EXCLUSIVISME DANS L'ÉDUCATION
sans même parler du danger des maladies vénériennes, le pire de tous.
Aussi j'adresse à tous les pères et éducateurs le même appel que Mme Schmid adresse aux mères et aux éducatrices : Prenez à temps vos mesures et n'attendez pas que les garçons soient instruits par de mauvais sujets d'une sexe ou de l'autre, ou qu'ils n'aient déjà été séduits, grâce à leur curiosité erotique. Ce sont la plupart du t^mps de mauvais camarades qui les séduisent, mais il n'est pas. rare non plus que ce soient des femmes erotiques adultes.
Indiquons encore quelques principes directeurs importants en pédagogie.
Esclnsivisme dans l'éducation. — Châtiment. — Automatisme des paients. — Besoins des enfants. — Dans le cerveau de l'homme, l'intelligence et le sentiment sont intimement liés l'un à l'autre, et de leur combinaison naissent les volitions. qui à leur tour réagissent plus ou moins puissamment sur la vie cérébrale, selon leur solidité et leur durée. C'est donc une grave illusion de croire qu'on puisse traiter séparément, à l'aide de dogmes théoriques, les trois grands domaines de l'âme humaine : Vintelligence, le sentiment et la volonté. On commet avant tout une faute fondamentale en s'imaginant pouvoir au moyen de l'école faire l'éducation de l'intelligence seule, et devoir abandonner le soin des sentiments et de la volonté aux parents. Mais il est encore plus absurde de vouloir agir sur la conscience, qui dérive directement de la sympathie, par la prédication morale et les châtiments. Oh! ces prédications morales oh! cet enseignement moral théorique, oh! ces châtiments et ces colères, quelles conceptions fausses et boiteuses de l'esprit humain ce sont là! Croit-on donc pouvoir ainsi, à l'aide de dogmes abstraits et arides soutenus par des punitions, gaver de conscience et de sentiments altruistes le cerveau de l'enfant, qui n'est accessible qu'aux idées concrètes, à la sympathie, à l'affection et à l'amusement! On peut voir journellement, dans presciue chaque famille, les parents faire à leurs enfants, d'un ton chagrin, irrité ou pathétique, certains reproches, toujours les mêmes, comme la gamme du ton sur lequel ils sont dits, et les enfants y répondre par l'inattention ou par une certaine moue renfrognée, ou par des larmes, ou plus souvent encore par des répliques sur le même ton irrité. Reproches et répliques passent sur l'âme de l'enfant sans y laisser plus de traces que le vent sur un mur. De telles scènes stéréotypées produisent sur tout observa-
leur intelligent Timpression pénible de deux orgues de barbarie qui se répondent, et dont la mélodie est pour ainsi dire automatique. Si telle est la morale qui doit agir sur le cœur de l'enfant, il ne faut pas s'étonner qu'elle reste inefficace et devienne même nuisible. Ce dont les parents ne s'aperçoivent pas, c'est que, sous l'apparence de gronderies adressées aux enfants, ils ne font que lâcher le frein à leur propre faiblesse et à leur mauvaise humeur. Mais les enfants, eux, s'en aperçoivent d'autant mieux, consciemment ou non, et ils réagissent en conséquence. Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est qu'ils copient eux-mêmes toutes ces mauvaises habitudes, en se faisant les uns aux autres la morale, comme de petits singes qui imitent leurs parents.
Le véritable enseignement moral, la vraie manière d'influencer en bien les enfants, réside dans la manière dont on leur parle, dont on vit avec eux et dont on les traite. Des sentiments chaleureux, la véracité, la persuasion et la persévérance doivent se traduire dans les actes et dans la manière d'être des parents, et ces qualités seules peuvent éveiller la sympathie et la confiance dans le cœur de l'enfant envers celui qui doit agir sur lui. Ce n'est pas la froide parole morale, mais le chaleureux sentiment altruiste, rayonnant de tout ce que l'on est et de tout ce que l'on fait, qui seul agit comme éducateur moral de l'enfant.
Un savant qui débite à ses élèves des explications excellentes, érudites et approfondies sur un ton sec et ennuyeux, n'enseigne i-ien, ou du moins fort peu de chose à ses élèves, on le sait depuis longtemps. Les élèves bâillent et disent avec raison qu'ils auraient pu apprendre ces matières tout aussi bien en les lisant dans un livre ou un dictionnaire. Celui, par contre, qui parle avec feu et persuasion, et qui s'entend à enthousiasmer ses auditeurs, attire invinciblement l'attention, et ce qu'il dit s'imprime dans le cerveau. Pourquoi? Eh bien! c'est précisément parce que dans le premier cas l'intelligence se montre sans accent sentimental, tandis que dans le second la puissance suggestive et contagieuse de l'enthousiasme entraîne l'auditeur, le gagne et enrichit par là bien mieux et bien plus utilement son cerveau; la science morte et aride remplit tout au plus la mémoire, mais elle laisse le « cœur » vide. Ce qui ne vient pas du cœur ne va pas au cœur, dit un proverbe allemand. Ajoutons que ce qui ne vient pas du cœur entre beaucoup plus difficilement dans la tête.
C'est d'une façon absolument analogue que la volonté s'exerce av€c l'aide d'une activité persévérante. Il faut enthousiasmer