‹ La question sexuelleChapitre 170 sur 190 · B. — TÂCHES POSITIVES · texte numérisé non relu

B. — TÂCHES POSITIVES

L'élimination des abus et des dangers signalés sous le titre A [tâches négatives) préparerait le terrain à un développement à la fois plus sain et plus idéal des rapports sexuels de l'humanité dans l'avenir. Ces derniers exigent que nous empêchions la détérioration blastophthorique de nos germes, ainsi que toute dégénérescence pathologique des rapports sexuels. Ils exigent, en outre, des inclinations vraies, naturelles, débarrassées de l'influence du préjugé et de l'argent, et capables de survivre à l'ivresse amoureuse suggestive des débuts. Ils exigent enfin une organisation humaine naturelle et adaptée au bien social, des devoirs des parents envers les enfants qu'ils procréent et des droits qu'ils ont sur eux.

Sélection humaine ou eugénisme (1). — On ne pourra rien obtenir de semblable sans avoir recours à un moyen artificiel, qui a été jusciu'ici assez généralement condamné ou employé dans un but malsain et dépravant. Nous voulons parler de la distinction, faite en principe et réalisée en pratique, entre la satisfaction de l'appétit sexuel et la procréation des enfants.

Autant il est vrai que les deux choses sont indissolublement liées chez les plantes et chez les animaux, autant il est indubitable que la culture et le puissant développement social de l'humanité partout sur notre petit globe terrestre ont fait naître des conditions et des nécessités autres que celles qui existaient jusqu'ici, conditions et nécessités qui s'imposent aujourd'hui avec une clarté et une puissance qu'on ne peut plus méconnaître.

Le comxbat l)rutal pour l'existence, tel qu'il règne entre les différentes espèces animales, n'existe pour ainsi dire plus chez l'homme moderne.

La guerre actuelle ne conserve plus les forts et ne détruit plus les faibles; elle fait le contraire. Dans la concurrence pacifique, ce ne sont plus les forts et les intelligents, mais les riches qui affament les pauvres. La médecine conserve les dégénérés et les pousse

(1) De êv bien, heureusemeat et ytyyouca, naître. Ce terme excellent de F. Galton signifie donc naissance ou procréation heureuse, de bonne qualité. Le prénom Eugène a la même étymologie.

ainsi à la reproduction, tandis que l'alcoolisme en augmente de jour en jour le nombre. L'homme civilisé n'a plus sérieusement à lutter que contre les microbes et d'autres infiniment petits du même genre. Le combat de l'homme contre l'homme, c'est-à-dire des nations qui deviennent toujours plus grandes les unes contre les autres, touche à sa fin. Les guerres actuelles, aussi formidables que folles, le conduisent rapidement à l'absurde. On peut même espérer que la lutte suprême qui se prépare entre la race aryenne et ia race mongole se terminera par un accord pacifique.

Est-il donc rationnel et raisonnable d'abandonner à une sélection pareille, devenue de ce fait chez l'homme un facteur de recul, c'est-à-dire au hasard brutal, à la maladie, à la famine, à la bêtise, a l'ignorance et à l'infanticide, la régularisation quantitative et qualitative de la procréation de nos enfants, précisément à une époque de l'évolution humaine où la science et la technique luttent avec le plus de succès contre les accidents, les maladies, la mortalité des enfants et la famine?

Notre puissant appétit sexuel n'est absolument plus en rapport avec les exigences de la procréation, ni avec les moyens d'alimentation de l'humanité, c'est-à-dire de nos descendants, ni surtout avec le droit de ces derniers à une existence supérieure ou seuleraent humaine et convenable, par la simple raison que les faibles, les malades et les enfants ne sont plus éliminés comme aux temps passés, chez les peuples primitifs, par les épidémies, la famine, la griffe des bêtes féroces, la. négligence ou la guerre. Or, il n'est pas en notre puissance de modifier notre appétit sexuel instinctif et héréditaire, tandis que nous avons en mains tous les moyens nécessaires pour régulariser et améliorer les procréations.

Aucun préjugé, aucun dogme, aucune phraséologie rééditant de vieilles maximes basées sur de prétendues lois naturelles immuables, ne peut tenir sérieusement debout contre des vérités aussi simples et aussi élémentaires. Nous aimons à appeler lois naturelles ce que notre faculté bornée de connaissance nous fait paraître régulier dans la nature. Nous le formulons ensuite, nous en faisons une loi et trop facilement une idole, au lieu de toujours examiner à nouveau, à la lumière de nouvelles vérités que nous avons reconnues, si ces prétendues lois sont justes. Or, les nouvelles vérités sont là, et elles crient bien fort. L'ancre de salut est dans nos mains, sous forme de moyens qui préviennent ou règlent les conceptions.

