‹ La question sexuelleChapitre 175 sur 190 · IDÉES (UTOPIQUES?) SUR L'IDÉAL DU MARIAGE DANS L'AVENIR · texte numérisé non relu

IDÉES (UTOPIQUES?) SUR L'IDÉAL DU MARIAGE DANS L'AVENIR

La vie extérieure de l'homme est en grande partie poussée par les coups de l'instant présent; mais sa vie intérieure est déterminée par les souvenirs du passé combinés à la mnème héréditaire, et elle fait naître ainsi les efforts vers l'avenir. Le passé ne devrait donc jamais être le geôlier tyrannique et cristallisé de notre présent et de notre avenir, mais toujours une bibliothèque servant à combiner, à l'aide de notre imagination, les expériences de notre vie conservées dans notre mnème avec les nouvelles impressions que nous recevons du dehors, pour en tirer des idées et des résolutions fécondes.

Le mariage de l'avenir suppose des gens complètement instruits dès leur enfance sur les rapports sexuels naturels et sur leurs

dangers éventuels. Il suppose des hommes élevés sans alcool, ni autre narcotique, possédant le droit d'utiliser le produit de leur travail pour la vie et l'entretien de leur propre personne, mais non pas celui de capitaliser pour eux et leurs enfants, ni de faire des legs individuels à des tiers, c'est-à-dire de fonder, à l'aide de l'argent et dans des buts intéressés ou orgueilleux, une puissance servant à l'exploitation d'autrui. Chacun saura dès son enfance que le travail est une condition de l'existence de tous.

Elevés en commun avec des droits absolument égaux, les filles et les garçons auront conscience de la différence de leurs tâches dans la vie, telles que les différences de sexe et d'individualité les indiquent. Jusqu'à l'âge de seize ans, probablement même plus longtemps, ils ont été instruits à l'école populaire d'une façon harmonique, par le développement simultané de l'intelligence, des exercices corporels et techniques, de l'esthétique, des sentiments moraux et sociaux et de la volonté. Sans les effrayer par le spectre de peines éternelles et sans les allécher par des promesses de paradis après la mort, on leur a présenté., comme but de notre existence individuelle passagère, l'effort continu dirigé vers un pur idéal humain. On leur a appris à ne chercher et à ne trouver leur satisfaction la plus vraie et la plus élevée que dans l'accomplissement zélé des devoirs les plus divers, selon leurs dispositions, ainsi que dans le travail en commun au bien de la société et de leur entourage. On leur a appris en outre à mépriser les jeux inutiles, la frivolité et le luxe, à ne pas attacher d'importance à la propriété personnelle et à mettre toute leur ambition dans la quantité et la qualité du travail utile qu'ils fournissent.

Ainsi préparés, ils sont habitués à gagner chaque jouissance et à ne pas même exiger les aliments ni le logement nécessaires sans avoir fait quelque chose pour les mériter.

A un âge différent selon les individus, l'appétit sexuel se fera sentir chez eux. Exercés dès l'enfance à ne pas céder à chaque envie, mais à subordonner au contraire leurs appétits au bien de la communauté, ils ne céderont pas immédiatement. Ils connaîtront, du reste, la signification de cet appétit. Ils sauront en outre que leur patience ne sera pas mise à une trop longue épreuve et qu'ils peuvent parler sans se gêner des sujets sexuels à leurs maîtres, à leurs parents et même à leurs camarades de l'autre sexe.

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