‹ La question sexuelleChapitre 147 sur 190 · PERMISSION OU INTERDICTION DU MARIAGE · texte numérisé non relu

PERMISSION OU INTERDICTION DU MARIAGE

Avis médicanx sur le mariage (permission on interdiction). —

Une autre cfuestion. qui est fort délicate aujourd'hui encore, le deviendra bien moins à l'avenir, si nos désirs se réalisent. Deux êtres s'aiment passionnément; ils veulent se marier et demandent au médecin s'ils peuvent le faire, parce que l'un ou l'autre d'entre eux ou tous deux ont telle ou telle maladie, ou présentent telle ou telle tare héréditaire.

Si l'un des deux a été aliéné ou Test même peut-être encore, s'il est sérieusement atteint de tuberculose ou en puissance de syphilis ou de gonorrhée chronique, le médecin doit lui déclarer nettement que son mariage en pareilles circonstances serait un acte antisocial d'une légèreté criminelle; j'ai toujours agi ainsi en ma qualité de médecin.

Si la situation est moins grave et surtout s'il s'agit seulement de tares héréditaires chez les ascendants, on peut se contenter dans les cas défavorables, surtout lorsque l'on doit s'attendre à des enfants mal constitués de corps ou d'un niveau moral inférieur à la moyenne, d'interdire, au point de vue de la morale sociale, toute procréation denfants, en concédant cependant le mariage moyennant l'emploi de procédés anticonceptionnels. C'est ici surtout qu'apparaît l'importance de ces procédés. On devra expliquer aux jeunes gens en question à quel point la procréation de malheureux enfants maladifs ou arriérés est mauvaise et même criminelle, et on les mettra en garde contre un acte de légèreté aussi impardonnable. S'ils tiennent beaucoup aux enfants, on leur recommandera d'adopter plutôt de pauvres orphelins de bonne santé.

Il ne faut pas cependant être trop sévère. Le médecin est facilement pessimiste et a tendance à voir partout la maladie et à assombrir le pronostic. Il doit se garder d'interdire la procréation d'enfants à un couple, sous prétexte qu'il existe quelque mère ou tante aliénée dans son ascendance. Il devra avant tout faire le calcul des probabilités de l'hérédité tel que nous l'avons expliqué au chapitre premier.

Prenant en considération la caractère des deux candidats au mariage, puis leur santé corporelle et intellectuelle, ainsi que celle de l'ascendance, il l'étudiera soigneusement et se demandera quelle sera la qualité moyenne des enfants qu'on peut attendre d'une pareille union. Selon que .son calcul l'amènera à une probabilité en dessus ou en dessous du niveau moyen de la population à tous

4r96 LA MÉDECINE ET LA VIE SEXUELLE

les points de vue de la valeur sociale des individus humains, il conseillera aux intéressés de se resteindre plus ou moins dans leurs actes procréateurs.

Il ne faut pas tracer trop haut la ligne du niveau moyen, et le médecin devra toujours avoir devant les yeux la grande médiocrité mentale, la faiblesse de volonté, le bas niveau moral et les défectuosités physiques de la grosse moyenne du peuple.

Lorsque des personnes intelligentes et instruites, mais plus au moins psychopathes ou tarées d'hérédité, se présentent au médecin en lui posant des questions de ce genre, parce qu'elles sont tout particulièrement consciencieuses et prudentes, ce dernier devra avant tout les tranquilliser, leur recommander un genre de vie hygiénique, sain et exempt d'alcool, mais bien se garder de leur faire un devoir de demeurer stériles, car on peut espérer que leurs produits seront, au point de vue moral et intellectuel, au-dessus de la moyenne, et que, s'ils évitent toute influence blastophthorique, une régénération graduelle est fort possible et même probable. En un mot, le médecin a ici le devoir d'examiner chaque cas en particulier, de peser soigneusement tous les côtés du problème et de bien se garder de se laisser influencer par quelque dogme exclusif que ce soit. Ainsi seulement il sera capable de donner un conseil juste, utile et bon.

