‹ La question sexuelleChapitre 146 sur 190 · CONSEILS MÉDICAUX · texte numérisé non relu

CONSEILS MÉDICAUX

et il 88 contentera des pollutions nocturnes, qui se produisent spontanément chez lui, en évitant toute manipulation d'onanisme. La jeune fille fera de même, et cela d'autant plus facilement que chez elle l'appétit, normalement plus faible, n'est pas accompagné de sécrétions glandidaires, qui exigent plus ou moins impérieusement réjaculation.

Aux personnes absolument incapables de résister à leur appétit, on recommandera la plus grande prudence dans leurs rapports hors mariage. Ceux-ci n'auront nullement besoin, d'ailleurs, de revêtir le caractère de la prostitution.

Conseils médicaux. — Avant tout, le médecin a le devoir d'instruire et de conseiller amicalement toute personne qui le consulte sur les questions sexuelles, et de ne jamais jouer le rôle de juge, ni de moraliste grognon. 11 ne de\ra jamais se permettre d'effrayer, ni de blâmer le pauvre hypochondre qui vient s'accuser de masturbation, ni les pervertis sexuels, de quelque nature qu'ils soient, à moins qu'ils n'offrent de véritables dangers (sadistes, etc.); il devra, au contraire, les calmer et les soutenir dans leur détresse. Il peut faire ainsi un bien énorme.

La suggestion hypnotique et la psychanalyse lui fournissent un moyen de combattre directement beaucoup d'excitations sexuelles, de pollutions exagérées, voire môme certaines perversions sexuelles, tout au moins de les atténuer et de diriger l'activité cérébrale du malade sur d'autres objets. Il étudiera chaque cas en particulier et tiendra compte des circonstances si diverses dont nous avons parlé dans les différents chapitres de ce livre. Même entre mari et femme, et surtout comme conséquences de la monogamie, diverses circonstances malheureuses ou délicates peuvent susciter des difficultés, par exemple les périodes pendant lesquelles toute conception doit être évitée, un certain laps de temps assez long après les accouchements et durant certaines maladies.

Ici, un conseil médical maladroit peut avoir les conséquences les plus néfastes Lorsqu'un médecin interdit à un mari tout rapport sexuel avec sa femme, il le place entre deux écueils dangereux. Ou bien le mari se contient au prix de dures privations; il est obligé de coucher dans une chambre séparée et risque ainsi, si la séparation dure trop longtemps, de voir l'amour conjugal se refroidir et une barrière s'établir définitivement entre lui et sa femme. Ou

bien il s'abandonne à la prostitution et rapporte des maladies vénériennes dans le lit conjugal, ou bien encore il tombe amoureux d'une autre femme et risque par là de détruire son bonheur et celui de sa famille.

Le médecin qui interdit à un mari le coït conjugal prend donc sur lui une grave responsabilité, nous ne pourrions trop insister sur ce point. Pour cette raison, et pour bien d'autres encore, nous devons ici étudier une question très importante.

Les opinions sur les effets de la continence sexuelle diffèrent beaucoup. Toutes les assertions extrêmes dans ce domaine sont erronées. Il est certain que dans beaucoup de cercles on a exagéré d'une façon ridicule les effets nocifs de la continence. Les gens normaux des deux sexes peuvent demeurer continents, à la vérité non sans peine ni sans douleur, ce qui permet d'accepter en gros pour eux comme juste le rapport publié sur cette matière par la Faculté de Christiania, rapport qui déclare connaître de nombreuses maladies résultant des excès sexuels, mais n'en pas connaître qui soient l'effet de la continence. Ce verdict va cependant trop loin, car certaines personnes, surtout certains psychopathes et hyperesthésiés sexuels, tombent fréquemment dans un état d'excitation mentale et nerveuse telle, à la suite de la continence forcée, que leur nervosisme s'exagère encore et peut même les conduire à l'aliénation. J'ai vu le cas se produire chez des hommes et chez des femmes.

Les études récentes sur la psychanalyse, les phobies et les obsessions ont prouvé que la continence forcée est surtout la cause de pareils troubles chez les prédisposés.

La continence n'est pas chose facile pour les individus erotiques, et elle exige d'eux, surtout des hommes, un combat intérieur héroïque, parfois presque surhumain. Le réformateur canadien Chiniqui, que nous avons déjà cité, raconte l'histoire d'un moine qui s'arracha courageusement les testicules avec les mains dans son désespoir de ne pouvoir maîtriser l'excitation violente que produisait chez lui un appétit sexuel non satisfait, résultat de la continence que lui imposait le célibat des prêtres.

Tous les beaux prêcheurs de morale doués d'un tempérament froid, ou même simplement devenus vieux, qui flétrissent en tirades indignées « l'immoralité » des conséquences . de l'appétit sexuel, feraient bien de prendre à cœur les faits de ce genre.

