TACHES POSITIVES: VISIONS DU PASSÉ DU PRÉSENT ET DE L'AVENIR
Nous avons déjà dit (l'idée se retrouve dans le roman d'André Couvreur : la Graine) que, si la stérilité d'un des époux vient malheureusement stériliser aussi l'autre dans le mariage, la loi et l'usage devraient, pour réparer la perte, admettre la bigamie ou le concubinat en faveur du second, lorsqu'il est fort et capable. Je ne pourrai jamais assez appuyer sur la nécessité qui existe à compenser la stérilisation si nécessaire des êtres malfaisants, mal faits ou incapables, ainsi que le repos qu'on doit aux femmes entre leurs grossesses, par une multiplication énergiquement poussée de tous les individus bons, capables et utiles.
Dans le même ordre d'idées, c'est une vraie pitié de voir aujourd'hui tant de filles bien portantes, actives, gentilles, intelligentes et travailleuses, rester vieilles filles uniquement parce qu'elles n'ont pas d'argent et ne veulent pas se jeter dans les bras du premier chenapan venu. Permettre un peu de polygamie libre, avec l'égalité complète des deux sexes et certaines précautions légales, vaudrait vraiment bien mieux que de laisser perdre tant de bonne graine et proliférer tant de mauvaise herbe. Je renvoie à cet égard à ce que nous avons dit au cliapitre XIII sur les devoirs des parents envers leurs enfants et sur les devoirs de la société envers les procréateurs de bons germes.
Il suffirait certainement d'un siècle pour obtenir déjà, avec un pareil procédé, une amélioration sensible de la qualité d'un peuple, pour peu que la chose entrât dans les mœurs et fût pratiquée d'une façon méthodique et générale. Au bout de quelques siècles, nos descendants pourraient nous tresser des couronnes en reconnaissance du bonheur que nous leur aurions procuré. Par la même occasion ils s'étonneraient, sans doute, de descendre d'une race aussi barbare que la nôtre et de compter tant d'ivrognes, de criminels et d'imbéciles parmi leurs ancêtres.
Dans la vie sexuelle, l'immixtion du mysticisme, tel qu'il règne encore aujourd'hui sous le nom de religion, leur apparaîtra à peu près avec l'aspect sous lequel nous apparaissent à nous l'idolâtrie la plus grossière, ainsi que les enseignements et les pratiques des « magiciens » chez les peuples sauvages.
Quant aux boissons alcooliques, à leur effet sur nos mœurs et à la prostitution actuelle, je crois qu'ils leur feraient à peu près l'impression que nous font aujourd'hui les séances de torture du moyen âge, telles que nous les voyons exhibées dans les musées de cire, ou encore les hauts faits de l'Inquisition, les procès de sorcellerie et leurs bûchers.
La plupart de mes lecteurs trouveront sans doute ma comparaison exagérée ou fanatique, parce que, imbus que nous sommes de la pensée contemporaine, nous ne pouvons, sans grands efforts d'imagination et sans avoir à notre disposition tout un arsenal d'expériences et d'objets de comparaison, nous identifier avec la pensée du passé ou avec celle de l'avenir. Je prie les personnes qui ne peuvent le croire de bien vouloir lire la Clé de la case de l'oncle Tom, de Beecher-Stowe (pas le roman lui même). Ce livre contient de nombreux documents sur l'époque de l'esclavage des nègres avant la guerre de sécession américaine. Qu'on lise aujourd'hui les actualités d'alors, où l'on voit, par exemple, annoncer ouvertement dans les journaux publics d'excellents chiens dressés à rattraper les esclaves fugitifs, chaque annonce étant rendue appjarente par un dessin représentant une négresse poursuivie par un chien; on finira peut-être alors par me donner raison. De pieux pasteurs eux-mêmes prenaient alors la défense de l'esclavage, comme ils prennent souvent aujourd'hui celle de la boisson ou de la guerre en ergotant sur l'Evangile. Ce qui nous paraît actuellement monstrueux semblait alors tout naturel.
Réforme de l'éducation. — Après la sélection humaine, je considère enfin la réforme pédagogique dans le domaine sexuel comme dans d'autres comme la plus importante des réformes positives. Je prie mes lecteurs de tenir compte du chapitre XVII dans ses relations avec le chapitre XIII. Si la bonne qualité des germes est une des conditions fondamentales du bonheur de l'homme, dans le domaine sexuel comme partout, elle ne suffit cependant pas. Tout comme on peut par l'éducation tirer, de germes relativement défectueux, des individus relativement bons et utiles, de même, et encore plus facilement, on peut gâter pendant leur ontogénie des germes phylogéniquement bons par de mauvaises influences.
La société devra vouer tous ses soins à une bonne éducation générale du corps et de l'âme des enfants. Elle fera tout pour développer harmoniquement l'intelligence, les sentiments et la volonté, le caractère, l'altruisme et l'esthétique, selon des principes analogues à ceux des Landerziehungsheime, tels que nous les avons cités au chapitre XVII. Tout bon type héréditaire devrait être mis en état de s'épanouir entièrement, à l'aide d'une éducation rationnelle et du travail.