Ce qui est surtout important et tranquillisant pour nous, c'est de savoir qu'il n'est pas nécessaire, au point de vue de l'hygiène sociale, d'interdire un mariage pour l'unique raison que ses produits risquent d'être mauvais ou même très mauvais. Nous pouvons permettre à de pauvres psychopathes tarés d'hérédité, à des êtres stupides ou pervers, même à des malades et à des invalides des deux sexes, de conclure des mariages stériles, en exigeant simplement d'eux, au nom de l'hygiène et de la morale sociales, la promesse d'éviter par un moyen ou par un autre toute conception d'enfants. En pareils cas graves, la dislocation des trompes ou l'oblitération des canaux séminaux ont un effet définitif, et si nous songeons à la négligence et à la faiblesse des cerveaux inférieurs, nous ferons bien de recommander ce procédé toutes les fois qu'il s'agira de l'indication nette et définitive de la stérilité. Nous évitons ainsi des mesures cruelles et par là même à peu près impraticables, qui enlèvent d'emblée tout espoir d'amour et de bonheur à des malheureux, les jettent dans les bras de la prostitution ou d'un pessimisme, amer et les dégoûtent de l'existence.

Secret médical. — La question du secret médical et de sa limitation est très délicate, surtout dans le domaine sexuel. Les points de vue varient selon les pays et les individus. En France, on fait du secret médical presque une idole; le médecin peut aller jusqu'à refuser de témoigner devant les tribunaux et se prêter même à dissimuler un crime ; en pays germanique, particulièrement peut-être en Suisse allemande, on attache souvent, au contraire, au secret médical beaucoup trop peu d'importance, ce qui provient en partie de ce que l'on s'y cache moins de ses misères intimes. En un mot, le secret médical est une notion élastique, qui peut devenir, par les interprétations sophistes, une épée à deux tranchants.

Quoique certains cas particuliers puissent présenter de grandes difficultés, il existe cependant une ligne moyenne de conduite morale que peut servir de fil conducteur à tout médecin consciencieux. D'une façon générale, le médecin a le devoir de taire tout ce que ses malades lui confient, sauf dans les cas où les malades eux-mêmes en parlent ouvertement ou autorisent leur médecin à parler ou à écrire à leur sujet. Cette règle rencontre cependant des exceptions.

Tout d'abord, elle suppose la responsabilité normale du malade et n'est que conditionnelle chez les irresponsables. Des qu'un aliéné, par exemple, raconte à un médecin sous le sceau du secret certaines choses qui reposent sur des idées délirantes et qui menacent la sécurité d'autrui ou qui rendent certaines mesures indispensables dans l'intérêt même du malade le médecin a le devoir, pour éviter un malheur, de faire connaître la situation, mais seulement à qui de droit.

Il en est de même en ce qui concerne les enfants. Il va sans dire que le médecin usera de tous les ménagements possibles dans l'intérêt du malade ou de l'enfant.

Mais, même vis-à-vis des personnes responsables, le secret médical a aussi ses limites. Le médecin n'y est tenu qu'autant qu'il ne lèse pas sérieusement, en se taisant, les droits d'autres individus, ni surtout ceux de la société.

Un médecin a le devoir d'annoncer immédiatement tout cas de petite vérole ou de choléra, même contre la volonté du malade, et de faire isoler ce dernier, pour éviter le malheur d'une épidémie, ce qui est en contradiction avec le secret médical; il a de même celui d'agir d'une façon analogue dans d'autres cas du même genre.

En un mot, il ne doit pas, sous prétexte de secret médical, se rendre complice de malheurs, de mauvaises actions ou de crimes. Nous citerons quelques exemples pris dans le domaine sexuel :

Un sadiste ou un perverti s'attaquant aux enfants consulte un médecin et lui confie ses appétits maladifs. Il est évident que le médecin se trouve ici en présence d'un individu dangereux et en même temps dans une position difficile. Ici, tout extrême est mauvais. Le médecin qui traite simplement le malade, sans s'inquiéter des victimes qu'il peut faire, contrevient à ses premiers devoirs. Celui qui, au contraire, comme nous l'avons vu dans un cas, répond au malade : « Vous êtes un cochon; allez-vous-en ou je vous dénonce », agit encore plus mal. Celui enfin qui, sans autre forme, dénonce le malade, se met aussi dans son tort. A notre avis, le médecin devra commencer par examiner à fond un pareil cas et par pénétrer le plus pofondément possible dans la vie mentale et sexuelle du malade, afin de constater le degré de la perversion et de s'assurer s'il a affaire à un individu honnête et digne de pitié, combattant de toute son énergie ses appétits maladifs, ou au contraire à un égoïste rusé et sans conscience, qui ne consulte le médecin que pour se tirer d'un embarras momentané dans lequel l'a mis sa perversion, et qui du reste se livre sans scrupules à ses appétits, constituant ainsi un danger perpétuel pour la société. Malheureusement ces derniers cas sont très fréquents, et le médecin n'est alors guère consulté que dans un but intéressé et souvent déloyal. Si, pour s'éviter des ennuis, ce dernier prétexte que, même en cas pareil, il a le devoir de respecter le secret médical, ou même s'il le fait par conviction, il se rend complice du criminel.