Une jeune fille riche, instruite, nymphomane, mais demeurée vierge, me déclara nettement un jour que, si elle ne trouvait pas bientôt un mari, elle se prostituerait, car elle ne pouvait plus y tenir.

(Jhose singulière, des natures absolument froides, qui n'ont presque aucun appétit sexuel et préféreraient s'abstenir, se décident parfois à aller au bordel ou à se marier, uniquement « pour faire comme les autres» ou «pour qu'on ne les tourne pas en dérision»!

J'ai connu notamment un jeune homme riche et très instruit qui se trouvait dans ce cas; poussé par les moqueries de ses camarades, il se laissa aller une seule fois dans sa vie à visiter un bordel, y contracta la syphilis et mourut misérablement quelques années plus tard, de paralysie générale progressive, suite de cette maladie.

Si à l'origine chez l'homme, comme dans le règne animal dont il est issu, le coït et la conception étaient à peu près inséparables, les choses ont fortement changé depuis lors. La sélection brutale du combat pour la vie a cessé d'éliminer les faibles parmi nous, et nous avons déjà dit que par conséquent il est urgent d'employer autre chose que cette sélection pour entraver autant que possible la procréation des faibles et des invalides. De ce simple fait résulte pour nous le devoir social de séparer nettement la conception de la satisfaction de Tappétit sexuel, et d'éviter la première chaque fois que cela est utile ou nécessaire, sans renoncer pour cela à la seconde. Le bien de nos femmes et de nos descendants entraîne impérieusement cette conséquence.

Moyens de régler ou d'empêcher les conceptions. — Aux chapitres II et III, nous avons fait connaître le mécanisme de l'accouplement et de la reproduction. Un léger effort de bon sens suffira pour faire comprendre qu'il ne peut pas être bien difficile d'accomplir le coït ni de satisfaire son appétit sexuel sans que conception s'ensuive. Il suffit simplement d'empêcher la semence de pénétrer dans le museau de tanche et dans la matrice (V. fig. 18). On peut y arriver de diverses façons, à l'aide de certains moyens préventifs employés soit par la femme, soit par l'homme, pendant le coït.

1. Moyens préventifs employés par la femme. - Aussitôt avant et après le coït, la femme peut se faire une injection clans le vagin avec de l'eau tiède acidulée de 5 p. iOO de vinaigre. C'est une praticjue qu'on emploiera toujours lorscju'un autre moyen employé par l'homme a manqué son but, ou qu il est arrivé un accident ou une maladresse quelconque. C'est en outre une prudence de plus. Mais l'injection n'est qu'un préservatif tout à fait relatif et insuffisant, car les spermatozoïdes microscopiques peuvent fort bien être entrés malgré tout dans la matrice, par le museau de tanche.

On a prétendu qu'un coït accompli peu de jours seulement avant les règles n'était jamais suivi de conception. C'est inexact: les conceptions sont, il est vrai, plus rares en pareil cas, mais nullement impossibles. Quiconque se repose sur un moyen aussi incertain risque fort d'être bientôt désabusé.

On s'est servi cVéponrjes, imbibées d'un désinfectant, et que la femme place tout au fond du vagin avant le coït. Elles sont munies d'un petit cordonnet de soie, qui permet de les retirer plus facilement. Ces éponges sont peu sûres, car le semence s'écoule très facilement à côté et peut alors entrer malgré elles dans la matrice. En tout cas, elles doivent être suffisamment larges et avoir la forme d'un hémisphère creux. Malgré cela, ce système demeure extrêmement précaire.

Les pessaires occhisifs valent mieux. Ce sont des anneaux fermés par une membrane en caoutchouc, anneaux que la femme introduit d'abord par compression, puis en les poussant du doigt au fond du vagin pour les tendre devant le museau de tanche avant chaque coït ou au moins après chaque menstrue. Il suffit qu'ils soient mal introduits ou se déplacent d'un côté pendant le coit pour que leur effet préservatif devienne illusoire. En outre, ils n'enlèvent pas la semence du vagin. La propreté exige qu'on les sorte et les lave tous les quatre ou cinq jours.

Récemment la réclame s'est mise à prôner certains disques solubles a base de bore, de tannin, de cjuinine, d'acide, etc., qui sont introduits avant le coït dans le vagin et sont censés tuer les spermatozoïdes en .se dissolvant. Je mets en garde contre ces produits plus ciue douteux, dont l'efficacité est très problématique et qui peuvent toujours, une fois dissous, être balayés du museau de tanche par le jet du sperme fécondateur.

' En un mot, tous les moyens employés par la femme sont incertains, par la simple raison qu'au fond d'une cavité étroite comme le vagin, on opère dans l'obscurité et qu'on ne peut y voir clairement le résultat de ses manipulations, puis parce que tous les moyens indiqués sont précaires par leur nature même.

