‹ La question sexuelleChapitre 145 sur 190 · HYGIÈNE SEXUELLE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE SEXUELLE

seignements médicaux reposent sur des hypothèses, des théories ou des affirmations dont les bases sont bien peu solides et ne représentent en rien les fruits des branches vivantes et fécondes d'une véritable expérience personnelle de la vie du corps humain. Beaucoup de médecins font à leur façon, comme feu monsieur Jourdain, de la « théologie » sans le savoir, ne jurant que par la parole du maître et ne voyant qu'à travers ses besicles, au lieu de réfléchir et d'observer par eux-mêmes. Les gens à système, les homéopathes, les adeptes de la médecine dite naturelle, etc., sont sans doute les pires à cet égard. C'est précisément dans la question sexuelle que toutes ces faiblesses humaines des artisans de la médecine amènent souvent aux résultats les plus pitoyables.

Nous devons avant tout prendre à cœur le principe fondamental de l'hygiène, qui est en même temps celui de toute médecine honnête et critique, connaissant elle-même ses propres points faibles : prévenir vaut mieux que guérir.

Les opinions modernes des médecins dans la question sexuelle sont malheureusement encore, comme dans la question de l'alcool, fort obscurcies par les préjugés, la foi en l'autorité et l'influence directe des doctrines de la morale religieuse. Nous serions cependant mal venu à dire ici du mal de la médecine, car c'est à elle et à ses sciences accessoires que nous devons les connaissances qui nous rendent aujourd'hui possible de juger des rapports sexuels de l'homme au point de vue sain et vrai de la science sociale et morale.

Nous ne pouvons décrire ici tous les rapports de la médecine avec la vie sexuelle. Nos chapitres I, II, III, IV et VII se sont déjà entièrement basés sur ses résultats et sur ceux des sciences naturelles. Ce que nous avons encore a dire ici se rapporte surtout à l'hygiène sexuelle, car nous avons déjà traité de la pathologie au chapitre VIII. Je réserve de plus, pour le dernier chapitre de ce livre, la partie générale et sociale de l'hygiène, et je me contenterai ici de traiter certains points spéciaux et de critiquer certaines opinions médicales courantes, mais erronées, au sujet de la question sexuelle.

Prostitution. — Hygiène sexuelle. — Rapports sexuels hors mariage. — Toute réglementation et toute surveillance médicale de la prostitution doivent être rejetées, non seulement au point

de vue de la morale et du droit, mais même à celui de Thygiène, comme un déplorable errement incapable même de répondre à son seul but avoué et avouable, la protection contre les maladies vénériennes.

La foi dans le dogme et dans l'autorité d'une institution existante a finalement amené les médecins à placer la question sur un terrain tout à fait faux. On a exigé des adversaires de la réglementation d'État cju'ils fissent la preuve d'une diminution des infections vénériennes sous le régime de la liberté ! Cette exigence est aussi injuste qu'absurde. En réalité, c'est aux partisans d'une réglementation inique à prouver que l'organisation de la prostitution par l'État a apporté une amélioration sensible au mal vénérien social. Alors seulement on pourrait se demander si le maintien de mesures aussi vexatoires est encore justifiable. Or, la médecine n'a pu fournir la preuve qu'on est en droit d'exiger d'elle; au contraire, ses tentatives en ce sens ont entièrement échoué. Ce qui, malgré tout, maintient le système, ce n'est pas qu'il diminue les infections vénériennes, mais c'est qu'il donne satisfaction à l'appétit sexuel masculin et à ses désirs d'excès et de changement. La société n'a cependant pas le droit d'organiser, pour le plaisir spécial des débauchés, une monstruosité pareille à la prostitution réglementée et à la patente du proxénétisme.

En vertu du faux dogme qui préside à la réglementation de la prostitution, nous voyons, aujourd'hui encore, nombre de médecins envoyer des jeunes gens au bordel ou voir des prostituées, sous couleur d'hygiène. Cette déplorable liabitude pervertit la jeunesse et fausse ses idées. C'est un remède bien pire et bien plus dangereux que le mal qu'il est censé guérir, pire que la masturbation, bien pire que les pollutions nocturnes et les autres inconvénients analogues. Les anomalies et les perversions sexuelles ne se guérissent pas au bordel; elles s'y développent, au contraire.

D'ailleurs, il est absurde d'exagérer les effets de l'onanisme et clés excès sexuels en eux-mêmes, et de surexciter ainsi l'anxiété d'une foule de malheureux. Au chapitre IV (appétit sexuel), nous avons déjà parlé des grandes variations que présente cet appétit sans cesser d'être normal, et nous avons indiqué la règle donnée par Luther. Voici, à mon avis, quels doivent être les conseils donnés par le médecin :

Tant qu'il ne veut pas se marier, le jeune homme célibataire écartera ses pensées, autant qu'il le pourra, de toute image sexuelle,

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