‹ La question sexuelleChapitre 158 sur 190 · ENFANTS MARTYRS · texte numérisé non relu

ENFANTS MARTYRS

Ailleurs, de nombreux enfants furent roués de coups pendant plusieurs années par un individu qui se donnait faussement pour agent de police, et les intimidait en les menaçant de les dénoncer et de les faire punir par le tribunal, s'ils se plaignaient des coups qu'ils avaient reçus. Un garçon plus courageux que les autres se décida enfin à porter plainte, et la chose vint ainsi au jour.

On voit donc que le sadisme ne se traduit pas toujours par l'assassinat joint à la volupté. Ses formes moins dangereuses, dans lesquelles les sensations voluptueuses s'obtiennent en donnant une volée de coups ou par toute autre forme de mauvais traitements corporels ou psychiques, sont sans doute bien plus fréquentes. Elles constituent pour ainsi dire une sorte de complément à la volupté sexuelle chez des individus pathologiques dont l'appétit n'est qu'en partie perverti. Ce tait longtemps incompris, et auquel on n'avait pas fait attention, fournit une raison de plus pour interdire dans les écoles tout châtiment corporel, car le raffinement et l'art de dissimulation des pervertis sexuels sont sans limite. Mille prétextes hypocrites leur servent à cacher leur appétit maladif, et l'expérience prouve qu'ils réussissent ainsi à induire bien longtemps en erreur même les hommes les plus experts en la matière; on a pu le voir dans le cas de Dippold et dans bien d'autres.

Le châtiment corporel des écoliers n'est qu'une brutalité à la fois inutile et directement nuisible. C'est une honte pour notre civilisation qu'on le maintienne encore si souvent à une époque où on a supprimé la bastonnade chez les forçats.

Protection de l'enfance. — Enfants martyrs. — Mais même de la part de parents ou de tuteurs brutaux, les enfants, surtout les enfants illégitimes ou d'un autre lit, sont fréquemment exposés à des traitements atroces, dans lesquels l'alcool et les passions sexuelles, gênées par l'existence de l'enfant, jouent un grand rôle.

Pour abréger, je renvoie ici encore à un travail de Lydia von Wolfring (1). ti'auteur, qui s'est donné pour tâche spéciale la protection juridique des enfants, fait les propositions suivantes pour les mesures à prendre envers les parents et les tuteurs qui

(1) Le droit de l'enfant; projet de règlement légal « (Das Recht des Kindes; Vorschlâge fur eine gesetzliche Regelung »: AUgemciiie osier reichische Gerichtszeitung. 1904).

commettent des délits contre les enfants ou pupilles qu'on leur confie, ou incitent ces derniers à commettre des délits, ou encore se montrent incapables de les protéger contre des tiers qui abusent d'eux de la façon indiquée (ce dernier cas se présente surtout chez les concubines, les veuves, etc.) :

1° Retrait de la puissance paternelle, maternelle ou tutélaire et nomination d'un (éventuellement d'un autre) tuteur;

2° Retrait complet des enfants dans les cas graves;

3" Nomination d'un « co-tuteur » dans tous les cas où un époux, qui survit à l'autre et qui a des enfants mineurs, conclut un second mariage ou vit en concubinat;

4" Retrait de la puissance paternelle et parfois maternelle à tous les parents qui laissent retomber la charge matérielle de l'éducation de leurs enfants ùur la charité publique ou privée, sans y être forcés par l'impossibilité de gagner leur vie.

Sans appartenir directement à notre sujet, les propositions cidessus contiennent les éléments d'une protection efficace, quoique indirecte, contre les abus commis envers les enfants. Qu'on songe, par exemple, aux parents sans conscience qui poussent leurs «nfants à la prostitution dans un but de lucre. En ce qui concerne la proposition n" 4, je rappelle ce qui a été dit au chapitre XIII. Tout en leur retirant la puissance sur leurs enfants, on devra, cela va sans dire, obliger légalement les parents dénaturés de cette sorte à travailler pour leur entretien matériel.

Espoir lointain. — Nous devons malheureusement avouer que le programme d'une pédagogie sexuelle de l'avenir, telle que nous l'avons esquissée ici, est encore infiniment loin d'être réalisé. Les Landerziehungsheime, qui devraient servir de phares et d'exemples à l'école de l'Etat dans l'avenir, sont encore bien clairsemés, et il semble impossible de mettre généralement en œuvre une éducation sexuelle rationnelle, tant que l'État et le peuple ne seront pas arrivés à voir clair dans la question et à se débarrasser de leurs préjugés. Cet espoir paraît n'être encore que le mirage d'un lointain avenir. En attendant, il faut que chacun se tire d'affaire comme il le pourra. Les parents et même certains maîtres peuvent faire beaucoup par leur libre initiative. 11 faut avant tout que les Jeunes gens qui prennent à cœur les réformes sociales ne se paient pas de phrases sonores, ne posent pas pour

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