Un coup d'œil sur notre figure 18 suffit pour s'en rendre compte.

2. Moyens pbéventifs utilisés par lhomme. — Un moyen extrêmement employé est ce qu'on appelle le coït interrompu : l'homme retire sa verge du vagin un instant avant l'éjaculation, lorsqu'il la sent venir, et il termine le coït soit contre le ventre, soit entre les cuisses de la femme. Cette pratique est fort désagréable. Elle n'entrave pas seulement la jouissance, mais encore directement l'éjaculation et n'est pas même sûre. On peut se retirer trop tard, puis, surtout lorsque la semence se répand entre les jambes, il peut s'en introduire une petite partie à l'orifice du vagin, et cela seul peut clans certains cas suffire à provoquer une conception.

Los hommes rompus aux pratiques sexuelles introduisent souvent leur verge dans l'anus ou. dans la bouche de la femme, ou encore se font satisfaire par elle de quelque autre façon. Sans parler de ce que ces pratiques ont de répugnant et d'anormal, elles n'accordent pas à la femme la satisfaction sexuelle à laquelle elle a droit, et elles doivent être rejetées.

Le moyen le plus simple et le mieux approprié au but est de revêtir la verge en érection d'une membrane imperméable en forme de doigt de gant. La semence demeure alors dans ce sac membraneux, si l'on prend la précaution d'appliquer à sa base, c'est-àdire près de son ouverture, un anneau en caoutchouc posé librement par-dessus, à la racine de la verge. Cet anneau applique la membrane solidement contre la verge et empêche ainsi qu'elle ne glisse ou ne se retrousse pendant les mouvements du coït, ce qui permettrait à la semence de pénétrer dans le vagin. On appelle ces membranes préservatifs ou capotes anglaises (1).

(1) Telle est la désignation populaire en pays de langue française. Par contre, les Anglais désignent ces préservatifs du terme de French letlers.

On se sert souvent de préservatifs en caoutchouc mince, dont l'ouverture est déjà pourvue d'un anneau plus épais et rétréci. Mais elles sont extrêmement désagréables, parce que le caoutchouc, lisse et dur, ne ressemblant nullement à une muqueuse, entrave les sensations voluptueuses du gland et, par suite, contrarie l'éjaculation. En second lieu elles sont peu sûres, car elles peuvent se déchirer inopmément. C'est pourquoi l'on confectionne des préservatifs avec des membranes animales (baudruche), en particulier avec l'appendice cœcal (appendice vermiforme) de l'intestin de divers animaux, appendice qui se termine tout naturellement en cul-de-sac et qui a la longueur et le diamètre voulus.

Lorsque ces capotes sont assez fortes, qu'on ne les rapièce pas et qu'on ne les amincit pas au point d'en faire des toiles d'araignées, elles sont excellentes, mais on doit observer les précautions suivantes :

Tout d'abord il faut employer un anneau de caoutchouc adapté au calibre de la verge en érection, et le placer à la racine de la verge, par-dessus la capote. Si l'on a pris de plus la précaution d'enduire auparavant le gland d'un peu de vaseline ou de verser un peu de mucilage ou de salive dans la capote et de tremper cette dernière dans l'eau, on ne s'aperçoit pour ainsi dire pas de sa présence. Elle devient presque identique pour le toucher à la muqueuse du vagin, de sorte que l'orgasme n'est nullement entravé.

On fera bien de se retirer du vagin avant que la verge soit complètement relâchée, et de saisir soigneusement la capote et l'anneau entre deux doigts en se retirant. On lave ensuite le tout dans l'eau d'une cuvette, puis on sèche la capote des deux côtés, entre deux linges, en pressant légèrement. 11 suffit alors d'insuffler un peu d'air dans la capote maintenue entre les doigts, puis de la fermer rapidement en la tordant à sa base pour la remettre en état de servir. On la laisse ainsi remplie d'air jusqu'au matin, posée sur un morceau d'étoffe de laine. Le matin (sept à dix heures après), on détord l'ouverture et on l'élargit complètement avant qu'elle se soit durcie. La capote est alors de nouveau en état de servir. Du même coup, par l'insufflation de l'air, on s'assure qu'elle est imperméable et reste gonflée, car le moindre interstice suffit pour laisser échapper l'air et faire affaisser la capote, par un pore qui ne permettrait pas encore le passage d'un spermatozoïde.

De cette façon, lorsqu'une capote est solide, on peut s'en servir un grand nombre de fois. Ces détails sont extrêmement importants.

car les personnes pauvres ou peu aisées n'ont pas le moyen de s'acheter un objet aussi cher pour chaque coït, et c'est précisément pour les malheureux que son emploi est le plus important. Dès qu'une capote n'est plus imperméable à l'air, il faut en prendre une autre.

