‹ La question sexuelleChapitre 176 sur 190 · MARIAGE DANS L'AVENIR · texte numérisé non relu

MARIAGE DANS L'AVENIR

Quelles seraient donc les conséquences d'un pareil état de chose? Les inclinations se formeront de bonne heure. Mais, au lieu de faire, comme aujourd'hui, toute sorte de calculs sur l'argent, la position sociale, la classe, etc., de celui qu'ils aiment, au lieu de cacher leurs pensées sous les formes d'une politesse purement conventionnelle, au lieu d'éluder une honnête explication sur le nœud de la question ou tout au plus de passer sur cette explication comme chat sur braise, au lieu surtout de ne penser qu'à faire briller leurs avantages pour éblouir celui qu'ils veulent capter, les amoureux de l'avenir seront en moyenne beaucoup plus francs et plus ouverts, parce qu'il y aura beaucoup moins de raisons pour dissimuler. On échangera ses plans d'avenir, on mettra mutuellement sa constance et sa loyauté à l'épreuve, sans avoir trop de bavardages ni de médisances à craindre.

Les deux sexes pourront entrer librement et sans danger en relation entre eux, premièrement parce qu'ils seront tous deux instruits sur la vie sexuelle, et secondement parce que les mœurs seront plus libres. Sans que les rapports sexuels proprement dits soient nécessaires, deux amoureux pourront ainsi bientôt voir si leurs tempéraments sont bien adaptés l'un à l'autre.

Puis, grâce à sa liberté, l'époque des fiançailles permettra aux deux participants d'échanger librement leurs idées sur la vie et de s'étudier à fond réciproquement, de sorte qu'ils verront bientôt s'ils sont faits oui ou non pour s'entendre à la longue dans une union conjugale. Les questions d'hérédité, de procréation, d'éducation pourront être traitées sans gêne, en toute tranquillité. Ce sera certainement plus moral que les conversations actuelles des fiancés « bien élevés », qui, à part certaines nuances conventionnelles admises du flirt, n'osent guère reposer que sur des lieux communs.

Un jeune homme bien doué, qui devra faire de longues études, ne sera nullement empêché par là de se marier. Il pourra par exemple épouser à vingt-quatre ans une jeune fille de dix-huit ans et étudier encore jusqu'à vingt-huit. Le malheur ne sera pas grand, car la simplicité des mœurs entraînera celle du ménage, et l'on pourra facilement, s'il le faut, grâce aux moyens anticonceptionnels, attendre un an ou deux avant de procréer des enfants.

Que deviendra le mariage lui-même? Tout d'abord on réduira au minimum tout luxe inutile et tout formalisme conventionnel. L'homme et la femme travailleront tous deux, soit ensemble, soit chacun pour soi, selon les circonstances. Une partie du travail

sera naturellement vouée aux enfants. Comme aujourd'hui, le mari pourra participer à l'éducation personnelle de ces derniers, s'il y a plus de dispositions que la femme. Le cas n'est pas très rare.

L'égalité des droits des deux sexes et le matriarcat (V. chapitre Xïll) ne rendront nullement les rapports conjugaux moins intimes, mais approfondiront, au contraire, leurs racines en élevant leur valeur morale. On aura moins de temps pour briller au dehors. On ne connaîtra plus les invitations officielles avec compliments, complications de toute sorte, visites de digestion, etc. Ce sont là des choses faites pour les riches paresseux, qui ont du temps à perdre et de l'argent à revendre. Vient-il un ami ou une connaissance, a-t-on de quoi lui donner à manger et le temps de le recevoir, on l'invite sans autre forme et au hasard du pot à la table de famille.

Les vêtements seront simples, commodes et hygiéniques. Le sentiment de l'art, l'esthétique et la propreté la plus scrupuleuse n'en régneront pas moins au logis. La pompe et le luxe ne sont pas de l'art, mais de la forfanterie, et ils sont parfois même si abominablement chargés, qu'ils blessent l'esthétique la plus élémentaire.

J'ai vu de très modestes homes de petits ouvriers où la propreté et le sens artistique ne laissaient rien à désirer, et j'y ai même souvent logé. Je renvoie, du reste, à ce que nous avons dit de l'amour au chapitre V.

Si le genre d'occupation dos conjoints ou le nombre des enfants exige de l'aide humaine, donc des domestiques, selon la notion actuelle, ces derniers n'auront nullement dans le ménage la position de nos servantes et de nos valets actuels. Leur éducation et leur position sociale étant les mêmes que celles des membres de la famille, ils y joueront bien plutôt le rôle qu'y remplissent aujourd'hui les sœurs non mariées, les tantes ou les grand'mères. Non seulement ils mangeront à table avec les époux, mais ils partageront avec eux joie, peine et travail, comme membres de la même classe d'hommes. Aucun travail domestique ne sera considéré comme plus bas, plus commun que l'autre, ni comme dégradant.

Si le mariage demeure stérile, les conjoints adopteront des orphelins ou des enfants de familles nombreuses, à moins que, dans certains cas dont nous avons parlé, on ne préfère pour une raison sociale un concubinat, qui, avec un changement pareil d'organisation sociale, reviendrait à une bigamie. Mais ici même

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