SÉLECTION NATURELLE
viennent des os fies ailes et des pattes de leurs ancêtres oiseaux. Chez les oiseaux, ces mômes os sont des dérivés phylogéniques des pattes des reptiles.
Tous ces faits démontrent avec certitude la descendance réelle des formes animales, descendance que nous pouvons même suivre dans tous ses détails. Cliez certaines fourmis, dont le corps trahit la proche parenté avec un groupe esclavagiste, mais qui sont devenues les hôtes parasitaires d'autres fourmis, nous trouvons non seulement des mandibules arquées, conformées pour le rapt, mais des restes ou rudiments indubitables d'instinct esclavagiste, bien que cet instinct ne se réalise plus chez elles, depuis peutêtre des milliers d'années.
Ces exemples suffiront à montrer c|ue la forme et les fonctions d'un organisme vivant, de même que ses facultés mentales, ne l)rovienn3nt pas seulement des ancêtres directs les plus récents de cet organisme, mais qu'elles remontent en partie bien plus haut dans l'arbre généalogique du règne animal.
Notre coccyx est un vestige de la queue des animaux. C'est d'eux aussi que nous avons hérité la colère et la jalousie, et il en est de même des appétits sexuels, de la peur, de la ruse. etc. Tant qu'ils restent en usage, les caractères hérités les plus anciens demeurent d'ordinaire les plus tenaces, et ils se conservent le plus longtemps. Lorsqu'ils cessent d'être utilisés ou deviennent sans emploi, ils constituent longtemps encore des rudiments, extrêmement persisiants, avant de disparaître définitivement ; tels sont l'appendice vermiforme de l'intestin ot la glande pinéale du cerveau. Souvent ces rudiments subsistent bien plus longtemps encore chez l'embryon, comme nous l'avons vu i)our les dents ancestrales de l'embryon des baleines. Nous rencontrons aussi les moignons d'ailes chez la chrysalide (nyn)plie) de certaines fourmis {Anergates). dont le mâle adulte a perdu les ailes que possèdent les mâles des autres genres.
Sélection naturelle. - La sélection artificielle pratiquée par les jardiniers et les éleveurs de bestiaux amena Darwin à son hypothèse de la sélection naturelle par le combat pour la vie. Confirmé dans son idée par l'observation de la nature tropicale, Darwin crut pouvoir expliquer l'origine des êtres animés par la sélection naturelle. C'est cette hypothèse qu'on appelle le darwinienne à proprement parler. Mais on a aussi donné le nom de darwinisme
à révolution ou transformisme dans son ensemble, ce qui a provoqué une confusion inimaginable dans les idées. Tous les esprits mystiques, bornés et bourrés de préjugés bibliques et autres, profitent naturellement à qui mieux mieux de cette confusion pour s'attaquer aux faits de l'évolution et à la science elle-même. Cela ne nous gêne guère, mais il faut dénoncer cette pêche en eau trouble, qui est souvent, du reste, tout à fait inconsciente.
La lutte pour la vie. — Le combat pour l'existence et la sélection naturelle sont des faits d'observation absolument positifs. Il suffit de jeter les yeux sur la nature vivante telle qu'elle se présente à nous pour les vérifier constamment. Tous les êtres se mangent les uns les autres ou au moins luttent les uns contre les autres, aussi bien les plantes que les animaux, et, à part l'air et l'eau, les animaux ne se nourrissent guère que des plantes et d'autres animaux. 11 va sans dire que dans cette lutte perpétuelle les moins adijptés et les moins bien armés — et par armes nous entendons aussi la force de reproduction, la résistance aux maladies, au froid, etc. — disparaissent, tandis que les mieux adaptés et les mieux armés persistent; aussi j'avoue ne pas comprendre les détracteurs actuels de Darwin, devenus tout d'un coup aveugles devant ces faits, soudainement hypnotisés qu'ils sont par certaines suggestions à la mode.
Ce qui, par contre, a toujours été et demeure encore hypothétique, c'est l'explication de la descendance de toutes les plantes et de tous les animaux par la sélection naturelle seule.
Nous avons déjà parlé des mutations de de Vries et de la théorie de la mnème élaborée par Semon. Nous n'y reviendrons pas. Grâce à l'idée de Hering, approfondie et travaillée par Semon, les faits s'expliquent maintenant d'une façon tout à fait satisfaisante. L'engraphie, produite par les agents irritnteurs du monde extérieur dans les organismes, prépare et bâtit peu à peu leur complication croissante, tandis que la sélection, en triant perpétuellement par l'élimination de ce qui est mal adapté, dirige ce travail élaborateur de la mnème et l'adapte aux circonstances locales ambiantes.
De Vries a reproché aux variations produites par la sélection artificielle et naturelle de ne pas se maintenir, tandis que les mutations soudaines ont un caractère beaucoup plus stable. Mais nous venons de voir que ces mutations elles-mêmes ne sont évidemment que l'ecphorie tardive d'une longue engraphie ancestrale accumulée.