CHAPITRE XVIII
L'art et sa genèse. — L'art représente sous une forme harmonique les mouvements de notre vie sentimentale. La phylogénie de l'art est encore fort obscure. Darwin crut pouvoir le faire dériver de l'attraction sexuelle, au moyen des efforts que fait un sexe pour plaire à l'autre. Le grand naturaliste n'a pas fait preuve à ce sujet de sa perspicacité ordinaire; ses arguments sont tirés par les cheveux et n'ont jamais pu me convaincre (1).
Aristote avait déjà reconnu dans l'art les principes de la représentation du beau et de l'imitation ou copie. Dans une excellente conférence, où il réfute l'opinion de Darwin (2), le professeur Karl Groos de Giessen insiste particulièrement encore sur le principe de la représentation du moi par des sensations qui se rapportent au sujet, ce qui donne un objet tangible aux émotions intérieures correspondantes (cliez les animaux, par exemple, la joie d'entendre leur propre voix).
L'instinct moteur et les mouvements exécutés comme jeu, par plaisir (nous observons des jeux pareils déjà chez certaines fourmis), semblent être au nombre des plus primitifs créateurs autonomes de l'art. Chez l'homme, Groos attribue à l'extase religieuse et à l'extase en général un rôle considérable dans la genèse de l'art. <; Puisqu'il cherche à exciter les sentiments, il va sans dire que 1
l'art utilise dès le début le domaine sexuel », écrit notre auteur. . . . Mais il montre en même temps que les sujets erotiques ont une
(1) V. aussi LAMEERE.r^uo/ufion des ornements sexuels, Bruxelles, Hayez, 1904.
(2) Die Anfânge der Kunst und die Théorie Darwins [Les débuis de l'art et la théorie de Darwin], Hessische Blàtter fur Volkskunde, vol. 111, Hefl 2, n. 3.