COÉDUCATION
suffisent, surtout si on les compare à ce que deviennent plus tard les « premiers élèves » des collèges dans la vie pratique. Ces faits s'expliquent bien moins, comme le croit Smiles, par un développement tardif que par le dégoût que nos écoles inspirent aux esprits qui réfléchissent, qui combinent, et chez lesquels l'attention se refuse à surcharger le cerveau d'un entassement aride de choses apprises par cœur, indigestes, souvent peu compréhensibles, ou appelant la contradiction.
Je me souviens fort bien que mon attention me forçait dans mon enfance à discuter en moi ce que disaient mes maîtres. Quand c'étaient des erreurs ou des inepties appelant ma contradiction, ou bien des choses obscures, j'étais incapable de les retenir.
Ce n'est que sur la base d'une évaluation juste de l'homme à tous les égards qu'on pourra fonder une sélection humaine consciente et bonne.
Coédncation. — De tous les côtés, on commence maintenant à comprendre aussi que la coéducation des deux sexes dans toutes les écoles, non seulement ne nuit pas, mais qu'elle offre au contraire un grand avantage, tant au point de vue sexuel qu'au point de vue moral. Dans les Universités, elle a déjà acquis droit de cité. Dans les écoles enfantines et dans beaucoup d'écoles primaires, elle a existé de tout temps. Ce sont surtout les autorités des gymnases et des écoles secondaires qui se dressent sur leurs ergots et font de l'opposition.
Dans les gymnases et les écoles secondaires de Hollande et d'Italie, ainsi que dans quelques gymnases suisses, par exemple à Winterthur, la coéducation a cependant été introduite sans le moindre inconvénient; elle a produit, au contraire, les meilleurs résultats.
Une Finlandaise, Mlle Maikki Friberg, a fait en faveur de la coéducation un plaidoyer très chaleureux basé sur les excellents résultats obtenus dans son pays. On craint les excitations sexuelles; c'est une erreur, car précisément l'habitude créée par une coexistence journalière émousse l'appétit sexuel. Le fruit défendu perd son charme, dès qu'il ne paraît plus être interdit et qu'on le voit souvent de près.
Il va sans dire que nous ne prétendons pas par là que dans les internats il faille faire coucher les filles et les garçons dans les mêmes dortoirs, ni les mener se baigner ensemble dans le costume du paradis. Nos mœurs ne nous ont pas encore ramenés au point
de vue de la jeune Indienne dont nous parlions au chapitre VI, et qui trouvait inconvenant et scandaleux de paraître habillée devant le public, parce qu'elle était habituée à aller toute nue. Ce que nous avons dit ne se rapporte pas aux internats, mais à la coéducation dans les écoles publiques.
Quand on parle de coéducation, on rencontre, en général, cet argument, que la nature et la vocation naturelle de la femme sont différentes de celles de l'homme, et que par conséquent l'éducation doit différer aussi. Là-dessus nous répondons ce qui suit : Les objets extérieurs du monde, les branches des connaissances humaines, ce que l'homme peut s'assimiler et apprendre, en un mot les objets de l'étude et de l'enseignement, sont les mêmes pour les deux sexes. De même qu'il n'existe pas une chimie catholique et une chimie protestante, des plantes, des animaux, des montagnes ou des lacs de telle ou telle confession ou nationalité, de même on ne peut diviser les objets en eux-mêmes en « objets pour filles » et <{ objets pour garçons ». Ce qui varie, c'est la manière dont l'homme s'assimile les choses, les comprend et s'en sert. En ce sens seulement, on pourra parler par exemple d'un art catholique ou français, d'une littérature protestante, etc.
Les langues sont aussi des objets d'étude. Un Français né en Allemagne s'assimilera la littérature allemande, et un Allemand né à Paris la littérature française. Les objets de l'enseignement sont donc les mêmes pour les deux sexes. Il s'ensuit que c'est à la fois une prodigalité inutile de forces et une injustice, d'organiser pour le sexe féminin une éducation inférieure et un enseignement de moindre portée que pour les garçons au sujet des mêmes matières.
L'instruction dans la coéducation. — Sans distinguer les sexes, on doit donc organiser pour chaque branche un enseignement aussi bon et aussi intéressant et instructif que possible. Cette règle s'applique aussi bien aux objets qu'on a l'habitude de considérer comme spécialement du ressort des femmes, tels que la couture, la confection pour dames, les modes, la cuisine, le ménage, etc. Ce sera alors L'affaire de chaque sexe de choisir et de s'assit miler, de travailler et d'utiliser les objets de l'enseignement selon ses facultés spéciales, c'est-à-dire selon son génie 'personnel.
Une partie de l'enseignement, le minimum social, sera toujours obligatoire pour tous, tandis qu'une autre partie, servant au déve^ loppement individuel ultérieur, sera et demeurera facultative, au