‹ La question sexuelleChapitre 30 sur 190 · POIDS DU CERVEAU · texte numérisé non relu

POIDS DU CERVEAU

Poids du cerveau. — Constatons tout d'abord que le cerveau des hommes de notre race pèse, d'après diverses statistiques, en moyenne de 1.350 à 1.353 grammes, tandis que celui des femmes ne pèse que de 1.200 à 1.225 grammes. Le poids absolu ne signifie cependant pas grand'chose, car une partie de la substance cérébrale n'est là, chez les gros animaux, que pour desservir le plus grand nombre d'éléments cellulaires du reste de leur corps, qui nécessite un plus grand nombre d'éléments nerveux.

Pour tirer la chose au clair, il faut séparer le poids du grand cerveau de celui des autres centres nerveux, tels que le cervelet, les corps striés, les couciies optiques, le cerveau moyen, le pont de Varole, la moelle allongée et la moelle épinière, car ces derniers centres constituent des parties phylogéniquement plus anciennes, c'est-à-dire héritées d'ancêtres animaux plus inférieurs. Comparés au grand cerveau, ces centres sont relativement bien plus importants chez les autres vertébrés que chez l'homme, et ils sont en rapports bien plus constants avec la grosseur du corps dont ils desservent seuls directement les éléments musculaires, glandulaires ou sensoriels. Lorsque l'intelligence est à peu près la même, ils sont donc, relativement au grand cerveau, bien plus développés chez les grands animaux que chez les petits. Énormes par exemple chez le bœuf, ils sont fort petits chez la souris ou l'hirondelle. A l'aide de la coupe dite de Meynert, j'ai procédé à des pesées séparées de ce genre sur un nombre considérable de cerveaux humains de poids normal, exclusion faite de la moelle épinière. Voici la moyenne de mes résultats :

Grand cerveau. Autres centres nerveux cérébrospinaux

(sans la moelle épinière.)

Hommes 1.060 gr. (78,5 p. 100) 290 gr. (21,5 p. 100)

Femmes 955 gr. (77,9 p. 100) 270 gr. (22,1 p. 100)

Donc le cervelet et les ganglions du tronc sont chez l'homme un peu plus petits que chez la femme relativement au grand cerveau.

Ces chiffres ne suffisent pas encore. Ils paraissent cependant montrer que le grand cerveau de la femme est en moyenne un peu plus petit que celui de l'homme, même proportionnellement à sa taille, car, d'après une loi générale dans le règne animal, la femme étant plus petite, son grand cerveau devrait être, à mentalité égale.

'proportionnellement un peu plus grand. Il y a cependant des cerveaux féminins plus grands que bien des cerveaux masculins, et la grandeur absolue et relative du grand cerveau ne donne pas une mesure complète de ses facultés productives. On a vu des hommes remarquables avoir un cerveau assez petit et des imbéciles avérés posséder des cerveaux pesants. On oublie trop l'importance énorme des prédispositions héréditaires ou engraphiques de l'élément nerveux ou neurone à certaines activités et surtout au travail en général, c'est-à-dire leur aptitude à produire de l'énergie, ou, si l'on préfère, leur disposition à « vouloir ».

Il est en outre intéressant de fixer les rapports du lobe frontal avec le reste du grand cerveau, le lobe frontal étant sans aucun doute le siège principal de l'activité intellectuelle. D'après Meynert, le poids du lobe frontal de l'homme dépasse celui de la femme non seulement d'une façon absolue, mais aussi relativement à celui du reste du grand cerveau. Dans son résumé des données statistiques rassemblées sur ce sujet et des résultats de mon propre matériel (autopsies de l'asile de Burgholzli à Zurich), A. Mercier a confirmé l'opinion de Meynert. Le poids moyen du grand cerveau seul, séparé du tronc et du cervelet par la coupe de Meynert, est de 1.019 grammes (lobe frontal 428, reste 591) chez l'homme et de 930 grammes (lobe frontal 384, reste 546) chez la femme. Ici, des cerveaux atrophiés (sauf les paralytiques généraux) ont été pesés avec les autres, ce qui abaisse la moyenne du poids total sans altérer le rapport. Donc le reste du grand cerveau dépasse le lobe frontal de 163 grammes chez l'homme et de 162 grammes chez la femme, ce qui veut dire que chez l'homme le lobe frontal constitue 42 p. 100 du grand cerveau et chez la femme à peine 41,3 p. 100. La différence n'est pas grande, mais elle est certaine, car elle est basée sur un grand nombre de pesées.

Mentalité chez les deux sexes. — La différence fondamentale entre la psychologie de la femme et celle de l'homme est constituée par toutes les irradiations de la sphère sexuelle dans le grand cerveau, irradiations qui constituent ce qu'on peut appeler la mentalité sexuelle. Nous en parlerons dans nos prochains chapitres, car elle constitue le fond même de notre question. Ce qui nous intéressé ici, ce sont seulement les différences corrélatives.