Ce n'est qu'avec une grande minutie, et lorsqu'on ne néglige aucune précaution, qu'on peut être assuré ainsi d'éviter toute conception. Si, par hasard, une maladresse donnait le moindre doute ou si la capote venait à se rompre, une injection immédiate d'eau tiède, acidulée de vinaigre, dans le vagin devrait être pratiquée.

Un coup d'œil sur notre figure 18 (page 18) montre la place qu'occupe la membrane du préservatif pendant le coït, entre le museau de tanche et l'ouverture de l'urètre masculin {ouv. ur. m.) par laquelle s'éjacule la semence.

Ajoutons que, pour obtenir une sûreté pour ainsi dire absolue, il faut combiner l'emploi de la capote en baudruche par l'homme avec celui du pessaire occlusif et même des injections d'eau avec 5 p. 100 de vinaigre par la femme.

La conception exceptée, le coït se passe ainsi d'une façon entièrement normale pour la femme comme pour l'homme, et l'orgasme n'est pas plus troublé pour l'un que pour l'autre.

Lorsqu'une capote est trop mince, ce qui est, par malheur, fréquemment le cas. on peut en mettre une seconde par-dessus la première. Il ne faut jamais négliger de passer l'anneau de caoutchouc. Avec de la prudence et du soin, on peut ainsi empêcher toute conception avec une certitude pour ainsi dire complète! Si la femme craint de la part de son mari quelque négligence, elle a toujours la ressource d'employer, en outre, pour plus de sûreté, l'un des moyens que nous avons indiqués et qui sont à sa disposition, tels que l'éponge ou le pessaire occlusif. Pareil surcroît de précautions est toujours indiqué dans les cas où une conception aurait des suites exceptionnellement graves.

Il est de toute importance que les moyens préventifs puissent être employés à bon marché et d'une façon simple, quoique sûre et constante, car ils facilitent énormément les rapports sexuels, même dans un mariage normal et d'une façon générale tous les rapports sexuels, et ils permettent surtout au mari d'éviter à sa femme des grossesses prématurées ou survenant dans un moment défavorable, sans cependant laisser refroidir l'amour en entravant

des rapports sexuels légitimes et naturels. On peut avec leur aide, et d'une façon tout à fait générale, éviter toute conception qui risque de se produire dans de mauvaises conditions, et régler d'une façon rationnelle la procréation des enfants.

Les moyens anticonceptionnels permettent, en outre, à de malheureux individus pathologiques, dont le devoir social et moral est de ne pas procréer d'enfants, de satisfaire leurs besoins sexuels sans avoir à craindre de peupler le monde de misérables avortons, d'idiots ou d'invalides. Ils rendent le mariage possible aux jeunes gens, alors même que leurs ressources ne leur permettent pas encore de fonder une famille.

Avec leur aide, on peut fixer à l'avance le mois de la naissance de l'enfant qu'on va procréer, pour peu que la femme soit normale et féconde. Dans les pays chauds, on s'arrangera, par exemple, pour faire naître les enfants en automne et non pas au commencemen de l'été, saison dangereuse pour les nouveau-nés. En un mot, la capote bien employée permet de satisfaire notre desideratum, qui consiste à pouvoir séparer à volonté la procréation de la satisfaction de l'appétit sexuel.

Nous avons vu au chapitre XIII l'objection des repopulateurs à tout crin. Si d'un côté les jouisseurs égoïstes se stérilisent, de l'autre les hommes qui ont l'esprit et les sentiments sociaux, qui sont joyeux de vivre et de procréer, se reproduiront d'autant plus, ce qui nous permettra d'espérer des descendants utiles, altruistes, gais, robustes et de bonne constitution. Ce que nous devons le plus redouter pour l'avenir de l'humanité, c'est le manque de sens social,, c'est-à-dire d'altruisme.

Les moyens anticonceptionnels permettent, en outre, et pour les raisons indiquées, d'éviter la prostitution, les rapports sexuels n'entraînant plus nécessairement ni grossesse ni accouchement à leur suite, ce qui permet d'éviter celles de leurs conséquences qui sont aujourd'hui encore si souvent tragiques.

Si l'on joint les réformes que nous avons réclamées au chapitre XIII à propos du droit civil, on pourra arriver peu à peu à un assainissement progressif et bienfaisant de notre vie sexuelle. Les capotes anglaises protègent, en outre, quoique relativement sans doute, contre les infections vénériennes par le coït, si l'on fait attention de ne pas s'infecter par la bouche.

