‹ La question sexuelleChapitre 178 sur 190 · L'ART D'AIMER LONGTEMPS · texte numérisé non relu

L'ART D'AIMER LONGTEMPS

d'amour et de respect mutuels, Tattraction sexuelle durable est un lien d'une valeur inestimable pour garantir à la longue une union heureuse entre l'homme et la femme dans le mariage.

Les deux époux devraient donc éviter tout ce qui peut relâcher, sinon même rompre ces liens. Au lieu de s'abandonner dans leur ménage au désordre, à la négligence et à l'humeur, c'est précisément là que la femme doit faire jouer sa grâce et l'art aimable qu'une coquetterie féminine innocente et les sentiments de sympathie qu'elle ressent pour son époux lui enseignent. Elle doit s'efforcer, même en négligé, d'être toujours pour son mari le centre gracieux d'un intérieur aimable et bien ordonné, et de faire briller son charme et ses attraits dans toutes ses actions, jusque dans les détails de l'alcôve et des jouissances les plus intimes de l'amour conjugal. Ainsi elle s'attachera chaque jour davantage son époux. Il va sans dire que ce n'est pas d'une façon brutale et sensuelle, ni avec les trucs d'une coquetterie perverse, qu'elle atteindra ce but, mais avec ces sentiments sains et finement nuancés à la fois de tact et de délicatesse, avec cet instinct naturel des convenances dont nous ne trouvons, il est vrai, la jDerfection la plus élevée que chez la fleur la plus noble et la plus distinguée des femmes, mais qui caractérise en somme bien plus la nature féminine que la nature masculine.

Le mari, lui, s'efforcera de prendre part à ce jeu d'amour de la vie conjugale, tel qu'il se passe entre les quatre murs de la maison, avec bonté, prévenance et d'une façon aimable. Il ne devra jamais renier vis-à-vis de son épouse la galanterie dont il fait preuve au dehors envers d'autres femmes. Il ne devra pas non plus s'abandonner chez lui à toutes ses vieilles habitudes de garçon, désagréables aux autres. Il faut qu'il soit de corps et d'âme pour sa femme et dans son intérieur quelque chose de plus qu'une figure bâillante et ennuyeuse, en pantoufles et en robe de chambre, et que sa femme ne soit pas pour lui seulement le déversoir du chagrin ou du dépit qu'il éprouve dans sa position sociale ou dans son métier, dépit qu'il ne doit pas laisser remarquer au dehors. Il pourra éviter tout cela, s'il s'habitue à voir en sa femme autre chose qu'une simple ménagère, bonne tout au plus, à côté de cela, pour le lit et pour mettre au monde des enfants, c'est-à-dire pour apaiser ses appétits sexuels animaux.

A ce dernier égard, la première prostituée venue serait tout aussi capable, sinon mieux, de le satisfaire ; aussi se croit-il très souvent

permis de s'adresser à l'une d'elles et troiive-t-il la chose fort naturelle. Pareille conception de la femme et du mariage est indigne, quoique malheureusement très fréquente, et elle exclut le véritable bonheur conjugal pour les deux époux.

D'un autre côté, il ne suffit pas non plus que le mari estime et respecte sa femme comme une fidèle compagne à laquelle il est lié par une harmonie purement intellectuelle et nullement sensuelle. Pour que les époux trouvent vraiment dans le mariage le bonheur durable et complet qu'il peut offrir, il faut que l'amour, si élevé qu'il puisse être, soit et demeure accompagné de la volupté sexuelle. Il faut, en un mot, que l'harmonie mentale et sentimentale d'un côté et l'harmonie sensuelle de l'autre viennent se confondre en une grande, unique et sublime symphonie. L'homme, en particulier, ne doit pas seulement honorer, chez la femme qu'il a jugée digne de lui et qui lui est unie par les liens du mariage, l'incarnation de toutes les vertus domestiques et féminines ; elle doit encore demeurer toujours plus ou moins pour lui la Vénus qui lui apparut au début de son amour, alors que les charmes de la jeunesse la paraient encore et enivraient ses sens.

C'est ainsi que plus tard encore et toujours il devra se sentir sensuellement attiré par elle et ivre de bonheur sous ses chauds embrassements. Or, ceci peut et doit arriver, même lorsque la jeunesse s'est enfuie, à la condition que les sentiments profonds de sympathie d'un amour noble et élevé aient véritablement existé et se soient maintenus. Alors ils transfigurent constamment l'apparence extérieure d'une femme chérie, de même que toute sa personnalité, et elle demeurera pour son mari la déesse qu'elle fut de tout temps pour lui. Mais pour cela il faut aussi qu'elle le veuille et qu'elle contribue, comme nous venons de l'indiquer, à lui offrir, par sa manière d'être, les justes satisfactions esthétiques qu'il est en droit d'attendre d'elle.

Si elle ne le veut pas ou ne le comprend pas, il ne sera pas toujours facile au mari, avec ses dispositions polygames, de demeurer insensible au charme de femmes étrangères et de leur résister, là où on lui tend complaisamment les bras. L'habitude et l'imagination peuvent néanmoins beaucoup dans ce domaine

Nous croyons pouvoir recommander ce qui suit au mari (occasionnellement même à l'épouse). Lorsque sa passion sexuelle se trouve excitée par une femme étrangère et qu'il est en danger de succomber, il s'efforcera, à l'aide de son imagination, de revêtir sa propre femme des charmes de celle qui m.enace de le séduire. Avec un

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