Nous en tenant d'une façon tout à fait générale aux grandes définitions de la psychologie, nous affirmons ce qui suit : au point de vue intellectuel pur, l'homme dépasse considérablement la femme par son imagination créatrice, sa faculté de combiner et de découvrir, ainsi que par son esprit critique. Longtemps on a voulu expliquer la chose en disant que les femmes n'avaient pas eu l'occasion de mesurer leur intelligence à celle des hommes. Grâce au mouvement moderne de l'émancipation des femmes, cette assertion devient de plus en plus insoutenable. Elle l'est depuis des siècles au point de vue des créations artistiques, car les femmes ont de tout temps participé aux œuvres d'art. Lorsque certains prétendent en outre que quelques générations d'activité suffiront pour élever sensiblement la production intellectuelle des femmes, ils confondent les fruits de l'éducation avec ceux de rhérédité et de la phylogénie (v. chap. 11). L'éducation est une affaire purement individuelle et n'a besoin que d'une génération pour produire ses fruits. Mais ni l'engraphie mnémique, ni même la sélection ne peuvent modifier les énergies héréditaires en deux ou trois générations. Enchaînées jusqu'ici en partie par la servitude, les facultés mentales de la femme prendront sans doute un grand essor et fleuriront dans toute leur puissance naturelle dès qu'elles seront absolument libres de se développer dans la société à l'égal de celles de l'hom.mp, à l'aide de droits égaux. Mais ce qui n'existe pas dans la mnème héréditaire, c'est-à-dire dans les énergies des germes, énergies héritées depuis de nombreux milliers ou des millions d'années, ne peut s'y créer en quelques générations. Les caractères spécifiques et par conséquent les caractères sexuels ont une tout autre constance que ne le croient les bavards superficiels qui étourdissent nos oreilles de leur jargon sur une question dont ils ne saisissent que la surface. On n'a plus le droit, aujourd'hui de confondre les caractères sexuels corrélatifs héréditaires avec les produits individuels de l'éducation. Ces derniers sont acquis par les habitudes du cerveau et ne peuvent s'hériter comme tels que par une engraphie infinitésimale, au bout de milliers de générations peut-être.

La femme possède, par contre, au point de vue intellectuel, une faculté de réception et de compréhension, ainsi qu'une facilité de reproduction qui, en somme, sont à peu près les égales de celles de l'homme. Dans les études supérieures, c'est-à-dire universitaires,

les femmes que j'ai eu roccasion d'observer à Zurich, pendant de nombreuses années, offrent un niveau moyen plus égal que celui des hommes. Les hommes les plus intelligents reproduisent mieux, et les hommes les plus bornés reproduisent plus mal que les extrêmes féminins correspondants. Je ne crois pas qu'on puisse dire beaucoup plus en ce qui concerne le domaine purement intellectuel.

La production artistique confirme cette opinion; la femme y est en moyenne très inférieure au point de vue de la création, ou production proprement dite; ses produits, même les meilleurs, manquent d'originalité et ne frayent pas de voies nouvelles; par contre, comme virtuoses, les femmes peuvent fort bien se mesurer avec des hommes dans l'art simplement reproductif. Dans ce dernier domaine nous voyons briller les côtés forts de la femme, dont nous allons parler. Il existe cependant des exceptions, c'està-dire des fenmies dont les productions sont originales, créatrices et indépendantes. C'est enfin avec raison que le philosophe Stuart Mill fait ressortir le don intuitif de la femme, qui, conduite par ses observations individuelles, sait découvrir rapidement et d'un œil clair une vérité générale, et l'appliquer dans les cas particuliers, sans se soucier des théories abstraites. C'est ce que l'on peut appeler le jugement intuitif ou sub-conscient de la femme.

Dans le domaine du sentiment, les deux sexes sont fort différents l'un de l'autre, mais ici l'on ne peut dire que l'un d'eux dépasse absolument l'autre. Tous deux sont certes assez passionnés, chacun à sa façon. Les passions de l'homme sont plus brutales et moins durables. Elles ne sont chez lui plus élevées que lorsqu'elles sont associées à des combinaisons et à des buts intellectuels plus originaux et plus complexes. Au point de vue de la finesse des nuances, elles sont en général plus basses. Le sentiment de la femme est assurément plus délicat, plus rempli d'égards et de fines nuances esthétiques et morales; il est aussi plus durable, du moins en moyenne, quoique ses objets soient souvent de nature plus mesquine et plus banale.