Le moyen le plus sûr d'empêcher définitivement la conception chez la femme est la dislocation des trompes. Cette opération facile

est indiquée chaque fois que la femme doit renoncer définitivement à procréer des enfants, par exemple dans les cas de bassin rétréci à l'extrême, d'aliénation mentale, d'épilepsie, de tuberculose, etc. Nous avons vu, en effet, que surtout chez la femme, la castration n'est nullement sans influence sur la santé et par conséquent qu'elle n'est indiquée que dans les cas tout à fait graves, tels que le sadisme, etc.

On stérilise l'homme d'une façon définitive encore plus simple, par l'oblitération sur une certaine longueur des conduits séminaux.

Ces deux formes de stérilisation définitive exigent des indications fort sérieuses et définitives aussi. Un simple désir momentané des intéressés ne peut suffire, car leur résolution peut changer plus tard.

On a récemment beaucoup vanté la stérilisation par les rayons X. Mais elle n'est pas silre, et je mets de plus en garde contre une stérilisation temporaire de ce genre, car rien ne peut nous garantir contre une dégénération blastophthorique des produits ultérieurs de germes qui ont été une fois aussi profondément affectés dans leur texture.

Il est presque incroyable de voir encore, dans quelques pays, certains médecins, qui n'ont pas honte de jeter les jeunes gens dans les bras empoisonnés de la prostitution, rougir comme des jeunes filles ou s'indigner quand on leur parle de moyens anticonceptîonnels. L'habitude et le préjugé font que le sentiment de pudeur se trouve ici bien déplacé. On s'indigne de choses innocentes et l'on justifie, par contre, les plus grandes infamies et les plus ignobles saletés.

Hygiène du mariage. — Qu'un mariage se conclue sur la base d'un libre consentement réciproque, que chaque partie sache exactement ce à quoi elle s'engage, que l'influence corruptrice de l'argent ne se fasse plus sentir, qu'on supprime toute réglementation inutile ou contre nature, ainsi que l'immixtion absolument superflue de la religion et d'une législation vermoulue et inique dans les liens de l'hyménée, que la femme enfin obtienne des droits égaux à ceux de l'homme; alors l'amour et le respect mutuel seuls, combinés à l'appétit sexuel, constitueront les attaches intimes et directement personnelles du mariage. En même temps, les sentiments instinctifs et les devoirs légaux envers les enfants procréés lui fourniront un ciment complémentaire et durable. Chez les

hommes dont le naturel est bon, le sentiment instinctif de l'altruisme, c'est-à-dire la conscience, pousse à l'accomplissement des devoirs sociaux, sans qu'il soit besoin de faire intervenir l'obligation légale.

Il nous reste encore à examiner quelques points spécialement médicaux.

Le mari doit être plus âgé que sa femme, en moyenne de six à douze ans. Dans une union monogame qui veut être durable, ce point est très important. La femme mûrit plus tôt que l'homme au point de vue sexuel et mental; sa personnalité devient plus rapidement adulte que la sienne; elle vieillit plus vite et perd plus tôt que lui sa faculté de procréer. Divers peuples sauvages tournent la difficulté en se mariant comme tout jeunes garçons avec de toutes jeunes filles, puis en répudiant plus tard leur femme devenue vieille, pour en épouser une seconde encore jeune. Chez les peuples civilisés, l'homme se tire autrement d'affaire : il use de la prostitution. Dès sa jeunesse, il succombe la plupart du temps à une corruption physique et morale qui se complique très souvent d'infection vénérienne, et il considère ensuite souvent le mariage comme une sorte d'asile pour incurables, où le rôle réservé à l'épouse est plus ou moins celui de ménagère et d'infirmière à la fois.

Il n'est pas très facile d'éviter ces deux écueils, ni de donner une bonne formule pour une monogamie faisant feu qui dure. La polygamie vieux style, ou plutôt style musulman, est brutale, et la prostitution est encore bien plus dégoûtante. Vous y voilà, tirez-vous d'affaire! s'écrie ici plus d'un noceur égoïste, dont les sentiments se résument dans la maxime : « Après moi le déluge ! » « L'homme doit tenir ses passions en bride », répond alors le moraliste prêcheur. Or cet éternel dialogue n'a jamais fait avancer la question d'un pas.

Nous proposons un moyen terme et nous disons : « Le jeune homme qui possède suffisamment d'énergie pour maîtriser son appétit sexuel, ou celui dont l'appétit sexuel est assez modéré pour lui faciliter la continence jusqu'à l'âge d'environ vingt-cinq ans, de manière à lui permettre d'éviter en même temps la prostitution, les l'apports sexuels passagers et la masturbation, ce jeune liomme-là, disons-nous, a toutes les chances de gagner le gros lot dans la vie. » S'il est sans préjugé et ne craint pas d'employer pendant un certain temps, en cas de besoin, des moyens

anticonceptionnels, il pourra alors se marier, même sans avoir un aou. et épouser une fille assez jeune pour qu'il puisse s'attacher définitivement à elle si les deux caractères se conviennent.