Il va sans dire qu'entre le malade honnête et celui qui est tout à fait pervers, il y a une foule de transitions. Que fera alors le médecin? Il commencera toujours par un examen approfondi et iie se hâtera pas de juger avant d'être tout à fait renseigné. S'il se sent trop peu sur de son affaire, il consultera un spécialiste (aliéniste ou neurologiste). Puis il agira selon le résultat obtenu. S'il finit par se persuader que le malade a pris loyalement la résolution bonne et honnête de maîtriser son appétit, et a jusqu'alors résisté aux tentations sans léser personne, il le fortifiera dans sa résistance, fera tout ce qu'il pourra (à l'exception du mariage) pour le délivrer de son mal, le rendra attentif au grand danger qu'il court et fait courir à d'autres, lui recommandera à l'occasion la castration ou même la masturbation (!), en cas

d'urgence, pour éviter un crime, et lui fera promettre de venir immédiatemment à lui ou de se rendre volontairement dans un asile d'aliénés, dès qu'il ne pourra plus résister.

Dans ces conditions, il pourra respecter le secret médical et en même temps sauver l'existence d'un malheureux, tout en protégeant la société de son mieux.

Dans les cas plus graves, lorsque le médecin se persuade que le malade n'est pas capable de se maîtriser ou ne veut pas le faire, qu'il a peut-être même déjà commis de mauvaises actions ou des crimes, il fera bien d'agir comme suit. Il déclarera au malade qu'il lui est impossible de prendre la responsabilité d'une situation pareille, exigera qu'il se fasse immédiatement admettre dans un asile d'aliénés, à défaut de quoi il le dénoncera en justice. Il lui fera comprendre qu'il met la société en danger et dépasse les bornes de ce qui est licite, mais que, s'il se soumet volontairement à un traitement rationnel offrant toutes les garanties désirables de part et d'autre, lui, médecin, il est disposé à lui éviter toute action judiciaire. Selon les cas, le médecin sera plus ou moins sévère ou énergique.

Jamais, nous le repétons, le devoir de garder le secret médical ne devra aller jusqu'à rendre le médecin complice d'individus dangereux ou de criminels, serait-ce même par suite de maladie. C'est l'asile des aliénés qui dans un cas pareil est le refuge naturel du malade et en même temps l'auxiliaire du médecin, comme le lazaret dans les cas de choléra ou de petite vérole. Néanmoins ces cas nécessitent des asiles publics d'aliénés pas trop grands, bien organisés, bien divisés et aménagés pour diverses classes de malades, et pourvus d'un personnel médical suffisant, comme c'est le cas par exemple en Ecosse et en Suisse.

J'ai choisi comme premier exemple une des pires catégories de malades qui mettent en général la sécurité publique en danger. Mais il y a d'autres cas tels que ceux que Brieux a mis en scène dans ses Avariés. Un syphilitique veut se marier avant d'être guéri, et il consulte son médecin. Ce dernier fait-il vraiment tout son devoir en se contentant de déconseiller le mariage au malade? A-t-il positivement le droit et même le devoir de se taire lorsque le malade ne l'écoute pas, et de laisser ainsi s'accomplir un malheur et contaminer une innocente jeune fille par respect — j'allais dire par idolâtrie — du secret médical? N'est-ce pas bien plutôt son devoir de dire au malade : « Prenez garde! Si vous ne me

