‹ La question sexuelleChapitre 177 sur 190 · MARIAGE DANS L'AVENIR · texte numérisé non relu

MARIAGE DANS L'AVENIR

tout se passerait ouvertement et selon un contrat mutuellement conclu. Quiconque en pareil cas ne pourra surmonter la jalousie divorcera.

Si malgré tout un mariage n'est pas heureux, si à la longue les caractères deviennent incompatibles, après avoir réglé légalement le séjour et l'éducation des enfants, ainsi que les devoirs que les parents auront à remplir ultérieurement envers leur progéniture, le mariage, c'est-à-dire la communauté sexuelle, sera dissous. Chacun étant redevenu libre pourra se remarier comme il le voudra. Ce dernier cas ne sera probablement pas plus fréquent qu'aujourd'hui, peut-être moins, surtout lorsqu'il y aura des enfants, car le divorce est toujours une chose fort pénible et désagréable, là où il y a des enfants qu'on a le devoir d'élever.

Le travail et l'effort dirigés vers l'idéal de la vie sociale sont et demeurent ce qui distrait le plus sainement de l'appétit sexuel. Ce sont au contraire l'oisiveté, le luxe et la corruption des mœurs des grandes villes qui le font dégénérer, en le dressant à leur façon et en le faisant devenir son propre but, comme on peut le voir chez les héros des deux sexes de tant de nos salons, de nos tavernes prolétariennes et de nos romans modernes. Le travail rafraîchit, en outre l'amour, et laisse peu de temps aux disputes de ménage.

Qu'on essaie de réaliser dans la pratique notre utopie au lieu de s'en moquer, superbement perché sur ses vieux préjugés. Avec un peu d'indépendance de caractère, on peut aujourd'hui déjà la mettre en grande partie en pratique pour son compte en bravant les préjugés reçus.

L'art d'aimer longtemps. — Dans le n" 30, p. 240, de la septième année du Simphcissimus (journal humoristique d'Allemagne), nous trouvons sous le titre « Die Hausfrau » (l'épouse) deux caricatures de la vie de famille. Dans la première nous voyons l'épouse en négligé sale et déchiré, un balai à la main, aussi débraillée que possible, embrassant son mari, qui ne paraît pas en être fort enchanté, car il fait la grimace de quelqu'un qui avale avec toutes les peines du monde une drogue répugnante. L'enfant, qui tire les jupons de sa mère, est aussi sale et aussi débraillé qu'elle. On lit sous la gravure : « C'est ainsi qu'elle s'habille pour son époux. »

Dans la seconde caricature on voit la même femme, devant sa porte, en grande toilette, les seins artificiellement arrondis, ornée d'un chignon pimpant et de tous les autres artifices que sait

employer la femme pour relever ses charmes, à son idée du moins. A côté d'elle est l'enfant, fagoté de même sorte, et une dame étrangère arrive. Sous la gravure on lit : « Et ainsi quand viennent des visites. »

Ces deux images donnent la note satirique d'une portion importante de la psychologie de l'amour dans la monogamie. L'idéal de l'amour vrai se montre souvent seulement après que la première ivresse amoureuse est dissipée ; pour demeurer harmonique, l'amour exige avant tout l'irradiation psychique supérieure de sentiments intimes de sympathie associés à l'appétit sexuel, avec lequel ils devraient toujours demeurer intimement unis, aussi longtemps du moins que dure la vie sexuelle active de l'homme. Plus tard, au soir de la vie, les premiers suffisent.

La grande erreur dans laquelle tombent la plupart des hommes qui se marient est de se reposer sur les liens que viennent de sceller le prêtre et l'officier de l'état civil. Dès que la porte est fermée à double tour sur leur union, ils se laissent aller, sans plus résister, sans se maîtriser eux-mêmes, à la paresse de leurs habitudes et de leurs penchants, à leurs caprices, à leurs faiblesses et à leur humeur. Chacun d'eux attend beaucoup de la part de l'autre et lui donne le moins qu'il peut. Il se dit : «( Je l'ai maintenant » ; il ne se donne plus de peine et applique son art au dehors.

L'ivresse sexuelle amoureuse une fois passée, le mari ne trouve plus de goût à sa femme, s'amourache d'autres, auxquelles il voue toutes ses attentions, réservant sa mauvaise humeur pour son épouse, tandis que cette dernière ne se donne plus la peine de faire valoir ses charmes dans son intérieur, ni de plaire à son mari, ne faisant plus de toilette et ne se parant plus que pour la rue, pour les bals, pour les invitations, etc.

Nous accordons d'emblée qu'un homme ne peut longtemps renier le fond de sa nature; on est ce qu'on peut être par hérédité. 11 y a néanmoins dans la vie de petits arts aimables qu'on peut acquérir par l'habitude et l'éducation,, et dont même les époux les plus pauvres devraient se faire un devoir. L'éducation ne doit jamais cesser dans l'existence.

L'effrayante caricature du SimpHcissimus que nous venons de citer devrait être reproduite par milliers et donné comme cadeau de noces à chaque jeune mariée. A côté des sentiments supérieurs

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