De son côté, une jeune fille peut très bien se marier à dix-sept ou dix-huit ans. en tout cas de dix-huit à dix-neuf ans. Elle est alors absolument mûre au point de vue sexuel, et sa mentalité est suffisamment développée, de sorte que la différence d'âge que nous avons exigée peut être obtenue. Des jeunes gens unis ainsi peuvent continuer à étudier et à faire leurs expériences avant de procréer des enfants. Leur union les stimulera même beaucoup au travail, lorsque le désir de faire souche s'y joindra.

Dans le mariage, lorsque l'ivresse de la lune de miel est passée, la durée du bonheur conjugal repose sur une adaptation intime des deux conjoints dans leurs sentiments, leur intelligence et leur appétit sexuel, adaptation qui purifie l'amour des deux côtés. Le travail en commun, un idéal commun, des égards mutuels pleins d'affection, mais sans gâterie, et une éducation réciproque qui ne dégénère ni en remontrances pédantes, ni en tyrannie : voilà les conditions principales du bonheur conjugal. Ajoutons-y un ton toujours courtois et aimable: la franchise et les prévenances. Ne jamais bouder et ne jamais répondre sur un ton aigre, sont deux a b c du bonheur conjugal qui exigent un empire continu sur soi-même.

11 faut absolument éviter tout ce qui sépare ou éloigne, ne îijt-ce qu'en apparence. Au risque de paraître ridicule ou enfantin aux yeux de certains esprits supérieurs, nous répétons que la séparation des lits et des chambres est une expérience dangereuse à faire dans le mariage et qu'elle conduit facilement à un éloignement des âmes, alors même qu'elle repose sur les motifs les plus élevés.

Il en est de même, et à un plus haut degré encore, de la continence sexuelle dans le mariage, même lorsqu'elle ne dure pas plusieurs années, si nous exceptons les cas dans lesquels une maladie grave ou l'impuissance de l'âge la motivent.

On a dit souvent que la femme doit pendant des périodes prolongées éviter le coït, et chez certains peuples sauvages le mari est tenu de la laisser tranquille pendant la grossesse et pendant les deux années et plus que dure l'allaitement de chaque enfant, la religion la considérant pendant ce tem-ps comme impure. Cela ne prouve d'ailleurs absolument rien, car il s'agit là de polygames.

qui se dédommagent largement avec d'autres femmes. Si notre mariage monogame veut être naturel et ne pas se payer de mots et d'illusions, il faut que les rapports sexuels demeurent intimes et constants, c'est-à-dire ne soient interrompus que pendant de courts intervalles répondant aux vrais besoins naturels des deux conjoints, adaptés l'un à l'autre par concessions mutuelles.

A part cela, les règles et les couches constituent les deux seules exceptions basées sur la physiologie. D'après Gruber (1), les couches exigent une interruption d'au moins quatre semaines; nous dirons même d'au moins six semaines. Tout mari, à l'exception peut-être des plus horribles satyres, peut se soumettre à cette épreuve et supporter pendant cette période quelques pollutions nocturnes. La grossesse, par contre, n'exige pas la continence. Pendant sa durée, le mari tiendra compte de l'état de sa femme et la traitera, cela va sans dire, avec tous les égards et tous les ménagements qui lui sont dus.

Il faut se garder alors de tout mouvement violent dans le coït. Pendant les derniers mois de la grossesse il faut éviter toute pression sur l'embryon (sur le ventre de la femme) et sur le museau de tanche, et pour cela l'homme se placera derrière, et en même temps sous la femme ou de côté. Ainsi la verge pénètre beaucoup moins profondément dans le vagin, et l'on évite toute pression sur le fœtus.

M. le professeur Pinard, à Paris, voudrait interdire le coït pendant les derniers temps de la grossesse, parce qu'il s'ensuit parfois, dit-il, des accouchements prématurés. S'il s'agit d'accouchements au T, 8" ou même au commencement du 9*^ mois de la grossesse, on pourrait, il est vrai, le prouver par les chiffres, mais à ce moment les parois de l'oeuf sont encore assez protégées, et, avec les précautions que j'ai indiquées, je considère le danger comme nul. Quant à la fin du 9" et surtout du 10^ mois (2), la marge des erreurs sur le moment de la conception et les signes de la naissance à terme ne permet guère de statistique qui exclue tout subjectivisme, et le danger devient à tous égards de moins en moins appréciable. Ce qui est certain c'est qu'un mari consciencieux sera assez doux et prudent pour ne faire courir aucun risque à sa femme en pareille circonstance, dès qu'il saura où gît le danger. Le

(1) Hygiène des Geschlechtslebens; Stuttgart, chez Moritz.

