifiques ont même pris aujourd'hui une telle place dans les études de médecine que ff l'art de quérir » demeure souvent à l'arrière-plan, bien qu'il soit destiné à jouer plus tard le rôle principal et que ce soit surtout à la pratique de cet art que le vulgaire attache l'importance première, cela pour des raisons bien excusables et bien compréhensibles.

La valeur de l'art médical est sujette à de grandes variations. Il n'est de bon aloi que lorsque, exempt de tout charlatanisme, il s'appuie sur des connaissances scientifiques suffisantes; car l'art d'un ignorant tombe d'ordinaire à faux et n'emploie guère que des .moyens mal appropriés; d'autre part, celui d'un charlatan ou d'un escroc a pour objet avant tout la bourse du malade. Il est fréquent de rencontrer des médecins qui ont une bonne pratique de leur art sans posséder de connaissances scientifiques, d'autres qui ont la pratique et la science, mais sont de vulgaires charlatans, d'autres enfin qui sont des savants, mais des incapables dans la pratique de l'art. L'idéal est de trouver réunis l'art, la science et l'honnêteté désintéressée; mais il n'est pas très rare de voir réunis chez un médecin l'ignorance, l'incapacité et le charlatanisme. Grâce au culte moderne de l'argent, le charlatanisme a pris un essor inquiétant sous des dehors à la fois scientifiques et hautains. Enfin trop de médecins, du reste instruits et capables, ont le tort de s'en tenir aux autorités, aux livres et aux préjugés, au lieu d'observer, de discerner et de juger par eux-mêmes dans chaque cas avec un véritable esprit scientifique. Un grand nombre de dogmes et d'en-

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