‹ La question sexuelleChapitre 153 sur 190 · ÉCOLES NOUVELLES · texte numérisé non relu

ÉCOLES NOUVELLES

l'enfant pour l'action sociale; il faut l'enflammer pour tout acte

désintéressé et noble, pour le dévouement, sans exciter son

émulation par des promesses de récompense ou par la peur du châtiment.

Écoles nouvelles; Landerziehungsheime. — On peut arriver au but que nous avons désigné à l'aide d'un système d'éducation tel que celui des Ecoles nouvelles [Landerziehungsheime), fondées d'abord par Reddie en Angleterre, puis par Lietz en Allemagne, par Frey, Zuberbùliler, Grunder, etc., en Suisse, et tout nouvellement par Contou en France (je ne parle pas de l'école des Roches, qui ne répond pas de tout point au but proposée Ces instituts ont enfin réalisé les idées d'un Rousseau, d'un Pestalozzi, d'un Owen et d'un Frœbel.

Pour réducateur qui a le sens psychologique de l'enfance, c'est un vrai régal que d'assister à l'enseignement des Landerziehungsheime de Haubinda en Thuringe, ou de Glarisegg en Suisse, sur le bord du lac de Constance par exemple. Les enfants s'enthousiasment pour leur école; ils y deviennent les camarades et amis de leurs maîtres. L'endurcissement physique, le développement de la raison, du jugement et du savoir s'allient harmoniquement à l'éducation des sentiments et de la volonté. On ne met pas entre les mains des enfants les manuels arides de nos écoles, mais on les familiarise avec celles des œuvres de nos écrivains et des hommes de génie en général qui sont à leur portée. Ils n'y puisent pas seulement le savoir, mais ils y réchauffent leur cœur et leur enthousiasme. Au lieu d'étioler leur existence sous le poids des devoirs domestiques et sous l'épée de Damoclès des examens, on la fait fleurir en les faisant vivre autant que possible avec tout ce qu'ils doivent apprendre. Alors ils s'assimilent l'objet de l'enseignement, qui devient une véritable partie vivante et utile de leur personnalité, au lieu de s'enkyster sous forme d'érudition morte, comme un corps étranger dans leur cerveau, et de le charger inutilement de formules apprises plus ou moins par cœur. Pareilles formules sont nécessairement mal comprises des enfants, et plus tard il leur faut plus de peine pour débarrasser leur cerveau de ce fatras indigeste que pour s'assimiler les choses réelles et justes du monde par observation et induction. Les seules punitions utilisées dans les Landerziehungsheime (et elles sont rares) sont celles qui découlent tout naturellement de la faute commise.

Les élèves et leurs maîtres se baignent nus ensemble. La question sexuelle est traitée ouvertement clans ces écoles d'une façon aussi convenable que naturelle et logique. Les rapports confiants et ouverts qui régnent entre les maîtres et les élèves, unis à un travail intellectuel et physique libre et à l'exclusion absolue de toute boisson alcoolique, constituent le remède à la fois préventif et curatif le meilleur et le plus radical contre la masturbation, la précocité sexuelle et toutes les perversions qui ne sont pas héréditaires.

Il va sans dire que de pareilles écoles ne peuvent guérir une mnème héréditaire sexuelle pathologique, qu'il s'agisse de perversions, de précocité ou d'autre chose. Tout internat a ses inconvénients, à cause de l'influence que peuvent y avoir de mauvais éléments. Néanmoins aucun internat n'offre à cet égard d'aussi excellentes conditions que les Landerziehungsheime, car, dès qu'un garçon laisse percer une perversion sexuelle quelconque, cette perversion a tôt fait d'arriver au grand jour, grâce au bon esprit qui règne dans toute l'école (1).

Étalon des valeurs humaines chez l'enfant. — Ce que notre

pédagogie et notre enseignement n'ont pas compris jusqu'ici, c'est le véritable étalon des valeurs humaines. La valeur sociale d'un homme se com.pose de deux groupes de facteurs : les dispositions héréditaires mentales et corporelles, et les facultés acquises par l'éducation et l'instruction. Sans dispositions héréditaires suffisantes, tous les efforts que l'on tentera pour apprendre une certaine branche échoueront d'ordinaire plus ou moins. Sans instruction et sans exercice, les meilleures dispositions héréditaires s'atrophient ou ne portent par les fruits qu'on aurait pu en attendre. Mais les dispositions héréditaires n'ont pas seulement de l'influence sur les différents domaines de la connaissance, comme semblent l'admettre les pédagogues traditionnels de nos écoles publiques, elles agissent aussi sur tous les domaines de la vie humaine, avant tout

(1) Je renvoie ici au livre d'ERNEST CONTOU : Ecoles nouvelles et Landerziehungsheime, étude-programme 1905, Paris, Vuibert et Nony, éditeurs, boulevard Saint-Germain, 63 ; ainsi qu'à Wilhelm Frey, Landerziehungsheime, Leipzig, 1902, chez Julius Klinkhardt.

J'ai aussi traité la question dans mon livre sur L'activité psychique, Genève, Kiindig, 1906.

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