‹ La question sexuelleChapitre 179 sur 190 · MATRIARCAT · texte numérisé non relu

MATRIARCAT

peu de bonne volonté, ce moyen lui réussira plus ou moins complètement, dans beaucoup de cas du moins. Il arrivera de la sorte à fortifier son appétit sexuel envers sa propre femme, ce qui augmentera aussi les désirs de cette dernière, pour peu que sa nature soit prévenante. C'est ainsi qu'une flamme qui menaçait de détruire le bonheur conjugal peut parfois servir à le fortifier d'autant plus en réchauffant à nouveau les sentiments mutuels d'amour et de volupté. Dans la première partie de ses « Wahlverwandschaften » (affmités électives). Gœthe a, il est vrai, désigné ce phénomène du terme flétrissant d'adultère wcntal. Je suis, au contraire, d'avis qu'il est bien plutôt l'expression d'une fidélité conjugale mentale qu'on cherche à raffermir par substitution sensuelle.

Là où l'amour est vrai et la volonté bonne des deux côtés, de pareilles expériences peuvent souvent contribuer dans la vie à cimenter peu à peu et d'une façon toujours plus intime les rapports conjugaux. C'est ainsi que non seulement une passion amoureuse déviée peut être ramenée au lit conjugal, mais encore qu'en sens inverse certaines discordances peuvent être remises en harmonie et que les époux peuvent en revenir à de nouveaux désirs amoureux et à une affection mutuelle épurée par l'épreuve.

Même malgré de nombreuses faiblesses, une vie conjugale peut donc devenir et demeurer un printemps d'amour perpétuel, dans lequel chaque jour fait naître de nouveaux germes et de nouveaux boutons, et fait éclore de nouvelles fleurs, tandis qu'on arrache et brise sans relâche la mauvaise herbe et les épines. Mais pour cela il ne suffit pas de combattre sans cesse ses propires faiblesses et ses défauts ; il faut encore dans le mariage un travail esthétique constant, dans lequel le culte de Vénus ne doit jamais se refroidir.

A cet effet il est urgent, nous l'avons dit, de s'exercer dès l'abord et par principe, de part et d'autre, à un ton toujours prévenant, aimable et courtois et à ne jamais bouder. On parviendra plus aisément à se réfréner soi-même en ce sens, si l'on songe toujours à l'influence immense du ton des parents sur l'éducation des enfants.

Le matriarcat. — Au point de vue des rapports de famille, il nous reste encore à parler d'un phénomène important que nous avons déjà touché au chapitre XIII. La puissance de l'homme et du patriarcat a eu pour effet de faire donner à la famille le nom

du père. Ce système n'est pas seulement contre nature, mais il a encore des effets déplorables. S'il est vrai que le germe de l'individu {Chromosomes ; V. chap. I") hérite en moyenne autant de son père que de sa mère, cette dernière ne lui tient pas moins de bien plus près à tous les autres points de vue. Les peuplades chez lesquelles l'influence maternelle domine dans la famille, non seulement au point de vue du nom, mais aussi à d'autres égards, c'està-dire chez lesquelles règne le matriarcat, ces peuplades-là, dis-je, ont bien mieux compris la voix de la nature que les autres.

Avant tout, le fait que la mère porte son enfant neuf mois dans son sein, et que bien des années encore après sa naissance elle lui demeure beaucoup plus intimement liée que le père, lui donne sur sa progéniture un droit que la nature ne fait nullement revenir au père. Les enfants devraient donc porter le nom de famille de leur mère. En outre, il devrait être de règle que, lors d'un divorce, les enfants reviennent à la mère, lorsque de sérieuses raisons spéciales ne déterminent pas le tribunal à prendre une autre décision.

Il est évident que, dans les conditions de notre civilisation moderne, nous ne pouvons en revenir au matriarcat dans son sens primitif. Un vieux patriarche ne peut devenir le souverain unique de tous ses descendants sans qu'il n'en découle les abus les plus criants, mais cette puissance ne doit pas davantage être dévolue à une vieille grand'mère ou bisaïeule. A part la dénomination selon la lignée maternelle, nous entendons seulement par matriarcat l'attribution légale de l'intérieur de la famille et de sa direction à l'épouse seule, parce que c'est elle qui est en réalité le centre de la famille.

Le régime de la pantoufle ne sera de ce fait pas plus fréquent qu'aujourd'hui. L'homme est et demeure le plus fort et n'a rien à craindre de la souveraineté de la femme au foyer domestique. S'il est mécontent, rien ne l'oblige, sous le régime d'un mariage libre, à demeurer chez lui, et l'épouse se donnera d'autant plus de peine pour lui rendre son intérieur agréable qu'elle court plus de risques de le voir s'en aller. De son côté, l'époux sera obligé de se maîtriser lui-même, dès qu'il ne sera plus maître et seigneur autocrate à la maison, tout en étant néanmoins obligé de subvenir, par le produit de son travail, à l'entretien du ménage et à l'éducation des enfants. Sous bénéfice d'inventaire, je résume ce qui me paraît désirable à ce sujet dans les réquisitions suivantes :

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