‹ La question sexuelleChapitre 29 sur 190 · CARACTÈRES SEXUELS CORRÉLATIFS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES SEXUELS CORRÉLATIFS

Caractères sexuels corrélatifs. — Les caractères corrélatifs dont nous avons parlé plus haut chez les animaux sont bien connus chez l'homme. L'homme est en moyenne plus grand, plus large d'épaules, plus robuste; son squelette est plus solide mais son bassin plus étroit. A l'âge de la puberté, de seize à vingt ans, la barbe pousse sur son visage tandis qu'au bas du ventre, dans la région pubienne, des poils se développent chez les deux sexes. En même temps, les testicules grossissent ainsi que tous les organes génitaux extérieurs. On peut dire que les glandes sexuelles, de même que les organesgénitaux externes, étaient demeurés jusquelà dans un état embryonnaire, bien que le mécanisme de l'érection commence déjà à fonctionner chez le tout petit garçon. Mais ce dernier mécanisme n'est accompagné, chez le garçon normal, d'aucune sensation voluptueuse ni d'aucune sécrétion glandulaire.

L'homme possède les rudiments des caractères sexuels corrélatifs féminins, tels que des petits bouts de seins sans glandes lactifères, etc. D'une façon générale, chaque partie des organes génitaux externes d'un sexe a son correspondant embryogénique chez l'autre, ce qui s'explique par les transformations diverses de lorgane qui était primitivement le même chez l'embryon. Le clitoris de la femme correspond à la verge de l'homme, ses grandes lèvres au scrotum, etc. Chez certains individus, ces rudiments sont plus fortement développés, ce qui peut conduire par exagération et par transitions à l'hermaphrodisme pathologique (V. chap. I) ; telles sont les femmes à barbe et celles qui possèdent un clitoris démesuré, ou, au contraire, les hommes imberbes, à corps féminin et à petits organes sexuels. En pareil cas, on ne peut encore parler d'hermaphrodisme, cela va sans dire, mais la différenciation embryogénique paraît avoir été plus ou moins incomplète; alors même que les cellules germinatives sont toutes de la même sorte, sauf dans les cas d'hermaphrodisme latéral véritable. Ce sont simplement certains caractères sexuels corrélatifs qui trahissent une tendance vers l'autre sexe, tendance que nous retrouvons au point de vue mental, chez les homosexuels.

Notons encore la muance de la voix, qui devient plus basse chez l'homme à l'âge de la puberté. Du reste, ce dernier caractère concerne déjà le système nerveux, dont nous allons parler.

Le corps féminin est plus petit, plus grêle, a des os plus faibles, un bassin plus large, une poitrine plus étroite et des formes plus gracieuses. La femme normale n'a pas de barbe, tandis qu'elle a

des poils pubiens de même que l'homme. Le pubis, recouvert d'une couche de graisse, proémine un peu chez elle et forme ce que l'on appelle le mont de Vénus. En général, le corps de la femme comporte plus de graisse sous la peau. La voix ne mue pas. Par contre, lors de la puberté, les glandes lactifères se développent, sous forme de seins ou mamelles, avec des bouts plus accentués aidant à la succion de l'enfant. La puberté de la femme est un peu plus précoce que celle de l'homme et provoque la croissance des organes génitaux internes et externes, en même temps que les ovules commencent à mûrir et les règles à se produire.

Les caractères sexuels corrélatifs mentaux sont bien plus importants que ceux du corps. La psychologie de l'homme est différente de celle de la femme. A ce sujet on a écrit de nombreux livres, en général avec plus de sentimentalité que d'exactitude. Les misogynes (ennemis des femmes), comme le philosophe Schopenhauer, dénigrent la femme à tous les points de vue, tandis que les amis du sexe féminin l'exaltent souvent d'une façon exagérée. Dans la littérature contemporaine nous voyons les femmes auteurs juger l'homme dans des sens tout aussi divers, selon qu'elles sont atteintes de misandrie ou de philondrie, c'est-à-dire qu'elles sont ennemies ou araies des hommes. P. J. Moebius a publié une œuvre misogynique au premier chef : L'imbécillité physiologique de la fem,m.e (Der physiologische Schwachsinn des Weibes). Il faut être soi-même misogyne à un degré inquiétant pour introduire la notion pathologique de l'imbécillité dans l'évaluation de la mentalité féminine normale. En réalité, les différences individuelles sont encore plus considérables chez l'homme et chez la femme au point de vue psychologique qu'au point de vue physique, de sorte qu'elles rendent une définition de la moyenne extrêmement difficile.

On connaît des femmes à barbe, des femmes athlétiques, comme des petits hommes imberbes, grêles ou rondelets. Il existe de même au point de vue mental, des viragos et des hommes à instinct féminin. Il ne manque pas d'imbéciles dans les deux sexes, mais aucun être raisonnable ne niera qu'une femme intelligente ne soit supérieure à un homme borné, même au point de vue purement intellectuel. Malgré ces difficultés, et me basant sur mes propres observations et surtout sur les productions mentales des deux sexes, je veux essayer de faire ressortir les points principaux qui distinguent, d'une façon générale, l'âme masculine de l'âme féminine.

Page 1