jurez pas de m'obéir, je vous dénoncerai immédiatement à votre fiancée et à ses parents, par la police s'il le faut, et je leur dirai ce qui en est. » Il me semble vraiment que tel est son devoir. Seulement ici le médecin ne dénoncera pas le malade à son insu. 11 le menacera face à face et pourra lui parler comme suit : « Vous vous êtes confié à moi. J'ai, il est vrai, l'obligation du secret médical envers vous, c'est-à-dire le devoir de taire votre mal aux tiers, tant que vous ne léserez personne par son moyen. Mais si, malgré toutes mes explications et mes avertissements, vous essayez de vous marier dans l'état où vous êtes, vous rendant coupable d'une infâme tromperie envers une famille et une maliieureuse fille dont vous allez ruiner la santé, vous fiant à l'obligation du secret qui me lie la langue, je vous signifie ici que j'ai un devoir plus élevé que celui du médecin vis-à-vis de son malade, mon devoir social d'honnête homme, et que je saurai le remplir. Prenez garde, je vous ferai surveiller et je saurai empêcher qu'une innocente devienne votre victime. »

Voilà comment je comprends le devoir d'un médecin consciencieux qui comprend la dignité et l'élévation de sa profession. Un cas analogue m'est arrivé à moi-même. Un jeune tuberculeux amputé et atteint de plusieurs tumeurs blanches voulait à toute force se fiancer. Il me résista insolemment lorsque je lui déclarai qu'il se rendrait coupable d'un crime envers sa fiancée. Là-dessus je lui déclarai froidement que je dénoncerais le tout à la jeune fille. Je le fis immédiatement et j'empêchai ainsi le mariage. Cet égoïste réussit plus tard à accaparer le cœur d'une autre jeune fille, que je mis en garde comme la première, mais qui l'épousa malgré cela par pitié. J'avais du moins fait mon devoir.

On a le même devoir, à mon avis, envers les gens atteints de gonorrhée chronique, d'aliénation mentale, de perversion sexuelle héréditaire ou constitutionnelle, etc. Autrefois, alors qu'on regardait l'inversion sexuelle comme un vice acquis, on cherchait à la guérir par le mariage. Pareille monstruosité sociale se voit encore de nos jours, et certains médecins ignorants la recommandent. On voit parfois des invertis assez raffinés pour désirer procréer des garçons homosexuels comme eux. Comme les rapports, sexuels avec l'objet de leur passion amoureuse ne peuvent leur procurer ce plaisir, ils se marient pour procréer avec peine et dégoût quelques enfants avec la pauvre femme devenue leur victime, sans se laisser pour pela le moins du monde retenir dans

les orgies qu'ils fêtent avec des hommes. Leur femme joue le rôle d'une ménagère ou servante, dont la fonction accessoire est de mettre au monde quelques petits invertis. Ai-je besoin de dire qu'un médecin qui sait et qui se respecte ne devra jamais se rendre complice d'un pareil mariage? Ici encore, son devoir est de menacer l'inverti d'une dénonciation immédiate à sa fiancée, au cas où il se montrerait vraiment décidé à accomplir son forfait.

Ailleurs, on consulte un médecin pour lui confier certaines tares, certaines infirmités, peut-être seulement des antécédents héréditaires graves, et pour lui demander si, malgré cela, un mariage est admissible. Dans certains cas, la chose peut être douteuse, et il faut connaître l'opinion de l'autre intéressé, savoir s'il tient beaucoup à avoir des enfants, s'il est peut-être lui-même taré d'infirmités analogues, etc. Le premier devoir du médecin sera d'exiger une franchise absolue et de dire : « Sous telle ou telle condition et dans telle ou telle circonstance, vous pouvez peutêtre vous marier, mais sous aucun prétexte vous n'avez le droit de cacher la vérité à votre fiancée (ou fiancé). La franchise est dans votre propre intérêt, car aucun mariage fondé sur la tromperie ne peut être heureux. Autorisez-moi à discuter à fond la chose avec votre fiancée (ou fiancé). Nous verrons alors ce qu'il y a de mieux à faire.

D'après mon expérience, la personne qui a consulté un médecin accepte d'ordinaire cette proposition, à moins que ce ne soit un filou, et l'on peut ainsi éviter bien des malheurs et faire beaucoup de bien.