Lorsque l'homme se compare à la femme, il a l'habitude de s'identifier, plus ou moins inconsciemment, avec les sommités masculines intellectuelles, avec les génies de l'art et de la science ; il détourne complaisamment ses regards de la foule des béotiens et

des idiots du sentiment de son propre sexe; c'est avec raison qu'on le lui a fait remarquer. Dans la vie du sentiment, les deux sexes peuvent se compléter admirablement : tandis que l'homme relève la hauteur de l'idéal et des buts à atteindre, la femme sait conserver le tact nécessaire, adoucir et affiner les tons, enfin adapter leurs nuances à chaque situation spéciale, à l'aide de son intuition naturelle, là où l'homme risque de tout gâter par la violence ou la brutalité de ses passions et de ses efforts. Cette influence réciproque peut et doit conduire à l'harmonie la plus belle et la plus élevée possible des sentiments dans une heureuse communauté sexuelle.

Au point de vue de la volonté, la femme est, à mon sens, et en moyenne, supérieure à l'homme. C'est dans ce domaine plutôt que dans aucun autre domaine psychologique, qu'elle rencontre et rencontrera toujours davantage le triomphe. On l'ignore en général, parce que jusqu'ici les hommes ont tenu seuls, en apparence tout au moins, le sceptre d'ime toute-puissance sans bornes; parce que par suite de l'abus de leur force brutale, aidée de la supériorité de leur génie inventif, l'humanité a été jusqu'ici conduite par les fortes volontés masculines et parce qu'ainsi les plus puissantes volontés féminines ont été dominées par les lois de la raison du plus fort. Mais quiconque sait observer le peuple sans parti pris est bientôt obligé de reconnaître que la volonté directrice de la famille n'est représentée, en général, qu'extérieurement par le seigneur et maître aux muscles puissants. L'homme fait bien plus souvent parade de son autorité qu'il ne sait en réalité la faire triompher; il lui manque la persévérance, la ténacité, l'élasticité, qui constituent la véritable force de la volonté et qui sont le propre de la femme. Il va sans dire que je ne parle ici que de la moyenne et qu'il existe beaucoup de femmes dont la volonté est faible. Mais ces dernières deviennent facilement la proie de la prostitution, qui les fait disparaître. C'est peut-être là une des causes qui ont fortifié par sélection la force de volonté chez la femme. L'homme est impulsif et violent dans ses volontés, mais souvent inconstant et irrésolu, cédant dès qu'il s'agit de viser avec persistance un but déterminé. De ces faits résulte tout naturellement qu'en moyenne c'est l'homme qui, dans la famille, donne les idées et les impulsions, mais que c'est la femme qui, avec la finesse de son tact et sa persévérance, fait instinctivement la distinction entre les utiles et les nuisibles,

mène les premières à bien et combat constamment les dernières, non qu'elle soit au fond meilleure, mais parce qu'elle est plus capable de se dominer elle-même ce qui précisément prouve la supériorité de sa volonté.

Rien n'est plus anormal ni plus injuste que de vouloir dénigrer l'un des sexes relativement à l'autre. La parthénogenèse des animaux inférieurs ayant cessé chez les vertébrés, chaque sexe est indispensable, non seulement à la conservation de l'espèce, mais encore à chaque conception ou reproduction d'individu. Tous deux sont donc équivalents et s'appartiennent l'un à l'autre comme les deux moitiés d'un tout, l'une des moitiés profite à l'autre; on devrait enfin le comprendre. Si par la baguette magique d'une fée la moitié mâle ou la moitié femelle de notre humanité, telle qu'elle est aujourd'hui, était rendue capable et obligée de se reproduire seule, les hommes dégénéreraient bientôt, par suite de la faiblesse de leur volonté combinée à leurs passions sensuelles, et les femmes par suite de leur incapacité d'élever leur niveau intellectuel au moyen d'idées créatrices, ainsi que par la mesquinerie de leur routine.

Nous ne voulons pas nous étendre ici sur les nombreuses particularités psychologiques de la femme, particularités inhérentes à sa qualité de mère, ni sur celles de l'homme adaptées à sa force musculaire et à sa qualité de protecteur de la f.amille. Ce sont des dérivés des différences sexuelles qui trouveront leur place au chapitre V. Nous renonçons aussi à décrire les différences corrélatives de moindre importance, qui sont suffisamment connues et qui dérivent de celles dont nous avons parlé ou des différences sexuelles directes. On peut les observer à son aise, d'un côté dans les réunions purement masculines des cercles, cabarets, fumoirs et autres lieux semblables, de l'autre dans les cercles féminins de toute classe, soit chez les femmes du peuple, soit chez les élégantes, soit même dans les associations philanthropiques. En moyenne, la femme est plus rusée, plus pudique; l'homme plus brutal, plus cynique, etc. Après de longues expériences personnelles, faites au milieu de sociétés dans lesquelles les deux sexes possèdent les mêmes droits et sont admis aux mêmes titres, je suis cependant obligé de déclarer que je n'y ai pas trouvé confirmation (du moins en pays suisse-allemand) du dicton populaire qui fait du

bavardage et de l'intrigue l'apanage spécial de la femme. J'ai constaté l'existence de ces deux vices au moins aussi fréquemment chez l'homme.

Page 1