‹ La question sexuelleChapitre 16 sur 190 · ONTOGÉNIE — PHYLOGÉNIE · texte numérisé non relu

ONTOGÉNIE — PHYLOGÉNIE

l'impulsion puissante que ce savant de génie a donnée aux sciences naturelles, des observations et des expériences innombrables sont venues de tous côtés confirmer la réalité de l'évolution progressive des êtres vivants. L'anatomie comparée, la géographie comparée des plantes et des animaux, l'embryologie comparée, et l'étude approfondie de la morphologie et de la biologie d'une foule de formes végétales et animales récemment découvertes, ont fixé de plus en plus l'arbre généalogique, dit 'phyloçjénique, des êtres vivants, c'est-à-dire leurs lignées ancestrales, dans leurs traits fondamentaux. Le nombre des variétés et des races ou sous-espèces s'accroît indéfiniment, à mesure qu'on examine les choses de plus près.

Les recherches sur les restes fossiles ou paléontologiques d'espèces animales ou végétales éteintes depuis des milliers et des millions d'années ont aussi contribué à déterminer le tronc du grand arbre de la vie passée. Les innombrables lacunes qui existent encore entre ces documents fragmentaires des anciens âges sont néanmoins trop considérables pour que l'on puisse établir des rapports continus dans le passé à l'aide des fossiles.

Mais nous ne savons pas seulement que les diverses formes des êtres vivants sont liées entre elles par une parenté réelle; nous pouvons pénétrer de plus en plus profondément les degrés de cette parenté; nous pouvons souvent prouver, par exemple, de quel groupe d'animaux tel autre groupe est descendu. Dans plusieurs cas nous pouvons déterminer à quelle époque relative la faune et la flore de deux continents ont été séparées l'une de l'autre, et de quelle façon elles se sont dès lors transformées, chacune de son côté, tout en conservant des caractères d'ensemble qui leur étaient communs avant leur séparation. Dans le domaine d'une même faune ou d'une même flore, le spécialiste a aujourd'hui bientôt tiré au clair quelles espèces appartiennent à la faune ou à la flore ancienne et géographiquement différenciée du pays, et quelles autres ont été importées ultérieurement.

Je consigne ces faits à l'usage des personnes qui n'ont pas encore compris qu'il est absolument inutile aujourd'hui de vouloir contester les faits de la descendance des êtres. Trompées par les divergences des savants sur les hypothèses qui cherchent à expliquer les détails de l'évolution des formes organiques, ces personnes confondent lesdits détails avec les faits fondamentaux de l'évolution.

Ontogénie. — Phylogénie. -^ Éclairée par les faits de l'évolution ou du transformisme, la notion de l'hérédité prend un tout autre aspect que si l'on part de l'ancienne idée biblique de la création indépendante des espèces. Hœckel a lancé dans le monde scientifique, sous le nom de loi biogénétique fondamentale, une théorie qui, sans avoir droit au titre de dogme immuable, rend cependant compte des faits d'une façon g:énérale et nous sert de fil conducteur au travers de l'histoire phylogénique des êtres : « Vontogénie (c'està-dire l'histoire du développement embryogénique de chaque individu) consiste toujours en une répétition sommaire et fragmentaire de la phylogénie (histoire des ancêtres de l'espèce à laquelle appartient ledit individu). » Cela signifie que, comme embryons, nous répétons en raccourci la série des types ou stades morphologiques par lesquels a passé la série de nos ancêtres animaux, depuis la cellule primitive jusqu'à l'homme. En réalité, il n'en est ainsi que d'une façon très relative, car une grande partie des ongraphies ancestrales de l'embryon a disparu sans laisser de traces et d'un autre côté beaucoup d'embryons, surtout ceux qui ont des conditions spéciales d'existence hors du corps de leur mère, ont été amenés par là à acquérir des organes compliqués spéciaux et des fonctions correspondantes. C'est ainsi que les chenilles des papillons, avec leurs particularités spécifiques et génériques, leurs poils, leurs cornes, etc., fournissent de nombreu.x exemples de caractères secondaires acquis qui n'ont rien du ver, lequel est le type ancestral ou phylogénique du papillon représenté par la période embryonnaire où il est chenille. Cependant beaucoup de vestiges indubitables de la lignée ancestrale se retrouvent chez les embryons à diverses périodes de leur développement. Il est certain que les insectes descendent des vers, et il n'est pas douteux que les larves d'insectes, qui sont en fait presque des vers, ne soient une répétition ontogénétique modifiée de la phylogénie des insectes.

Il est certain que les baleines actuelles, bien qu'elles aient des fanons en guise de dents, descendent d'anciens mammifèrespourvus de dents. Or, nous trouvons chez l'embryon des baleines un dentier complet qui ne lui est d'aucun usage, et qui tombe au cours de la période embryonnaire, avant d'avoir jamais pu servir à rien. Ce dernier n'est autre chose qu'une pièce historique p]iylogéni)que dans l'ontogénie de la baleine.

Dans les nageoires des cétacés, comme clans les quatre pattes des autres mammifères, nous retrouvons les mêmes os. qui pro-

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