11 est impossible de fixer une règle générale. Selon le degré des tares héréditaires, la nature de l'infirmité, etc., on tolérera un mariage avec ou sans enfants, ou on ne le tolérera pas. En pareil cas, il sera bien rarement nécessaire d'avoir recours à la menace d'une dénonciation à la fiancée (ou au fiancé); le fait peut cependant se produire chez des individus égoïstes, vicieux ou animés de bas instincts. J'ai eu plusieurs fois la joie de voir venir ensemble fiancé et fiancée s'ouvrir à moi de la façon la plus franche sur leurs rapports et leurs antécédents les plus intimes, et me demander conseil au sujet de leur union projetée. C'est ainsi qu'il devrait toujours en être, si les hommes étaient plus loyaux dans le domaine sexuel et y comprenaient mieux leurs vrais intérêts. De cette façon on facilite énormément la tâche du médecin, qui peut alors donner un conseil rationnel. On peut espérer du reste

que, lorsque les idées du public seront plus éclairées sur toute la question, il lui deviendra de plus en plus facile d'arriver à une solution juste, même sans le secours du médecin. C'est là un des buts du présent livre.

Avortement artificiel. — Nous avons déjà parlé d'une autre question qui se pose souvent aux médecins, celle de l'avortement artificiel. Je n'y reviens pas en détail, renvoyant à ce qui a été dit au chapitre XIII (droit pénal). Dans chaque cas de ce genre, le médecin pèeera consciencieusement toutes les circonstances. Je répète encore qu'il devra à l'avenir tenir mieux compte que jusqu'ici des intérêts sociaux et ne pas toujours exiger la conservation de la vie d'un embryon pour la seule raison que l'état de la mère ne contre-indique ni la grossesse, ni l'accouchement. Il devra se demander s'il faut laisser venir au monde un malheureux avorton taré ou idiot. Si Ton veut absolument laisser vivre les enfants nés monstrueux, idiots ou mvalides, on devrait au moins faire ce qu'on peut pour empêcher qu'ils naissent. On m'objectera, il est vrai, qu'il est bien plus facile de reconnaître la qualité de l'enfant après sa naissance qu'avant; cette objection est parfaitement légitime. Mais tant que les lois protègent la vie même des plus misérables monstres, il faut se tirer d'affaire comme on le peut.

Traitement des maladies sexuelles. — Nous ne pouvons entrer

ici dans les détails d'une question qui est d'ordre purement médical, et nous ne toucherons que certains pomts particuliers. Les malades vénériens sont souvent traités d'une façon très défectueuse, parce que beaucoup d'entre eux ont de la honte à se soumettre au traitement rationnel. On devrait tout faire, à mon avis, pour favoriser un traitement des maladies vénériennes qui ménage le secret et le sentiment de pudeur des malades. 11 devrait y avoir des hôpitaux spéciaux pour chaque sexe, avec des divisions séparées, et il devrait être permis aux malades de s'y faire traiter en gardant l'anonyme. On pourrait leur permettre de payer leur traitement d'avance sans se nommer, et même de se revêtir d'un loup, pour ne pas trahir leur identité. Rien n'empêche surtout les femmes atteintes de maladies vénériennes de se faire traiter, comme la frayeur d'être reconnues. Tandis que la canaille la plus insolente et la plus éhontée se moque de l'opinion publique, et que

les prostituées estampillées par TEtat ne haïssent le traitement médical que parce qu'il entrave leur métier et diminue par là leur profit, ce sont précisément les éléments de meilleure qualité, surtout les femmes, qui fuient l'hôpital et même le médecin pour des raisons de pudeur respectable, lorsqu'ils ont le malheur d'être contaminés. La pensée d'être découverts leur est insupportable, et l'idée d'être placés dans la division vénérienne d'un hôpital, dans l'ignoble société des prostituées ou des souteneurs, les rend à moitié fous.

Il s'agit donc de ménager ces sentiments honorables, et je ne vois pas d'autre moyen de le faire que de créer la possibilité d'un traitement anonyme, discret et convenable, à l'hôpital, dans toutes les localités un peu importantes, traitement qui doit être abordable à toutes les bourses, même aux plus modestes. Ce serait une œuvre humanitaire, qui ne profiterait pas seulement aux malades, mais à la société tout entière, en diminuant le nombre des infections vénériennes.

Chacun peut sans doute se faire traiter par un médecin particulier. Mais pareil traitement coûte trop cher aux pauvres gens et il ne demeure pas facilement anonyme. Pleines de prévention, les caisses de secours aux malades excluent souvent les vénériens comme les alcooliques. Nous voyons donc que la création d'instituts pour les vénériens est fort nécessaire dans l'intérêt général et servirait bien mieux l'hygiène publique que la réglementation de la prostitution.