(2) La grossesse est ici comptée en mois lunaires de quatre semaines.

mari brutal ou léger, par contre, prendra prétexte de rinterdiction du coït pour user de la prostitution ou pour contracter des liaisons hors mariage.

Ce qui est bien plus important pour la femme, c'est ciu'il lui soit laissé un repos suffisant entre chaque grossesse. Un an au moins devrait s'écouler entre chaque accouchement et la conception suivante, ce qui donne presque deux ans entre chaque naissance. La chose est extrêmement facile à régler, à l'aide des préservatifs en membranes animales dont nous avons parlé. Ainsi la femme demeure en santé, et l'on peut obtenir à son gré des enfants bien portants lorsque les conditions nécessaires existent. Il vaut certes mieux procréer sept enfants qui demeurent en vie et en santé, que d'en procréer quatorze dont sept meurent, sans parler de la pauvre mère, qui se flétrit rapidement sous l'influence de grossesses et de couches ininterrompues, et qui se tue à la peine, à ce métier de galérien.

Aucune règle ne peut être donnée sur la fréquence du coït dans le mariage: c'est une affaire de convenance réciproque. La règle de Luther (deux à trois fois par semaine) peut être considérée comme une moyenne normale pour les personnes de bonne constitution et dans la force de l'âge.

Certaines femmes froides, qui aiment les enfants, mais qui ont horreur du coït, ne peuvent être, à mon avis, considérées comme les types de l'épouse normale, ni exiger de leur mari l'abstention de tout coït dont le but n'est pas la procréation des enfants. Par contre, la femme a certainement le droit — et on le lui doit — d'être entièrement mise au courant des rapports sexuels et de leurs suites avant de se fiancer. Plus encore. Avant de s'engager dans une union pour la vie, un homme et une femme devraient s'expliquer mutuellement à fond sur leurs besoins sexuels et sur leurs sentiments, afin d'éviter pour plus tard de cruelles déceptions et des incompatibilités irréductibles.

Sans avoir jamais ressenti un orgasme voluptueux proprement dit, soit par le coït, soit par la masturbation, soit en rêve, une jeune fille normale demeurée vierge, lorsqu'elle est suffisamment instruite sur les rapports sexuels, peut parfaitement se rendre compte si l'idée du coït avec un homme pour lec(uel elle ressent de l'inclination lui répugne ou l'attire. Pour les garçons, la chose est encore plus claire.

Une femme, qui avait une instruction médicale complète et qui était demeurée absolument vierge, mais qui, par ses études, était entièrement renseignée sur la vie sexuelle, m'a fourni des données très précises. Pendant longtemps l'idée du coït avec tous les hommes qu'elle voyait lui procurait un sentiment de dégoût, jusqu'au jour où elle fit la connaissance de celui qui gagna son cœur. Alors la répugnance se changea immédiatement en désir. Ce simple cas fournit en même temps une excellente démonstration du sentiment sexuel monogame de la femme normale.

Je renvoie au chapitre XVll, oii nous parlerons de la façon dont la jeunesse doit être initiée à la question sexuelle. Notre formalisme actuel, joint à l'ignorance si générale encore de jeunes filles bien élevées sur les rapports sexuels, rend une entente mutuelle, préalable aux fiançailles définitives, généralement encore impossible. Il existe, en outre, une sorte d'amour hystérique et pathologique, produit de l'imagination, qui s'accompagne de phrases sentimentales et de soupirs ainsi que de coquettreie, et se transforme dès le premier coït en dégoût ou en haine. Quoique plus fréquent chez la femme, ce faux amour se produit aussi chez les hommes hystériques. Alors on entend dire : <( Je me suis trompée (trompé); je ne l'ai jamais aimé (aimée)! » Parfois le mariage à l'essai et une grande facilité de divorce seraient très nécessaires pour de pareils cas.

D'autres cas imprévus peuvent venir troubler un mariage dès son début. Je signale, par exemple, le vaginisme douloureux de la femme, qui cependant peut en général être guéri. Pour une foule de raisons, deux fiancés devraient toujours se soumettre avant leur mariage à un examen méchcal. C'est là une mesure de prudence très recommandable. Sans parler à nouveau des maladies vénériennes, j'indique, par exemple, le cas du bassin trop étroit de la femme, de l'aspermie chez l'homme, etc.

Lorsque, selon la recette d'un Tolstoï devenu vieux, une femme ne veut supporter le coït que dans le but unique de la procréation, elle a le devoir d'en prévenir le fiancé, qui réfléchira s'il veut bien et surtout s'il peut à la longue se soumettre à pareille exigence. Si elle n'en trouve pas. et si elle ne veut pas accorder à son mari une concubine, il ne lui restera qu'à renoncer soit à son mariage, soit à ses exigences, ou encore à procréer iiors mariage les enfants qu'elle veut avoir.

