‹ La question sexuelleChapitre 172 sur 190 · TACHES POSITIVES: VALEURS HUMAINES SOCIALES · texte numérisé non relu

TACHES POSITIVES: VALEURS HUMAINES SOCIALES

Les maladies et d'autres accidents peuvent sans doute entraver parfois le développement de bonnes dispositions ou même les faire avorter entièrement. Néanmoins on ferait bien plus rarement de fausses prophéties, si l'on commençait par éviter les fautes grossières que nous avons signalées comme habituelles dans l'évaluation mentale de la jeunesse. Il faudrait en outre instituer des observations psychologiques étendues sur le développement des individus et sur la valeur de leurs travaux à l'âge adulte, en les comparant aux particularités observées dans leur enfance. Je suis certain qu'on arriverait ainsi peu à peu à calculer d'avance d'une façon toujours plus exacte la valeur sociale d'un jeune homme, d'un enfant même, et en général de tous les membres de notre société humaine.

Races d'animaux et de plantes domestiques. — On a objecté à la sélection humaine la faiblesse de constitution des .variétés domestiques des plantes et des animaux, et on a voulu infirmer par là sa justification. Si les variétés animales et végétales que nous édifions à notre usage par la sélection artificielle sont en général délicates et n'ont pas de force propre lorsqu'on les abandonne à elles-mêmes, cela vient tout bonnement de ce qu'en les créant nous n'avons nullement consulté leurs intérêts dans le combat libre pour l'existence, mais uniquement le nôtre. Nous élevons par exemple à notre usage des races informes de porcs à engraisser, qui ne peuvent presque plus marcher, des poiriers à fruits succulents et gros qui n'ont presque plus de graine, etc. Faut-il s'étonner que ces monstruosités ne puissent se maintenir seules dans le combat pour la vie? Néanmoins nos chevaux ont prospéré en Amérique à l'état sauvage (moustangs) et nos lapins en Australie. La sélection humaine au contraire n'a en vue que l'avantage de l'homme, tant comme individu que comme être social. Il ne s'agit donc pas là d'une hypothèse utopique, mais de faits dont nous pouvons observer journellement les conséquences dans notre société, si nous voulons seulement nous donner la peine d'ouvrir les yeux sans préjugé. Il va sans dire que nous devrons accorder aux énergies vitales (résistance aux maladies, longévité, etc.) une place très importante dans l'eugénisme.

Calcul des moyennes. — Dans une conférence faite sur les moyens d'améliorer la race humaine avec les conditions sociales actuelles et en tenant compte de notre état général et des sentiments

régnants, Francis Galton (1) a étudié la question à Taide de la loi des variations et du calcul des probabilités. Cette loi, qu'on retrouve partout, n'a trait il est vrai qu'aux éléments dits fortuits, c'est-à-dire dus à des milliers de petites causes diverses qui agissent en grande partie en sens inverse les unes des autres et viennent se compenser mutuellement dans leur effet général, de sorte qu'on trouve toujours les deux extrêmes représentés par de petits nombres et la moyenne représentée par des nombres considérables. Mais, dès que certaines forces spéciales et plus considérables se font sentir, la résultante générale se trouve déviée dans l'une ou dans l'autre direction.

Galton montre que cette loi s'applique aussi bien à la taille du corps qu'aux rapports sociaux et aux valeurs mentales. Dans une société donnée, on trouvera quelques individus très bons, quelques autres très mauvais, et beaucoup de médiocres. Dès qu'un facteur général puissant, comme par exemple l'alcoolisme ou la corruption par l'argent, fait baisser plus ou moins toutes les valeurs individuelles, on voit baisser l'ensemble des valeurs sur toute l'échelle des capacités. Galton montre qu'on peut élever sensiblement les valeurs moyennes en poussant la catégorie des valeurs supérieures à se reproduire et en empêchant au contraire les valeurs inférieures de le faire.

M. le professeur Jules Amann a tenu sur ce sujet, pendant l'hiver 1904-1905, une conférence très intéressante à la Ligue pour l'action morale à Lausanne. Il y a montré avec grande justesse à quel point l'immigration des huguenots en Suisse et en Allemagne après la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV (1685) a contribué à élever le niveau mental dans ces pays et y contribue encore aujourd'hui.

Visions du passé, du présent et de l'avenir. — C'est toujours avec un sentiment de profonde tristesse que je vois des femmes et des hommes bons, capables, travailleurs, extrêmement utiles au point de vue social, demeurer stériles, uniquement à cause de nos préjugés sociaux ou religieux, tandis qu'ils devraient pour le bien de tous se marier le plus jeunes possible et procréer de nombreux enfants.

(1) Smithsonian Inslifution, 1902.

Page 1