Le traitement des perversions sexuelles est aussi fort important. Là encore nous pouvons indiquer certaines règles. Ces maladies sont soit héréditaires, soit acquises par auto-suggestion, p^ émotion rentrée ou par de mauvaises habitudes. En travaillant en sens inverse, la suggestion hypnotique et la psychanalyse sont seules capables d'agir directement contre le mal.

D'autres remèdes, tels que la distraction par le travail ou par la fatigue, les massages, l'électricité, etc., n'ont qu'une action suggestive indirecte. Je renvoie du reste à ce que j'ai dit au chap. VIII, n° 10. Pour la masturbation compensatrice, dans laquelle l'appétit sexuel normal existe et où seule l'occasion de le satisfaire fait défaut, le mariage ou des rapports sexuels normaux quelconques suffisent à guérir la mauvaise habitude.

Il faut se garder d'admettre trop facilement des perversions simplement acquises. A part la masturbation compensatrice qui

n'est pas une perversion, mais la simple canalisation d'un besoin naturel entravé, les véritables perversions acquises sont, nous l'avons vu, d'origine émotive ou auto-suggestive. Les pédérastes, sodomistes et autres débauchés dont les actes pervers sont vraiment acquis par habitude, ne les ont commis à l'ordinaire que faute de mieux, et ils leur préféreraient un coït normal s'ils avaient l'occasion et les moyens de se le procurer. La lubricité de quelques débauchés les pousse, il est vrai, par amour du changement ou par crainte d'infection ou encore de conceptions, à des excès contre nature. Toutes ces espèces d'individus se gardent bien de consulter un médecin, car ils ne se sentent nullement malades.

Donc les personnes qui consultent un médecin sont presque toujours des individus plus ou moins pathologiques, et leur cas appartient en tout ou en partie au domaine des perversions héréditaires, psycliotraumatiques ou auto-suggestives. Pour les premières du moins, on devra d'ordinaire bien se garder de recommander le mariage. Von Schrenck-Notzing a réussi parfois à transformer l'inversion originaire en appétit sexuel normal pour les femmes, à Taide de la suggestion hypnotique. J'y ai réussi aussi, une fois ou deux au moins. Mais tandis qu'après un résultat de longue durée, confirmé par la fréqentation des prostituées, von Schrenck-Notzing s'est risqué à recommander le mariage, je n'ai pas pu m'y résoudre, ne trouvant pas une guérison, même bien accentuée, suffisante pour garantir un succès définitif dans des cas de maladies dont les racines sont profondément constitutionnelles. J'ai observé une rechute chez un cas guéri par v. Schenk, puis marié. Je me suis efforcé dans la mesure du possible, en pareil cas, d'amortir l'appétit sexuel et d'amener le malade à se contenter de pollutions nocturnes spontanées. Toujours j'ai détourné les invertis héréditaires du mariage, leur déclarant que se marier était pour eux commettre un crime, et qu'en cas de besoin ils feraient cent fois mieux de se masturber ou, s'ils voulaient absolument s'essayer avec des femmes, se contenter de rapports hors mariage avec quelque lorette ou maîtresse, en évitant surtout toute procréation d'enfants : Je rappelle ici les expériences de Steinach, etc. (chap. I). Par l'implantation de glandes sexuelles, un cas d'inversion a été complètement guéri chez l'homme. Si pareils résultats se confirment, la question de l'autorisation du mariage chez les homosexuels pourra peut-être se transformer.

Il faudrait pouvoir recommander et permettre aux invertis de <( se marier » avec leurs semblables, comme ils désireraient si passionnément le faire. Ce serait fort innocent au point de vue social, et les pauvres diables seraient tranquilles et contents, tout en cessant d'être une menace pour les individus normaux (voir chapitre VIII, 3, A, B, et XIII, C).