Mon opinion à ce sujet paraîtra sans doute très immorale à beaucoup de gens. Elle est cependant naturelle et rationnelle, par conséquent juste au point de vue moral. 11 va sans dire que je ne veux pas dire par là que l'homme ait un droit quelconque à forcer sa femme au coït aussi souvent qu'il lui plaît; j'ai même déclaré le contraire. La question est extrêmement délicate à résoudre complètement. Mais, grâce à de la bonne volonté et à beaucoup de liberté et de franchise, on arrivera dans la plupart des cas à une solution satisfaisante dans le sens indiqué plus haut. L'amour et les égards mutuels finiront toujours par trouver le bon chemin. Il faut se garder d'exagération ascétique et d'un idéalisme contre nature, autant presque que de céder lâchement et faiblement à tous ses appétits et à toutes ses passions. C'est ici, plus encore que partout ailleurs dans la vie humaine, qu'il faut savoir s'en tenir à un milieu juste et sage.

Une questioî) extrêmement importante est celle de la procréation des enfants. Puisque nous venons d'expliquer comment nous pouvons la régler à volonté, nous avons le devoir de chercher à procréer par eugénisme des enfants de la meilleure qualité possible. Je renvoie pour ce sujet au chapitre XIX, B : Sélection humaine ou Eugénisme.

A l'époque de la conception, les parents ne doivent être ni malades, ni atteints d'alcoolisme chronique ou d'ivresse; sans quoi, leurs produits risquent d'être tarés de blastophthorie (V. chap. I").

L'âge des procréateurs doit entrer aussi en ligne de compte. Les enfants de parents trop âgés sont en général de constitution faible.

L'aveuglement fatal qui fait dépendre, de nos jours, la procréation des enfants de la fortune et des intérêts pécuniaires constitue un malheur social. Des hommes et des femmes capables, bons et sains, ne devraient jamais renoncer à se reproduire largement, même lorsqu'ils n'ont aucune fortune. Des produits de bonne qualité s'élèvent pour ainsi dire tout seuls et savent admirablement se tirer d'affaire dans ce monde. Ceux qui ont de mauvais instincts ou qui dépérissent étaient d'une mauvaise qualité héréditaire préexistante, ou ils ont été gâtés par blastophthorie ou d'autre façon.

Sans doute, les maladies acquises ou les accidents peuvent tuer un enfant ou un homme, ou le rendre invalide, mais ce sont là plutôt des exceptions qui confirment la règle, car, ici encore, celui

qui descend de parents sains résiste bien mieux que tout autre, s'il n'a pas altéré artificiellement sa santé et sa force de résistance par Talcool ou les maladies vénériennes.

Chez les sauvages, et aujourd'hui encore chez bien des paysans, les enfants sont plutôt une ricliesse qu'une charge, parce que ces gens-là ont encore des mœurs simples et saines et peu de besoins. Ce sont nos appétits artificiels et malsains de luxe, de frivolité, de confort et de jouissance raffinée, notre faiblesse musculaire résultant du manque d'exercice, notre frayeur exagérée des maladies et des microbes, en un mot. c'est notre amollissement, qui nous rend si incapables d'élever simplement et à bon marché de nombreuses familles. Sans doute, il devient de plus en plus nécessaire de donner aux enfants une bonne éducation, et cette nécessité vient compliquer la question. Mais, à notre avis, c'est à l'Etat qu'incombera dans l'avenir le devoir de faciliter largement cette éducation simple et sérieuse pour tous.

Hygiène de la grossesse. — C'est là un chapitre trop spécialement médical pour notre but. Disons cependant que l'oisiveté et le surmenage sont également néfastes à la femme enceinte et à son produit. Il va sans dire que toute femme enceinte a besoin de ménagement et de bonne nourriture. Les travaux violents, les efforts, le travail à l'usine, surtout les travaux qui s'exécutent debout (1), doivent être évités. Mais les travaux domestiques moins pénibles, l'exercice de corps modéré et certains travaux musculaires prudents servent, au contraire, à entretenir les forces et la nutrition, et constituent un endurcissement sain. Du reste, on ne peut généraliser, et il faut tenir compte des circonstances et des individualités. Au point de vue de la santé générale de la mère et de l'enfant, les précautions sont surtout nécessaires pendant les derniers mois de la grossesse, mais les imprudences dans les premiers mois provoquent facilement des avortements chez beaucoup de femmes. L'amollissement progressif de nos femmes aisées les a rendues de moins en moins aptes à la procréation, on ne peut en douter. 11 faut donc corriger ce défaut par un entraînement ou endurcissement progressif, quoique prudent.

(1) Voir Bachimont, La PvéricuUure intra-utérine. Paris. G. Steinheil, 1898.

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