TACHES POSITIVES: EUGÉNISME 593

Nous devons donc y avoir recours, avec une sage prudence sans doute et en ne les employant d'abord que là où ils sont le plus nécessaires, et surtout en insistant avec la dernière des énergies sur la nécessité de la procréation de nombreux enfants là où les forces mentales et morales s'allient à la santé corporelle. Je répète que je suis obligé dans ce domaine de faire énergiquement front contre les néo-malthusiens, qui veulent simplement et sans distinction diminuer le nombre des procréations et nous livrer ainsi aux Chinois, aussi bien que contre les dogmes religieux, en particulier catholiques, qui, sous le fallacieux prétexte de prétendues révélations ou inspirations divines, viennent s'opposer aux progrès des sciences de la vie, du cerveau et de la société.

La sélection eugénique humaine est le principe qui doit nous conduire au but à atteindre dans un avenir éloigné. Ce n'est pas par la contrainte légale, mais par une instruction largement répandue, que nous ferons reconnaître et accepter généralement ce principe. Nous avons prouvé au chapitre VI, paragraphe 8, à propos de la sélection sexuelle, que la femme est beaucoup plus difficile que l'homme dans son choix, et que, chez les sauvages, elle accorde ses préférences à l'héroïsme et à la force corporelle. On peut observer aujourd'hui, par suite du changement des mœurs, que les femmes cultivées et intelligentes sont, au contraire, bien moins attirées par la force corporelle que par la puissance et la supériorité intellectuelles et surtout morales de l'homme ou par son génie. Ce dernier fait nous fournit une indication très importante sur la voie à suivre dans la sélection que nous désirons, et confirme la nécessité où nous nous trouvons d'instruire à fond le sexe féminin sur les rapports sexuels. Les femmes éclairées et supérieures seront celles, nous le prévoyons, qui entreront en lice le plus énergiquement et avec le plus de succès pour la sélection humaine par eugénisme.

Je répète ici que notre but ne doit nullement être de créer une race humaine nouvelle, une sorte de surhomme, mais simplement d'éliminer peu à peu les soushommes défectueux, en supprimant les causes de la blastophthorie et en stérilisant par un acte de volonté spontanée les porteurs de mauvais germes, tout en déterminant les hommes meilleurs, plus sains, plus heureux et plus sociaux, à se multiplier de plus en plus.

Une étude approfondie de la blastophthorie, ainsi que de tous les phénomènes de la mnème et de l'hérédité normale, ne peut plus nous laisser le moindre doute sur la possibilité d'atteindre ce but

594 t;OUP D'ŒIL RÉTROSPECTIF ET PERSPECTIVES D'AVENIR

N'avons-nous pas vu la qualité des chiens s'élever rapidement partout où l'on a apporté des soins d'un côté à l'élevage des bonnes races et de l'autre à l'élimination des mauvaises! Ne voyons-nous pas partout certaines familles et certains groupes plus considérables de personnes se distinguer par la douceur de leur caractère, par leur travail, par leur intelligence, par leurs efforts vers l'idéal, parce que pendant de nombreux siècles leurs ancêtres s'appliquèrent à conserver ces qualités par le soin apporté aux unions conjugales et à maintenir pur le type de la famille ou du groupe? Ne voyonsnous pas, au contraire, la canaillerie, la paresse, la lâcheté, la fausseté et la bassesse, en général, se reproduire avec tout autant de ténacité dans d'autres familles et dans d'autres centres de population? Je renvoie celui qui désire un exemple clair et consciencieusement étudié de la chose au travail de Jôrger dont nous avons parlé au chapitre XI, sur les familles Zéro et Marcus. Jôrger a pu suivre les effets désastreux de la blastophthorie alcoolique et de la mauvaise hérédité qui se sont produits pendant près de deux siècles parmi tous les nombreux membres de deux familles de vagabonds.

Il faut être aveuglé par les préjugés religieux pour nier des vérités aussi éclatantes. Sans doute, nos dégénérescences pathologiques et nos croisements sont si infiniment divers qu'à chaque instant l'atavisme vient produire l'ecphorie d'enfants meilleurs provenant de mauvais parents, et celle d'enfants mal constitués provenant de parents meilleurs qu'eux. Nous avons vu au chap. I" « Mnème, etc. » les rapports complexes qui existent entre ces phénomènes. Nous ne devons donc pas nous laisser induire en erreur par les apparences trompeuses de certains cas particuliers.

Quels sont maintenant les types d'hommes que nous devons; chercher à produire?

Types à éliminer. — Disons tout d'abord que l'action négative est plus facile que l'action positive. On peut plus facilement désigner les types qui ne doivent pas se multiplier que ceux qui doivent le faire. Ce sont, en première ligne, tous les criminels, les aliénés, les imbéciles, tout individu à responsabilité diminuée, ou encore méchant, querelleur ou amoral. Ce sont là les personnes qui font de beaucoup le plus de mal dans la société et lui apportent le plus de germes néfastes. Il ne faut pas craindre d'éliminer la robuste canaille, malgré sa force et sa santé physiques. 11 en est de. même

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