Je me range donc sans condition à l'opinion des médecins qui demandent la suppression de tout article de code châtiant ou poursuivant l'inversion sexuelle et la pédérastie commise entre adultes et d'un commun accord. Tant que les invertis n'importunent aucun individu normal et ne lui font aucun tort, tant qu'ils ne séduisent aucun mineur, on devrait les laisser tranquilles, de même que tous les autres pervertis sexuels qui n'offrent de danger pour personne. Mais lorsqu'un malade de ce genre désire se faire traiter parce qu'il a honte ou qu'il est dans un état d'excitation nerveuse, le médecin l'hypnotisera et lui ordonnera de se distraire par des occupations utiles. Le traitement psychique sera toujours le plus efficace. Dans les .seuls cas où l'on est sûr qu'une perversion a été purement acquise et qu'elle est facilement curable, on pourra, après sa guérison définitive, permettre le mariage, sinon la procréation des enfants. Je ne parle pas ici des mariages stériles entre pervertis ou psychopatlies, dont nous avons parlé plus haut, et qu'on peut toujours accorder lorsque les deux parties sont parfaitement éclairées sur ce qu'elles font.

Les pollutions exagérées, beaucoup de troubles des règles des femmes, la masturbation, l'hyperesthésie sexuelle et l'impuissance peuvent être souvent améliorés ou même guéris par la suggestion. Si l'appétit sexuel est du reste normal, on n'interdira pas le mariage, à moins d'impuissance non guérie. Pour guérir l'impuissance par suggestion, on a souvent besoin d'une prostituée ou d'une lorette servant d'objet d'essai. C'est la seule utilité réelle que j'aie trouvée à ce genre de femmes. Il faut examiner chaque cas en particulier, éliminer par exemple les cas de phimosis, d'oxyures, etc.

Dans l'anesthésie sexuelle, le mariage est un contre-sens qui repose sur un grave malentendu. Même dans les cas d'anesthésie seulement partielle, il peut avoir des effets déplorables. Nous ne parlons ici que de l'anesthésie de l'Jiomme. La plupart des jeunes

filles vierges paraissent anesthésiques, en ce sens qu'elles ne connaissent pas l'orgasme vénérien et qu'elles ne peuvent savoir jusqu'à quel point se développera leur appétit sexuel qui dort encore.

L'instruction sexuelle que nous réclamons pour les jeunes filles aura néanmoins l'avantage de dégoûter ordinairement du mariage et du coït celles qui sont entièrement froides, dès qu'elles sauront de quoi il s'agit.

N'oublions pas d'ajouter que les suites de l'anestiiésie sexuelle sont beaucoup plus innocentes chez la femme que chez l'homme, puisque, chez elle, cette anesthésie n'empèclie nullement le coït, ni la fécondation. D'un autre côté, une fille froide, entièrement ou à demi-anesthésique au point de vue sexuel, peut fort bien « se marier » avec un homme qui se trouve dans le même cas qu'elle, lorsque les deux parties sont absolument renseignées sur ce qu'elles font et qu'elles désirent simplement conclure par bonne amitié fraternelle, et pour des raisons de convenance personnelle, une union qui ne deviendra pas ou presque pas sexuelle, et sera celle de deux âmes en communauté d'idéal et de sentiments. C'est là le véritable amour platonique, tel que la théorie l'admet. Il n'est pas précisément très fréquent, et il faut avant tout se garder de le confondre avec les inclinations homosexuelles. Il a sa raison d'être, car les anesthésiés peuvent fort bien ressentir des besoins d'affection et de home, ainsi que de communauté sentimentale. S'ils désirent des enfants, ils pourront en adopter.

Malheureusement pour eux, les anesthésiés sexuels peuvent aussi peu se rendre compte des sensations sexuelles que les aveugles des couleurs, ce qui leur fait commettre d'énormes bévues, parce qu'ils n'ont aucune idée de ce que c'est que l'appétit sexuel des autres, et qu'ils épousent souvent un individLi erotique, leur antipode, sans savoir ce qu'ils font. Le médecin devrait connaître ces faits.

Le traitement spécial des maladies des organes sexuels de l'homme et de la femme n'a pas à nous occuper ici. Je ferai cependant remarquer, d'une façon générale, que les spécialistes ont très souvent le grand tort de traiter localement les organes génitaux pour des symptômes patliologiques c{ui reposent uniquement sur un trouble des fonctions cérébrales, et ne peuvent céder par conséquent qu'à un traitement psychique (psychanalyse ou suggestion). N.B. — Voir du reste à la page 329 ce que nous avons

dit du traitement par la psychanalyse et par la transplantation des glandes sexuelles.

Hâtons-nous d'ajouter que notre remarque ne justifie nullement la faute contraire, qui consiste à négliger un examen soigneux des malades et à ne pas traiter les troubles locaux lorsqu'ils existent réellement.

Page 1